vendredi 20 mars 2026

Frapper et espérer

Dans une bonne planification opérationnelle, on commence par définir, en fonction des moyens disponibles, les modes d’action (MA) possibles pour atteindre l’objectif stratégique – l’état final recherché – décidé par l’échelon politique. On définit en parallèle tout ce que l’ennemi peut mettre en œuvre pour s’y opposer, les ME, puis on confronte tous les MA et ME dans un grand tableau matriciel où l’on examine, case par case, tout ce qui peut se passer. On présente alors au décideur les résultats de cette confrontation, et celui-ci choisit le MA en toute connaissance de cause.

L’échelon militaire planifie ensuite la mise en œuvre du mode d’action adopté et sa conduite après le jour J, où l’on voit alors se concrétiser une case de la matrice en fonction du ME choisi par l’ennemi. À l’intérieur de cette case, les deux adversaires déclinent leur mode opératoire en axes d’effort parallèles, plus ou moins importants ou prioritaires. La confrontation de ces axes donne à son tour une nouvelle matrice, non plus stratégique mais opérationnelle, où chaque point de contact est une bataille, ce qui induit une multitude de turbulences interactives qui rendent la guerre imprévisible au-delà d’une première phase, que l’on espère toujours décisive mais qui l’est rarement.

Coups ou conquête

La guerre actuelle entre la coalition israélo-américaine et la République islamique d’Iran ne déroge pas à la règle. Les coalisés poursuivent deux objectifs stratégiques de temporalité et de nature différentes : au minimum, anéantir les moyens de menace militaire iraniens et, au mieux, obtenir une paix définitive du régime de Téhéran, avec ce premier problème que cette paix est conçue par les Américains comme une soumission du régime actuel à Téhéran, alors que les Israéliens ne l’envisagent pas sans un changement de régime, autrement dit une révolution.

Il existe fondamentalement deux modes opératoires offensifs pour atteindre des objectifs stratégiques : les campagnes de coups, où l’on attaque une multitude de points sans les occuper, et les campagnes de conquête où, à l’inverse, on fait avancer une ligne de front et on plante des drapeaux dans les villes.

Les modes d’action de niveau stratégique sont des combinaisons de ces deux formes de campagne. Pour atteindre les objectifs de la coalition, on pouvait donc imaginer :

MA1 : Une campagne de conquête + une campagne de coups (type Irak 2003).

MA 2 : L’organisation et l’armement d’une rébellion locale pour assurer la conquête, appuyée par une campagne de coups (Kosovo 1999, Afghanistan 2001, Libye 2011).

MA 3 : Une pure campagne de coups.

Le choix du MA par le décideur politique relève souvent bien plus du souvenir que du calcul rationnel. Le MA1 faisait peur. Le MA2 n’a pas laissé non plus de bons souvenirs et ne correspondait de toute façon pas au désir américain de déstabiliser le moins possible la région. Restait le MA3, qui présentait l’immense avantage de présenter infiniment moins de risques de pertes humaines que le MA1, grâce à la grande supériorité aérienne de la coalition.

Cette campagne de coups choisie peut elle-même comporter des options. L’option 1 est celle des frappes aériennes, par avions, drones, missiles. Ces frappes sont puissantes et désormais presque toujours très précises pour des armées comme celles d’Israël ou des États-Unis, et avec, encore une fois, un risque réduit. Outre leur coût économique et en partie à cause de lui, ces frappes aériennes sont cependant limitées en volume.

Il y a ensuite l’option « raid d’attaque » d’unités d’avions et d’hélicoptères d’attaque, ainsi désormais que des unités de drones, évoluant à basse altitude pour attaquer en masse, à courte distance, de petites cibles. Il y a enfin le « raid commando », qui consiste à engager, par différents modes, de petites unités de combat rapproché sur des points précis afin de détruire ou capturer des objectifs, des choses ou des individus.

Ces options sont complémentaires, et une campagne de coups atteint évidemment sa pleine efficacité lorsqu’elles sont toutes utilisées. Elles ne présentent cependant pas toutes le même degré de risque, de l’option 1 relativement sûre à l’option 3, qui impliquera presque à coup sûr des pertes humaines. Les cyberattaques sont également incluses dans les coups, dans un axe parallèle.

Comme en témoigne la constitution de la force américaine pour cette guerre, presque entièrement composée de moyens aériens et aéronavals pour la partie offensive, la coalition est donc partie sur un MA3-option 1, au moins dans les opérations contre l’Iran, Israël pouvant également choisir d’autres options et même une campagne de conquête contre les proxys de Téhéran, en particulier au Liban.

