C’est donc à peu près entendu, la guerre de la France contre les organisations djihadistes qui dure déjà depuis vingt ans durera encore sans doute au moins autant. Dans le cadre de cette lutte, il est à peu près certain aussi que la foudre, la grande, celle qui fend les montagnes, ne nous épargnera pas éternellement. Les attaques de mars 2012 et janvier 2015 ont été dures et surprenantes, en fait surtout dures parce que nous, et nos dirigeants en premier lieu, avons été surpris alors que de nombreux éléments indiquaient que cela surviendrait. On ne peut introduire la notion de résilience dans le Livre blanc de la Défense de 2008 et n’en tenir aucun compte, se féliciter régulièrement de déjouer des attentats et ne pas assumer que nous ne pourrons jamais tous les éviter. Ces attaques, et même celles de janvier dernier, qui ont provoqué beaucoup d’émotion, ne sont pourtant encore que peu par rapport aux dizaines d’attentats massifs et d’attaques dynamiques qui ont frappé diverses nations du monde depuis 2001. La première des responsabilités serait d’expliquer que cela arrivera très probablement sur notre sol dans les semaines, mois ou années à venir.
mercredi 12 novembre 2025
Le jour d’après la grande attaque
C’est donc à peu près entendu, la guerre de la France contre les organisations djihadistes qui dure déjà depuis vingt ans durera encore sans doute au moins autant. Dans le cadre de cette lutte, il est à peu près certain aussi que la foudre, la grande, celle qui fend les montagnes, ne nous épargnera pas éternellement. Les attaques de mars 2012 et janvier 2015 ont été dures et surprenantes, en fait surtout dures parce que nous, et nos dirigeants en premier lieu, avons été surpris alors que de nombreux éléments indiquaient que cela surviendrait. On ne peut introduire la notion de résilience dans le Livre blanc de la Défense de 2008 et n’en tenir aucun compte, se féliciter régulièrement de déjouer des attentats et ne pas assumer que nous ne pourrons jamais tous les éviter. Ces attaques, et même celles de janvier dernier, qui ont provoqué beaucoup d’émotion, ne sont pourtant encore que peu par rapport aux dizaines d’attentats massifs et d’attaques dynamiques qui ont frappé diverses nations du monde depuis 2001. La première des responsabilités serait d’expliquer que cela arrivera très probablement sur notre sol dans les semaines, mois ou années à venir.
dimanche 24 mars 2024
Attaque de Charlie Hebdo-Six combats en 16 minutes dans un rectangle de 250 x 80 m
Nous sommes le 7 janvier 2015 à 11 h 20.
Les frères Kouachi arrivent dans la rue Nicolas-Appert. Ils pénètrent au n° 6
croyant sans doute être dans les locaux de Charlie
Hebdo. Après avoir menacé les employés et obtenu la bonne adresse, ils
pénètrent au n° 10 et tirent sur les agents de maintenance, tuant
froidement l’un d’eux, Frédéric Boisseau. Cet assassinat tranche avec
l’attitude qu’ils auront par la suite avec ceux qui ne rentrent pas dans la catégorie
qu’ils ont décidé de cibler, signe de tension extrême qui se détendra par la
suite lorsqu’ils auront considéré avoir réussi leur mission. Une fois à
l’intérieur du bâtiment, ils parviennent par la menace à obtenir le code
d’accès au journal et arriver dans la salle de réunion du comité de rédaction.
Entre temps, un des premiers hommes attaqués a
averti la police qui envoie immédiatement sur place une équipe de la Brigade
anti-criminalité (BAC) du 11e arrondissement. Le contact avec
l’homme qui a téléphoné permet de faire remonter le renseignement que l’affaire
est sans doute liée à Charlie Hebdo,
qu’il y a « Trois [erreur du témoin] personnes
à l’intérieur du bâtiment avec des armes lourdes » et il demande du renfort.
Outre un agent qui reste avec le véhicule, le reste de l’équipe (deux hommes et
une femme) se met en position de bouclage sur les trois sorties possibles du
bâtiment. Trois policiers en VTT sont alors en route depuis l’avenue Richard
Lenoir suivis par deux autres en voiture pour parfaire le bouclage en attendant
probablement l’arrivée de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI).
Pendant ce temps, le premier combat a déjà eu lieu
à l’intérieur du bâtiment. Les deux frères ont pénétré dans la salle de réunion
où ils se trouvent face à un seul garde du corps. Malgré les menaces
régulières, l’incendie de novembre 2011, les cyber-attaques et le classement
public (Inspire, revue d’AQPA du
printemps 2013) de Charb parmi les hommes à tuer, la protection de
l’équipe de Charlie Hebdo avait été
progressivement réduite de neuf hommes à un seul (plus une patrouille mobile
régulière qui n’a été d’aucune utilité) en l’espace d’un peu plus de deux ans.
Les soldats agissent toujours au minimum par deux, un seul homme ne pouvant en
réalité compter que sur la chance lorsqu’il est surpris par deux attaquants
équipés de fusils d’assaut. Malheureusement, Franck Brinsolaro n’a pas eu de
chance ce jour-là.
A 11 h 33, les frères Kouachi sortent du
bâtiment, côté rue Nicolas-Appert, calmement et en hurlant victoire (« Nous avons
tué Charlie Hebdo », « Nous avons vengé le Prophète », ce qu’ils répéteront à
plusieurs reprises). Lorsqu’ils ouvrent le feu sur l’équipe qui arrive en VTT,
la policière de la BAC placée à dix mètres dans le coin droit du bâtiment en
face d’eux tire, trois fois seulement, avec son pistolet, les rate et se poste
à nouveau derrière le mur. Elle déclarera : « Je suis entrée dans un
état de paranoïa. J’étais persuadé qu’ils me voyaient ».
Les images ne montrent pas alors les frères
Kouachi comme étant fébriles et encore moins inhibés, mais comme étant « focalisés », c’est-à-dire concentrés
sur une action précise à la fois comme le policier à terre vers lequel ils
courent tous les deux en même temps, sans s’appuyer l’un après l’autre et
utiliser les protections de l’environnement. Ils sont alors en situation de
déconnexion morale. Le pire est déjà arrivé. S’ils sont très conscients
cognitivement de ce qu’ils font, ils n’ont plus aucune conscience ni du danger,
ni surtout de l’horreur de ce qu’ils font. Cette conscience peut venir plus
tard avec les remords, mais ce n’est pas toujours le cas, loin de là. Cette
focalisation cognitive explique pourquoi ils se concentrent sur des détails,
comme plus tard la chaussure tombée, et en oublient d’autres, comme la perte de
la carte d’identité lors du changement de voiture.
Le même phénomène de « focalisation » frappe aussi
certainement les hommes et les femmes qui leur font face. La plupart se
concentrent sur l’origine du danger immédiat, avec souvent une acuité accrue,
mais d’autres peuvent rester sur la mission qu’ils ont reçue même si celle-ci a
changé, un problème technique à résoudre, un objet, etc. Il y a forcément une
déperdition de l’efficacité globale, surtout si les hommes et les femmes sont
dispersés sans quelqu’un pour donner des ordres.
Le comportement dans une bulle de violence obéit
ainsi à sa propre logique qui peut apparaître comme irrationnelle vu de
l’extérieur. Pour le comprendre, il faut partir du stress et de sa gestion.
