lundi 19 octobre 2015

La dernière bataille de France-Un livre du général Vincent Desportes

Dans 50 ou 100 ans, des historiens se demanderont comment les gouvernements successifs de la France ont pu accepter de mettre le pays dans un tel état de vulnérabilité quelques années seulement après la fin de la guerre froide. La lecture d’un (vieux) manuel d’histoire suffisait pourtant à apprendre qu’à long terme des menaces majeures finissent toujours par apparaître et convaincre du caractère suicidaire d’une telle politique, si tant est que cette longue suite de lâchetés et d’abandons puisse être considérée comme une politique.

Ces historiens découvriront aussi rapidement que ce désarmement était sous les yeux de tous, à condition bien sûr de s’extraire des discours officiels sur la « juste suffisance », la « sanctuarisation », le format « plus réduit pour être plus réactif » ou des déclarations de généraux annonçant  fièrement devant l’IHEDN que « la France disposait de tous les moyens pour faire aux enjeux internationaux », toutes déclarations, au mieux myopes et au pire hypocrites.

Ces historiens découvriront qu'il suffisait de lire, hors du cercle des « responsables », quelques citoyens intéressés par la défense de leur pays et stigmatisés officiellement comme « pseudo-expert auto-proclamés » (expression utilisée la première fois à la fin de 2013 pour disqualifier ceux qui estimaient que l’opération Sangaris, toujours en cours en Centrafrique, durerait certainement plus longtemps que les six mois annoncés officiellement).

Pour comprendre ce plan incliné de la défaite, il suffisait en fait simplement de lire le livre du général Desportes justement titré La dernière bataille de France. Tout y est, expliqué, démontré et démonté, le plus clair et le plus implacable éclairage sur ce désarmement rampant, cet affaiblissement accepté des défenses immunitaires de la France. Cette « obsolescence programmée » de LPM en LPM qui est ainsi décrite est d’autant folle que l’outil militaire français, tellement facile à utiliser pour ceux qui veulent se donner une posture d’hommes d’Etat, est actuellement le plus employé au monde. Elle est d’autant plus stupide que ce désarmement, à but d'économies budgétaires, a également des conséquences désastreuses pour notre industrie (et donc aussi en retour pour les recettes budgétaires). 

Oui, mais voilà il est encore plus facile de ponctionner quelques ressources sur le budget de la grande muette que de l’employer ; plus facile de jouer les matamores sur la scène internationale que de surmonter les corporatistes internes. Jamais notre diplomatie, désormais néo-conservatrice depuis huit ans, n’a autant annoncé au monde de « lignes rouges », de « représailles immédiates », de « destructions nécessaires », de « dictateurs à chasser », de « fermeté » et jamais nos gouvernements de droite et de gauche n'ont réduit aussi vite les moyens permettant justement de mettre en application cette fermeté, encore une fois non pas par un calcul rationnel mais simplement parce que c’est le plus simple. On ne plume pas les oies selon leur plumage mais selon leur capacité à crier. Or, les oies militaires françaises ne crient jamais. Il s'en trouvent même qui s'auto-plument et se félicitent de le faire plus vite que ce qu'on leur avait demandé. L'auteur de ce blog se souvient avec émotion de rappels à l'ordre venus du chef d'état-major de l'époque estimant que ses propos pouvaient fâcher l'Elysée, au plus fort du dépouillement des années 2010 et de la mise en place de réformes paralysantes. Au même moment, le contrôleur général à l'origine du logiciel Louvois se voyait décerner le titre de manager public de l'année.

