mercredi 24 juin 2020

Quel modèle d'armée pour la France ? Audition devant la commission de la Défense et des forces armées de l'Assemblée nationale


Un modèle d’armée n’est normalement que l’instrument de ce que le général de Gaulle appelait une «grande stratégie», c’est-à-dire une vision de ce que veut être la France dans un contexte international donné. Sa constitution est fondée sur des hypothèses d’emploi et à l’instar d’un paradigme scientifique, ce modèle doit être considéré comme valable tant qu’il est capable de répondre aux problèmes importants qui se posent. Lorsque ce n’est plus le cas, en général parce que le monde s’est transformé, il s’avère nécessaire d’en changer.

La France de la Ve République a ainsi connu plusieurs époques stratégiques. La première, brève mais douloureuse, a consisté à gérer la fin de la décolonisation. Ce n’est qu’ensuite qu’il a été possible de remettre à plat notre vision du monde, les missions probables des armées et à partir de là de construire un nouveau modèle de forces.

Nous considérions à l’époque deux missions principales pour nos forces : dissuader l’Union soviétique de nous envahir et intervenir ponctuellement hors d’Europe, en Afrique presque exclusivement, afin de défendre nos intérêts. Pour remplir la première mission nous avons construit une force de frappe nucléaire et pour éviter le tout ou rien nous y avons associé une force conventionnelle destinée à combattre aux frontières de la France ou à l’intérieur du territoire métropolitain.

Pour remplir la seconde mission et considérant le refus d’engager des appelés hors du territoire métropolitain, nous avons conçu un système d’intervention rapide à partir de quelques troupes professionnelles en alerte et d’un réseau de bases positionnées dans les DOM-TOM et en Afrique.

Pendant la période qui suit, jusqu’à la fin de la guerre froide, nous avons connu beaucoup d’engagements militaires. Il y a eu beaucoup de réussites surtout au début et quelques échecs surtout à la fin, mais le modèle lui-même a rarement été pris en défaut pendant trente ans, un record historique sur les deux derniers siècles.

Il y eut d’abord la campagne de contre-insurrection que nous avons été obligés de mener au Tchad de 1969 à 1972. Cela n’avait pas été envisagé, car nous ne voulions refaire ce type d’opération après la guerre d’Algérie. Nous y avons été obligés, et en adaptant le modèle à la marge, nous avons finalement réussi.

Notre modèle de forces a été pris en défaut une deuxième fois dans les années 1980 lorsqu’il s’est agi de mener des confrontations. Une confrontation désigne l’affrontement avec une autre entité politique, un État en général, en dessous du seuil de la guerre ouverte. Ce type d’action, finalement assez courant pendant la guerre froide, n’était pas clairement exprimé dans le livre blanc de 1972. Il a fallu pourtant se confronter simultanément à la Libye et à l’Iran. Nous avons réussi face à la Libye, même si nous l’avons payé d’un attentat terroriste qui a tué 170 personnes, dont 54 Français. Nous avons dissuadé la Libye d’envahir le sud du Tchad et contribué à sa défaite dans le nord. Nous avons en revanche complètement échoué contre l’Iran. L’Iran a organisé des attaques contre le contingent multinational à Beyrouth, pris des otages et assassiné au Liban, organisé enfin des attentats à Paris en 1986. Face cette action clandestine, nous nous sommes retrouvés impuissants, avec peu de moyens et surtout sans volonté pour frapper à notre tour l’Iran. Cette confrontation, qui a fait quand même une centaine de morts français civils et militaires, est le plus grave échec de la Ve République.

La guerre du Golfe en 1990 nous à nouveau pris en défaut mais cette fois de manière structurelle. Cette guerre nous a pris au dépourvu dans la mesure où nous n’avions jamais envisagé d’avoir à engager à nouveau une grande force expéditionnaire loin de nos frontières. Nos forces professionnelles étaient réduites et personne n’avait songé à constituer une force de réserve spécifique pour elles comme l’avaient fait les États-Unis en 1973. Et comme nous persistions à ne pas envoyer de soldats appelés au combat au loin, nous étions condamnés à n’être que des acteurs mineurs dans cette nouvelle époque stratégique où ce genre d’expéditions serait sans doute courant.

Nous avons entrepris la transformation de notre modèle de force. Nous l’avons mal fait. Nous n’avons rien changé à notre modèle d’équipement «conservateur sophistiqué» et lancé les grands programmes prévus pour affronter le Pacte de Varsovie alors que celui-ci n’existait plus. Comme les paramètres qui avaient rendu possible le modèle d’armée gaullien, croissance économique et ressources humaines à bas coût avec la conscription, disparaissaient et que dans le même temps on réduisait l’effort de défense, la catastrophe était inévitable du côté de la stratégie des moyens. Nous avons alors entamé une grande contraction de nos forces jusqu’à la moitié environ et même jusqu’à 80 % pour les forces terrestres conventionnelles chargées de défendre directement le territoire. En 2015, nous avions moins de soldats professionnels qu’avant la professionnalisation complète et notre capacité de projection extérieure, si elle avait augmenté en qualité technique, n’avait pas augmenté en volume depuis 1990.

Cette nouvelle époque était celle du «nouvel ordre mondial» libéral-démocratique avec une liberté inédite pour les organismes internationaux de régulation et en fond de tableau une puissance militaire américaine largement dominante. Or, qui dit «ordre» dit aussi «maintien de l’ordre». Les opérations militaires envisagées comme «normales», notamment dans le Livre blanc de 1994 étaient donc soit des opérations de police internationale, sans ennemi donc, en prolongement en beaucoup plus grand de ce qu’on faisait déjà depuis les années 1980 ou des guerres punitives en coalition sous une direction américaine, à l’image de la première guerre du Golfe.

Notre modèle de forces a connu beaucoup d’échecs durant cette période dont on peut considérer la fin vers 2008-2010. En matière de gestion de crise, on a beaucoup tâtonné et souffert entre opérations humanitaires armées, interposition, sécurisation extérieure ou même intérieure, jusqu’à comprendre qu’une opération de stabilisation ne pouvait réussir qu’avec une acceptation au moins tacite, et souvent imposée par la force, de tous les acteurs politiques armés sur place ainsi que le déploiement de moyens très importants.

Quant à la conduite opérationnelle des guerres punitives, elle nous a échappé largement. Cela a abouti parfois à de bons résultats. Sans juger de la justesse de l’objectif politique, la soumission de l’Irak en 1991, de l’État bosno-serbe en 1995 ou de la Serbie en 1999 ou encore la mort de Kadhafi en 2011, soit un rythme d’une guerre contre un «État voyou» tous les cinq ans ont été des réussites opérationnelles puisque le but militaire recherché a été atteint à chaque fois, mais en réalité atteint par les Américains. Nous n’avons toujours été que des actionnaires à quelques pour cent des opérations en coalition américaine.