Notons aussi que, s’il est toujours assez long et compliqué de changer de mode d’action en pleine guerre, en déployant par exemple un corps d’armée pour une campagne de conquête jusqu’à Téhéran, l’évolution des options d’une campagne de frappes peut s’effectuer en quelques semaines. Bien entendu, cela va plus vite lorsque l’on a pris en compte, dans la planification, le fait que l’on pouvait avoir à s’adapter et que l’on a déployé d’emblée des éléments en réserve pour cela. Cela n’a visiblement pas été le cas du côté américain.

Le problème est que la guerre se fait à deux et que l’ennemi est généralement également intelligent et qu’il dispose de ressources. On pouvait s’attendre à ce que le régime iranien utilise tous les instruments à sa disposition pour résister aux coups de cette campagne de frappes que l’on voyait venir de très loin et pour pouvoir également en porter.

On savait donc que sa structure de commandement stratégique était conçue comme une hydre, une nouvelle tête remplaçant immédiatement celle qui avait été coupée, et que la structure militaro-sécuritaire était décentralisée en mode « mosaïque », chaque chef de secteur – et ses remplaçants éventuels – ayant une mission à appliquer dès le début de la guerre sans attendre d’ordres de conduite, ainsi qu’un stock de ressources humaines et matérielles pour la réaliser — ressources, autant que possible, dispersées, protégées et camouflées — qu’il s’agisse de surveiller et réprimer l’opposition intérieure ou d’attaquer l’ennemi extérieur par une campagne de coups.

La seule « inconnue connue » restait le choix du mode d’action offensif, entre une limitation de la campagne de coups à Israël et aux États-Unis (ME1) ou une extension de celle-ci à toute la région (ME2).

En toute logique, les coalisés, et en particulier les Américains, auraient dû confronter leur MA3-option 1 à ces deux ME possibles. Très clairement, et au regard, là encore, des moyens déployés par les Américains, ils n’ont probablement pris en compte que le ME1 en renforçant la défense antimissile, et secondairement anti-drones, autour d’Israël et autour de leurs forces.

Symptomatiquement, les chasseurs de mines présents à Bahreïn ont été mis à la casse au mois de janvier, et au moins deux des trois Littoral Combat Ships (LCS) ont été retirés du théâtre avant la guerre, ce qui semble indiquer que la guerre côtière et la bataille pour la liberté de navigation n’ont pas été sérieusement envisagées.

Au bilan, par un mélange de précipitation, de sous-estimation de l’ennemi et de peur du risque, les Américains ont mis en place le dispositif le plus léger de leurs trois guerres du Golfe et le moins diversifié.

En 1990 et 2003, ils avaient bien sûr déployé, avec leurs alliés, de puissantes forces terrestres pour une opération de conquête, mais ils disposaient aussi de 2 à 4 groupes d’assaut amphibies, de 6 porte-avions et de leur escorte, ainsi que d’un total de 1 300 à 1 800 avions de combat, contre initialement seulement deux groupes aéronavals, 200 avions de combat de l’US Air Force et une petite force de frappes sol-sol le long du Golfe, à base de lance-roquettes HIMARS ou de drones de la Task Force Scorpion Strike.

Il est vrai que l’armée de l’air israélienne est également là pour doubler à peu près les capacités, ce qui place d’ailleurs les États-Unis dans une situation inédite où ils ne représentent pas 80 % des moyens de la coalition et ne décident donc pas de tout.

Dans la matrice

La confrontation réelle des stratégies débute le 28 février par un coup d’opportunité très puissant de la part des coalisés, avec l’élimination du guide suprême de la République islamique et de plusieurs hauts dirigeants. Surprises tactiquement mais pas stratégiquement, les forces du régime s’engagent immédiatement dans l’application de leur plan de guerre.

On découvre alors qu’elles ont choisi de frapper tous azimuts et de menacer le commerce dans le détroit d’Ormuz. L’objectif stratégique du régime de Téhéran semble être de tenir jusqu’au renoncement de Donald Trump, en considérant, peut-être hasardeusement, que cela mettra fin aussi à l’opération israélienne. Le ME 2 choisi est censé y parvenir par une stratégie « anaconda » d’étouffement de tous les côtés : pression des alliés attaqués pour mettre fin à la guerre, pression des marchés pour rouvrir le commerce des hydrocarbures, pression de l’opinion publique et de la classe politique américaines, lassées ou effrayées par les pertes humaines, les dégâts matériels, les accidents, les bavures – comme celle de l’école de Minab – et le prix du gallon d’essence.

La République islamique frappe, menace et espère que Donald Trump clamera une victoire factice et passera à autre chose avant qu’elle-même ne soit complètement écrasée.

Une fois mis en œuvre, les MA et les ME se déclinent en axes d’effort fonctionnels (la neutralisation de la menace des missiles et drones iraniens, par exemple) ou géographiques (frapper les Émirats arabes unis, attaquer les sites militaires et civils occidentaux en Irak, etc.), dont le croisement donne lieu à plusieurs batailles simultanées.

