Affichage des articles dont le libellé est Alliance géostratégique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Alliance géostratégique. Afficher tous les articles

lundi 10 février 2014

Café stratégique du 13 février 2014 avec Jean-François Daguzan

Ce jeudi 13 février, Jean-François Daguzan, directeur-adjoint à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), viendra nous parler du Printemps arabe et de son devenir. 


Café le Concorde, 237 boulevard Saint-germain, Paris, 8e

lundi 24 décembre 2012

Le dossier de l'Alliance géostratégique : les armes EMP ou comment aimer la bombe lorsqu'on est un Etat voyou


L’Alliance géostratégique renoue avec les dossiers thématiques. Le dossier en cours concerne les armes EMP (ElectroMagnetic Pulse) ou comment j'ai appris à aimer la bombe...quand elle ne tue pas (au moins directement).

Introduction :

L’année 2012 est en train de s’achever. Elle vit même, peut-être, ses dernières heures ! Dix jours avant le 31 décembre ! Plus sérieusement, l’Alliance géostratégique vous propose de passer les fêtes en sa compagnie et de la meilleure manière : être avec les siens, profiter des agapes, faire une pause bien méritée tout en continuant à nourrir les neurones ! Lire la suite.


L’usage de l’électromagnétisme dans la guerre est courant depuis qu’il existe. Le but de ce court billet est de présenter une typologie de l’usage de l’électromagnétisme dans la guerre. Historiquement, il existe deux moyens principaux de transmettre des ordres à distance : l’acoustique (la voix) et l’électromagnétisme. Le second domaine domine maintenant les champs de bataille. Lire la suite.


« Une seconde après » est un ouvrage de William R. Forstchen qui traite de la destruction systémique de la société américaine (la fin du monde ?) et plus largement du pays sur ses bases actuelles, à la suite d’une attaque nucléaire. Une attaque nucléaire asymétrique est la base de ce scénario apocalyptique. Trois bombes atomiques tirées au-dessus des Etats-Unis induisent un effet électromagnétique (IEM) qui détruit toute l’électronique. Et, l’électronique est presque partout : voitures, médias, télécommunications terrestres et par satellite, matériel de santé, matériel de navigation, régulation des transports, régulation de l’énergie. En quelques secondes, la société revient à un stade de développement compris entre le néolithique et le début du XXème siècle ! Lire la suite.


Perhaps the most devastating threat could come from a low yield nuclear device, on the order of 50 kilotons, detonated a few hundred kilometers above the atmosphere. […] To execute this mission, all that is needed is a rocket and a simple nuclear device. Countries such as Iran, North Korea, Iraq and Pakistan possess missiles that could carry warheads to the necessary altitudes and either have, or are believed to be developing, nuclear weapons.
Commission to Assess United States National Security Space Management and Organization, 2001

Pour les puissances dépendantes des systèmes spatiaux, le scénario décrit par la Commission Rumsfeld en 2001 a tout du cauchemar. Il suppose qu’un « État voyou » nucléarisé, comme la Corée du Nord, celle-là même qui la semaine passée a réussi pour la première fois à placer un satellite en orbite à l’aide de sa fusée Unha-3, puisse un jour se sentir à ce point menacé qu’il soit prêt à opter pour une attaque indirecte de type HAND – « High Altitude Nuclear Detonation », explosion nucléaire à haute altitude. Prenons donc de la hauteur, disons l’orbite basse et au-delà, et étudions de plus près cette question… Lire la suite. 

http://alliancegeostrategique.org

mercredi 17 octobre 2012

Les conséquences stratégiques des élections américaines (2/2)-Maya Kandel

2e partie : Contrainte fiscale et budget militaire

Déficit budgétaire, crise de la dette, séquestration, quelques rappels et quelques chiffres s’imposent : ils clarifient les contraintes sur le budget défense des Etats-Unis et illustrent pourquoi cette élection est une élection-choix de société.