Ce modèle intervention brève-stabilisation longue a en revanche complètement échoué en Afghanistan en 2001, car l’objectif initial de destruction de l’ennemi n’avait pas été atteint. Nous avions par ailleurs sous-estimé la puissance nouvelle des organisations armées dans la mondialisation. Nous avons été à nouveau obligés de nous lancer dans une campagne de contre-insurrection en particulier à partir de 2008. Le résultat est mitigé. Dans l’absolu la mission a été remplie, nous avons laissé la zone sous notre responsabilité sous le contrôle des autorités afghanes, dans les faits l’impact stratégique de notre action sur place a eu peu d’influence sur l’évolution de l’Afghanistan.

Les expériences afghane et irakienne ont sonné le glas du Nouvel ordre mondial et depuis environ dix ans nous sommes entrés dans la quatrième époque stratégique de la Ve République. Les ambitions occidentales se sont réduites, les États-Unis se sont épuisés et ceux qui les ont suivis dans ces aventures n’ont plus forcément envie de se lancer à nouveau dans de grandes opérations de stabilisation. Avec le retour de la Russie et de la Chine dans la compétition de puissances, les blocages de la guerre froide sont également réapparus.

La nouvelle normalité stratégique a donc des airs de guerre froide avec le retour des freins vers la guerre ouverte dès lors que des puissances nucléaires sont proches. C’est donc par voie de conséquence aussi le retour des confrontations, à plus ou moins forts niveaux de violence, comme par exemple entre la Russie et l’Ukraine ou entre les États-Unis et l’Iran. C’est aussi la confirmation de la montée en puissance des acteurs non étatiques armés : organisations politiques, religieuses et criminelles mais aussi potentiellement entreprises multinationales, milliardaires, églises, etc. toute structure ayant suffisamment d’argent pour se payer une armée au sein d’un État faible et y avoir une influence politique.

Ajoutons deux contraintes fortes à cet environnement : un fond probable de crises en tous genres climatique, sanitaire, économique, etc., et, ce qui est lié, des ressources pour l’outil militaire français qui seront toujours limitées. Le budget est dans la zone des 30 à 40 milliards d’euros constants depuis le milieu des années 1970, il est peu probable, eu égard à tous les besoins autres de finances publiques dans les années à venir, que nous puissions aller de beaucoup au-delà de 40 milliards.

Dans ce contexte la nouvelle normalité, ce sont trois types d’opérations : la guerre contre des organisations armées, les actions auprès des populations y compris sur le territoire français et la confrontation contre des États. Ce qui est improbable, mais qu’il faut quand même envisager : les grandes opérations de stabilisation, les guerres interétatiques et les guerres ouvertes entre puissances nucléaires.

Nous sommes déjà engagés pleinement dans les deux premières missions probables. Il faut s’y efforcer d’y être plus efficient, c’est-à-dire plus efficaces avec des ressources comptées. La vraie nouveauté c’est le retour de la confrontation, ce qui suppose pour nous, je le rappelle, la capacité à faire pression sur un État, c’est-à-dire à être capable de lui faire mal, sans engager une guerre ouverte. Cela passe par une multitude de moyens et d’actions qui dépassent le champ militaire, de l’action clandestine aux frappes aériennes ou raids aéroterrestres, en passant par les actions cybernétiques, la propagande, l’action économique ou diplomatique, etc. la seule limite est l’imagination. La Russie ou la Chine font ça très bien, nous avons fortement intérêt à les imiter. Nous avons déjà un certain nombre de moyens, d’autres sont sans doute à développer, il manque surtout une prise de conscience, une volonté et un instrument de commandement.

Quant aux missions importantes mais improbables, nous sommes prêts avec notre force nucléaire et le maintien de cette capacité sera à nouveau un poste de dépense important de cette période stratégique. Il faut être prêt aussi à remonter en puissance très vite dans le domaine conventionnel à partir d’une force d’active solide.

Dans ce contexte, trois axes d’effort me paraissent indispensables si nous voulons faire face aux défis de l’avenir.

Le premier concerne la question des pertes au combat. Nos ennemis ont compris depuis longtemps qu’il suffit de nous tuer des soldats pour nous ébranler, pas au niveau tactique, nous avons tous intégré la possibilité de perdre la vie en nous engageant, mais bien au niveau politique. Pour être plus précis, il suffit de nous tuer plus de cinq soldats en une seule journée pour remettre immédiatement en cause une opération militaire. Nous avons célébré il y a quelques jours, l'appel du 18 juin du général de Gaulle. Je pense que nos anciens seraient très surpris s'ils voyaient cela, mais le fait est que cette peur politique actuelle est bien ce qui a le plus provoqué d'échecs parmi les 32 guerres et opérations de stabilisation majeures que nous avons mené depuis le dégagement de Bizerte en juillet 1961. La logique voudrait qu’un problème stratégique reçoive une attention stratégique, ce n’est pas le cas en l’occurrence. Les soldats qui vont directement au contact de l’ennemi ne pèsent pas lourd dans les grands programmes dinvestissements, ceux qui se comptent en milliards deuros, alors qu’ils représentent les trois quarts des noms sur le mémorial du parc André Citroën. Cest une contradiction quil faut dépasser au plus vite, ce que les forces armées américaines sont en train de faire et cela risque de changer considérablement le visage des opérations modernes.

La deuxième piste de réflexion est celle du volume de forces. Nos troupes sont excellentes, mais avec un contrat de déploiement maximum de huit groupements tactiques interarmes, de deux groupes aéromobiles et une capacité de frappes aériennes de 10 à 15 projectiles par jour sur la durée, le nombre d’adversaires que nous sommes capables de vaincre diminue constamment. Pour simplifier, nous sommes capables de faire le double de l’opération Serval au Mali en 2015, une belle opération mais pas une grande opération non plus, les 3000 combattants équipés légèrement que nous avons affrontés alors ne représentant pas une grande puissance militaire.

Pour avoir des soldats dans un contexte économiquement soutenable, il n’y a pas d’autres possibilités que l’innovation sociale. On a essayé d’augmenter le volume de forces projetables en professionnalisant complètement les forces. Nous avons échoué. Si toutes proportions gardées, nous faisions le même effort que les Américains en Irak, nous serions capables de déployer 100000 soldats et non 15000 comme ce qui est prévu dans le dernier contrat opérationnel. Or l’expérience tend à prouver qu’on fait plus de choses avec 100000 soldats qu’avec 15000, aussi bons soient-ils. Maintenant, si on faisait vraiment la même chose que les Américains, sur les 100000, il y aurait 30000 soldats dactive, mais aussi 15000 réservistes et 55000 soldats privés, miliciens et mercenaires locaux, américains et multinationaux.