Masqué par le courage de nos soldats mal chaussés et quelques équipements de haute-technologie, notre outil militaire conventionnel est désormais le plus faible de toute l'histoire de la France, relativement à ses ennemis actuels et potentiels. En 1956, après le lâchage des Etats-Unis lors de la crise de Suez, les gouvernements de la IVe République et surtout de la Ve avaient au moins tiré un certain nombre de conséquences sur la nécessité de l’autonomie d’emploi des forces armées françaises. En 2013, alors en première ligne, à tort ou à raison, contre le régime d’Assad, nous avons été abandonnés par les Etats-Unis. En conséquence, nous nous précipités pour rejoindre la coalition constituée l’année suivante contre l’Etat islamique, en se félicitant tous les jours d’y être le « brillant second » avec 3 % des frappes aériennes. Lorsque les Etats-Unis ne sont pas là, la France est désormais nue devant n’importe quel ennemi d’un peu d’importance.

Notre outil de défense est le plus faible de notre histoire relativement aussi à ce que nous pourrions faire si le maximum de notre volonté politique dépassait l'« assurance que le budget [de défense] de l’année sera intégralement respecté » (discours  « mobilisateur » du 19 janvier 2015 du Président de la République sur le porte-avions Charles de Gaulle), comme si un budget (représentant désormais moins de 1,5 % du PIB !) voté dans le cadre d’une « loi », elle-même annoncée plusieurs fois comme « sanctuarisée » pouvait être remis en cause. 

Tout cela, il faut le dire et le répéter après Vincent Desportes avant le prochain « mai 1940 » : « La France n’est plus défendue », et cela est démontré à chaque page. Au moins, on ne pourra pas dire que l’on n’était pas au courant et les responsabilités seront partagées, entre ceux qui ont organisé cette baisse de la garde et ceux qui l’ont accepté. La dernière bataille de France se livre avant tout à l’intérieur même du pays. Elle se livre contre tous ceux qui par courte vue et petits intérêts, personnels ou corporatistes, s'acharnent à démanteler ce qui sert à protéger les Français.

22 commentaires:

  1. Vous parlez du spectre "défense", qui ne répertorie que l'armée, bien souvent, mais l'outil police est tout aussi cassé sur tellement de plans ... c'est évidemment pour ça que l'outil-à-tout-faire, l'armée, remplace souvent les policiers dans les rôles de surveillance général ... mais le pire est certainement pour les unités qui ont eu un passé militaire. J'entends ici les Douanes et l'ONF notamment, le premier malgré sa rentabilité (1,6mds de coût pour 70mds de rentabilité) est tout à fait cassé, notamment dû à la RGPP (de 20 000 à 16 000 personnels en 15 ans, et seulement 1% du fret issu du trafic maritime de contrôlé). Le second ... le second. Dirigé à moitié par ceux qu'il est censé contrôler et à 0% par ceux qu'il est censé protéger, il y'a environ 40 agents par départements de disponibles ... un nombre dérisoire, qui baisse qui baisse, tandis qu'on engage un processus de reforestation.

    C'est la crise ma bonne dame ... sauf si l'on créait un ministère de la Sécurité Nationale, rien qu'avec les bénéfices des Douanes on pourrait avoir une première année avec un budget militaire à 40mds, plus si on acceptait la remilitarisation des Douanes et la modernisation de leur équipement. Plus encore si on arrêtait les énarques aux "conseils d'administration" (oui oui, c'est comme ça que ça s'appelle) des Douanes et des différentes polices de l'environnement. Plus encore en utilisant les 30 milliards restant à bon escient (juste comme ça, le budget police-gendy c'est à peu près 14 milliards ...).

    On peut se mettre à rêver de choses pragmatiques aujourd'hui ... c'est bien. J'ai eu 22 ans y'a deux semaines, et ces politiques ne veulent que m'offrir la déprime en guise de cadeau.

    La France n'est plus défendue ...

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  2. Décidément mon colonel, les prix attribués au controleur général des armées qui nous a pondu Louvois vous reste encore et toujours en travers de la gorge :-)

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  3. Triste fin pour ce beau pays Mr Goya...