Déficit budgétaire et dette publique

Le déficit budgétaire américain est supérieur à 8% du PIB, la dette atteint 100%. Concernant le déficit, même s’il a été élevé sous Reagan (jusqu’à 6% en 1983), les seuls moments historiques avec un tel niveau correspondent à la guerre de Sécession et aux deux guerres mondiales. Pour la dette, ce niveau a été atteint aussi pendant la Seconde Guerre mondiale, suivi d’une décroissance ensuite, pour repartir à la hausse sous Reagan, puis sous Bush fils (Clinton avait fini son second mandat sur un surplus budgétaire).
Le problème, c’est l’aspect structurel du déficit : les dépenses publiques sont à 24% du PIB, les recettes à 17%, soit dans les deux cas des niveaux historiquement haut et bas respectivement. Ces chiffres expriment deux problèmes majeurs : l’augmentation en partie structurelle des dépenses « sociales » alors que les prélèvements obligatoires ont atteint un niveau historiquement bas et représentent aujourd’hui 24% PIB (l’un des plus bas niveaux de l’OCDE). Les économistes s’accordent pour penser qu’il faut réduire ce déficit.
Le budget de la défense se situe aux environs de 4% du PIB, suivant que l’on prend en compte le budget opérations ou non, ce qui paraît soutenable. Cela représente entre 15 et 20% du budget fédéral. Mais, et c’est là le problème et ce qui explique qu’il soit devenu une « variable d’ajustement », il représente la moitié des dépenses discrétionnaires, soit les dépenses votées chaque année par le Congrès.
Un bref rappel sur la structure du budget et des dépenses fédérales : les Américains distinguent deux types de dépenses,
- les dépenses obligatoires ou automatiques (retraites, sécurité sociale pour les plus âgés et les plus pauvres, programmes d’aide de l’Etat comme les food stamps) dépendent de lois existantes et sont reconduites chaque année de manière automatique. Elles sont en augmentation structurelle pour des raisons démographiques et de coûts des traitements médicaux. Aujourd’hui ces dépenses représentent plus de 60% du budget de l’Etat fédéral ;
- il reste donc 40% pour les dépenses discrétionnaires, celles dont les niveaux sont fixés chaque année par les lois de budget (« appropriations ») votées par les parlementaires du Congrès. Elles concernent donc la défense (la moitié de ces dépenses), mais aussi la diplomatie, l’aide extérieure, l’éducation, la justice, la recherche etc.

Le budget défense en perspective :

Il a doublé sur la décennie 2000.
En dollars constants 2012 et en comptant le budget opérations (coût des guerres), il a dépassé dès 2005 le maximum post-1945 qui correspondait à la guerre de Corée.
En points de PIB, la moyenne post-9/11 est de 4,1% donc faible historiquement pour les Etats-Unis (on était à près de 10% à la fin des années 1960 au moment du Vietnam).
La décroissance engagée par Obama est aussi à relativiser, car elle doit provenir pour beaucoup de la baisse du budget opérations, de la réduction des effectifs de 100 000 hommes, ainsi que de l’arrêt de quelques programmes, et de l’espoir de gains d’efficacité sur le fonctionnement du premier employeur des Etats-Unis, le Pentagone. Il est prévu une baisse de 8% du budget de base de 2012 à 2013 (pour l’instant on est encore sur une reconduction du budget 2012 pour 6 mois car les parlementaires ne se sont pas mis d’accord à temps), suivie à partir de 2013 d’une augmentation à un rythme légèrement supérieur à l’inflation. Surtout, sont préservés la recherche, les opérations spéciales, les drones, le cyber, mais aussi la Navy et l’Air Force. On est en réalité dans un rythme de décroissance inférieur à d'autres fins de guerre y compris les guerres de Corée et du Vietnam.
Il faut tout de même noter que le plan Obama tend finalement vers un budget défense à 3% du PIB, alors que Romney vise un budget à 4% du PIB, c’est du moins dans son programme.

Quel choix de société ?