Les ressources humaines doivent être trouvées localement. Il faut investir massivement dans les détachements d’assistance militaire. Ceux-ci sont déjà capables de conseiller ou d’instruire des troupes alliées et de coordonner leur action avec la nôtre. Il faut qu’ils soient capables aussi de commander des forces étrangères, soit par délégation de la nation locale à l’instar des forces tchadiennes en 1969 ou même de l’artillerie rwandaise au début des années 1990, soit en les recrutant nous-mêmes. D’autres puissances le font, elles ont raison.

Les ressources humaines sont également et surtout en France. Dans un contexte de ressources financières contraintes, le réservoir de forces dans lequel puiser en cas de crise grave ne peut qu’être une fraction civile de la nation convertible très rapidement en force militaire avec des moyens matériels «sous cocon» ou que lon puisse construire et acheter tout de suite. Il n’y a pas de modèle d’armée moderne capable de faire des choses en grand sans réserve, or nous avons sacrifié presque entièrement notre force de réserve. À titre de comparaison, là encore si la France faisait le même effort que les États-Unis pour les réserves et la Garde nationale, elle dépenserait 2,8 milliards d’euros chaque année et non une centaine de millions. Dépenser presque 10 % de son budget, comme les États-Unis, pour être capable d'accroître très vite ses forces et les compléter de moyens et compétences qui étaient peu utilisés jusque-là ne paraît pas incongru. Tout cela s’organise, comme cela a pu se faire dans le passé avec une structure de commandement dédiée.

Dernier point, on ne pourra faire face à l’inattendu avec la même politique d’acquisition d’équipements. Il faut introduire plus de souplesse dans nos procédures et arrêter d’être hypnotisés par les belles et coûteuses machines, surtout si elles sont produites en multinational. Les engins de haute technologie sont souvent utiles, parfois décevants, mais ils sont presque toujours très coûteux et donc rares. Il faut pouvoir les compléter avec autre chose, d’une gamme peut-être inférieure mais suffisante. Il faut avoir plus la culture du «retrofit». On peut par exemple se demander ce que sont devenus les centaines de châssis de chars Leclerc déclassés. Certains dentre eux auraient pu servir de base à des engins qui nous manquent cruellement comme les engins d’appuis feux ou les véhicules de transport de troupes très blindés. Il faut acheter et vendre beaucoup plus sur le marché de l’occasion. On n’était peut-être pas obligé d’attendre dix ans après les premiers combats en Kapisa-Surobi en 2008 pour remplacer le fusil d’assaut FAMAS par le HK-416 disponible depuis 2005 pour un prix total représentant 1,5 % des crédits d’équipement d’une seule année budgétaire.

En résumé et pour conclure, nous ne serons pas capables de faire face aux défis actuels ou futurs, attendus ou non, sans innover, en partie techniquement, mais surtout dans nos méthodes et notre organisation en cherchant à être beaucoup plus souples que nous ne le sommes. Nous devons investir dans l’humain, dans la formation de nos soldats en particulier, mais surtout dans les liens des armées avec le reste de la nation. C’est là que se trouvent en réalité les ressources de tous ordres qui nous permettront d’affronter l’avenir.

28 commentaires:

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    1. Bonjour et merci pour cet article limpide et ce blog en général. La vision stratégique du CEMAT publiée il y a quelques jour vous paraît elle encourageante?

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  2. J'apprécie particulièrement le paragraphe sur les DAM. C'est assurément une solution à court terme (même si peu politiquement correcte). Et pourtant?
    que faire quand un saint-cyrien africain préfère être (chef de) vigile à Rennes ou ouvrir un cybercafé (deux expériences vécues) plutôt que de servir son pays en difficulté....

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    1. Compléter son salaire pour qu'il soit reconnu chez lui.

      M'engager dans l'armée française et le détacher ailleurs....

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  3. Grenadier de la Garde25 juin 2020 à 19:25

    Comme d'habitude, vous êtes clair et presque complet. c'est impressionnant. Quel plaisir de vous lire. J'apprécie particulièrement le passage sur les réservistes et le rétrofit des véhicules blindés. Que sont devenus les châssis de Leclerc sur les quelques 400 que nous avions ? ceux des AMX 30 ? un engin qui a fait ses preuves ? Certains d'ailleurs roulent encore. Avec un peu de rétrofit, cela reste un super engin Tout ce que vous dites pourtant, nous le savons...Pourquoi n'y parvenons nous pas ? A mon avis, c'est la technostructure qui nous empêche. Il y a trop d'intervenants aux intérêts divergents...DGA, indutriels, fonctionnaires, organisations aux sigles barbares, certifications, standardisation, régulation, mises aux normes, etc, etc...la Vème république c'est à l'origine une volonté politique forte. Regardez l'histoire des munitions petit calibre et vous comprenez que c'est compliqué d'avoir juste une réserve de munitions en cas de crise grave...et bien sûr le pivot stratégique qu'est la démographie...Napoléon, c'est 24 millions de français, la Chine de l'Europe...La Vème république va aussi bénéficier du boom des naissances d'après 1945...Aujourd'hui, il faut être réaliste, combien de pertes pouvons nous réellement accepter ? Ceux d'en face peuvent encaisser les coups...Alors d'une certaine maniène, nous sommes condamnés à la supériorité technologique (robos, brouillage, frappe de précision, etc) sinon, c'est même la peine. Si les talebs en Afgha avaient eu des MANPADS même anciens et des vieux AT 3 Sagger ou des RPG 29, nous n'aurions rien pu faire. Va falloir se mobiliser...Les français ont toujours fait preuve de ressources dans l'adversité, notre histoire regorge de rétablissement mais il faut des chefs. Merci de votre blog au-dessus du lot.

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    1. @Grenadier de la garde pas du tout d'accord. Nous avons plus de 65 millions d'habitants de quoi recruter. Et votre propos est particulièrement déterministe et fataliste en ce qui concerne les robots. L'article invite notamment à se concentrer sur l'humain et la masse, ça paraît plus pertinent. Enfin nous pouvions trouver des parades si les talibans avaient des stinger, comme les Russes l'avaient fait.

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  4. Comme toujours article intéressant qui met en avant nos politiques et leurs contradictions.
    Sous la présidence Sarkozy la rgpp (déflation d'effectif et "restrictions" matériels) poursuite sous le début de la présidence d’Hollande avant un "léger" rebond suite à 2015.
    Paragraphe, je pense pertinent, sur l'engagement américain (mixte active/réserve) dont nos politiques pourraient s'inspirer pour rendre plus "robuste" notre défense.
    Il faut davantage développer la condition militaire (salaire, conditions de vie, reconversion...) afin d'être plus attractif et attirer les meilleurs d'une tranche d'âge.