Stress et préparation au
combat
La manière dont on réagit à un danger dépend de l’interaction de plusieurs systèmes nerveux. Lorsque l’amygdale cérébrale, placée dans le système limbique, décèle un danger, elle provoque immédiatement une alerte vers le cerveau reptilien et ses circuits nerveux rapides. Les ressources du corps sont alors automatiquement mobilisées par une série d’ordres bioélectriques et des sécrétions chimiques. Cette mobilisation immédiate se traduit par une concentration du sang sur les parties vitales au détriment des extrémités ainsi qu’une atténuation de la sensation de douleur. Surtout, elle provoque une augmentation du rythme cardiaque afin de permettre des efforts physiques intenses.
Quelques fractions de seconde après le cerveau
reptilien, l’alerte de l’amygdale atteint le néocortex. Un jugement de la
situation est alors fait, en quelques secondes au maximum, qui influe sur la
mobilisation du corps de combat déjà déclenchée en la contrôlant ou, au
contraire, en l’amplifiant. Or, ce processus de mobilisation devient
contre-productif si son intensité est trop forte. Au-delà d’un premier seuil,
l’habileté manuelle se dégrade et des gestes jusque-là considérés comme simples
peuvent devenir compliqués. Au stade suivant ce sont les sensations qui se
déforment puis ce sont les fonctions cognitives qui sont atteintes et il
devient de plus en plus difficile puis impossible de prendre une décision
cohérente. Au mieux, on obéira aux ordres ou on imitera. Au stade ultime de
stress, le comportement de l’individu n’a plus de lien avec la survie, ou plus
exactement la menace principale est alors l’arrêt cardiaque et le corps y fait
face en bloquant l’action de l’amygdale cérébrale. On peut rester ainsi
totalement paralysé face à quelqu’un qui va pourtant visiblement vous tuer. Comme
par ailleurs l’amygdale est reliée à la mémoire, sa paralysie soudaine entraine
souvent aussi celle de la mémoire qui se fige sur la scène du moment. S’il
survit, l’individu est alors condamné à revivre souvent cette scène.
On se retrouve ainsi avec deux processus,
organique et cognitif, qui dépendent largement de l’expérience. La mise en
alerte sera d’autant plus rapide que l’on a des situations similaires et des
indices de danger en mémoire. L’intensité de la mobilisation sera plus forte si
l’on est surpris et s’il s’agit de la, ou des toutes, première(s)
confrontation(s) avec le danger. L’analyse intellectuelle qui suit passe aussi
d’abord par la recherche de situations similaires (heuristique tactique), puis,
si elle n’en trouve pas et si l’intensité du stress le permet, par une
réflexion pure, ce qui est de toute façon plus long.
Or, le résultat d’un combat à l’arme légère à
courte distance se joue souvent en quelques secondes. Le premier qui ouvre le
feu efficacement l’emportant sur l’autre dans 80 % des cas, rarement du
premier coup, mais plutôt par la neutralisation totale ou partielle de
l’adversaire, en fragmentant par exemple ses liens visuels entre des hommes qui
se dispersent et postent. Cette neutralisation permet de prendre ensuite
définitivement le dessus et de chasser, capturer ou tuer l’ennemi. Encore
faut-il être conditionné pour aller au-delà de la simple autodéfense et
chercher sciemment la mort de l’autre (ne faire que du « tir à tuer » notamment).
Dans le reportage de France 2 revenant sur les événements du 7 au 9 janvier,
le responsable de la salle de commandement de la Direction de la sécurité de
proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) déclare : « on avait en
face à faire à des individus surarmés, entraînés ». On a pourtant là des
amateurs qui font face à des professionnels. Il se trouve simplement que pour
ce contexte précis, l’auto-préparation des premiers a été supérieure à celle,
institutionnelle, des seconds.
Les frères Kouachi se préparent à l’attaque depuis
des mois. Ils sont équipés comme un binôme d’infanterie moderne, avec des
équipements en vente libre (gilets tactiques) et de l’armement accessible par
le biais de contacts criminels et grâce à l’ouverture des frontières et celle
des arsenaux de l’ex-Pacte de Varsovie et de l’ex-Yougoslavie. L’ensemble-deux
fusils d’assaut AKS-47 ou AKMS en 7,62 mm, un lance-roquettes M 82, deux
pistolets automatiques et dix grenades fumigènes, des munitions en grande
quantité — a été financé (environ 10 000 euros) de manière autonome
par le biais de crédits à la consommation ou d’achats à crédit, une voiture par
exemple, revendus immédiatement après. L’acquisition de l’armement a été sans
doute la phase la plus délicate, mais pour le reste, grâce à Internet, un peu
de temps libre et un espace discret pour s’entraîner et tirer, n’importe qui
peut acquérir les compétences techniques nécessaires pour maîtriser l’emploi de
cet équipement.
Face aux combattants
auto-formés
La préparation la plus longue des frères Kouachi a
été mentale. Se préparer au combat et plus encore à un massacre suppose une
phase d’acceptation de ce qui n’est pas naturel et, pour le second cas, est
même monstrueux. Les frères Kouachi et Coulibaly étaient déjà habitués par leur
passé à la violence et son usage. Ils ont par ailleurs répété de multiples fois
par les mots et surtout par des images mentales les actions qu’ils allaient
mener, dans ses moindres détails, et sa justification en disqualifiant
moralement les cibles qu’ils ont choisi. C’est ainsi qu’ils sont arrivés sur
les lieux d’attaque en situation d’hyperconscience sous adrénaline, tendus
d’abord puis de plus en plus relâchés dans le déroulement de l’action et de ce
qu’ils considéraient comme des réussites. Ils sont également conscients de la
supériorité de leur armement sur tout ce qu’ils sont susceptibles de
rencontrer, au moins dans un premier temps. Des substances chimiques ou
l’alcool simplement peuvent aider psychologiquement au moment, et surtout juste
avant, l’action, mais souvent au prix d’une réduction des performances.
Les frères Kouachi ont parallèlement préparé leur
mission, sans doute avec une reconnaissance préalable. Il n’y avait pas de
caméras de surveillance dans la rue Nicolas-Appert qui aurait peut-être permis
de déceler ces préparatifs et les patrouilles mobiles organisées toutes les 30
à 40 minutes par la police autour du site n’ont rien donné. Inversement,
cette préparation a pu repérer justement la fréquence de ces patrouilles, de
façon à glisser une attaque de quelques minutes entre elles, et l’absence des
caméras. L’opération sur Charlie Hebdo
comprenait néanmoins plusieurs manques importants, comme le lieu exact de la
réunion du comité de rédaction et le code d’accès, éléments aléatoires
susceptibles de retarder fortement son exécution.
Un fantassin seul a toujours des moments de
vulnérabilité (changement de chargeur, déplacement, fatigue de l’attention,
etc.). Le fait de s’associer en binôme permet de faire en sorte que ces moments
de vulnérabilité de l’un soient protégés par l’autre, sans parler de l’aide
éventuelle en cas de blessure. Ils peuvent aussi se fournir des munitions.