Pour revenir à ce qui était évoqué plus haut, en quoi est-ce une élection choix de société ?
Parce que démocrates et républicains n’ont pas la même perspective sur la manière de lutter contre le déficit. Les démocrates veulent un mix entre réductions des dépenses publiques (sociales, militaires) et augmentation des revenus par une réforme fiscale y compris des hausses d’impôts (sur les plus aisés). Les républicains refusent toute hausse d’impôts même par suppression des niches et autres déductions qui sont pléthores aux Etats-Unis. Du coup, les démocrates refusent de s’attaquer à la réforme des dépenses publiques obligatoires. D’où le blocage actuel et cette pratique de la politique « au bord du gouffre » qui caractérise les Etats-Unis depuis quelques années. La fin de cette année devrait en donner une nouvelle illustration.
Il y a là un vrai blocage idéologique, qui illustre aussi une différence culturelle profonde entre les deux rives de l’Atlantique : ce qui pose problème aux Etats-Unis, c’est la taille du gouvernement plus encore que la taille du déficit. Les républicains en particulier veulent réduire non pas tant la taille du déficit que celle du budget fédéral, c’est-à-dire du gouvernement. L’essentiel des dépenses publiques sont considérées comme pouvant relever du privé avec plus d’efficacité, sauf la défense dont la Constitution fait l’une des missions essentielles de l’Etat. Le plan Ryan (du nom du colistier de Romney) a pour objectif de ramener les dépenses publiques à 16% du PIB en 2050, en réduisant l’ensemble des dépenses publiques à l’exception de la défense et en poursuivant la baisse de la fiscalité.
On a bien là deux visions de la société américaine qui s’affrontent, avec Romney/Ryan poursuivant la révolution reaganienne et remettant en cause l’Amérique des classes moyennes née du New Deal de Roosevelt et de la Grande société de Johnson. Visions irréconciliables et qui expliquent comment on en est arrivé à cette menace de « séquestration » sur le budget militaire notamment.
C’est aussi l’un des grands enjeux des élections au Congrès qui ont lieu en même temps que l’élection du prochain président. Car la fin 2012 est aussi le moment de toutes les échéances, l’arrivée au bord de la fameuse « falaise fiscale » : le 31 décembre 2012 doivent prendre fin toute une série de mesures provisoires dont certaines durent depuis plus de dix ans, essentiellement des allègements fiscaux (dont les fameuses réductions d’impôts de Bush), jusqu’ici reconduits : le 1er janvier 2013, en l’absence d’un autre compromis, la séquestration (réduction uniforme de 10%) s’abattra sur l’ensemble des postes budgétaires de l’Etat. Le tout avec un sérieux impact annoncé sur le pouvoir d’achat des Américains, donc l’économie américaine.

La séquestration en bref :

Au départ, la séquestration est un processus inventé pour être tellement terrifiant qu’il devait pousser au compromis les parlementaires membres de la « supercommission » mise en place en août 2011, au moment de la crise de la dette américaine. Son objectif, exigence des républicains Tea Party : trouver 1000 milliards d’économies sur 10 ans. Pourquoi « terrifiant » ? Parce que la séquestration est une coupe indiscriminée, « à la hache », de 10% sur tous les postes budgétaires discrétionnaires : pour la défense, cela représente 50 milliards de coupes supplémentaires, ce chaque année dès 2013.
Or la supercommission parlementaire a quand même échoué (pour les raisons évoquées ci-dessus de visions irréconciliables entre républicains et démocrates). La séquestration est devenue l’épouvantail de cette campagne, avec batailles de chiffres et prévisions apocalyptiques y compris dans la bouche du secrétaire à la Défense Leon Panetta  et de la part des industries de défense et des parlementaires concernés par des pertes d'emplois dans leurs circonscriptions. L’industrie a ainsi parlé de plus d’un million d’emplois menacés, chiffre considéré comme très excessif par de nombreux experts défense américains, dont ceux qui sont contre la séquestration.
Mais quoi qu’il arrive, sur toutes ces questions, seul le Congrès peut défaire ce qu'il a fait (ce qui arrive souvent), et le prochain président n’aura pas d’autre choix que de négocier avec les parlementaires. Toute réforme globale des dépenses publiques et de la fiscalité ne pourra se faire qu’au Congrès et passera forcément par des compromis des deux bords (car même si le Sénat devenait républicain, la pratique parlementaire a instauré la loi dite de la flibuste, grâce à laquelle 40 sénateurs peuvent bloquer un vote : on dit donc que la véritable majorité au Sénat est de 60 sièges – or il est impossible qu’un parti possède réunisse 60 sièges dans le prochain Sénat).