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  5. Grenadier de la Garde26 juin 2020 à 15:02

    Réponse à Anonyme....65 millions d'habitants, c'est vrai...mais combien réellement motivés par le métier des armes, même comme réserviste. J'aimerais être optimiste mais c'est difficile. Une grande partie de nos troupes d'assaut est constituée de Légionnaires (troupe magnifique il faut le dire) et de nos magnifiques compatriotes d'outre-mer dans beaucoup ont gardé la France dans leur coeur et une vraie appétence pour la chose militaire. Mais après les première pertes, comment ferons nous pour combler les trous quand les liaisons aériennes seront coupées (Cf le Covid 19)...Comment feront-ils pour nous rejoindre ? Une classe d'age en France métropolitaine, c'est quoi? 800 000 jeunes ? regardez les chiffres ....face à nous des pays beaucoup plus jeunes, ou parfois 50 pour cent de la population a moins de vingt ans ! Et une jeunesse plus agressive et plus vigoureuse que la notre...sans compter ceux qui ne nous rejoindront pas voir même rejoindront les rangs de l'ennemi...J'aimerais vous croire mais les perspectives sont sombres. Alors oui, sans céder nullement à une forme d'illusion technophile, je crois qu'il faut se préparer à combattre en extrême infériorité numérique. Les robots sont une forme possible de réponse...Bien cordialement.

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    1. À voir entre les lignes: https://www.les-crises.fr/qui-est-pret-a-se-battre-pour-son-pays/

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  6. @ Grenadier de la garde. Je ne suis pas très optimiste non plus mais ça fait une base démographique solide. La légion compte le 2e REI, la 13e DBLE, le 2e REP et le 1er REC comme régiment de mêlée en métropole, donc heureusement quatre régiment ne représentent pas la majorité des quelques troupes qui reste. Je ne connais pas le % d'ultra marins dans les armées mais vu leur % dans la population totale ils ne peuvent pas représenter une portion énorme.

    Notre incapacité à encaisser des pertes tient au volume de troupe que nous avons gardé et pas à notre volume démographique. Les pays plus jeunes n'ont pas forcément des armées mirobolantes, même si ça n'excuse pas le niveau auquel nous sommes tombé la comparaison des âges moyens de la population n'est pas une source d'inquiétude pour moi. Pour que nous soyons en difficulté démographiquement, même en ne comptant que 50% de jeune hommes fiables par classe d'âge, il faudrait une guerre avec un niveau de perte digne de 14-18 pendant plus d'une décennie pour être en danger.

    Donc je n'en déduit pas qu'il faille renoncer à la masse, je pense au contraire il faut y revenir dans une certaine mesure. Je comprends votre point de vue mais je ne pense pas que l'erreur contingente de baisser les volumes doivent être poursuive, ni qu'elle soit une tendance irréversible liée à la démographie. Quitte à rétablir une conscription partielle pour certains postes de spécialistes en tension au niveau du recrutement.

    Bien cordialement,

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  7. Grenadier de la Garde26 juin 2020 à 21:31

    Je suis d'accord avec vous. Nous ne devons pas renoncer à la masse. Robots et réservistes (encadrés par des personnels d'active) sont une source d'augmentation de la masse. Bien sûr, certaines taches ne pourront être effectués que par des humains, mais à chaque fois que possible, il serait souhaitable de les appuyer par des robots. L'avion de chasse non piloté est désormais envisagé même parmi les plus réfractaires des pilotes de chasse. Même si le milieu terrestre est finalement plus exigeant, je crois que le char inhabité est également possible...Et pourquoi pas un canon avec peu de servants, un système anti-drones automatisé, un convoi log avec des camions sans conducteurs...juste une escorte humaine...Mais bien sûr, in fine, il faudra toujours des chefs et des soldats courageux et prêts au sacrifice...

    Cordialement

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  8. Le debat robotisation versus masse me semble vain. La robotisation est un mouvement général qui touche l ensemble de la société, auquel les armées n échapperont pas. Le problème est qu a ce jour nous n'avons ni les robots ni la masse. Le retard des armées en matière de drone par exemple est patent. L'e colonel Goya n évoque pas la part de lindustrie de défense dans les choix d équipements. Le processus qui voudrait que celle-ci soit au service de la politique de défense de la France a été inversé. Beaucoup de choix d équipements sont dictés par des considérations économiques, qui deviennent prééminentes. Le refus de la mort tient pour une grande part a la disparition des croyances religieuses. La mort dans notre société n est plus un passage vers un monde.meilleur mais une fin. Elle est devenue insupportable. Quand les combattants de Daesh rêvent des sources de miel et des vierges qui les attendent au paradis nos jeunes ne voient que la fin des plaisirs terrestres.

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  9. Suite. Le rétablissement du service militaire devenu intelligent pourrait il être le relais entre la masse manquante mais indispensable et la robotisation inéluctable mais a venir?

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  10. Outre l'automatisation, il y a également mercenariat qui a le vent en poupe:
    https://etudesgeostrategiques.com/2018/11/08/les-societes-militaires-privees-dans-les-conflits-contemporains-entretien-avec-philippe-chapleau/

    Ce vieux mode de faire la guerre est revenu en force depuis 2001:
    https://youtu.be/uMPhufrYLnU

    Si prolonger les crises et les conflits, c'est bon pour les affaires, elles ne sont pas toujours bonnes:
    http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2020/01/08/constellis-veut-renegocier-sa-dette-d-un-milliards-de-dollar-20780.html

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  11. Comprendre l'intérêt de la réserve stratégique, des stocks, de la redondance...

    Bref revenir sur le logiciel mental de nos hautes sphères qui se prennent pour des managers d'élite alors qu'ils evitent sur plusieurs générations toute confrontation aux risques?

    Ce serait une révolution mentale à l'heure où triomphe dans le secteur public les recettes éculées des cabinets de conseils specialistes du "what's the next step" et de l'orientation client qui ont échouées dans le privé.
    https://theatrum-belli.com/covid-19-reserves-mystique-de-la-levee-en-masse-et-impreparation-des-elites-plaidoyer-pour-lorganisation-de-reserves-civiles-et-militaires-face-aux-crises-a-venir/

    https://lemamouth.blogspot.com/2020/06/une-consultation-interne-massive-dans.html

    https://philippesilberzahn.com/2019/10/07/cest-logique-mais-ca-ne-marche-pas-peril-de-lorientation-client/

    Quelle est la politique de la France à horizon de vingt ans? Qui peut le dire et réellement la porter?
    https://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/france-pourra-t-elle-conserver-modele-d-armee-216725

    Le monde change, les français ne sont pas des enfants et savent que l'Histoire si on ne la fait pas, on la subit:
    https://youtu.be/uy0O3cpybQM

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  12. Quelques réflexions :

    Le retrofit, ou remise à niveau, est une fausse bonne idée. La remise à niveau, partielle, n'est jamais du même niveau que celle d'un équipement neuf, elle est souvent très coûteuse et ne dure jamais très longtemps sur des cellules de base usées. Un peu quand vous faites complètement réparer une voiture ancienne, pour vous donner une image.
    Il faut au contraire retrouver des cycles, d'élaboration et d'utilisation, beaucoup plus courts, d'une vingtaine d'années, comme ils l'étaient auparavant, après cette durée, les coûts de MCO ont tendance a exploser (quelque soit le matériel militaire d’ailleurs). C'est à dire, des équipements conçus et renouvelés régulièrement, restant donc au niveau technique du moment, mais sans excès.
    Voir à ce sujet des cycles court : https://www.irsem.fr/data/files/irsem/documents/document/file/2949/Etude_IRSEM_n64_2018.pdf