Surtout, ils s’épaulent psychologiquement et cette surveillance morale
contribue aussi à réduire les possibilités de faiblesse ou de réticence. Un
binôme est ainsi bien plus actif et redoutable que deux hommes isolés. La
vulnérabilité de leur structure résidait dans l’absence d’appui, un homme à
l’extérieur pour les protéger d’une intervention ou au moins les avertir, et
surtout d’un conducteur, figure imposée lorsqu’on envisage de s’exfiltrer
(comme dans un braquage par exemple), ce qui était visiblement le cas. Le
binôme a donc agit en laissant la voiture au milieu de la route, portes
ouvertes et en comptant sur la vitesse d’exécution tout en sachant qu’il y
avait plusieurs inconnues dans leur plan.
Ainsi équipés et formés, ils se transforment en
cellule de combat d’infanterie. Le déplacement vers la zone d’action à partir
de 10 h, avec la réunion des deux frères au dernier moment (Saïd venait de
Reims, où il avait échappé à toute surveillance) s’est faite de manière « furtive » dans un mode civil,
armes cachées, en évitant tout contrôle par un respect strict du Code de la
route et avec la possibilité de présenter des documents d’identité. Les tenues
sont « hybrides », c’est-à-dire à la fois
banales et susceptibles de se transformer en tenues de combat, autrement dit
qui n’entravent pas les mouvements et permettent de porter des équipements,
éventuellement dans de grandes poches. L’utilisation de cagoules confirme la
volonté d’exfiltration. Les commandos-suicide n’en portent pas. Pour autant, il
semble qu’ils n’aient pas eu d’argent avec eux (d’où la nécessité de braquer
plus tard une station-service), ni envisagé la possibilité de changer de
voiture (le principal élément de repérage et de suivi) autrement que par un
vol, opération aléatoire.
Face à ce groupe de combat miniature, les
policiers qui arrivent les uns après les autres sont systématiquement en
situation de désavantage. Dans le reportage de France 2, un policier
parlant sous le couvert de l’anonymat déclare : « Il faut savoir que nous,
on ne s’entraîne pas au tir de précision, on s’entraîne au tir de riposte,
c’est-à-dire à 5 ou 6 m. Là, en plus ça bouge, il y a le stress. Le combat
est perdu d’avance ». Un autre : « Après coup,
les policiers se sentent impuissants face à ce genre d’événements. On n’est pas
préparé, on n’est pas équipé. C’est pas le casse-pipe mais presque ».
L’usage des armes n’est pas le point central de
l’action d’un policier ou d’un gendarme. C’est un phénomène très rare qui
apparaît comme un geste ultime, au contraire du soldat dont la formation est
organisée autour de cet acte. Une étude réalisée de 1989 à 1996, montrait que
sur 29 000 policiers parisiens, seuls 218
avaient déjà ouvert le feu autrement qu’à l’entrainement, tirant 435 projectiles,
dans l’immense majorité des cas à moins de 4 mètres. Ces projectiles étant
tirés principalement pour stopper des véhicules, ils n’ont touché que 74 fois
des individus, 45 au total, donc dix mortellement. Durant la même période, 20 policiers
ont été victimes du devoir chaque année (6 depuis le début des années 2000).
Policiers et gendarmes sont bien plus souvent tués que tueurs. Hors unités
d’intervention, ils n’utilisent que très exceptionnellement leur arme et
toujours en autodéfense.
Dans les premiers combats dans le bocage normand
en 1944, on a remarqué que les fantassins américains novices tiraient très peu.
On s’est aperçu au bout de quelques mois que cette inhibition provenait surtout
du fait que le contexte dans lequel ils évoluaient et où ils ne voyaient que
très peu d’ennemis était totalement différent de celui dans lequel ils avaient
été formés. De la même façon, à Sarajevo, en juillet 1993 un soldat français du
bataillon n° 4, sentinelle à l’entrée d’un pont a subi sans riposter ni
même beaucoup bouger plusieurs rafales tirées par deux miliciens à l’autre bout
du pont. Cet homme n’avait jamais ouvert le feu à l’exercice autrement que sur
ordre et toujours face à de belles cibles en carton visibles et immobiles. Il
s’est trouvé d’un seul coup dans une situation en contradiction avec sa
formation et cette dissonance cognitive a accentué le stress déjà important
pour un baptême du feu jusqu’à aboutir à une sidération.
Encore s’agit-il de cas où les combattants savent qu’ils ont un armement équivalent à celui de leur adversaire. Que s’insinue l’idée que celui-ci est inférieur (un pistolet face à un fusil d’assaut) et le stress est encore plus important. Une policière membre de l’équipe intervenant en VTT déclarera « On peut pas répondre à des Kalash. Faut être spécialisé, formé dans une unité d’élite ». La gendarme départementale qui interviendra à l’imprimerie de Dammartin le 9 janvier expliquera de son côté : « On avait un simple pistolet, eux ils avaient des Kalachnikovs. S’ils nous tirent dessus, leurs cartouches passent à travers nos gilets, c’est comme une feuille de papier. Un simple gendarme à l’époque n’était pas préparé à affronter des terroristes ». Mais de manière très significative, son collègue sous-officier plus expérimenté et ayant reçu une formation militaire réagira très différemment, malgré les mêmes équipements, et parviendra même à blesser Chérif Kouachi avec son pistolet. Il n’a tenu qu’à la crainte que son frère se venge sur un otage qu’il ne le tue ensuite.
Un entraînement est un conditionnement. Que celui-ci soit décalé face à une situation et il devient moins efficace que la simulation mentale pratiquée par les truands ou les terroristes, surtout lorsque cet auto-conditionnement est débarrassé de toute considération légale et réglementaire, facteurs qui complexifient en revanche la phase d’analyse « flash » des policiers. On aboutit ainsi à des hésitations, des maladresses (le simple grossissement de la pupille de l’œil sous l’effet du stress, l’augmentation des pulsations cardiaques, la tendance à rentrer les épaules, le souci de tirer vite suffisent déjà à être moins précis, d’un facteur 10 à 100, que sur un champ de tir) et des jugements inadaptés au contexte.
Contrairement aux frères Kouachi pour qui la
situation est claire, tous les policiers autour d’eux sont en dissonance
cognitive. Malgré les précédents de Mohamed Merah en 2012 ou même du périple Abdelhakim Dekhar qui s’était attaqué à des
médias à peine 14 mois plus tôt, ils ne conçoivent pas encore l’attaque terroriste
à l’arme à feu. Ils tordent donc la réalité pour la faire correspondre à une
explication « normale ». La policière de l’équipe en VTT
ne comprend pas qu’il puisse y avoir un braquage, le seul cas qu’elle envisage,
dans une zone tranquille sans banque ni bijouterie et conclut que les témoins
ont sans doute entendu des pétards. L’équipe de la BAC, après avoir soupçonné
une fausse alerte, conclut qu’il y a une prise d’otages et applique la
procédure correspondante. Lorsqu’il voit les deux frères Kouachi sortir avec des
cagoules et des fusils d’assaut à la main, un des membres de la BAC se persuade
contre toute logique qu’il s’agit de « collègues d’une
unité d’élite ». Personne ne songe au
passage à neutraliser le véhicule des frères Kouachi lorsqu’ils sont à l’intérieur
du bâtiment.