L’enjeu des élections au Congrès

Les élections sont très serrées cette année, pour la présidence comme pour le Congrès, manifestation de la polarisation partisane du pays et surtout de sa division en deux camps de force comparable. A la Chambre, la majorité républicaine de 22 sièges pourrait se réduire mais pas au point de basculer. Le grand enjeu c’est le Sénat, mais le consensus dominant jusqu’ici (changement de majorité en faveur des républicains) n’est plus de mise. La configuration actuelle d’un Congrès divisé avec une majorité démocrate au Sénat et une majorité républicaine à la Chambre pourrait donc être reconduite. Or les Congrès divisés sont les plus inefficaces historiquement. Le dernier ne déroge pas à la règle, sauf si l’ultime session du Congrès sortant, le lame-duck, parvient à des votes (en novembre-décembre 2012, avant l’entrée en fonction des nouveaux élus en janvier 2013).
Aura-t-on un compromis de dernière minute avant la séquestration ? C’est possible (le précédent lame-duck fin 2010 a été très productif), mais pas certain. Tout comme il est possible que, en cas de statu quo complet (mêmes majorités au Congrès, réélection d’Obama), les parlementaires décident de décider plus tard (ce ne serait pas la première fois), reportant les échéances et continuant de prolonger des lois provisoires en remettant à plus tard les choix difficiles.

mardi 16 octobre 2012

Les conséquences stratégiques des élections américaines (1/2)-Maya Kandel

 

Maya Kandel est chargée d’études à l’IRSEM et chercheuse associée à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle.
 1ère partie : Obama, Romney, deux visions du monde et des Etats-Unis

 



Politique étrangère et défense dans la campagne 2012

Les enjeux de politique étrangère sont peu présents dans la campagne électorale américaine. Le taux de chômage reste à un niveau historiquement élevé pour les Etats-Unis, même s’il vient de passer sous la barre des 8%, détail qui a son importance quand on sait qu’aucun président américain n’a jamais été réélu avec un taux de chômage supérieur à 8%. Les préoccupations économiques dominent largement les enjeux de ces élections, de même qu’on note une lassitude croissante de la population face aux guerres américaines et à l’aventurisme extérieur. Le Pew Research Center a sorti l’an dernier une étude qui montrait que le sentiment isolationniste (la volonté que le pays soit moins interventionniste) n’avait jamais été aussi élevé depuis un demi-siècle aux Etats-Unis. Ce sentiment est exprimé par la même proportion de sympathisants démocrates que républicains.
En dépit du faible intérêt de la population, les deux candidats ont évidemment des positions sur ces questions : la vision du candidat républicain Mitt Romney demeure difficile à cerner, même s’il a fait lundi 8 octobre un discours remarqué sur ce que serait sa politique étrangère. L’exercice est bien sûr plus facile concernant Barack Obama, qui gouverne depuis quatre ans.

Obama le réaliste : l’Amérique puissance de statu quo ?