    Quant à l'épineux problème du recrutement, enfin épineux surtout quand on refuse de voir les solutions, il faut une armée de métier -et non simplement "professionnelle".
    C'est à dire, où les militaires du rang (car ce sont eux les principaux intéressés par cette question), aient des contrats à durée indéterminée, comme dans tout autre métier d'ailleurs, et non pas des contrats, de plus en plus courts d'ailleurs.
    Une armée de métier permettrait de réduire le volume nécessaire de recrutement annuel, qui coûte par ailleurs extrêmement cher, plus d'un milliard d'euros, tout compris (infrastructures, encadrants, etc...) chaque année -selon les rapports du sénat.
    On pourrait facilement diminuer cette charge par trois ou quatre en ce qui concerne les militaires du rang.
    Cette armée de métier, "fidélisée" (enfin), permettrait donc une véritable sélection, passant de 1,5 candidats à 5 ou 6 pour un poste.
    Et enfin, elle instaurerait un cercle vertueux, de qualité, de recrutement, à la place du cercle vicieux actuel.

    Concernant la défense de notre territoire, également bien mise à mal et passée par pertes et profits, quasiment réduite à rien aujourd'hui, il faut une nouvelle structure, que l'on appellera garde territoriale, nationale.
    Une nouvelle force faisant appel à des volontaires, tel que décrit dans ce lien : https://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/garde-nationale-qui-fait-quoi-143983 (le mardi 27 février 2018 à 11h28)
    C'est à dire, sur une base de 30 000 volontaires recrutés chaque année, formés sur 17 semaines (comme les suisses), permettant de mobiliser de 330 à 400 000 volontaires formés, entraînés, et disponibles sur une période d'engagement d'une dizaine ou d'une quinzaine d'années.
    A noter que ce dispositif coûterait même moins cher que les 310 millions d'euros que nous dépensons, pour l'essentiel pour pas grand chose, chaque année pour l'actuelle pseudo réserve.


    PS : Vous avez oublié, monsieur Goya, le principal, sinon l'essentiel.
    Notre total non intervention et non réaction contre daesh, suite aux attentats de 2015 sur notre propre sol et dans nos propres rues, et suite à l’assassinat de plusieurs centaines de nos concitoyens français.
    En effet, on a été absolument incapable d'élever en quoi que ce soit notre niveau d'intervention à la suite de ces terribles événements :
    Les six avions de combat, déployés en Jordanie -ultima ratio de la France, et de la prétendue sixième puissance mondiale- étaient déjà en place à cette époque.

    Ce qui ne fait dire aussi, que les 15 000 supposés forces de projection sont plus un vœux pieu (wichful-thinking, comme diraient certains, dans nos armées) qu'une quelconque réalité, pas plus que les 50 000 ou les 35 000, ne l'étaient hier.
    Notre étiage actuel, de 7000 personnels en projection réelle (hors DOM-TOM et base permanentes, SVP) est bien notre réel maximum actuel.
    Au delà on est en "surchauffe".
    A tel point par exemple que pour permettre le renfort (le "surge") de 600 hommes de Barkhane, on a du concomitamment retirer des troupes de Chammal.

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  13. Quand à la question liée plus spécifiquement au volume de force et des ressources humaines, une fois encore quand on est à avoir toujours un tiers de nos soldats immobilisé dans des missions de force de police, contre-natures et surtout même contre-productives, c'est à dire, avec des remplacements 7/7 H24, on était monté à plus de la moitié des effectifs à un moment...
    Là aussi qu'est ce qu'on attend encore pour mettre des effectifs de police spécialisée, voire polyvalente, ayant notamment les pouvoirs adaptés à ce genre de situation, avec par exemple quelques escadrons de gendarmerie mobiles, pleinement armés et formés pour ce genre de mission ?

    Quand on en est avec un quart de nos forces et de nos engagés volontaires de l'armée en particulier (les plus concernés là encore) en formation initiale permanente : 14 à 15 000 suivant les années, nouveaux recrutés sont formés, chaque année, sur un total de 60 000 engagés volontaires environ.

    Ou encore quand on gaspille littéralement cette maigre ressource, déjà bien affaiblie, dans des tournantes absurdes dans nos DOM-TOM, il faut espérer que nos soldats ne se sont pas engager pour faire ce genre de tourisme :
    Là aussi c'est près de 15 000 militaires, trois fois 5000 sur quatre mois, soit encore un quart d’effectifs manquants à l'appel pour les vraies opex. Aors que la remise en place de séjours permanents d'un ou de deux ans formant de véritables spécialistes de l'action dans ces régions, serait nettement plus adaptée et surtout plus rationnelle.


    Rien qu'avec ces quelques mesures, de simple bon sens, et de gestion normale des ressources humaines somme toute, c'est déjà plus de trois fois plus d'effectifs qui seraient disponibles.
    C'est à dire 3,5 fois les 7000 actuels de projection maximum.

    Ajoutez y une indispensable re-pyramidation, et une remise à niveaux des effectifs des militaires du rang tels qu'ils étaient avant les grandes purges de 2008, et vous obtiendrez, facilement, et même quasiment à masse salariale égale, sans les énormes gaspillages de cette formation permanente notamment, le volume de 35 000 militaires projetables, réellement disponibles, formés, entraînés pour des projection extérieures, tels que défini initialement comme un strict minimum lors de la professionnalisation.


    A noter, concernant la question des pertes, devenue si sensibles politico-médiatiquement, que des soldats expérimentés, car "fidélisés" et de métier, d'une part : On sait que les soldats à peine formés et peu expérimentés sont au contraire les premiers à tomber dans toute opération sérieuse, un fait connu depuis la nuit des temps et depuis que l'homme est l'homme -aujourd'hui complètement oublié, si ce n'est complètement nié.
    Et d'autre part, des matériels suffisamment protégés et blindés, et donc suffisamment lourds, à l'instar des véhicules chenillés de combat d'infanterie de quarante tonnes et plus, que sont en train de mettre actuellement en place toutes les armées sérieuses (nous en est à mettre en place toute une palanquée de véhicules de gamme commerciale, tous de 20 ou 25 tonnes, largement sous blindés en comparaison).
    Là aussi à se demander en réalité, et en vérité, si la protection de nos soldats sur le terrain, et notamment la pseudo politique "à hauteur d'homme" -plus slogan publicitaire qu'autre chose- est vraiment une de leur préoccupation première réelle en fait.