La plus importante est la bataille de Téhéran, celle où les coalisés – surtout les Israéliens, en fait – cherchent à ce que la capitale soit contrôlée par un nouveau régime politique. Cela passe par deux axes d’effort : la décapitation en continu des têtes de l’hydre et la pression sur l’appareil sécuritaire.

Grâce à un réseau de renseignement israélien très performant et à une capacité de frappe précise et rapide, les têtes du régime tombent à grande vitesse, et les pasdarans, basij et policiers sont souvent obligés de se cacher. C’est fondamentalement l’application des méthodes de pression sur les organisations armées depuis le début du siècle, appliquées pour la première fois à un grand État.

La théorie israélienne de la victoire est que la somme de toutes les peurs individuelles de mourir va désagréger le régime à force de défections ou de simples refus de servir. L’opposition politique iranienne n’aura alors qu’à occuper le vide ou porter l’estocade.

On aimerait y croire, mais en l’absence de précédents historiques, et alors que les évolutions possibles sont internes au régime et échappent largement au regard extérieur, le doute demeure. On attend avec impatience de voir se multiplier les fuites de dirigeants, mais pour l’instant cela ne vient pas. Ce que l’on voit surtout, pour l’instant, c’est la fuite des populations hors des villes bombardées.

Sans doute les choses s’accéléreraient-elles s’il y avait en face une opposition unie, visible et armée, avec au moins un endroit où fuir et implorer le pardon. Il aurait fallu pour cela qu’il y ait un troisième axe d’effort visant justement à armer, organiser et conseiller cette opposition révolutionnaire. Peut-être existe-t-il clandestinement, ou peut-être sera-t-on obligé de le mettre en place si les choses n’évoluent pas, un peu comme l’injection de conseillers accompagnée de beaucoup d’armes dans les factions rebelles libyennes en 2011, en concomitance avec le passage à l’option 2 de la campagne de coups.

En attendant cette hypothétique révolution, il y a d’autres batailles à mener : dans le cyberespace, dans la protection contre les attentats dans les pays occidentaux, ou contre le Hezbollah au Liban et, à moindre échelle, les milices irakiennes chiites. Il y a aussi, en Iran, la recherche et la destruction du programme nucléaire, qui impliqueront sans doute, pour être menées à bien, de passer par toutes les options de la campagne de coups, y compris éventuellement une ou plusieurs grandes opérations d’assaut par air pour casser ou s’emparer des pièces du puzzle les plus protégées ou les plus sensibles, comme les quatre cents et quelques kilos d’uranium enrichi à 60 %.

La plus urgente des batailles en cours, et la plus importante, est celle des frappes à longue portée. L’objectif des coalisés est de faire cesser les tirs iraniens de missiles et de drones ; celui des Iraniens est de les faire durer le plus longtemps possible afin de porter des coups, mais aussi simplement de continuer à attaquer. Tant que les Iraniens tirent, ils ne peuvent être considérés comme vaincus. S’ils ne peuvent plus le faire, les coalisés peuvent au moins déclarer une petite victoire. Si la situation reste bloquée par ailleurs, cela pourra peut-être leur suffire pour proposer d’arrêter la guerre.

Cette bataille est une combinaison de parades et de frappes : c’est forcément long et ingrat. Pour l’instant, grâce à une défense hermétique à 90 %, les coalisés et leurs alliés reçoivent beaucoup moins de coups au but qu’ils n’en donnent à l’écosystème de tir iranien, depuis les usines de production jusqu’aux lanceurs fixes ou mobiles, en passant par les stocks souterrains.

On résiste donc plutôt bien, au moins tant qu’il y a des missiles intercepteurs, et on a réduit assez considérablement et rapidement les tirs iraniens. Mais ceux-ci persistent quotidiennement et ont même tendance à augmenter, en particulier pour les salves de drones à longue portée. Le risque est que les Iraniens puissent mener cette guérilla de projectiles, en particulier avec des drones, plus nombreux et plus difficiles à déceler, pendant plusieurs mois.

Pour casser cette dynamique, il sera peut-être nécessaire d’augmenter le nombre de sorties consacrées à cette mission, au détriment des autres s’il n’y a pas d’augmentation des moyens, et sans doute aussi de passer aux raids des options 2 et 3.

Il y a enfin toute une bataille de la côte iranienne qui est en train de se dessiner. Ce n’est pas complètement nouveau, mais, comme en Ukraine, les côtes iraniennes, truffées sur toute leur longueur d’une poussière navale de vedettes rapides, drones navals et aériens, mines, sous-marins de poche et torpilles, batteries de missiles antinavires, sont très dangereuses pour les bâtiments de l’US Navy, maintenus prudemment au loin.

