Lorsque la bataille de Gazala-Tobrouk commence en mai 1942, le dispositif de la 8e armée britannique de Neil Ritchie comprend une ligne de points d’appui d’infanterie alignés du Nord au Sud de la méditerranée jusqu’à Bir-Hakeim et la 1ère Brigade française libre (BFL) à 60 km de la côte.
Derrière ce bouclier, les Britanniques disposent de deux divisions d’infanterie près du port de Tobrouk et surtout d’une réserve mobile de deux puissantes divisions blindées (850 chars contre 560 pour l’Axe).
L’offensive de Rommel commence dans la fin de l’après-midi du 26 mai. L’Afrikakorps et les deux divisions mobiles italiennes contournent Bir Hakeim le lendemain à 06h30 pour remonter ensuite derrière la ligne de défense ennemie, en direction de la mer. Ce mouvement est repéré dans la nuit mais attendant d’être sûr de la manœuvre ennemie Ritchie ne donne l’ordre aux divisions blindées d’occuper leurs positions qu’au milieu de la matinée du 27. Plusieurs brigades britanniques ont alors déjà été surprises et malmenées par le mouvement ennemi. Finalement en remontant de plusieurs dizaines de kilomètres vers le Nord, Rommel échoue devant les positions de Knightsbridge et El-Adem, tenues fermement par les Britanniques sur la ligne Trigh Capuzzo parallèle à la côte.
La Panzerarmee Afrika se retrouve alors en position très critique. Non seulement Rommel a sous-estimé la défense ennemie mais gênée par la résistance de Bir Hakeim, sa logistique est obligée d’effectuer un long trajet par le désert. Pendant toute la journée du 28, les divisions mobiles de l’Axe sont immobilisées en plein cœur du dispositif ennemi par le manque de carburant. Le plan initial du « renard du désert » a visiblement été trop téméraire. Voulant encercler la majeure partie de la 8e armée, c’est finalement lui qui risque l’encerclement et la destruction. Les deux chefs ont pris une décision, le britannique a été lent mais pertinent alors que l’Allemand s’est trompé.
Ce qui sauve Rommel, c’est que depuis son poste de commandement à l’arrière Ritchie continue d’attendre d’avoir une vision complète de la situation avant de prendre une nouvelle décision. Au lieu de contre-attaquer immédiatement, il passe la journée du 28 en réunion avec ses commandants de corps d’armée et laisse à Rommel, qui, lui, commande à l’avant du dispositif avec un PC très léger, de prendre une seconde décision : repartir vers l’Ouest, percer la ligne de défense britannique, raccourcir ainsi ses flux logistique et disposer d’une nouvelle base de départ.
La contre-attaque de Ritchie n’a finalement lieu que le 5 juin alors que Rommel s’est déjà emparé du point d’appui de la 150e brigade britannique, a ouvert à sa logistique une brèche de 10 km dans la ligne ennemie et s’est repositionnée en défense sur sa tête de pont. Il a même eu le temps de prendre un temps le commandement autour de Bir-Hakeim. L’attaque britannique est stoppée et même refoulée avec pertes par une contre-attaque allemande organisée en quelques heures. Ce combat pour le « chaudron », nom de la position de l’Axe, se termine le 6.
Rommel prend alors la décision de se concentrer sur Bir-Hakeim alors que cette position, désormais complètement isolée et abandonnée à son sort par les Britanniques, n’offre plus guère d’intérêt tactique. Ritchie ne profite pas de cette nouvelle mauvaise décision pour reprendre l’initiative. Il décide simplement de se réinstaller en défense le long du Trigh Capuzzo.
Le 12 juin, lendemain de l’exfiltration de la garnison de Bir Hakeim, Rommel reprend la direction de Tobrouk et lance l’attaque contre les points d’appui de la ligne Trigh Capuzzo. Le 13 juin, les deux divisions blindées britanniques ont fini d’être détruites et la ligne est franchie. Le 14, Ritchie ordonne le repli à l’ouest de Tobrouk. Le 20 juin, Tobrouk est attaquée et tombe le lendemain (avec 33 000 prisonniers). Le 24 juin, Ritchie ordonne un nouveau repli vers l’Egypte. Le désastre est consommé.
L’armée britannique a alors subi une des pires défaites de son histoire alors que le chef de la 8e armée, contrairement à son adversaire, a pris des décisions peu audacieuses mais toujours pertinentes. Le problème est que le système de commandement britannique fait d’informations montantes abondantes vers le PC arrière où stationne le chef (la fonction de chef d’état-major n’est alors qu’une innovation très récente), de décisions consensuelles à partir de conférences, de planification précise à tous les échelons est incapable de mouvoir un corps d’armée en moins de trois jours.
Le système allemand, avec un chef autoritaire qui prend des décisions rapides à partir de quelques informations obtenues directement sur le front ou par liaison radio avec son PC (ce qui oblige à l’économie des données) et des procédures rapides à tous les échelons (il faut moins d’un heure à un bataillon pour concevoir un ordre), est capable de faire cela en une seule journée. Une manœuvre allemande qui échoue, et cela arrive fréquemment, est immédiatement compensée par une autre avant que l’ennemi ne réagisse.



