vendredi 28 juin 2019

Des héros très discrets


Nous sommes le 14 avril 2018 à 14h, une dizaine d’obus de mortiers et de roquettes Chicom s’abat sur l’Ecole militaire. Dans la foulée, un véhicule aux couleurs de l’opération Sentinelle explose à l’entrée provoquant plusieurs blessés. Un second s’approche mais est stoppé par les tirs des soldats français. L'un d'entre eux prend l’initiative de récupérer un véhicule de l’avant blindé et barre l’entrée de l’Ecole tout en tirant à la mitrailleuse sur les agresseurs. Les attaques des véhicules suicide sont suivies d’un assaut de plusieurs groupes de combattants djihadistes équipés de fusils d’assaut et de ceintures explosives. Une quinzaine de soldats français, venus de partout se sont réunis pour combattre au corps à corps la vingtaine d'ennemis. 

Ils sont rejoints au bout de quelques minutes par une unité d’intervention qui arrive par hélicoptères NH-90 sur le Champ de Mars, seul moyen de parvenir à la zone de combat. Dans le même temps, les djihadistes lancent un nouveau véhicule suicide, à nouveau stoppé par les Français. Les djihadistes sont encerclés et finalement détruits après plusieurs heures de combat furieux au cœur de Paris. Plus d'une quinzaine sont tués, pour neuf blessés du côté français.

Ce récit ne vous rappelle rien ? Il aurait pourtant forcément attiré les médias, les photos, les témoignages, tout le monde serait au courant et on en aurait parlé pendant des jours et même des semaines sur tous les réseaux et les chaînes d’infos. Cela n’a pas été le cas, donc ceci est une fiction. 

Et bien non ! Tout cela s’est réellement passé, non pas à Paris mais à Tombouctou. Le récit plus détaillé et d'autres se trouvent ici sur le blog Mars Attaque.

Vous en avez entendu parler ? Certainement pas et pourtant quelle histoire ! Même les cuisiniers, comme dans Under Siege (Piège en haute mer), ont fait le coup de feu. Voilà un récit qui, s’il avait été rédigé en détail avec les témoignages des soldats aurait fait le bonheur de nombreuses rédactions, des réseaux sociaux, peut-être de réalisateurs ou d’écrivains…oui mais pas en France où visiblement l’institution militaire se refuse obstinément à mettre ses soldats en valeur. Le mantra du moment est « A hauteur d’hommes ! » et bien faisons-le enfin ! Arrêtons de pleurer quand on parle de « grande muette », c’est vrai, surtout quand il s’agit de mettre en avant les héros de la nation auprès de cette même nation. On attend qu'ils meurent pour cela, car là on ne peut plus les cacher. 

3 commentaires:

  1. Votre réaction est normale colonel Goya. Vous constatez que le professionnalisme et le courage dont ont fait preuve à cette occasion vos frères d’armes ne bénéficient pas de la reconnaissance publique qu’ils mériteraient.

    Tout aussi normale est le silence des autorités. Silence qui découle en droite ligne de la manière peu démocratique, mais parfaitement constitutionnelle, dont l’exécutif peut engager nos forces armées sur le long terme, sans que cela ne donne lieu à débat. Situation aggravée par la majorité absolue dont dispose le groupe LREM à l’Assemblée nationale, et qui transforme les votes en simples formalités administratives.

    Dans ces conditions, parler de ce combat est l’assurance pour le gouvernement de voir le débat parlementaire inexistant, remplacé par des débats « sauvages » et totalement anarchiques sur les plateaux des chaines infos et sur les réseaux sociaux. « Débats » dont il ne saurait sortir rien de constructif, mais seulement une méfiance encore plus grande, et malheureusement justifiée, vis-à-vis de nos institutions.

    Bref, des emm***** supplémentaires pour un exécutif qui n’en manque déjà pas. Sans oublier que Barkhane souligne également de manière cruelle les limites d’une politique européenne de défense qui ne résulte que de l’addition (ou de la soustraction !) des intérêts nationaux.

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    1. Cela rappelle beaucoup,mutatis mutandis' notre guerre d'Indochine

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  2. L'autonomie en munition du combattant d'infanterie est de l'ordre du quart d'heure.
    C'est moins de 10 minutes avec du 7.62 OTAN.

    L'attaque a duré 4 heures.

    Un problème fréquent des défenses de camp (les nôtres comme ceux de nos collègues anglo-saxons) reste la gestion des munitions et le pré-déploiement de stocks de munitions prête à l'emploi (et pour une bonne raison, cela va à l'encontre de tous les règlements en la matière, sans même parler des problèmes de dotations en chargeurs qui sont trop souvent gérés par un calcul "X par personnel").

    Si faire des tas de chargeur dans les coins d'un poste d'observation isolé est une chose qui relève du simple bon sens, dans une base au va et vient constant d'une multitude de personnels (alliés, civils, etc...), cela donne des sueurs froides à un paquet d'officiers.

    Il y a une raison pour laquelle les chargeurs amovibles ont toujours été vu par leur designers (peut importe leur nationalité) comme un consommable à la façon des clips de nos aïeux: il n'est venu à l'idée de personne ayant l'expérience du combat (1ère GM pour les FM, 2nd GM ou Corée, pour les FA) que les armées reviendraient à des munitions livrées au front sans que celle-ci soient utilisables immédiatement dans les fusils dès la sortie de leur boite.

    Ça ne se passera peut être pas aussi bien la prochaine fois.

    En face, ils avaient le renseignement comme quoi la base était quasiment déserte, merci la politique d'externalisation avec des PCRL.

    Sur ce coup-là, on voit bien l'intérêt d'avoir des soldats même dans le soutien.

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