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  4. Tout ceci parce que les politiques nous ont vendu au parti de l'étranger sur l’hôtel de leurs carriérismes à fin de s'en mettre plein les poches ! Il y a 40 ans ils ont hérité d'un état fort et d'une nation riche à leurs départ ils ne restera plus qu'un territoire morcelé sans racine et la misère pour ces occupants

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  5. Répétons encore et toujours que la fraude fiscale fait perdre chaque année à la France entre 60 et 80 milliards d’euros. Qu’à l’intérieur même de l’Union Européenne est organisé un système favorisant le moins-disant fiscal. Que des pays comme l’Irlande ou le Luxembourg sont des états voyous. Et surtout, que nos gouvernants de quelque bord qu’ils soient, sont tout simplement des traitres.

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  6. Excellent papier, une fois de plus, qui met en exergue de façon éclatante l'état critique de notre défense. Même le civil de base s'en est rendu compte...
    Le tableau est déjà bien noir pour en rajouter mais il conviendrait aussi de s'interroger sur la composition même de nos forces armées: qui sont ces soldats, engagés volontaires, professionnels rétribués? Quid de leur loyauté par rapport aux enjeux vitaux de la nation? Retrouvons-nous, au sein de ces troupes, le désormais traditionnel et regrettable clivage "sociétal" - par prudence lexicale- de la vie civile?
    En bref: quel est le degré de confiance à accorder à nos troupes, surtout en cas de conflit externe/interne?

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    1. Colin L'hermet4 novembre 2015 à 09:30

      Pardonnez, mais gardons le clivage sociétal pour le cliché de "la Grande illusion" (J.Renoir, 1937) où l'aristocratie découvre graduellement la troupe et s'affole de se trouver des points communs - corporatistes - avec l'encadrement ennemi.
      Le militaire est structurellement un anormal aux ordres, puisqu'il porte, selon les cloisonnement platoniciens, les outils de la mort et délivre un feu paroxystiquement létal.
      Se poser des questions sur les clivages de cette catégorie à part, c'est déjà répondre à la question. Si l'on veut s'inquiéter de la loyauté des militaires, on trouvera toujours des lignes de fracture illustrant une possible faiblesse de caractère sur laquelle pourrait fleurir-prospérer la sédition ou la trahison.
      Vous interrogez-vous sur les possibles islamosympathisants qui travaillent derrière les guichets de la poste ? Ou à la sécu ?
      La question de la solidité interne de l'armée semble structurelle plus que conjoncturelle, et devrait être laissée à la vigilance de la DPSD et autres organes d'audit en charge de la sécurité. Généraliser me semble dangereux./.
      cdlt,
      CL'h./.

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    2. Curmudgeon :

      A propos de l'évocation d'un "clivage sociétal", on trouve sur Internet un article de 4 pages du jourbaliste Jérôme Saiz, qui est un compte-rendu des debats des 5e Rencontres parlementaires de la sécurité nationale, 19 juin 2013. On y lit page 3 que, selon le colonel Pascal Rolez, du DPSD, "Nous constatons une augmentation de la radicalisation parmi les militaires français, notamment après l'affaire Mérah". Et le même : "Nous intervenons régulièrement en assistance de la DCRI lors d'opérations contre des cellules terroristes car trop souvent hélas dans ces cellules, ou autour d'elles, l'on trouve des militaires français".

      Augmentation. Régulièrement. Trop souvent.

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    3. Puisque l'on soulève là cette question sur laquelle tant le général Desportes que le colonel Goya (ou moi-même dans mon Septième Scénario) sont discrets, on peut rappeler que, tandis que la Poste peut choisir ses bacheliers et la Sécu ses bachelières pour les amener ensuite jusqu'à une retraite canonique, qui leur permet d'avoir une structure démographique reflet de celle de la population active, l'armée n'a pas ce choix. Compte tenu de sa nécessité de renouveler en permanence une main-d'oeuvre d'âge moyen 25 ans sous CDD de cinq ans assorti de lourdes servitudes, elle peine à trouver un candidat pour chaque poste disponible. L'armée n'est pas le reflet de la société, elle n'est pas non plus le reflet de la classe d'âge vingt-trente ans pour un quart issue de l'immigration, elle est le reflet de la frange la moins qualifiée et civilement employable des banlieues. L'armée française sera à majorité musulmane deux générations avant le reste de la société. Demain. La gentille mutinerie du Foch appartient au passé, les désertions multipliées depuis Sentinelle sont traitées comme des rescisions de contrat, et si les corps d'encadrement font ce qu'ils peuvent pour maintenir une cohésion pour l'instant correcte autour de la mission de défense extérieure de la France, seule la pycho-sociologie peut prévoir ce qu'il adviendrait en cas de mission de défense de la France en interne.