Stress organisationnel
Au moment du tir de la policière contre les
Kouachi, son collègue de la BAC placé dans l’Allée verte essaie en vain
d’avertir par radio du danger que courent les agents qui arrivent à vélo. Le
message ne passe pas et les trois hommes tombent nez à nez sur les deux ennemis
qui leur tirent dessus à quelques mètres. Ces tirs sont heureusement maladroits
et les policiers, complètement surpris (« Je me suis dit que j’allais mourir. Je ne comprenais rien ») parviennent à échapper
aux tirs en prenant un chemin immédiatement à droite et en se réfugiant dans un
garage. L’un d’eux est blessé. L’équipe est neutralisée.
Les Kouachi montent dans leur voiture, prennent
l’Allée verte en direction du boulevard Richard Lenoir. Ils aperçoivent une
voiture de police qui arrive en sens inverse. Le policier dans l’Allée verte
essaie à nouveau en vain d’avertir par radio. Leurs camarades dans la voiture
croient voir la BAC et font des appels de phare. Les Kouachi ont donc encore
l’avantage de la surprise lorsqu’ils descendent de la voiture et tirent au
fusil d’assaut à quelques dizaines de mètres. Les policiers réagissent
néanmoins très vite, tirent au pistolet à travers le pare-brise et font marche
arrière jusqu’au boulevard Richard-Lenoir. Ils ne pensent pas à bloquer la
sortie de l’Allée verte.
Si le renseignement opérationnel a été défaillant
dans les jours et les mois qui ont précédé l’attaque, le renseignement
tactique, sur le moment même de l’action n’a pas toujours été bon. L’équipe de
la BAC arrive au moment du massacre sans connaître la nature particulière de la
cible. Son action est orientée dans le sens d’un braquage, confrontation qui se
termine le plus souvent, pour peu que le bouclage soit bien réalisé, par une
négociation et une reddition. Ce sont finalement eux qui apprennent au centre
de commandement, et pas l’inverse, le lien avec Charlie Hebdo et donc le caractère probablement particulier de la
situation tactique. Par la suite, le réseau radio est saturé, phénomène
classique lorsqu’un réseau centralisé doit faire face à un événement
exceptionnel et que la hiérarchie multiplie les demandes souvent simplement
pour soulager son propre stress et répondre aux sollicitations du « haut ». Ce blocage de
l’information contribue au moins par deux fois à ce que les policiers n’aient
pas l’initiative du tir.
Lorsque le véhicule de la police revient sur le
boulevard Richard-Lenoir, le passage est libre pour les frères Kouachi qui
malgré des tirs d’un policier de la BAC depuis l’Allée verte et de ceux qui ont
reculé, prennent le boulevard en tirant également par la fenêtre passager.
Aucun de ces coups de feu ne porte. Les Kouachi croisent d’autres policiers qui
leur tirent dessus, toujours sans effet. Comprenant qu’ils sont à contresens,
ils font demi-tour et reprennent le boulevard dans l’autre sens se retrouvant à
nouveau presque dans l’axe de l’Allée verte. Ils se trouvent face à un nouveau binôme
qui ne sait pas quoi faire. Ahmed Merabet se retrouve seul face aux frères
Kouachi qui descendent de voiture, le blessent puis vont l’achever avant de
reprendre la route. Il est 11 h 37. Ils sont ensuite pris en chasse
par un véhicule de transport de détenus, trop lent pour les suivre. Après
plusieurs accidents, les Kouachi braquent un automobiliste et lui volent sa
voiture. Ils sont calmes et déclarent agir pour Al-Qaïda au Yémen. Ils se
dirigent ensuite vers la porte de Pantin et la police perd leur trace.
Au bilan, la police a engagé entre douze et quinze
agents, selon les sources, contre les deux frères Kouachi sans parvenir à les
neutraliser, ni même les blesser ou les empêcher de fuir, déplorant en revanche
deux morts, un blessé léger et plusieurs traumatisés. Le système de protection
de Charlie Hebdo était insuffisant,
l’action des unités d’intervention, dont les hommes sont évidemment bien
préparés au combat, était trop tardive face à des combattants spontanés dont le
but premier est de massacrer, qui ne veulent pas négocier et ne tiennent pas
particulièrement à leur vie. Face à ces micro-unités de combat, les Mohammed
Merah, Abdelhakim Dekhar, Mehdi Nemmouche, Amédy Coulibaly, Chérif et Saïd
Kouachi ou Ayoub El Khazzani, sans même parler du commando du 13 novembre,
l’organisation classique, nettement différenciée entre l’action de police « normale » et celle d’unités
d’intervention centralisées, semble inopérante pour empêcher les massacres.
Que faire ?
Ces cas sont rares (une attaque d’un ou plusieurs
hommes équipé(s) d’armes à feu tous les six mois depuis trois ans, à laquelle s’ajoutent
des agressions de divers types) mais ils ont un impact considérable, amplifié
par les nouveaux médias. Il s’agit donc d’un point de vue organisationnel, de
faire un choix entre l’habituel et l’exceptionnel.
Dans le premier cas, on peut considérer que ces
attaques n’engagent pas les intérêts vitaux de la France et qu’il n’est donc
pas nécessaire d’investir en profondeur dans l’outil de sécurité intérieure. La
menace disparaîtra avec le temps et il suffit de résister, d’encaisser les
coups qui ne manqueront pas de survenir malgré toutes les précautions prises.
On peut considérer au contraire qu’il faut faire face à cette nouvelle donne
stratégique.
Dans ce dernier cas, il semble nécessaire
d’augmenter la densité de puissance de feu efficace en protection de sites
sensibles et surtout en capacité d’intervention immédiate (moins de quinze
minutes sur n’importe quel point urbain). Il faut peut-être pour cela arrêter
la diminution constante de densité de sécurité (nombre d’agents susceptibles
d’intervenir immédiatement par 1000 habitants), ce qui suppose sans doute
au moins autant une remise à plat de l’organisation qu’une augmentation des
effectifs (250 000 agents au ministère de
l’Intérieur).
On peut engager ponctuellement des militaires mais
il faut comprendre que cela pénalise fortement la capacité d’action extérieure
de la France, d’autant plus que leurs effectifs ont été considérablement
diminués depuis vingt ans (il y a désormais moins de soldats professionnels
qu’avant la fin du service militaire).
On peut aussi imaginer d’utiliser, en complément,
des agents privés armés spécialisés dans la seule protection, comme sur
certains navires pour les protéger des pirates. Cela suppose une évolution
forte de la vision de la société sur ces groupes et de sérieuses garanties de
contrôle et formation. Il faut déterminer enfin si ce modèle est plus
économique que le recrutement de fonctionnaires.
Dans tous les cas, l’augmentation de cette
densité, qui peut aussi avoir par ailleurs des effets indirects de réassurance
sur la population et sur la délinquance, a des limites de recrutement. Elle
peut aussi être tactiquement contournée par l’ennemi en déplaçant les attaques
sur des zones moins densément peuplées et surveillées.