Elles le sont aussi pour la navigation civile, en particulier autour du détroit d’Ormuz, avec toutes les énormes conséquences que cela peut avoir sur l’économie mondiale. Il n’y a dès lors pas d’autre solution que d’attendre la fin de la guerre pour voir la centaine de pétroliers, vraquiers et autres repasser quotidiennement le détroit d’Ormuz, ou bien de livrer bataille.

C’est le choix qui semble avoir été fait par les Américains après avoir longtemps sous-estimé cette menace. Il y aura donc une bataille de la côte, sorte de guérilla et contre-guérilla navales, où les Américains s’efforceront de détruire autant que possible les multiples petites forces iraniennes et de neutraliser le reste.

L’option 2 « attaque » vient d’être adoptée avec l’engagement d’avions d’attaque A-10 et d’hélicoptères AH-64. L’option 3 « commando » ne va pas tarder à l’être, avec l’arrivée de deux groupes d’assaut amphibies, et celle, très probable, au Koweït, d’au moins une brigade d’assaut aérien de l’US Army.

Frappes anti-bunkers, surveillance-frappes de drones, raids d’attaque sur les côtes vont donc se multiplier, en attendant marines, rangers et parachutistes pour parachever les destructions ou saisir des îles clés dans le détroit d’Ormuz ou le poumon pétrolier de l’île de Kharg. Il faudra là encore des semaines pour voir émerger un résultat stratégique.

Conclusion

En conclusion, cette double campagne de coups opposés engendre nécessairement une situation d’une grande complexité, avec plusieurs batailles simultanées, toutes aussi indécises, à suivre en même temps, et avec cette difficulté supplémentaire que, si la plupart sont assez classiques, d’autres sont inédites et que toutes interagissent à des degrés divers.

Bref, c’est totalement imprévisible. Des deux côtés, on ne peut que frapper, résister et espérer.

samedi 7 mars 2026

L'affaire Trouposol

Je n’aime pas beaucoup l’expression « troupes au sol », car elle ne veut pas dire grand-chose. Je préfère parler de troupes de « combat rapproché », plus rugbystiquement de « mêlée » ou encore, et plus simplement, de « contact ». Concrètement, il s’agit des unités chargées de pénétrer dans les zones de mort – les endroits où l’on est sûr d’être tué ou blessé par l’ennemi dans la journée si l’on ne prend aucune précaution – zones profondes de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres de profondeur et de plusieurs centaines de mètres d’altitude.

À condition de prendre des risques, et c’est toute la problématique de la Théorie du combattant, on peut faire beaucoup de choses avec des forces de contact, y compris dans la guerre en cours contre la République islamique d’Iran.

Raids ou conquêtes

Les unités de contact – blindées, motorisées, à pied, amphibies, d’assaut aérien, etc. – servent d’abord à s’emparer ou à défendre du terrain. Ce sont donc logiquement les instruments premiers des opérations de conquête, celles où l’on essaie de s’emparer de tout ou partie du territoire ennemi, jusqu’à éventuellement la capitale si l’on veut la destruction de l’ennemi et, pour rester dans l’actualité, y changer le régime politique. Pour changer des sempiternelles références à l’Afghanistan ou à l’Irak, on peut parler des troupes vietnamiennes s’emparant de Phnom Penh le 7 janvier 1979 pour mettre à bas le régime des Khmers rouges ou des troupes tanzaniennes faisant la même chose à Kampala quelques semaines plus tard pour en finir avec la dictature d’Idi Amin Dada. Bien entendu, ce ne sont pas les seules forces disponibles dans ces opérations, puisque tout autour de ces troupes de contact, on trouve aussi les troupes de frappe qui donnent des coups violents sur des points à travers les espaces vides : l’air et la mer avec leurs différentes couches, le cyberespace, l’espace électromagnétique, etc.

Ces dernières troupes ont en revanche et bien évidemment le premier rôle dans les pures campagnes de frappe, ces campagnes pointillistes où l’on ne s’efforce pas de contrôler le terrain, mais de casser (ou parfois de capturer) des points, souvent des milliers de points, afin de faire apparaître le visage de la victoire. Elles présentent l’immense avantage pour des armées disposant de la supériorité aérienne de présenter relativement peu de risques de pertes, pour soi en tout cas. La différence avec les opérations de conquête est que ces pures campagnes de frappe n’ont permis à elles seules et jusqu’à présent que d’affaiblir l’ennemi, mais jamais de le détruire complètement. Cela peut suffire pour obtenir la neutralisation des moyens militaires de l’ennemi et sa soumission de fait ou de droit si cette soumission est explicitée, mais on se retrouvera toujours à la fin avec le même ennemi en face. En simplifiant largement, si l’on veut porter l’estocade à cet ennemi, il faut s’emparer de sa capitale, ce qui est difficile avec seulement des avions. Si elles n’y ont pas le rôle premier, les forces de contact ont aussi un rôle à jouer dans ces campagnes de frappe, et c’est à cela que l’on pense – à mon sens trop tardivement – dans la guerre en cours de la coalition israélo-américaine contre la République islamique.