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  14. A noter, concernant la question des pertes, devenue si sensibles politico-médiatiquement, que des soldats expérimentés, car "fidélisés" et de métier, d'une part ...
    Et d'autre part, des matériels suffisamment protégés et blindés, ... sont des moyens, évidents, de réduction des pertes au combat...

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  15. @Ronin oui sentinelle est une gabegie mais un tiers des forces où avez vous vu ça?

    Pour les DOM TOM si on ne fait pas de rotation il faut un volume suffisant sur place donc augmenter les effectifs.

    Si c'est 35 000 sur les 50 000 que compte la force scorpion (les deux divisions restantes) et que ces 35 000 supportent les rotations de trois à quatre mois c'est déjà peu ou prou ce qu'on fait. Pour avoir 35 000 hommes déployés en permanence il faudrait doubler la force scorpion et augmenter les moyens de projection, ce qui est souhaitable et faisable: ça nous ramènerait grosso modo à l'avant 2008.

    A masse salariale quasi égale je ne vois pas comment on peut faire quoi que ce soit de sérieux avec des rotations. On pourrait éventuellement déployer 35 000 hommes d'un coup avec l'aide US pour une opération de six mois puis après se retirer en laissant quelques milliers d'hommes mais ça condamne le corps expéditionnaire à l'emporter en six mois maximum. Il suffirait à l'adversaire de jouer la montre pour se dire vainqueur, intenable.

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  16. "un tiers des forces où avez vous vu ça?" : En partie ici sur ce blog, un sujet concernant le coût en ressource humaine de "sentinelle" justement.
    C'est relativement simple, pour assurer une permanence de 7 jours sur sept, "24 heures sur 24", plus les préparation, mises en place, récupérations, il faut multiplier le nombre de personnels nécessaire par trois ou quatre pour assurer la permanence d'un poste.
    C'est à dire, 7000 aujourd'hui, multipliés par trois et demi environ, ce qui vous donne 25 000 personnes, un tiers des effectifs opérationnels de l'armée de terre, et qui en plus, pendant ce temps ne peuvent pas s'entraîner, se former, etcetera.

    Pour les DOM-TOM : 5000 permanents, en séjour longue durée, au lieu de trois fois 5000 en cycle de rotation de quatre mois.

    Pour les 35 000 opérationnels, si l'on reprend ce cycle de trois fois quatre mois, soit une première période d'entrainement et de préparation, une de disponibilité immédiate pour la projection et l'intervention, suivie d'un troisième période de récupération, avec les 70 000 "opérationnels' que l'on nous déclare, de l'armée de terre, sur les 114 000 -où là aussi on retrouve l'impact considérable du poids démesuré des 13 000 recrutements par an (pour l'armée de terre)- vous obtenez, une fois déduit les 10 000 environ en séjour longue durée dans nos DOM-TOM et dans nos bases permanentes (et encore que ces derniers puissent être également considérés comme projetable dans leur zone régionale), ou vous devriez obtenir (ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui) une capacité de projection d'environ 20 000 hommes.
    Rajoutez y effectivement une remise à niveau telle qu'évoquée ci dessus, et un nouveau mode de recrutement qui serait enfin assaini et rationalisé, et vous arrivez, assez facilement même, à ces 35 000. CQFD.

    Ce qui est somme toute un volume minimal même relativement moyen.
    Pour une opération ponctuelle se serait même plutôt une capacité de 50 000 militaires déployables.

    Par exemple, c'est ce que réalisent largement, avec une bonne organisation et gestion des ressources humaines, les marine's américains, en déployant jusqu’à 50 000 hommes en Irak sur un total de seulement 180 000, et outre une bonne partie déjà projetée en Extrême-Orient (en Corée principalement), ou les 46 000 britanniques déployés à cette même occasion, là aussi pour des effectifs totaux ne dépassant pas 200 000 militaires (c'est après que cela s'est gâté, avec la baisse substantielle des budgets).

    Rien d'intenable donc, juste du parfaitement normal, c'est la situation actuelle qui est au contraire complètement aberrante, 210 000 militaires, et un grand maximum de projection de 7000 personnes.
    Le pire étant justement que l'on s'y est tellement habitué, que l'on a même du mal à concevoir que cela devrait fonctionner bien autrement.

    A noter que ces chiffres étaient ceux initialement prévu pour la professionnalisation (avant que tout ne commence à partir en vrille).
    Une professionnalisation faite expressément pour améliorer en particulier notre jugée beaucoup trop faible, à l'époque, participation à la première guerre du Golfe, de 15 000 militaires projetés (seulement !) et pour cette seule opération, nous en avions d'autres (opex) également en cours.

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  17. @ Ronin je parle du poids actuel de sentinelle pas de l'initial. Le chiffre annoncé actuellement est manifestement bidon et comporte des réservistes.

    Les 5000 permanents en longue durée c'est en partie du personnel en plus on ne va pas y immobiliser du personnel existant.

    Les 13 000 recrues par an. Là j'avais loupé la proposition de CDI "comme dans tout autre métier d'ailleurs". Déjà non je ne vois pas pourquoi le métier des armes devrait être organisé comme ailleurs. Votre proposition de CDI paraît étrange pour ne pas dire plus. Dans ce cas soit nos soldats sont tous fonctionnaires et sont donc dans l'effectifs jusqu'à l'âge de la retraite, soit ils ont un CDI de droit privé. S'ils sont fonctionnaires (de carrière) il faut fixer un âge de la retraite pour ceux qui sont recrutés en CDD actuellement ce qui est particulièrement peu souple car on ne peut pas le fixer trop bas et tous les soldats ne rentrent pas au même âge. S'ils ont un CDI de droit privé c'est pire car alors dès qu'ils sont trop vieux il faut les licencier avec tout le droit du travail qui s'applique sauf usine à gaz législative pour un statut dérogatoire, mais ça reste un CDI. Donc à mon sens mesure très coûteuse, très rigide et ne répondant à aucun besoin.

    Sinon oui j'avais compté et écrit 35 000 hommes total disponibles sur qui portent les rotations. CQFD.

    Un effectif de 77 000 opé ne signifie pas qu'il y a automatiquement les moyens de projection correspondant pour faire deux rotations de six mois. Nous n'avons pas d'avions de transport lourd par exemple et ceux que nous louons sont en nombre réduit donc l'entreprise jongle avec les commandes. Les unités logistiques sont elles aussi très diminuée ce qui joue également.

    Si on tient compte de nos moyens de projection et des budgets les 7000 hommes ne sont pas que le résultat d'une mauvaise organisation du soutien. Les 7000 sont aussi la combinaison d'effectifs trop faibles, de moyens de projection très faibles et de budgets OPEX faméliques. Nous opérons avec un budget et une organisation de pays membre de l'UE pas d'un pays qui aurait une vrai armée, ça joue. La seule différence avec les autres pays de l'UE est qu'on s'efforce d'être opérationnel et un minimum déployable. Faire ce que font nos soldat avec les moyens qu'on leur donne c'est vraiment une prouesse de leur part.