Il ne sert à rien d’avoir plus d’hommes et de
femmes au contact, s’ils sont moins bien équipés et formés que ceux qu’ils
combattent. Il apparaît donc toujours nécessaire dans ce cadre que les agents,
hors unité d’intervention, soient capables de basculer d’une situation normale
à une situation de combat en quelques instants, avec une double dotation
d’armes (arme de poing/arme de combat rapproché). Si la policière qui a tiré
sur les Kouachi à la sortie du 10 Nicolas-Appert avait utilisé un
pistolet-mitrailleur (un vieux HK MP5 par exemple), l’affaire se serait
probablement arrêtée là. La simple capacité de tir en rafales associée à un
entraînement adéquat aurait sans doute suffi à éliminer cette menace sans avoir
à viser, d’autant plus que cette puissance de feu aurait été beaucoup plus
rassurante et donc stimulante qu’un simple pistolet automatique. Avec l’aide
simultanée d’au moins un autre agent de la BAC, les frères Kouachi n’auraient
eu aucune chance. De même que s’il y avait eu deux gardes du corps à la
rédaction de Charlie Hebdo, il est
peu probable, malgré la surprise, qu’ils aient pu être abattus au même moment.
Cette double dotation a cependant des effets négatifs comme la charge
supplémentaire de surveiller l’armement le plus lourd, rarement utile en fait.
Tout cela a un coût, en finances et en temps
d’entraînement, mais cela suppose surtout un changement de regard sur les
agents de sécurité, passant du principe de méfiance à un principe de confiance.
Le premier soldat français tué durant la guerre d’Algérie a été abattu alors
qu’il essayait de sortir ses munitions d’un sac en toile. Les premiers soldats
engagés dans l’opération Vigipirate avaient également leurs munitions dans des
chargeurs thermosoudés. Il est même arrivé que la prévôté retire leurs armes à
des militaires en opération après des combats. Ces humiliations n’ont,
semble-t-il, plus cours, et on s’aperçoit que non seulement les soldats ne font
pas n’importe quoi pour autant mais sont plus efficaces. On peut considérer que
mieux armer les agents de sécurité de l’État et assouplir leurs règles
d’ouverture soit un danger majeur contre les citoyens, il est probable que cela
soit surtout plus dangereux pour leurs ennemis.
Les attaques de combattants spontanés, plus ou
moins dangereuses, de l’agression au couteau jusqu’à l’attaque multiple par un
commando très organisé, existent déjà depuis plusieurs années et elles
perdureront tant que la guerre contre les organisations djihadistes perdurera.
Le cas d’Abdelhakim Dekhar en novembre 2013 montre d’ailleurs que d’autres motivations
peuvent aussi exister.
Il reste donc aux décideurs politiques, et aux
citoyens qui les élisent de faire ces choix. On peut se contenter, après chaque
attaque, de réactions déclaratoires, de symboles et d’adaptations mineures.
Cette stratégie de pure résilience peut avoir ses vertus, mais il faut l’assumer.
On peut aussi décider de vraiment transformer notre système de défense et de
sécurité pour faire face à l’ennemi, à l’intérieur comme à l’extérieur. Cela
suppose des décisions autrement plus fortes qui auront nécessairement un impact
profond sur notre système socio-économique et notre diplomatie.
La France ne sera pas tout à fait la même dans les
deux cas mais le courage ne peut pas rester la vertu des seuls hommes et femmes
qui sont en première ligne.
Principales sources :
Attentats 2015 :
Dans le secret des cellules de crise, France 2, 03/01/2016.
Pierre-Frédérick Bertaux,
« Les effets traumatiques de l’intervention violente », in Penser la violence,
Les Cahiers de la sécurité — INHESJ, 2002.
Sur les aspects
psychologiques : Christophe Jacquemart, Neurocombat, Fusion froide, 2012 et Michel Goya, Sous le feu-La mort comme hypothèse de
travail, Tallandier, 2014.
Pour la réactualisation des déclarations des policiers (procès de septembre 2020)
Paul Konge, « Procès de l’attentat contre “Charlie Hebdo” : l’effroi des jeunes policiers face aux “kalach” des frères Kouachi » Marianne.net 14/09/2020, publié à 18 : 47 et fil Twitter Corinne Audouin, 16/09/2020.
vendredi 7 janvier 2022
Armée et sécurité intérieure. Retour sur l'expérience de la bataille d'Alger
Il
y a juste cinquante ans, l’armée de terre était engagée aux côtés des forces de
police pour éradiquer le terrorisme dans une grande ville française. On connaît
le résultat : une victoire acquise en quelques semaines, mais un désastre
stratégique et psychologique dont l’armée s’est difficilement remise. À l’heure
où la menace du terrorisme est présentée à nouveau comme menace majeure, voire
unique, et où la tentation est forte d’employer tous les moyens pour s’en
préserver, il n’est peut-être pas inutile de revenir sur cette expérience.
Pourquoi l’armée ?
En 1957, le gouvernement
fait appel à l’armée parce qu’il est désemparé face au phénomène du terrorisme
urbain qui frappe Alger, menace nouvelle et d’une grande ampleur non pas par le
nombre de victimes qu’occasionne chaque attentat, très inférieur par exemple
aux attaques de Madrid en 2004 ou à New York en 2001, mais par leur
multiplication. A partir de septembre 1956 et pendant plus d’un an, cette ville
de 900 000 habitants est en effet frappée en
moyenne chaque jour par deux attaques qui font, toujours en moyenne, un mort et
deux blessés.
Les forces de police ne
parviennent pas à faire face au problème, car elles sont paralysées par trois
facteurs : la multiplicité et la rivalité des services (RG, sécurité
militaire, PJ, DST, gendarmerie), la méconnaissance du phénomène et la
compromission avec la population européenne dont elle est majoritairement
issue. Elle se retrouve donc à la fois décrédibilisée pour son inefficacité du
côté « européen », selon les appellations
de l’époque, et pour sa partialité du côté « musulman », 400 000 habitants dont 80 000 dans le labyrinthe de la Casbah. Le 10 août 1956, les
Musulmans ont été victimes rue de Thèbes dans la Casbah du pire attentat de
toute la période avec officiellement 16 morts mais sans aucun doute beaucoup
plus, une attaque dont les auteurs, des « ultras » partisans de l’Algérie française, ont été mollement poursuivis.
Les Musulmans sont exaspérés aussi de l’inaction policière face aux « ratonnades » qui suivent souvent les
attentats et qui occasionnent au moins autant de victimes innocentes que ces
mêmes attentats. De ce fait et autant que par sympathie idéologique ou par peur,
cette population musulmane accepte bon gré mal gré la mainmise du FLN.
Dans ces conditions et
alors que le FLN lance la menace d’une grève générale, le ministre-résidant
Robert Lacoste, estime n’avoir pas d’autre solutions que de faire appel à
l’armée et notamment à la 10e division parachutiste du général
Massu, dont on a pu constater l’efficacité dans le « djebel ». Dans son esprit, c’est
la suite logique du glissement opérée depuis 1954 lorsque les militaires ont
été engagées dans des opérations ipso
facto de sécurité intérieure puisqu’on leur refusait le titre de « guerre ». Cette décision ne
suscite que peu d’opposition politique.
Le 7 janvier 1957, le
préfet du département d’Alger signe une délégation de pouvoirs au général
Massu dont l’article premier est rédigé ainsi : « Sur le territoire du
département d’Alger, la responsabilité du maintien de l’ordre passe […] à l’autorité militaire qui exercera, sous le contrôle supérieur du
préfet d’Alger, les pouvoirs de police normalement impartis à l’autorité civile ».