Le complexe de reconnaissance-frappe de la coalition, c’est-à-dire l’association de multiples capteurs et de frappeurs (avions de combat, missiles, drones, etc.), est précis et puissant mais il a deux limites : ils sont en nombre limité par rapport au nombre de cibles possibles en Iran et ils ne peuvent pas tout toucher. C’est là que de nombreuses petites unités de contact peuvent compléter le travail, en s’attaquant par exemple à de petites cibles, souvent mobiles, qui ne justifient pas forcément une sortie aérienne. L’intervention d’une douzaine d’hélicoptères d’attaque français, en juin 2011, dans la campagne de frappes en appui de la rébellion libyenne a changé la donne en détruisant 550 petites cibles de l’armée kadhafiste inaccessibles pour la plupart aux avions de combat. On aurait pu être encore plus efficace en déposant aussi au sol des troupes de contact, mais il existait alors une forte réticence à engager des fantassins dans un pays arabe. C’est dommage, car en déposant ou en infiltrant des commandos (au sens de fantassins embarqués), on peut aller chercher au sol et surtout au sous-sol les objectifs qui ont été enterrés, protégés ou dispersés afin d’échapper autant que possible aux frappes aériennes, comme par exemple les sites d’enrichissement nucléaire de Fordo et de Natanz.

Dans ce cas, le mode opératoire privilégié est le raid héliporté. Les hélicoptères ayant un rayon d’action beaucoup plus court que celui des avions, il faut partir d’une base relativement proche de la zone-objectif. Cette base peut être flottante, comme un navire d’assaut amphibie – mais les Américains n’en ont très étrangement pas encore déployé au large de l’Iran – une base à terre proche de la frontière, ou encore une base installée temporairement à l’intérieur de l’immense territoire iranien. Bien sûr, ce dernier aspect évoque immédiatement pour les Américains le désastre de l’opération Eagle Claw en avril 1980, qui avait échoué dans l’établissement même de cette base temporaire près de Tabas, au sud-est de Téhéran. Les Américains ont cependant fait d’immenses progrès depuis cette époque et ils dominent le ciel. À partir de cette base, et appuyé par les airs et les drones, on se déplace par véhicules légers ou par hélicoptères vers une zone d’attaque encagée depuis le ciel afin d’empêcher toute arrivée de renforts. On y détruit ou capture ce que l’on veut avant de repartir en sens inverse jusqu’à la base, que l’on démonte éventuellement. C’est une méthode complexe à organiser, dangereuse pour les hommes dès que l’on arrive au contact – et c’est évidemment le principal facteur inhibant pour l’échelon politique – mais terriblement efficace, avec toujours une dimension d’audace spectaculaire que l’on peut exploiter médiatiquement, lorsque cela réussit bien sûr.

Qui peut faire cela ? Les unités d’attaque des forces spéciales, bien sûr, israéliennes et américaines, avec la limite de leur volume qui réduit le nombre total de missions possibles. Pour avoir de la masse, et donc obtenir plus d’effets stratégiques, on peut y ajouter du côté américain les bataillons de Rangers (qui font partie des forces spéciales), les MEU (Marine Expeditionary Unit) des Marines agissant depuis la mer ou des brigades d’assaut aérien des 82e et 101e divisions, puis en fait toutes les unités d’infanterie. Les Israéliens, qui avaient déjà agi depuis le sol iranien en juin 2025 avec le Mossad, peuvent éventuellement ajouter aux Sayeret des forces spéciales, la 89e brigade commando, voire des bataillons d’infanterie de reconnaissance. On peut imaginer cependant et pour plusieurs raisons qu’ils préféreront conserver ces forces pour agir sur leur territoire et sa périphérie.

Avec toutes ces unités, on pourrait ainsi doubler la campagne de frappes aériennes et ses gros coups par une « campagne commando » de multiples coups de couteau, à la manière par exemple de la guerre d’usure entre l’Egypte, l’Union soviétique et Israël le long du canal de Suez en 1969-1970.

Le pouvoir est au bout du fusil, pas de l’avion

Et puis, il y a toujours cette idée, cet espoir même, que cette campagne de frappes et éventuellement de raids commandos, débouche aussi sur une opération de conquête. En clair, et c’est le deuxième objectif stratégique après la destruction de la triple menace militaire iranienne (balistique, nucléaire, proxys), on espère – surtout du côté israélien – changer le rapport de forces dans les rues de Téhéran et des principales villes en faveur des révolutionnaires.