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  7. excellent article qui fait bien la synthèse des causes de notre déclin. La responsabilité de l'ensemble de la classe politique actuelle est totale.
    Ils ont volontairement et sciemment organisé par lâcheté démagogie et calcul personnel l'affaiblissement de l'ossature du pays: Défense, Police, éducation nationale, économie.
    Entre les ventes à l'étranger des fleurons de notre industrie, l'abandon de nos prérogatives à une technocratie européenne inepte et corrompue, ils auront réussi là où nos ennemis se sont cassé les dents.

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    1. Il ne me semble pas que ni Vincent Desportes ni Michel Goya ne se soient jamais prononcés sur "les causes de notre déclin".

      Ils ont une réflexion beaucoup plus spécifique, qui a trait à la chose militaire et, dans ses plus grandes extensions, à la stratégie intégrale, où, il est vrai, ils peuvent mêler à une réflexion strictement militaire des éléments d'analyse provenant d'horizon plus larges.

      Si vous voulez du pain et des jeux, vous aurez ce qui va avec: le gladiateur (le héros) et le chrétien crucifié la tête en bas (la victime expiatoire).

      Assez logiquement, vous constaterez que vous n'aurez pas beaucoup de héros messianiques: il y a plus de Ménard que de de Gaulle. Mais, ouf! côté victimes expiatoires, cela ne manque heureusement pas:

      "La responsabilité de l'ensemble de la classe politique actuelle est totale."

      Ou pourrait y ajouter: les journalistes, les syndicalistes, les patrons, les juifs, les Noirs, les Arabes, les Gitans, les immigrés, le plombier polonais, les traders, les avocats, les juges, les policiers, les Américains, les médecins, les curés, l'Europe et sa technocratie, les chauffards, les drogués, les jeunes, les profs, blablabla.

      Sans oublier le temps qu'il fait. La météo est tout de même responsable de pas mal de trucs, je trouve.

      Perso, je pense que le déclin actuel de la France est entièrement imputable à mon cordonnier, ce en quoi je suis un Français de mon peuple: je tiens à ce qu'on me fournisse un scénario de déclin, un héros messianique, le Sauveur, et un bouc émissaire, mettons, mon cordonnier. Et pourquoi pas lui? Il a une sale tête.

      Mais d'un autre côté, je me dis quand même que si je ne suis que ça, alors je suis assez con. Non?

      Arnaud, il faut vous reprendre en main: là, vous récitez votre catéchisme et vous avez pris la formule "tout compris": le péril extérieur, l'ennemi intérieur, les zommes politiques, l'Europe, le déclin, etc.

      On n'est pas obligé d'être totalement et désespérément primitif dans l'analyse, non plus. Normalement, vous avez autre chose qu'un pois chiche entre les deux oreilles, et c'est peut-être le moment de l'utiliser.

      Et puis il y a aussi les questions de génération: vous êtes encore jeune, non? Alors, pourquoi adhérer à des idéologie de vieux cons qui sont en fin de vie et qui voient arriver le spectre de la mort et qui le généralisent à l'ensemble de la société française? Ils vont mourir, comme nous tous, et ils pensent que la société française va disparaître avec eux.

      C'est vrai que notre population vieillit et que ces visions mortifères tendent à s'imposer, m'enfin c'est pas une raison. Il reste des jeunes dans cette société. Et puis tous les vieux sont pas eschatologiques. C'est marqué catho, quand même. On n'est pas tous obligés de concevoir l'humanité comme une crucifixion. C'était un instrument de torture, à la base.