Les premières unités parachutistes arrivent dans la nuit pour se lancer
immédiatement dans une énorme perquisition au sein de la Casbah. A la fin du
mois de janvier, ils brisent par la force la grève générale, au mépris de la
loi et à la satisfaction de tous.
Logique militaire contre logique policière
Dès son arrivée à Alger,
le général Massu donne la méthode à suivre : « Il s’agit pour vous, dans
une course de vitesse avec le FLN appuyé par le Parti Communiste Algérien, de
le stopper dans son effort d’organisation de la population à ses fins, en
repérant et détruisant ses chefs, ses cellules et ses hommes de main. En même
temps, il vous faut monter votre propre organisation de noyautage et de
propagande, seule susceptible d’empêcher le FLN de reconstituer les réseaux que
vous détruirez. Ainsi pourrez-vous faire reculer l’ennemi, défendre et vous
attacher la population, objectif commun des adversaires de cette guerre
révolutionnaire !
Ce travail politico-militaire est l’essentiel de votre
mission, qui est une mission offensive. Vous l’accomplirez avec toute votre
intelligence et votre générosité habituelles. Et vous réussirez. Parallèlement
se poursuivra le travail anti-terroriste de contrôles, patrouilles, embuscades,
en cours dans le département d’Alger. »
Toute l’ambiguïté de
l’action policière effectuée par des militaires est dans ce texte. Pour les
parachutistes, qui reviennent amers de l’expédition ratée à Suez, Alger est un
champ de bataille, au cadre espace-temps précis, dans lequel ils s’engagent à
fond, sans vie de famille et sans repos, jusqu’à la victoire finale et en
employant tous les moyens possibles.
En réalité, cette opération
mérite difficilement le qualificatif de « bataille » tant la dissymétrie des adversaires est énorme, à l’instar
de la police face aux délinquants qu’elle appréhende. La logique policière agit
alors de manière linéaire ne cherchant pas à surmonter une dialectique adverse
qui n’existe pas ou peu, mais à déceler et appréhender tous ceux qui ont
transgressé la loi. Cette logique est soumise à la tendance bureaucratique à
rechercher le 100 % d’efficacité et donc à réclamer toujours plus de
moyens pour y parvenir et plus de liberté dans l’emploi de la force, avec cet
inconvénient qu’à partir d’un certain seuil, les dépenses s’accroissent plus que
proportionnellement aux résultats. La tentation est alors forte de les
justifier en élargissant la notion de menace. Cette tendance reste cependant
étroitement contrôlée de manière explicite par la loi, mais aussi normalement par
une culture policière d’emploi minimal de la force.
Dans la logique militaire,
selon l’expression de Clausewitz, c’est chaque adversaire qui fait la loi de
l’autre et c’est cette dialectique qui freine la montée en puissance. En
Algérie, après quelques succès, les grandes opérations motorisées de bouclage menées
en 1955 ont rapidement perdu toute efficacité dès que les combattants ennemis
ont appris à les déjouer. Sans cet échec, on aurait probablement éternellement continué
dans cette voie jusqu’aux fameux et finalement inatteignables 100 % de
succès.
A Alger, la dialectique
est très réduite et la force militaire tend donc à monter très vite aux
extrêmes d’autant plus que les freins qui existent pour la police sont beaucoup
moins efficaces avec des militaires qui n’ont pas du tout le même rapport au
droit. Dès les premières opérations de contre-guérilla en 1954, les unités de
combat étaient stupéfaites de voir des gendarmes devoir les accompagner,
dresser des procès-verbaux et compter les étuis après les combats. Dans le
combat, elles restaient dans une logique militaire de duel entre adversaires
respectables, mais dès la fin du combat elles entraient dans une logique
policière contraire. L’ennemi anonyme mais honorable devenait un individu
précis mais contrevenant à la loi, à condition toutefois de le prouver. Lorsqu’elles
ont vu par la suite que les prisonniers étaient souvent libérés « faute de preuves », la plupart des unités
ont simplement conservé leurs ennemis dans la logique guerrière en les tuant.
Ce faisant, elles ont franchi une « ligne jaune » bafouant ouvertement un droit en retard permanent sur la
logique d’efficacité militaire.
Avec les attentats
d’Alger, l’ennemi n’apparaît même plus respectable puisqu’il refuse la logique
de duel pour frapper de manière atroce des innocents. Ajoutons enfin
l’importance de la notion si prégnante pour les militaires du sacrifice, à la
différence près que dans le cas de la « bataille » d’Alger, on ne sacrifiera pas sa vie (il n’y aura que deux
soldats tués et cinq blessés) mais son âme.
La continuation de l’action policière par d’autres moyens
Le cadre légal de l’action
de la division parachutiste est très large. Les quatre régiments parachutistes engagés
peuvent appréhender en flagrant délit ou contrôler des groupes et agir sur
renseignement avec des OPJ affectés à chacun d’eux.
Le général Massu,
nommément désigné, a le pouvoir d’ordonner des perquisitions à domicile de jour
et de nuit. Normalement, les individus arrêtés doivent être remis à l’autorité
judiciaire ou à la gendarmerie dans les 24 heures, mais le préfet délègue
à l’autorité militaire le droit d’assignation à résidence surveillée pendant au
maximum un mois. Cette assignation à résidence permet d’arrêter de simples
suspects et de constituer ensuite le dossier qui permettra éventuellement de
les présenter au parquet, à l’inverse des méthodes de la Police judiciaire. Le
tribunal militaire du corps d’armée de la région peut également juger les
affaires de flagrant délit suivant une procédure très rapide, dite de
traduction directe, où un simple procès-verbal de gendarmerie suffit. Le
tribunal militaire peut également revendiquer les poursuites exercées par les
tribunaux civils et de fait, dans la presque totalité des cas, les HLL (« hors-la-loi ») sont présentés devant
lui.
Forte de ces pouvoirs, la division
parachutiste met en place progressivement et de manière pragmatique plusieurs
structures. Le premier système, dit « de surface », consiste à
protéger les sites sensibles et à quadriller la ville par des points de
contrôle et plus de 200 patrouilles quotidiennes. Les régiments sont
affectés à des quartiers particuliers qu’ils finissent par connaître
parfaitement et la Casbah est complètement bouclée. Ce contrôle constant en
impose et rassure la population, tout en entravant les mouvements du FLN, mais
il ne permet pas d’effectuer beaucoup d’arrestations.
Le démantèlement des
réseaux est le fait de l’organisation « souterraine », c’est-à-dire d’abord de la structure de renseignement. Les
renseignements proviennent de trois sources : la documentation, c’est-à-dire
les fichiers (mais les services compétents sont réticents à coopérer) ou les
documents du FLN ; la population, mais les
langues ne commencent à se délier que lorsque l’emprise du FLN se desserre, et
surtout les interrogatoires de suspects. Dans l’ambiance qui règne alors
d’urgence, de lutte implacable contre un ennemi invisible et détesté et il faut
bien le dire, de mépris vis-à-vis d’une population musulmane « moins française que les autres »,
les notions de suspects et d’interrogatoire se brouillent très vite. Tout
musulman tend à être suspect et tout interrogatoire tend à devenir torture. Au
sein de cette structure de renseignement, le commandant Aussaresses, est chargé
des exécutions extrajudiciaires maquillées le plus souvent en suicide, comme
celles du leader FLN Mohamed Larbi Ben M’hidi ou de l’avocat Ali Boumendjel.