Ce changement de rapport de forces passe d’abord par un affaiblissement de l’appareil de sécurité et de répression des Gardiens de la Révolution islamique (GRI) par des coups de toute sorte, mais cela peut passer aussi par le renforcement des capacités de combat des émeutiers, en les armant par exemple. C’est un équilibre très délicat à trouver. Les bombardements des sites des GRI et des forces de sécurité, jusqu’aux plus petits commissariats au cœur de Téhéran, n’incitent pas à descendre dans la rue, mais plutôt à se terrer ou à fuir les villes. C’est la raison pour laquelle il a été annoncé d’attendre la fin des bombardements pour revenir à la confrontation avec le pouvoir, avec cette difficulté que personne ne connaît la fin des bombardements.

C’est un peu comme un assaut après une préparation d’artillerie. La préparation affaiblit l’ennemi et le rend vulnérable à l’assaut, mais pour une fenêtre de neutralisation limitée : le temps pour le défenseur de reprendre ses esprits et de se remettre en position. Au-delà de ce temps, il est probable que l’assaut échouera. Dans un assaut, on connaît cependant normalement l’heure de l’arrêt de la préparation et si les choses sont bien faites, celle-ci n’affecte pas les attaquants. En Iran, les frappes aériennes affectent aussi la population, même si bien sûr elles n’en sont pas la cible, et la neutralisent presque autant que les forces de sécurité, sans que personne ne sache quand cela s’arrêtera. J’ai un peu tendance à penser que les raids de contact sont un peu plus chirurgicaux et moins traumatisants pour l’environnement que les frappes aériennes, à condition d’être menés par des troupes professionnelles maîtresses de leurs feux. Mais on peut difficilement imaginer déboulonner de cette façon tous les postes de l’ennemi à l’intérieur d’une mégalopole comme Téhéran.

Dans la réalité, ce que l’on appelle « destruction » est surtout une désagrégation. Il n’est pas possible d’éliminer complètement la masse des GRI, de l’organisation Qods et des milices étrangères, des paramilitaires Basij, des services de renseignement intérieur, de la police ou encore des forces armées régulières. Il est possible cependant de leur faire mal, de les désorganiser et surtout de leur faire peur, en considérant que ces gens-là cesseront progressivement le combat ou partiront lorsqu’ils seront persuadés d’être à coups sûrs dans le camp des perdants. Avec les morts et blessés provoqués par la coalition, cela fera au bout du compte moins de monde lorsque les révolutionnaires « sortiront de la tranchée ».

Et puis, il y a donc le deuxième volet du changement de rapport de forces, et c’est là que les troupes de contact peuvent à nouveau intervenir, en aidant cette fois les émeutiers à se transformer en unités de combat. C’est d’abord le travail des services comme le Mossad ou la CIA, à transformer cette opposition difficile en armée, même hétérogène, et à des unités spécifiques, comme les « bérets verts » de l’US Army dont c’est la mission première, de venir armer, conseiller et encadrer ces forces diverses. Pour reprendre l’exemple libyen de 2011, c’est donc non seulement l’introduction des hélicoptères qui a changé la donne, mais plus encore celle de troupes d’insertion, Service Action, forces spéciales, conseillers techniques français, SAS britanniques et autres, conjuguée avec la livraison d’armes légères, qui a dopé les forces rebelles et contribué à la chute du régime de Kadhafi. On l’oublie souvent, mais les Américains ne voulaient pas engager de troupes de contact en Afghanistan en octobre 2001 contre Al-Qaïda et les Talibans. Ils ont lancé une pure campagne de frappes aériennes contre eux et fait confiance aux seigneurs de la guerre locaux pour combattre au sol, en leur adjoignant néanmoins des équipes américaines de soldats fantômes, pour les conseiller et coordonner leur action avec la force aérienne. S’ils avaient engagé aussi tous les bataillons d’infanterie légère américains disponibles, peut-être auraient-ils obtenu des résultats plus décisifs, en éliminant Oussama Ben Laden dès cette époque à Tora Bora ou le mollah Omar à Kandahar avant qu’ils ne rejoignent le havre pakistanais, mais c’est une autre histoire.

Avec la formation d’une armée révolutionnaire dont il faut au plus vite définir la direction politique unie, on forme aussi un front. Un front présente le premier avantage de fournir une bien meilleure appréciation du sens de l’histoire que la comptabilité de frappes, puisqu’il suffit de regarder dans quel sens bougent les drapeaux sur la carte. Un front permet aussi de créer un espace dans lequel on peut recueillir les prisonniers et surtout les ralliements, surtout si on a promis une immunité et si on propose un projet politique alternatif. On peut se constituer prisonnier face à un avion ou un drone, mais c’est plus facile de lever les bras face à des combattants en face de soi.