On a défini Barack Obama comme un réaliste pragmatique sur le plan international. Obama avait exprimé en 2008 la volonté de clore les deux décennies post-guerre froide et de « revenir à la politique étrangère réaliste traditionnelle des Etats-Unis ». Plus précisément, deux caractéristiques essentielles ont été affirmées dès le début de son mandat : la volonté de tourner la page des années Bush en mettant fin aux guerres de la décennie 2000, et son corollaire, restaurer l’image des Etats-Unis et transformer le leadership américain pour l’adapter à l’évolution du contexte international. En réalité, les choses ont été évidemment plus compliquées : si la rupture a été nette sur l’Irak et au Moyen-Orient par exemple, on peut également noter de fortes continuités entre les administrations Bush et Obama, que ce soit sur l’utilisation des drones (intensifiée) ou sur le programme de cyberattaque contre l’Iran (lancé par Bush, mis en œuvre par Obama avec « Stuxnet »). Certains commentateurs ont même affirmé que Obama avait été « plus efficace que Bush sur l’agenda de Bush ».
Ce qui domine pour résumer :
- le pivot vers l’Asie-Pacifique, idée affirmée dès le début par Obama (« l’Amérique est une puissance du Pacifique ») et exprimée par plusieurs symboles en début de mandat : le premier voyage de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a par exemple été en Asie et non en Europe, pour la première fois depuis 1961 ; le premier dignitaire reçu à la Maison Blanche fut le premier ministre japonais, et non un Européen. En 2009, Obama ne s’est pas déplacé pour le sommet US/UE alors qu’il est allé « s’incliner » devant le président chinois. Bref, une insistance sur l’Asie marquée d’emblée et qui a été  officialisée en janvier 2012 dans le nouveau document stratégique américain. Cette nouvelle directive stratégique de défense ou Defense Strategic Guidance, document court de 8 pages, officialise le rééquilibrage vers l’Asie (idée qu’une fois les guerres Irak et Afghanistan soldées dans un premier mandat Obama, le second mandat pourrait alors se préoccuper de l’ascension des émergents et autres bouleversements globaux). A noter, la presse et l’ensemble des commentateurs ont retenu le « pivot vers l’Asie », expression préférée par le département d’Etat, alors que la Maison blanche et le Pentagone avaient choisi « rééquilibrage » vers l’Asie (rebalancing), terme utilisé à plusieurs reprises dans la directive stratégique officielle du Pentagone alors que celui de « pivot » n’y apparaît pas.
- autre aspect présent chez Obama dès le début et dans le document stratégique de 2012, c’est la notion de light footprint, c’est-à-dire d’une plus grande discrétion de la présence militaire américaine. Discrétion qui va de pair avec le recours privilégié aux drones (Pakistan, Afrique), mais repose aussi sur une plus grande interaction entre les forces armées (notamment forces spéciales) et la CIA (instrument à l’usage du président, la CIA permet aussi d’échapper à la surveillance du Congrès), à l’image de l’opération Ben Laden (Navy Seals et supervision CIA).
- plus globalement, c’est la reconnaissance du nouveau contexte et de la redistribution en cours de la  puissance autour du globe. Elle se traduit par exemple, toujours dans le document stratégique de 2012, par cette idée que les Européens sont désormais « producteurs de sécurité », et par l’insistance sur les partenariats, dans la droite ligne du leadership from behind, expression malheureuse appliquée à la Libye et critiquée (par l’establishment de politique étrangère plus que par la population d’ailleurs), mais dont les démocrates ne renient pas le concept. C’est l’évolution souhaitée pour l’OTAN, même si elle va de pair avec l’organisation d’une défense antimissile de plus en plus globalisée, sous tutelle américaine.
- on a donc une évolution, de la notion de « partage du fardeau » à celle de « transfert du fardeau », ce qui signifie aussi forcément une contrainte moins grande de la tutelle américaine. Pourquoi Washington accepterait-il cet amoindrissement ? Parce que, Obama l’a dit, les temps sont durs et l’Amérique doit d’abord se consacrer au « nation-building at home », c’est-à-dire réinvestir dans la société nationale. Cette priorité va de pair avec une décroissance du budget militaire (idée en partie sous-jacente au document stratégique, voire idée qui l’a déterminé pour ses détracteurs) : il s’agit de restaurer les bases économiques intérieures de la puissance.
S’il fallait résumer la philosophie générale d’Obama, on pourrait parler de posture de « puissance du statu quo » : conserver la position dominante des Etats-Unis, en particulier l’architecture du système international mis en place par Washington après 1945. Statu quo aussi pour maintenir (donc défendre) la liberté d’action américaine sur les mers du globe, ce qui explique aussi le pivot vers l’Asie et l’accent mis en début de mandat sur la protection des Global Commons, désormais davantage sur le concept opérationnel Air-Sea Battle pour lutter contre les stratégies de déni d’accès, c’est-à-dire contre les entraves à la liberté d’action américaine. C’est bien cette philosophie « sur la défensive » que critiquent les républicains, alors que, chez eux, les néoconservateurs en particulier souhaitent reprendre l’offensive – c’est du moins ce qui ressort de la rhétorique utilisée par le camp républicain pendant cette campagne.

