mardi 12 février 2013

Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ?


Avertissement : ce billet contient de l'ironie.

« A quoi sert-il de gagner des batailles si l’univers ne le sait pas ? »
Général de Lattre de Tassigny, Hanoï, 1951.

Vous êtes sans doute, comme moi, saturés de ce flot d’images venues du Mali.

Certes, vous avez frémi en sautant, en direct et caméra au casque, au-dessus de Tombouctou avec les légionnaires ;  vous vous êtes sentis angoissés lors du poser d’assaut sur Gao, coincés entre deux paras prêts à bondir du Transall pour s’emparer de la piste de Gao ; vous avez souffert avec les marsouins de la « croisière noire » remontant le long du Niger ; vous avez été émus par les « vive la France » et les drapeaux tricolores des Maliens alignés le long des pistes ; vous avez été impressionnés par la puissance qui se dégage du Tigre et par les innombrables images de frappes aériennes, de carcasses de pick-up ou de sites détruits avec précision.

Certes, ce n’est pas tous les jours que la France « tient son rang » et  libère des populations entières d’une tyrannie imbécile ; ce n’est pas tous les jours non plus que l’armée française peut témoigner de son audace, de sa réactivité et de sa souplesse manœuvrière face, par exemple, à des Américains qui en seraient encore à créer un « camp » pour accueillir 250 hélicoptères d’assaut. Le French bashing en a pris un bon coup chez nos alliés éblouis.

Certes, l’occasion était trop belle à nos armées pour démontrer au reste de la nation française que l’argent investi en elles ne l’avait pas été en vain et qu’alors que nous sommes, avec le Royaume-Uni, la seule nation européenne à encore avoir le courage de faire la guerre quand il le faut, il serait dangereux de baisser la garde.

Certes, certes…mais trop c’est trop. Plus possible d’ouvrir la télé sans tomber sur les journalistes embarqués dans les sections-com, ces unités de combat dédiées à l’accompagnement et à la protection des journalistes au plus près des combats. Pas un pas sur Internet sans tomber sur des documents valorisant nos soldats, expliquant la position de la France dans toutes les langues et noyant d’images positives les chasseurs de scandale. Les points clés de Google, You tube et autres réseaux sociaux ont été occupés dès le premier jour de l’opération Serval par le groupement tactique-Internet et ses innombrables geeks-réservistes. Difficile dans ces conditions d’avoir des images discordantes. J’ai entendu parler d’une photo d’un soldat portant un masque avec une tête de mort. Elle a eu une durée de vie d’une minute. Un pseudo reportage sur de soi-disant exactions à Sévaré a été démonté en cinq minutes.

Il faut saluer malgré tout et pour conclure une campagne de communications bien pensée, imitant ce qui se fait de mieux dans le monde. On notera notamment la manœuvre subtile consistant à associer la communication institutionnelle et les francs-tireurs selon le vieux principe du levier qui veut que plus on paraît à la fois loin et compétent et plus sa parole a de la force. Pas un jour sans que je ne reçoive discrètement des informations, des messages à faire passer ou des idées de slogan. On montre ainsi que les militaires sont encore les meilleurs experts de leur propre métier face aux poly-spécialistes de plateaux.  On m’a proposé de m’aider à écrire un livre mais je n’ai pas le temps et puis j’attends impatiemment le récit exhaustif qui sera fait par l’équipe d’historiens-militaires qui accompagne les forces sur place. J’ai appris aussi qu’un wargame, deux romans et huit documentaires étaient en préparation avec l’aide du ministère. Plusieurs producteurs de cinéma ont été également accueillis à bras ouverts.

….

J'ironise bien sûr. Tout cela est dans mes rêves. La « manoeuvre de la communication » est loin d'être à la hauteur de la manoeuvre opérationnelle. Bigeard est bien mort et moi j’attends à tout moment une nouvelle fatwa de l’EMA

dimanche 10 février 2013

Gagner une guerre aujourd'hui- Colonel Stéphane Chalmin (dir.)


Gagner une guerre aujourd'hui est la réunion des réflexions de dix-neuf praticiens et experts, civils et militaires, Français ou étrangers, sur le thème du rapport entre les démocraties modernes, la France en particulier, et la guerre dans le monde de l’après-Guerre froide. Ce travail de longue haleine est l’œuvre du colonel Stéphane Chalmin, actuel chef de corps du Centre militaire de formation professionnelle de Fontenay-le-Comte, et dont il faut saluer la persévérance.

Le projet du colonel Chalmin, était « d'analyser un paradoxe : les armées gagnent des batailles mais les résultats diffèrent des objectifs fixés par les différentes parties. C'est une façon de questionner le rôle de l'Etat qui dispose d'un outil mais dont la volonté finale reste fluctuante. Pour qui, pourquoi nous battons-nous? Au final, les guerres donnent l'impression de ne pas pouvoir être gagnées ».

Le résultat, comme il est possible de le constater en lisant le sommaire, est riche et varié. Il précède évidemment l’opération actuelle au Mali dont le contraste avec la manière dont les opérations étaient conduites depuis la fin de la guerre froide témoigne justement du bien-fondé des doutes qui y sont souvent exprimés.

Ce qui me font l’amitié de me lire sur ce blog reconnaîtront les idées que j’y expose dans un article qui reprend une conférence donnée il y a deux ans et qui m’avait valu les foudres de ma très haute-hiérarchie. J’osais dire, à l’époque, que les réformes en cours dans les armées avaient un objet purement  économique et qu’elles pouvaient engendrer des coûts humains qui compenseraient sans doute les quelques gains budgétaires obtenus en supprimant des dizaines de milliers de postes et en « rationalisant» à tous crins.  

A lire de toute urgence.
Gagner une guerre aujourd'hui, Economica, 192 pages, 23 €.

Introduction générale
L’impuissance de la puissance militaire
Préambule du Général Vincent Desportes
Les forces morales, Alain de Benoist.
La France peut-elle encore gagner une guerre ?, Colonel Michel Goya

La nature des opérations a profondément changé
La place des guerres urbaines, Antonin Tisseron
La place du droit dans les guerres, Michel Deyra
Les limites de l’approche globale en Afghanistan, Olivier Hubac

Un environnement bouleversé
Les défis d’un monde polycentrique et déséquilibré. De l’Europe à
l’Occident, Jean-Sylvestre Mongrenier
La société civile et la guerre, Jean-Jacques Roche
De la guerre à l’intervention, de la victoire au succès, Christophe
Wasinski

Une légitimité remise en question
L’avenir de la guerre et des armées, Dominique Venner
Le Front moral de la guerre, Louis Gautier
Armée et démocratie : le réquisit d’une raison éthique consolidée,
Cynthia Fleury
Le « déni de la mort » dans les sociétés modernes occidentales et ses
conséquences sur la vision de la guerre, Frédéric Coste

Les acteurs doivent s’adapter pour obtenir la victoire
Gagner par l’artefact ? Le rôle de la technique dans la victoire, Joseph
Henrotin
Agir militairement en Afrique, GCA Jean-Paul Thonier
La régénération des nations. Schwitzer werden - la voie suisse –
Swissbollah, Bernard Wicht
L’introuvable patrie, Raymond Boudon
La force des démocraties, Élie Baranets
Les démocraties savent-elles encore gagner les guerres ?, Jacques Sapir