Où s’arrête la sécurité
globale ?
Comme le souligne le général Massu dans son
ordre d’opération, la traque des terroristes selon des méthodes inspirées de
celle de la police n’est qu’un aspect du problème. Il faut aller beaucoup plus
loin. Dans la trinité clausewitzienne, la force armée, le gouvernement et le
peuple se renforcent et se contrôlent mutuellement. Lorsqu’une guerre est
déclarée, les deux armées ennemies s’affrontent dans un duel gigantesque, et
lorsqu’un vainqueur se dessine, le gouvernement vaincu et le peuple à sa suite
se soumettent. Dans la « guerre
contre-terroriste », on détruit les
cellules tactiques ennemies mais aussi les chefs, avec qui il est hors de
question de négocier. Si l’on veut mener une guerre, le seul pôle sur lequel on
peut agir est donc la population. Combinant la recherche policière du 0 terroriste
et la vision militaire de lutte collective, l’armée se lance dans le contrôle
étroit du « peuple de l’ennemi » pour éviter qu’il sécrète à nouveau des « malfaisants ».
On s’engage donc dans une voie dont on ne
cerne pas la fin et les contradictions. Outre que l’on n’hésite pas à
brutaliser la population musulmane (plusieurs dizaines de milliers de suspects,
innocents pour la très grande majorité, passeront par les centres de triage),
on lui impose, sur l’initiative du colonel Trinquier, un dispositif d’autosurveillance
inspiré des régimes totalitaires communistes qui ont tant marqué les vétérans d’Indochine.
Dans le cadre de ce dispositif de protection urbaine (DPU), aussitôt surnommé
Guépéou. Chaque maison de la Casbah ou des bidonvilles est numérotée et chacun
de ses habitants est fiché. Des chefs d’arrondissements, îlots, buildings ou
maisons sont désignés (7 500 au total)
avec l’obligation de tenir à jour des fiches de présence et de signaler tout
mouvement, sous peine de sanctions. La mise en place du DPU permet ainsi de
découvrir Ben M’Hidi.
Le DPU sert aussi de relais pour
l’encadrement psychologique et administratif de la population. En s’immisçant
dans tous les aspects de la vie, avec la création de sections administratives
urbaines (SAU), d’organisations d’anciens combattants, de « cercles féminins » (où les femmes reçoivent un enseignement pratique sous l’impulsion
d’équipes médico-sociales) et en inondant la ville de photos, affiches, tracts,
messages par radio, journaux ou cinémas itinérants, on espère gagner « la bataille des cœurs et des esprits ». Cette mainmise permet aux parachutistes de
devenir à leur tour des « poissons dans
l’eau » même s’il s’agit surtout de
poissons prédateurs.
Cela n’empêche pas Yacef Saadi, le chef du réseau « bombes » à Alger d’organiser à nouveau une série d’attentats atroces. Les 4 et 9 juin, Saadi et ses poseurs de bombes, souvent des porteuses pour moins attirer la méfiance, tuent 18 personnes et en blessent près de 200. Cette fois le général Massu fait appel au colonel Godard pour organiser les opérations. Godard, futur membre de l’OAS, est très hostile aux méthodes employées précédemment et notamment l’usage de la torture. Trinquier et Aussaresses sont écartés au profit du capitaine Léger qui parvient à organiser de spectaculaires opérations d’infiltration et d’intoxication des réseaux du FLN, la fameuse « bleuite ». Même s’il y aura quelques attaques l’année suivante, la bataille d’Alger se termine en octobre 1957, avec l’arrestation de Yacef Saadi et la mort du tueur Ali-la-pointe.
Où est la victoire ?
La méthode, souvent brutale, a été tactiquement efficace. Le réseau « bombes » est démantelé une première fois en février 1957 puis à nouveau en octobre. Le comité exécutif du FLN, privé de Ben M’Hidi s’est enfui pour la Tunisie. Officiellement, jusqu’à la fin mars, la 10e DP a tué 200 membres du FLN et arrêté 1 827 autres, mais beaucoup plus selon d’autres sources comme Paul Teitgen, secrétaire général de la police à Alger, qui font aussi l’objet de controverses.
Mais si la victoire
immédiate sur le terrorisme est flagrante, il est probable que les méthodes
employées, quoique souvent moins dures que celles du camp d’en face y compris
contre les siens, ont contribué encore à pousser la population musulmane dans
le camp ennemi. La polémique qui naît sur les méthodes employées va également empoisonner
l’action militaire jusqu’à la délégitimer gravement.
En interne, le malaise est aussi très sensible du fait du mélange des genres. D’un côté, certains ne se remettront pas de leur engagement dans l’action policière poussée à fond alors que d’autres souffriront au contraire de ce non-combat si contraire à l’éthique militaire et si frustrant. Cela se traduit parfois par des bouffées de violence comme en juin 1957, lorsque trois parachutistes agressés depuis une voiture se ruent dans un hammam et tuent plusieurs dizaines d'innocents. Bien qu’infiniment moins meurtrière pour eux que les batailles de 1944-1945 par exemple, les soldats français gardent un souvenir détestable de cette période jusqu’à l’incruster profondément dans l’inconscient collectif.
En guise de conclusion,
voici ce que disait le colonel Bigeard à ses hommes en juillet 1957 avant de
reprendre un « tour » à Alger. Cela résume assez bien la
problématique des unités de combat engagées contre les organisations armées pratiquant le terrorisme : « Nous avons deux éventualités
possibles pour « tuer » notre période d’Alger : la première peut
consister à se contenter du travail en surface, en évitant de se compromettre,
en jouant intelligemment sans prendre de risques, comme beaucoup hélas !
savent trop bien le faire ; la seconde, jouer le jeu à fond, proprement,
sans tricher, en ayant pour seul but : détruire, casser les cellules FLN,
mettre à jour la résistance rebelle d’une façon intelligente, en frappant juste
et fort. Nous adopterons immédiatement la seconde. Pourquoi ? parce que
c’est une lâcheté de ne pas le faire. […] Il y a ces articles de presse qui nous calomnient. Il y a ceux qui ne
prennent aucune position et qui attendent. Si nous gagnons, ils seront nos
défenseurs ; si nous perdons, ils nous enfonceront. Les directives
concernant cette guerre, les ordres écrits n’existent pas et pour cause !
Je ne peux vous donner des ordres se référant à telle ou telle note de base…Peu
importe ! Vous agirez, avec cœur et conscience, proprement. Vous
interrogerez durement les vrais coupables avec les moyens bien connus qui nous
répugnent. Dans l’action du régiment, je serai le seul responsable. »
vendredi 3 septembre 2021
13 novembre
Quand on a été victime ou que l’on a perdu des proches dans une attaque comme celles du 13 novembre 2015, on est en droit de demander des comptes à celui qui était chargé de sa protection, l’Etat, et plus particulièrement son instrument premier sur le territoire national : le ministère de l’Intérieur. Au niveau le plus élevé la réponse aux interrogations n’a pas été, c’est le moins que l’on puisse dire, à la hauteur du courage de l’échelon le plus bas, faisant de l’ « aucune faille n’est survenue » un mantra dont on espérait alors que par répétition il puisse devenir une vérité. Cette petite attitude n’est hélas pas nouvelle.