Romney le néoconservateur ? Les Etats-Unis, puissance du changement

Il est plus difficile de définir quelle est la vision du monde du républicain Mitt Romney. Il n’a pas occupé de fonction nationale, et n’a eu pas d’expérience internationale comme gouverneur du Massachussetts. Très à l’aise sur l’économie, c’est un businessman qui ne semble pas avoir d’instinct sur l’international. De plus l’homme est une girouette, difficile à caractériser autrement : élu du Massachussetts, il représente une espèce en voie de disparition, le républicain libéral de la côte Est, dans un parti qui n’a cessé de se droitiser (en gagnant le centre et le Sud du pays) depuis 30 ans. Romney avait par exemple instauré une couverture médicale universelle dans son Etat du Massachussetts, avant de la renier comme candidat d’un parti qui en a fait son cheval de bataille contre Obama.
Son équipe de conseillers sur la politique étrangère et de défense est importante, avec pour schématiser deux clans, représentant d’un côté les réalistes internationalistes à l’ancienne (partisans de l’approche Bush père, Kissinger, Scowcroft), de l’autre les néoconservateurs dont beaucoup viennent de l’administration Bush fils. Jusque récemment d’ailleurs, ses conseillers admettaient (anonymement) qu’ils n’avaient pas la moindre idée de ce que Romney pensait vraiment sur l’international. Les choses ont commencé à s’éclaircir récemment, avec certaines promotions au sein de l’équipe, certains conseillers s’exprimant dans la presse, et enfin le discours de lundi 8 octobre : il semblerait que les néoconservateurs aient pris l’ascendant, ce que pourrait confirmer la nomination de Dan Senor à la tête du staff de politique étrangère du colistier de Romney, Paul Ryan. Ryan a été chargé d’attaquer les démocrates sur la politique étrangère et la défense, tandis que Romney se concentre sur l’économie nationale et l’emploi (bien sûr, cela ne signifie pas obligatoirement que ces mêmes hommes obtiendraient les postes qui comptent dans une future administration Romney).
Qu’est-ce qui ressort plus particulièrement du discours de politique étrangère de Romney, et qui aiderait à différencier sa vision de celle d’Obama ? Romney explique que la responsabilité de l’Amérique et donc du président américain est d’utiliser la puissance de l’Amérique pour « modeler l’Histoire » ; en opposition au leading from behind (violemment critiqué comme une attitude « d’excuses »), le destin américain est de peser sur le cours des événements, non être à leur merci. Ce discours offensif est doublé d’une référence au héros républicain Ronald Reagan avec la notion de « paix par la force ».
Plus spécifiquement, au-delà de ces visions différentes sans doute, il est utile de préciser concrètement ce qui rassemble et ce qui sépare les deux hommes sur les grands enjeux de défense, si l’on juge par leurs déclarations.

Les points communs des deux candidats :

- le pivot vers l’Asie ;
- ne pas lancer de grande opération terrestre, dans l'immédiat du moins ;
- si Obama a engagé une réorientation à la baisse du budget du Pentagone, il est contre les coupes drastiques supplémentaires liées à la séquestration (voir 2e partie) au budget militaire américain, conviction partagée par Romney.