      Curmudgeon parlait de la compatibilité de l'islam avec la société occidentale. Vous trouvez pas qu'on pourrait se poser la même question pour le christianisme? Le symbole de notre religion, c'est un mec qui souffre sur une croix. Ca respire la joie de vivre! La vie est une vallée de larmes et de souffrances. On est là pour en chier et on va en chier. Bonjour le message.

      Inventer un destin positif avec des trucs comme ça dans la tête... je regrette mai 68.

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    2. Ils ont été élu pour diriger au mieux les intérêts de la France au nom du peuple de France, les Français leurs ont fait confiance qu'en on t il fait ? ils ont menti et triché à fin de gouverner pour leurs propres intérêt ! Aristote a tout à fait raison dans sa perception de la politique gouverner au service des autres où gouverner pour soi même !
      Il est facile de dire que c'est la faute des Français ont leurs ment du mâtin jusqu'au soir par l’intermédiaire des professionnels des médias qui sont accoquinés avec ces élites politiciennes ! des Français qui passent leurs temps dans les transports et à bosser (si si ils en restent beaucoup) et le soir fatigués de leurs journées écoutent TF1 où la 2. On évitera de parler de notre éducation nationale qui est devenue une calamité en terme d'instruction mais qui rééduque très bien en terme consumériste pour de futur consommateur ..... alors s'il vous plait évitez de montrer du doigt ceux qui ne peuvent se défendre mais subir à longueur de journée.

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    3. Mouais. Discours victimaire.

      Vous avez fait deux paragraphes.

      Dans le premier, vous vous posez en victime des zommes politiques. Classique, banal et sans intérêt. Honte à vous: personne ne vous empêche de voter que je sache, alors laissez Aristote tranquille.

      Dans le second, un poil plus étoffé, vous vous faites le porte-parole des victimes de l'éducation nationale, des zélites, du consumérisme et des médias de masse. Et de la fatigue au travail et dans les transport en commun. Ouf!

      Vous vous adjugez donc deux titres: victime et mandataire de victimes.

      Bon.

      Vous avez deux voix qui portent (MM. Goya et Desportes) et qui disent qu'il y a une montée des périls, une diminution des moyens militaires et une sorte de cirque politique assez complexe qui retarde la prise de conscience des risques/menaces/dangers.

      Là-dessus, vous vous radinez et vous me dites: "il faut pas monter du doigt ceux qui souffrent à longueur de journée" au motif que je raille le discours victimaire et décliniste d'un Arnaud, entre autres.

      Bon.

      C'est ça l'offense au peuple français et à son génie, qui souffre.

      Alors, je suis quelqu'un de poli et je veux bien tout ce que vous voulez, mais est-ce-que vous n'avez pas conscience que la discussion dont il est question est un chouia plus exigeante pour nos neurones que "ne pas montrer du doigt" untel ou untel?

      Je crois qu'il va falloir "montrer du doigt" et dire les choses, ce d'autant que les vieux cons se sont exprimés et ont, eux, sans hésitation ni scrupule, montré du doigt ceux qu'ils jugent coupables, comme vous d'ailleurs.

      Vous ne vous gênez pas pour désigner des coupables, non?

      Alors, entrons dans la dispute, et arrêtez de vous plaindre.

      Je relève que vous stigmatisez toujours les mêmes: nos élus, nos profs, nos journalistes. Or ce sont les chevilles ouvrières de notre démocratie.

      A vous de causer maintenant, vous le citoyen victime: vous proposez quoi, à part les jérémiades à n'en plus finir?

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  8. tellement vrai malheureusement mais depuis combien de décennies n'avons nous plus que des hommes politiques à la place des chefs d'Etat.

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  9. Ça aussi nous ne l'oublierons pas.