Quatre policiers de la BAC 94 arrivent à ce moment-là et donc presque tout de suite après le groupe Sentinelle. Le massacre a déjà eu lieu, les coups de feu ont cessé à l’intérieur et les terroristes encore vivants sont à l’étage avec des otages. Le maréchal des logis (MDL) fait débarquer ses hommes entre le square à côté et la façade du Bataclan et leur fait prendre les dispositions de combat. Les soldats ne savent alors strictement rien de la situation et le MDL se met à la disposition de la BAC, selon le vieux principe qui veut que le « premier arrivé commande » et de toute façon, la mission générale est d'appuyer les forces de sécurité intérieure.
Une rafale de fusil d’assaut survient alors immédiatement du côté du passage Saint-Pierre Amelot à l’arrière du Bataclan sans pouvoir en déterminer l’origine, probablement un tireur depuis l’arrière d’une fenêtre. Un deuxième tir surviendra de la même façon quelques minutes plus tard, puis un troisième, toujours un balayage au hasard, après l’ouverture de la porte de secours. Entre temps, le MDL a demandé à son chef la possibilité d’ouvrir le feu, qui lui est accordée. On reviendra sur cette exigence de toujours demander des autorisations de faire alors qu’en l’occurrence ce n’est pas nécessaire.
A ce moment-là le GIGN arrive à la caserne des Célestins, près de la place Bastille. Il est placé en réserve d'intervention. C'est un choix logique, sa présence serait alors inutile au Bataclan, déjà pris en compte et on ne sait alors pas encore si les attaques sont terminées. Cet ordre opérationnel vient...du cabinet du ministre. Le spécialiste en organisation notera qu'on se trouve donc désormais avec deux centres parallèles donnant des ordres aux mêmes unités mais toujours pas, comme les militaires, deux niveaux différents : un pour la conduite tactique sur place et un pour la gestion au-dessus et autour (organiser le bouclage de Paris, etc.). Tout se fait en même temps et selon des voies parallèles. Il n'est pas évident que la place du décideur opérationnel, a priori le Préfet de Paris, fut alors d'être collé au chef de la BRI mais je m'avance sans doute.
L’étage supérieur du Bataclan est abordé à 23h par la BRI, pendant que le RAID prend en compte le rez-de-chaussée et les abords où il incorpore d’ailleurs l’équipe de Sentinelle. Une colonne d’assaut de la BRI trouve les deux derniers terroristes retranchés avec une vingtaine d’otages dans un couloir fermé. Après quelques tentatives de dialogue qui permettent surtout de se préparer à l’assaut, celui-ci est lancé avec succès à 00h18. Foued Mohamed-Aggad, et Ismaël Omar Mostefaï sont tués et les otages libérés sains et saufs.
Pourtant, je connais des groupes de combat d'infanterie, et pas forcément de Forces spéciales, qui auraient pu intervenir efficacement dès le début du massacre au Bataclan. Avec des équipements spécifiques de pénétration, il aurait peut-être été même possible de forcer les retranchements avec les otages. Cela aurait été très délicat, mais possible. L'opération suivante, le 18 novembre à Saint-Denis, était par exemple largement à la portée d'une section d'infanterie renforcée d'un bon sapeur-artificier.
Avec les tankistes, comme ceux qui étaient là le 13 novembre au Bataclan, ou des artilleurs ou d'autres dont par définition le combat d'infanterie n'est pas le métier premier, les choses auraient été techniquement plus difficiles mais en arrivant en premier, il aurait fallu y aller quand même et sans avoir à demander d'autorisation, surtout pas au GMP. Cela aurait été sans doute plus maladroit qu'avec des fantassins, mais malgré tout préférable à ne rien faire.
Dans ce genre de situation, il faut arbitrer entre la vitesse d'intervention et sa qualité en fonction de l'ampleur et de l'imminence du danger pour les civils. Un adage militaire dit qu'il vaut souvent mieux une solution correcte qu'une solution excellente une demi-heure plus tard et trop tard. Dans le cadre d'un massacre, j'ai personnellement tendance à penser que la solution rapide, disons avec l'intervention d'un groupe de soldats proches plutôt qu'avec le RAID une demi-heure plus tard, est préférable. En fait, l'intervention d'un individu seul armé et compétent, même en tenue civile ou même civil tout court suffirait déjà à mon soulagement si j'étais à l'intérieur du groupe attaqué par des terroristes.
L'hypothèse que des militaires arrivés les premiers devant un lieu de massacre fermé interviennent à l'intérieur a-t-elle seulement été sérieusement envisagée ? En écoutant les auditions, et notamment celle du GMP, le général Le Ray, j'en doute fort. Il est vrai que cela ne faisait que vingt ans que des militaires étaient dans les rues de France. En 2015, l'attaque d'un commando à Louxor datait déjà de dix-huit ans, celle du théâtre Dubrovka de Moscou de treize, de Beslan de onze, de Bombay de cinq, de Nairobi de deux, de Charlie-Hebdo et de l'Hypercacher de onze mois seulement, compte-à-rebours sinistre que certaines unités spécialisées ont pris en compte tactiquement mais clairement pas les armées et ceux qui leur donnaient des ordres.
On revient toujours à ce besoin de visibilité mais...à basse violence et surtout sans imaginer que les choses puissent changer. L'équation se résumait à des missions normales de vigiles (avec légitime défense restreinte, TOC et demandes d'autorisation) et à un appui aux forces de sécurité intérieure en cas de coup dur.
Au passage, notons que les interventions les plus rapides de toute l’opération Sentinelle le 13 novembre ont été le fait de deux sous-officiers qui n’étaient pas encore ou plus de service. Si l’un d’eux alors en train de boire un verre, avait choisi le bar un peu plus loin et s’il avait conservé une arme de service, un massacre aurait peut-être été évité, arrêté ou enrayé. L'attaque terroriste multiple la plus vite stoppée à eu lieu au Mali l'an dernier, lorsque le commando terroriste s'est retrouvé nez-à-nez avec un militaire français en maillot de bain et tongs...mais armé.
En fait, le soir du 13 novembre, le dispositif Sentinelle le plus efficace aurait été de placer en alerte les groupes de combat d'infanterie (pas chez eux comme les policiers mais déjà groupés et équipés, avec des véhicules), de mettre les autres en patrouille de zone et d'accorder à ceux qui sont en quartier libre, le droit de porter une arme de poing. Bien entendu tous auraient déjà disposé du droit de légitime défense élargie à la « menace réitérée », ce qui n'était pas encore le cas. Il s’en serait trouvé mécaniquement dans tous les bars qui ont été attaqués et au concert du Bataclan. Ils seraient donc intervenus tout de suite avant d’être rejoint par des camarades bien plus rapidement que n’importe quelle unité d’intervention à 30 minutes « après rassemblement ». Mais rappelons-le, le but de Sentinelle n’est pas d’empêcher les attaques terroristes contre la population, sinon ce serait un piteux échec, mais de protéger des points particuliers, comme des vigiles, travail qui peut être effectué aussi bien par...des vigiles adéquatement formés.