Les divergences :

- sans surprise vue sa reprise du crédo reaganien, Romney est contre toute baisse au budget militaire, qu’il veut au contraire maintenir à 4% du PIB, ce qui veut dire qu’il remettrait en cause (si le Congrès veut bien, ce qui est possible) les économies initiées par l’ancien secrétaire à la défense Robert Gates, revues et actées à la hausse par l’accord de l’été 2011 sur la maîtrise du budget. Cette baisse représente 487 milliards d’économies sur les 10 prochaines années ;
- alors que Obama va réduire les forces armées de 100 000 hommes (Army et Marines), Romney veut ajouter 100 000 hommes (sans précision) ;
- autre divergence, sur la défense antimissile : Obama avait fait évoluer les plans républicains en laissant de côté la DAMB nationale (du territoire américain) pour mettre l’accent en la réformant sur la défense de théâtre ; Romney veut à nouveau mettre l’accent sur la défense du homeland avec en particulier le projet de construction d’un troisième site sur la côte Est, mais avec également le maintien des projets DAMB de théâtre. Comme il compte augmenter le budget du Pentagone, c’est cohérent ;
- il y a une différence de taille dans l’accent sur la construction navale : engagement de construire 15 nouveaux navires par an pour Romney (Chine…), contre 8 à 9 pour Obama ;
- sur la Russie, on se souvient de l’épisode du « micro ouvert » d’Obama qui avait expliqué à Medvedev qu’il aurait « plus de flexibilité après les élections ». Romney, lui, a évoqué la Russie comme « l’ennemi géopolitique numéro 1 » des Etats-Unis (à la grande joie de Poutine, qui a déclaré apprécier que « les choses soient claires ») ;
- enfin, sur d’autres dossiers comme l’Afghanistan, la Syrie, l’Iran, on a une rhétorique très critique côté Romney, mais des propositions floues ou inexistantes, ou proches des politiques suivies par l’administration actuelle lorsqu’elles sont formulées.

Ce à quoi aucun des deux ne pourra échapper :

- la nécessaire réforme du budget de fonctionnement du Pentagone : les « coûts de personnels » (salaire, santé, pensions) représentent déjà près du tiers du budget militaire, ils en absorberont la totalité d’ici 2039 si rien n’est fait ;
- un événement dans le monde aux conséquences majeures et imprévisibles ;
- mais plus que par toute autre chose, les deux hommes vont voir leurs ambitions et leurs choix contraints par la situation fiscale du pays : depuis l’arrivée au Congrès des représentants du mouvement Tea Party en novembre 2010, le déficit budgétaire est devenu l’enjeu politique numéro un à Washington. Chacun convient de la nécessité de le réduire, mais les deux partis ont des solutions diamétralement opposées et apparemment inconciliables.
C’est d’ailleurs la question essentielle de cette campagne. La défense n’est pas un enjeu dans ces élections, mais elle sera contrainte par les questions budgétaires, et ce quel que soit le président en 2013. Le débat stratégique dépend pour beaucoup de choix qui seront faits dans d’autres domaines. Ce qui explique certains commentaires acerbes, par exemple que Romney devra emprunter aux Chinois pour financer des navires destinés à faire la guerre aux Chinois. D’où l’importance aussi des élections de novembre 2012 au Congrès, qui est le seul à pouvoir trancher (par la loi) nombre des échéances cruciales de la fin 2012, concernant aussi bien la fiscalité, le déficit, la séquestration, que l’évolution du budget militaire. Les Américains ont résumé l’ensemble de ces échéances par l’expression de fiscal cliff, soit la « falaise fiscale » – à cause du gouffre (économique) au fond duquel le pays est menacé de tomber en l’absence de décisions sur tous ces points.
A suivre, 2e partie : contrainte fiscale et budget militaire

samedi 29 septembre 2012

Les cafés stratégiques-nouvelle saison

J'ai le plaisir de vous présenter le premier Café stratégique de la saison 2012-2013. 

Maya Kandel, spécialiste des Etats-Unis à l'Irsem, vous parlera du processus américain de définition des enjeux de stratégie nationale ainsi que les tendances qui se dégagent. 

Moi j'y serai. Je présenterai la brillante intervenante.
Venez nombreux. 

http://www.defense.gouv.fr/irsem/la-recherche/l-equipe-de-recherche/maya-kandel