    Nous sommes d'accord si on compare la com qui a justifié la professionnalisation après 1991 et le résultat actuel il y a une claire aberration. La perf de 1991 jugée inacceptable est aujourd'hui probablement inatteignable.

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    1. Sur le poids initial de sentinelle, de 10 000 pax, on parlait justement de la moitié des effectifs de l'armée de terre qui était impacté par cette mesure. Aujourd'hui, étant officiellement redescendu à 7000, j'ai simplement fait une règle de trois, il faudrait en effet refaire une étude complète.
      Sur le nombre de réservistes, par contre je serait plus dubitatif, combien exactement ?
      Il semblerait qu'il s'agisse plus que de quelques centaines à priori ?

      Sur les 5000 permanents, c'est effectivement 5000 "immobilisés, contre 15 000, trois fois 5000 mobilisés sur une année dans un cycle de trois fois quatre mois tel que décrit ci dessus.

      Sur le reste et le manque de moyens stratégiques de projection et les coups portés à la logistique, là je suis on ne peut plus d'accord avec vous : Pas d'armée de projection sans moyens de projection stratégique, et sans une logistique conséquente, mais ça, ce n'est pas à moi que vous devriez le dire.

      Cependant le faible niveau de projection tient, aussi, à la gestion abracadabrantesque de nos ressources humaines, entre le quart de nos engagés volontaires de l'armée de terre qui est en formation permanente tous les ans, un autre, on va dire large quart, dans sentinelle, plus les tournantes, c'est malheureusement un résultât somme toute logique.

      Quand au statut de nos militaires du rang, il est vrai que je ne suis pas juriste, mais pourquoi ne pas adopter le même que celui de nos sous-officiers, tout simplement ?

      Les militaires du rang britanniques par exemple, ont (ou avaient, jusqu'à il y a quelques années en tous cas) une durée de carrière militaire proche de la vingtaine d'années de service actif ; et ne me dites pas que l'on est fini à 35 ou à moins de 40 ans.

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  18. @Ronin sur le poids des réservistes je n'ai pas de chiffres mais j'ai compris qu'on avait essayé de plus les utiliser que ça. Les étoilés ne sont pas loquaces ils indiquent juste que sentinelle avait fait l'objet d'un "ajustement".

    Sur l'appréciation de la part de soldats en formation ça dépend si on inclut les nouvelles recrues dans le chiffre et si on compte aussi ceux qui font des manœuvres. J'avoue que je n'ai pas la ventilation précise.

    Sur le statut des militaires du rang j'ai compris que nous voulions justement éviter une gestion des effectifs de la sorte. Cela peut s'expliquer par la flexibilité du statut, c'est comme si tous les non cadres d'une entreprise étaient en CDD, non syndiqués qui plus est.

    La recherche d'une moyenne d'âge basse peut s'expliquer aussi par les constats fait au combat: des hommes entre 18 et 28 ans qui n'ont pas d'enfants s'avèrent plus agressifs que des hommes âgés pères de famille. Ils sont aussi à l'optimum physiquement. Cela peut avoir des bons effets même si parfois il y a des soucis face à des civils. J'ai notamment en tête les constats fait par les israéliens sur les tirs aux points de contrôle en cisjordanie: les soldats jeunes et célibataires sont ainsi surreprésentés parmi les auteurs de tirs mortels.

    Je suppose que nous cherchons à mixer l'agressivité des jeunes soldats du rang avec l'expérience de leurs sous officiers.

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  19. Nous ne mixons rien du tout, et c'est là tout le problème;
    On a en effet plutôt choisi la voie de la facilité, en essayant de reproduire plus ou moins le système antérieur, et en faisant de nos militaires du rang, des sortes de supers conscrits, qui au lieu de faire un an de service militaire, en font quatre ou cinq (les anciens services longs de deux ou trois ans, un peu allongés finalement), et qui en font surtout des denrées périssables, et finalement jetables.

    D'autre part, le problème est bien le manque d'expérience générale de ces derniers, et le fait en particulier que vous évoquez que l'on se retrouve finalement avec de très jeunes soldats qui ne savent pas tenir leur nerfs, si vous me pardonnez l'expression.
    C'est à dire aussi bien au niveau moral que mental, que ne le ferait des hommes plus murs et plus expérimentés.
    Ce qui fait et ce qui explique sans doute aussi, le fait que l'on est parmi ceux ci de plus en plus de problèmes de syndromes post traumatiques. Le manque de stabilité à tous niveaux n'y ajoutant rien, bien au contraire.

    Comme je le disais précédemment, de tous temps, que ce soit des spartiates aux soldats britanniques, dont justement l'expérience acquise par leur durée de service en faisait leur réputation, de stabilité et de professionnalisme au feu, ou encore en passant par la garde impériale de Napoléon, dont les soldats avaient souvent jusqu'à trois chevrons d'ancienneté (représentant chacun cinq années de service actif et le plus souvent de campagne), on sait parfaitement, que des hommes murs et des soldats expérimentés, font de bien meilleurs combattants. Les soldats sans expérience du feu étant dans tous conflits un peu sérieux, les premiers à tomber, et qui plus est en très forte proportion.
    Ce qui n'est pas non plus sans mettre en avant le risque de bavures, dans des opérations courantes qui se font de plus en plus au milieu de civils, de bavures non seulement de tir comme vous l'évoquez, mais également de nature plus générale.

    A noter à ce propos encore, que si la moyenne des militaires du rang est plutôt de seulement 22 ans en moyenne, elle monte à plus de 25 ans pour la légion étrangère (celle ci gardant ses hommes deux fois longtemps que dans tous les autres corps), et qu'elle est de prés de 28 ans dans les forces spéciales.
    Concernant l'optimum physique, les sportifs de haut niveau ont aujourd'hui une carrière qui les amène souvent jusqu'à la quarantaine.
    Une quarantaine pour info, qui est d'ailleurs la limite d'age d'engagement à la légion étrangère, qui semble t-il n'est pas non plus un corps d'armée qui se caractérise par des soldats diminués physiquement. Ce qui fait qu'il a même des légionnaires en service, dépassant ces quarante ans.

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    1. @ Ronin On peut avoir des militaires du rang avec plus d'années que ça. En effet les engagés peuvent avoir entre 17,5 et trente ans et ils peuvent signer des CDD de 2, 3, 5, 8 ou 10 ans renouvelables jusqu'à 27 ans de service.

      Je pense qu'il y a aussi une petite mesquinerie budgétaire à recruter des célibataires sans enfants car ils ont l'échelle la plus basse de solde soit 1315,38 euros.