Quand on pense ralliement en Iran, on pense surtout aux forces armées régulières, car c’est le plus souvent comme cela, des Gardes françaises en juillet 1789 à Paris aux régiments de la Garde à Petrograd en février 1917, que les révolutions s’imposent. Bien entendu, et encore une fois, tout cela est également aléatoire dans la guerre actuelle, avec les effets contradictoires de la campagne de frappes. Est-ce que l’armée régulière, dont les forces aériennes et navales au moins, attaquées par la coalition israélo-américaine, va vraiment rejoindre un camp révolutionnaire associé aux étrangers qui tuent les siens ? Ce n’est pas sûr. Peut-être que celle-ci va au contraire se rallier aux GRI pour défendre le pays ou éclater.

Si les forces de sécurité restent solides et qu’un front rebelle se constitue avec l’aide des alliés, ce front ne sera plus un accélérateur de la chute du régime, mais une ligne de contact pour des combats qui dureront sans doute des semaines si l’on engage des troupes de contact supplémentaires aux côtés des rebelles, des mois si l’on se contente de les assister au sol et de les appuyer depuis les airs comme en Libye, et des années avec des centaines de milliers de morts si l’on ne fait rien de tout cela comme en Syrie.

Au bout du compte, hormis le scénario peu probable d’un effondrement soudain du régime et d’un changement en douceur du système politique, il n’y a grand-chose de très réjouissant dans tout cela. Il y a de toute façon rarement des choses réjouissantes à la guerre, sauf pour les matamores américains qui présentent cela comme un grand jeu vidéo dont ils ignorent manifestement la violence et la complexité.

vendredi 27 février 2026

Non-bataille 2026

J’ai toujours été un grand fan de l’Essai sur la non-bataille, écrit par le commandant Brossollet en 1975, en partie parce qu’il prenait de front le paradigme militaire en vigueur dans les armées, mais surtout parce qu’il proposait un modèle d’organisation et d’emploi des forces qui me paraissait alors très efficace pour faire face à l’offensive soviétique en Europe occidentale. Il s’agissait, dans son esprit, de remplacer la manœuvre de grandes divisions blindées françaises en République fédérale allemande par la conjonction, sur 60 000 km², d’un maillage de 2 500 « modules de présence » et de bataillons de choc. Chaque module de présence, en fait une petite section ou un gros groupe de combat, équipé de véhicules légers tout-terrain et armé de missiles Milan, de mortiers, de mines et de divers armements légers, et déployé dans un secteur de 20 km², aurait eu pour mission de renseigner sur l’action ennemie puis de détruire au moins trois véhicules avant de se replier à l’arrière. Entre les zones d’usure, on aurait conservé des couloirs de manœuvre pour les coups d’arrêt et les embuscades de régiments de chars autonomes et de bataillons d’hélicoptères.

Le modèle décrit par Brossollet est alors dans l’air dans plusieurs pays européens. On parle notamment de techno-milice en Suède ou de techno-guérilla en Autriche, en présentant également l’argument qu’un tel dispositif, purement défensif, ne pourrait, vœu pieux, être pris par les paranoïaques de Moscou comme prétexte pour lancer une attaque préventive. On développe aussi en RFA le concept des Jägerbataillone autonomes et formés de réservistes chargés de la défense de zones particulières. Ce modèle n’aura, heureusement, jamais été testé en Europe en situation réelle face aux forces soviétiques, et même pas en exercices ou en wargames en France. On aurait sans doute eu trop peur de montrer que c’était efficace, comme l’avait été, entre autres, le système de défense finlandais face à l’armée soviétique durant l’hiver 1939-1940, et cela aurait obligé à de profonds changements dans notre organisation et nos méthodes, ce que l’on ne fait quasiment jamais sans avoir reçu une grosse claque auparavant.

Au regard de ce qui se passe actuellement en Ukraine, le modèle de Brossollet est dépassé dans son orientation purement anti-véhicules, typique de l’époque et, en fait, jusqu’en 2022, 47 ans plus tard. Désormais, le cœur du sujet n’est plus ce qui se passe au sol mais immédiatement au-dessus, avec la couche basse de « snipers dans le ciel ». Pour autant, les principes de la défense de zone sont sensiblement les mêmes. Une brigade ukrainienne en défense est en fait un maillage de modules de points d’observation et de défense en avant, de modules d’opérateurs de drones à courte portée ensuite, puis d’opérateurs à plus longue portée, de guerre électronique, d’artillerie dispersée, tous enterrés et camouflés, avec une logistique de bataille de plus en plus assurée par des drones. C’est un complexe de reconnaissance-frappes enterré, capable de projeter jusqu’à environ 20 km en avant de ses postes avancés une « zone de mort » ou « zone rouge », c’est-à-dire un endroit où l’on est certain d’être touché par quelque chose (à 70-80 % par des drones, puis des obus, puis, au plus près, par des balles) si l’on ne prend aucune précaution particulière. Une zone de risque, un peu moins létale, tend à s’étendre aussi au-delà, jusqu’à 30 km environ. C’est un modèle incroyablement résistant aux coups et ravageur pour l’assaillant russe, qui doit accepter de perdre l’équivalent d’une compagnie d’infanterie pour conquérir chaque kilomètre carré. Et encore, cet assaillant russe est lui-même organisé en complexes de reconnaissance-frappes, ce qui lui permet, tout en attaquant, d’exercer une pression de feu très forte sur les Ukrainiens. S’il était toujours organisé et équipé comme en février 2022 sur le mode motorisé-centré, il serait implacablement détruit et sans avoir même la possibilité d’avancer.

