En
septembre 1939, lorsque commence la guerre, le général britannique Ironside
(alors chef de l’Imperial general staff)
est obligé de dessiner un schéma sur ses carnets afin de comprendre
l’organisation du haut commandement français. Au sommet, se trouve le général
Gamelin commandant en chef des forces franco-britanniques et dont on sait que
sa docilité politique a été le critère premier de nomination. En dessous, on
trouve les trois armées dirigées par le général Vuillemin pour l’armée de l’air,
l’amiral Darlan pour la marine et Gamelin encore pour les forces terrestres. L’amiral
Darlan se refuse cependant à toute subordination et, perpétuant la vieille
séparation entre Guerre et Marine, Daladier, président du conseil et ministre
de la guerre, lui donne des ordres directement. A la tête de la jeune armée de
l’air, très contestée avant-guerre, le général Vuillemin, s’efforce également
d’avoir le maximum d’autonomie. Quant aux décisions concernant le corps
expéditionnaire britannique, elles sont prises au sein d’un Conseil suprême
interallié.
Mais
même au sein des forces terrestres, dont il est théoriquement le chef, Gamelin
voit son autorité contestée. Gamelin ne dispose que du Grand quartier général (GQG)
des forces terrestres qui supervise les différents théâtres d’opérations depuis
août 1939 : Levant (général Weygand), Sud-Est (général Billotte), Afrique du
nord (général Noguès) et surtout Nord-Est (général Georges). Cet état-major
commun est un monstre de 1 770 personnes dont près de 500 officiers (6500 en
comptant tous les services rattachés comme les inspections d’armes).
Pour
tenter de peser vraiment sur les événements, Gamelin impose en janvier 1940 une
scission de ce GQG pour créer son propre état-major. Celui-ci s’installe à
Vincennes, tandis que celui de Georges reste à la Ferté-sous-Jouarre, entre
Meaux et Château-Thierry. Dans la réorganisation, les 1er, 2e et 3e bureaux du
front Nord-Est sont coupés en deux, tandis que le 4e est affecté au complet à
Vincennes mais tout en continuant à prendre ses ordres du commandant en chef du
front du Nord-Est. Les communications sont assurées par téléphone, avec une
interruption chaque midi le temps pour l’unique standardiste d’aller prendre
son déjeuner, et par une moto-estafette par jour. A lourdeur et le
cloisonnement bureaucratique sont tels qu’il peut s’écouler une semaine entre
l’émission d’un document émis par Gamelin et sa réception par Georges.
Gamelin
s’efforce ensuite de devenir le véritable conseiller du gouvernement pour la
conduite de la guerre et de donner la direction stratégique de celle-ci mais
avec le remplacement de Daladier par Reynaud le projet est retardé et Gamelin
perd son principal soutien politique. L’offensive allemande le sauve
provisoirement d’un remplacement imminent et il n’a alors de cesse de montrer
que c’est bien lui qui conduit la guerre au niveau supérieur mais, selon sa
formule, « sans interférer dans la conduite des opérations ». Il impose la
manœuvre Dyle-Breda contre l’avis de tous ses subordonnés. On connaît la suite.
A
partir de la percée allemande dans les Ardennes, le haut commandement s’avère
incapable de fournir un point de situation cohérent de la bataille qui tend
alors à se fragmenter au gré des initiatives des uns et des autres. Lord Gort
ordonne le repli du corps expéditionnaire britannique le 24 mai, tandis que le
général Billotte chargé de coordonner les armées alliées en Belgique donne
l’ordre de tenir sur place. Quelques jours auparavant, le 17 mai, Gamelin a été
remplacé par Weygand, en partie pour son accord total avec Georges, mais le
temps de venir du Levant et de se mettre au courant de la situation, plusieurs
jours cruciaux se passent. Il faut le voyage en avion à Ypres, le 21 mai, pour
qu’il apprenne que les Allemands ont atteint la mer. Désormais, il est trop
tard et le haut commandement est tellement décrédibilisé que ses ordres ne sont
plus appliqués que partiellement.
Quels
que soient les responsabilités des hommes, ce désastre est aussi l’échec d’une
organisation bloquée par les rivalités internes et les peurs politiques,
aboutissant à un système où plus personne n’assumait seul ses responsabilités.
Fiche au chef d'état-major des armées, 21/02/2008