      Je ne jurerais pas que l'âge joue sur le stress post traumatique. Les jeunes ont moins d'à priori l'expérience c'est une chose, mais si le vécu est négatif ça inhibe. Cela dépend aussi du type de combat: plus le combattant à la sensation qu'il peut répondre au danger moins il a de chance d'avoir une blessure psychique. Cela dépend aussi de la perception que le combattant a de son propre niveau, s'il a la sensation de tout réussir et d'être le plus fort il a plus de chances de sortir indemne mentalement. Le physique et le mental étant lié si un jeune perçois qu'il tient le coup physiquement cela peut aider. C'est de l'humain c'est pas une science exacte. Pour un assaut je préfère être dans un groupe de combat jeune avec un vieux briscard à sa tête. Pour garder un barrage en contre insurrection à l'inverse un groupe de vieux soldats prudents a ma préférence. Sans compter qu'un jeune peut apprendre assez vite s'il est dans une guerre prolongé.

      Dons je ne vous suivrais pas sur le fait de dire que les hommes murs et des soldats expérimentés, font de bien meilleurs combattant de manière générale. Je nuancerais: ils font de meilleurs sous off mais pas forcément de meilleures soldats. Dans certains cas la prudence tue et la fureur vous sauve la vie.

      Incontestablement le premier engagement est le plus dangereux pour les nouvelles recrues. Mais il faut bien en passer par là, l'expérience n'est pas innée. Si on ne garde que les vieux un jour ils seront tous à la retraite. C'est comme en sport collectif il faut bien lancer les jeunes à un moment pour qu'ils s'aguerrissent et qu'ils remplacent les vieux.

      Je suis d'accord avec vous sur la fidélisation.

      Sur l'optimum physique des sportifs ma référence sera surtout le rugby qui est un sport de combat collectif. Et là je ne vous suivrais pas: dans ce sport au delà de 35 ans c'est rarissime de voir un joueur au meilleur niveau, la plupart arrêtent vers 33 ou 34 ans. Un âge plus avancé est possible dans des sports de combat comme la boxe où le combattant est plus statique.

      Certains sous off dépassent les cinquante ans à la Légion. On peut s'y engager jusqu'à tard encore faut il réussir les sélections et en moyenne les hommes de quarante ans sont moins frais que des jeunes.

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  20. En fait, si vous voulez le fond de ma pensée, on ne s'est pas trop casser la tête, on a juste été au plus facile, en imitant le système des américains, sans trop se poser de questions, pas plus que l'on n'en semble s'en faire aujourd'hui, malgré des taux de recrutements en chute constante depuis vingt ans malgré le chômage de masse, et malgré les difficultés grandissantes actuelles dans ce domaine (tant il va bien falloir faire réellement quelque chose un jour).
    C'est à dire, un système fait de recrues venant essentiellement des couches les plus basses de la société, voire en partie de l'immigration, pour en faire des soldats jetables, les fameux "homeless" que l'on retrouvent fréquemment dans les rues de nos grands voisins d'outre Atlantique.

    Tout cela en instaurant chez nous un bien médiocre, d'autant qu’excessivement coûteux au final, cercle vicieux, où les moins motivés et ceux qui viennent là par défaut, et faute de mieux, en arrivant à dégoutter les plus motivés, qui donc ne restent pas, et sont même souvent les premiers à partir, totalement dégoûtés bien souvent même, laissant les autres à leur place.

    Au contraire, en recrutant, et en sélectionnant véritablement, ceux qui sont réellement motivés, rien que cela ce serait déjà une grande amélioration par rapport à la situation actuelle, pour le métier des armes, et les gardant, en les "fidélisant" justement (il y aurait donc beaucoup moins de besoins de recrutements annuels, qui seraient donc beaucoup plus sélectifs, etcetera), on pourrait même sensiblement augmenter leur rémunération, notamment par rapport aux risque encourus dans les opérations extérieurs, ceci très largement grâce aux sommes considérables qui seraient économisées sur le turn-over démentiel actuel, et tellement contre-productif.

    Il y a bien des choses à changer et à surtout améliorer dans ce domaine, là aussi.
    Le passage à une véritable armée de métier, tel que le prônait déjà certain, il y a 83 ans, et non plus de simples CDD (un comble quand même encore, quand on y pense sérieusement, pour ceux qui choisissent d'exposer leur vie pour défendre les intérêts de leur pays), en est un, évident, moyen.

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    1. Nous sommes d'accord sur la fidélisation. La solution pour moi ne peut pas être d'optimiser l'existant qui a un volume ridicule. Pour moi la seule solution c'est hausse du budget et donc des effectifs, avec une solde moyenne plus haute qui permet de conserver plus longtemps les soldats tout en les faisant rentrer tôt dans le service entre 19 et 24 ans. Mais la solde n'est pas tout il faut que le soutien logistique, le matériel et les conditions de vie soient bons.

      Mais on ne peut pas forcer des gens à se présenter à la sélection. Et rétablir la conscription ne résous pas le problème car la motivation de quelqu'un qui se sent obligé peut chuter, sans parler du coût. Idée en passant (je ne dis pas que c'est réalisable hein, c'est théorique): obliger non pas à faire un service militaire mais à passer les sélections, une sorte de 3 jours obligatoire pour tous les jeunes.

      Notez qu'on pourrait hausser les effectifs sans faire de réformes de structures hormis remettre en place un soutien digne de ce nom. On pourrait par exemple recréer l’échelon bataillon ou groupe d'escadron dans les régiments existants sans recréer de régiments.

      Pour faire écho à votre exemple Napoléonien le soldat idéal vers lequel il faudrait tendre c'est le vétéran de 1805: 25 à 28 ans et quatre à cinq ans d'expérience au feux. Bien sûre si on avait une période de paix l'expérience retomberait à 0 pour tout le monde mais ici c'est un exemple.

      Sur votre référence à de Gaulle, de mémoire car je n'ai pas mon exemplaire de vers l'armée de métier à porté, il ne préconisait pas du tout ce que vous écrivez. Au contraire il préconisait 5 à 10 ans de service pour les hommes du rang donc des CDD. Je ne suis pas catégorique, c'est à vérifier car ma mémoire peut flancher.

      Le CDI c'est un contrat de droit privé qui implique que le salarié reste potentiellement jusqu'à la retraite dans l'entreprise. Si on plaque le CDI sur les militaires du rang ça implique que potentiellement tous restent jusqu'à 63 ou 65 ans. Mais ça implique aussi qu'ils peuvent démissionner quand bon leur semble sous réserve du préavis. C'est en cela que je ne perçoit pas l'avantage que ce contrat apporte ici.

      D'autant que si certains veulent juste venir cinq ans pourquoi les repousser? Et de plus je suis plutôt partisans d'une réserve opérationnelle telle que décrite par l'auteur de ce blog, réserve qui compterait alors principalement des hommes de 30 à 35 ans donc le vivier que vous visez.

      La seule manière de s'approcher de ce que vous préconisez serait de créer un tout nouveau type de contrat à mi chemin entre le CDD actuel et les militaires de carrière. Il est vrai que l'armée me répondrait sans doute que proposer des contrats de dix ans renouvelables comme elle le fait revient au même.

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