La mission principale qui est demandée aux forces terrestres françaises n’est finalement pas très éloignée de celle de 1975, à savoir être capables de freiner et, si possible, de stopper une attaque russe contre un pays allié, à cette différence que ce pays allié n’est plus à nos frontières mais à l’est de l’Europe. Nous abordons finalement ce problème comme à l’époque, avec toujours un modèle motorisé relié par radio, jouant de la manœuvre et du feu direct de nos engins blindés et de nos groupes antichars, en coopération avec ce qui nous reste d’artillerie et nos hélicoptères, pour disloquer un adversaire organisé de la même façon. Petit problème : cet adversaire n’existe plus. Si nous devons affronter une division russe en défense d’un pays balte, par exemple, nous nous retrouverons face à un adversaire transformé en complexe de reconnaissance-frappes, simplement plus mobile qu’en Ukraine car il ne sera pas face à la même densité de feux. Nos communications seront immanquablement brouillées et nos moindres regroupements d’hommes et de véhicules seront vus et frappés, peut-être même avant d’avoir tiré le moindre coup de feu. Nous n’avons sans doute pas d’autre choix que de renouer avec la non-bataille de Brossolet en version « guerre des machines » et d’être capables de déployer au loin une « force hérisson » de la taille d’une brigade ou, encore mieux, d’une division.

Cette force hérisson devra d’abord être capable de s’incruster dans n’importe quel terrain. L’idéal, bien sûr, est qu’elle soit déjà placée sur la zone à défendre, à la manière du réseau de Brossolet, ou, au pire, qu’elle intervienne rapidement dans une zone déjà préparée, à la manière des « lignes offensives » françaises de 1918. À défaut, il faudra creuser et miner – y compris, et surtout, avec des mines antipersonnel – très vite, ce qui suppose une forte composante du génie. Les quatre couches de force doivent alors se mettre en place simultanément :

  • la couche de défense, à base de postes de groupes de combat à forte puissance de feu dans les zones les plus denses, précédés et, dans les intervalles, de postes robotisés (mitrailleuses fixes ou mobiles), tous entourés de capteurs terrestres (acoustiques, sismiques, optiques) et de mines ;
  • la couche des opérateurs de drones, qui doivent mettre en place le complexe de reconnaissance-frappe aérien sur toute la profondeur du dispositif avancé ;
  • la couche de l’artillerie, c’est-à-dire des frappeurs puissants et à distance, avec obusiers, mortiers et même canons de chars de bataille ;
  • la couche de la logistique, à base de convois blindés-encagés sur routes protégées (filets, protection anti-drones) avant la zone de bataille et de drones volants et robots terrestres à l’intérieur de la zone.

La protection et la lutte contre les drones sont présentes partout dans ces différentes couches, depuis le tireur antidrone (AD) de chaque équipe de combat avec son détecteur individuel, son shotgun et son regard toujours porté vers le ciel, jusqu’aux sections de chasse, diversement équipées, présentes dans toutes les couches, en passant par tous les procédés de camouflage et de leurrage possibles. 

De la même façon, toutes les couches doivent conserver de petits éléments de manœuvre, dispersés et protégés, prêts à contrer les infiltrations ou à s'agglomérer en groupements d'attaque en cas d'opportunité.  

Tout cet ensemble doit également être relié par un système nerveux de commandement insensible au brouillage, ce qui suppose désormais un réseau de communication satellitaire et des procédures de décentralisation où chacun sait ce qu’il a à faire dans sa zone de « module ». 

Cette zone de bataille peut être appuyée par la force de frappe à grande distance, à base de missiles, roquettes et drones sol-sol, de munitions guidées aériennes ou même d’hélicoptères dotés de missiles à très longue portée.

Si nous parvenons à réaliser cela, nous remplirons probablement la mission de défense et, par voie de conséquence, nous n’aurons peut-être pas à la mener car l’ennemi potentiel sera dissuadé d’attaquer, comme pendant la guerre froide. Ajoutons qu’un tel dispositif pourra aussi être déployé partout et pas forcément pour faire face aux Russes, car les ennemis que l’on affronte réellement ne sont pas toujours ceux que l’on avait prévus. Face à une force armée, étatique ou non, qui n’aura pas fait le saut de la guerre des machines, notre supériorité tactique sera alors écrasante et nous pourrons même manœuvrer à nouveau.