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  10. Bonjour Colonel Goya
    Vous n'êtes pas le seul à faire ce constat de déclin. Cependant quelque chose me dérange. Pour quelqu'un comme moi ayant travaillé comme cadre sup en entreprise, l'inadéquation de plus en plus marquée entre le budget des moyens (militaires ET policiers) et le niveau des menaces est de plus en plus criante. En entreprise, on dirait qu'on ne se donne pas les moyens de ses objectifs. Ce qui me dérange, c'est qu'il ne sert à rien de faire haro sur le baudet politicien ad vitam æternam : on ne les changera pas. On peut se lamenter à l'infini de leurs insuffisances, de leur courte vue, de leur façon compteur de haricots de faire de la stratégie de défense, ça ne sert à rien. Ils sont comme ça. Dans les entreprises, quand on veut sortir de l'impasse des discussions budgétaires avec des comptables qui ne connaissent pas le métier, on remet une cible de moyens sur la table pour un objectif défini. En clair la question est : quelle est le format, l'organisation, les compétences et les moyens de l'armée française pour faire face avec efficacité aux menaces telles qu'elles sont aujourd'hui et demain (y compris donc les menaces asymétriques et les cybermenaces, par exemple). Ensuite, et ensuite seulement, on définit une cible budgétaire atteignable. Et pas l'inverse. La question qui se pose est donc : qui est capable de bien définir la cible de ce que DEVRAIT ÊTRE l'armée française, c'est-à-dire un ensemble capable de traiter toutes les menaces qui pèsent sur nos concitoyens (je parle donc de ce qu'on appelle en management d'entreprise une vraie démarche BBZ, budget base zéro, pas un exercice genre LPM où on cherche à raboter le pied pour le faire rentrer dans une chaussure prédéfinie trop petite). Je vois beaucoup de gens se lamenter des politiques qui rétrécissent tout, appelant implicitement de leurs prières la venue d'un messie visionnaire genre de Gaulle qui va tous les remettre à leur place et remettre de la grandeur dans tout ça. Mas voilà, des de Gaulle, il n'y en a pas tous les jours. Donc mieux vaut se creuser la tête et travailler à bien définir le format souhaitable de l'armée française. Peu de gens le font et c'est bien dommage. Et vous qu'en pensez vous, Colonel Goya ?

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    1. Un oubli...les militaires proposent et les politiques disposent...au passage, quelques carrières et passerelles vers le privé finissent par tout biaiser...Le problème à la source est bien le recrutement des politiques, quid de la vision moyen et long terme de "l'entreprise République Française".

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    2. @ Chasseur,

      Vous avez raison, on met la charrue avant les bœufs: selon les principes d'orthodoxie comptable, on devrait d'abord définir une cible en fonction de la situation stratégique, ce qui permet de déterminer un format d'armée, et ensuite affecter le budget et les moyens non financiers pour atteindre les objectifs fixés. C'est rationnel et logique. je vous suis.

      Sauf que l'outil militaire a ses propres lois, qui sont non gestionnaires.

      Par exemple le mimétisme (on fait ce que font les autres) ou la reproduction intergénérationnelle des armes: le VBCI remplace l'AMX 10, le Leclerc l'AMX 30, l'Hadès le pluton, le Rafale les Mirage III, F1, 2000 ou Super Étendard, les frégates Horizon ou FREMM qui remplacent les F70 ou Duquesne, etc.

      On fonctionne par ligne de produits, qu'on duplique d'une génération à l'autre, sans trop se poser de question. Mais on est content: la dernière génération fait mieux que la précédente, enfin... normalement (F35...?).

      Rien que ces deux phénomènes (mimétisme et duplication) créent des inerties budgétaires inflationnistes, sans même parler des corporatismes et des conservatismes qui, eux, génèrent le doublonnage des structures, en général précisément celles qui sont les plus couteuses: les structures de rente et les structures de pouvoir (le Pentagone à la française à Balard).

      En fait, une armée est une accumulation de moyens qui, la plupart du temps, ne servent à rien. Donc, l'efficacité militaire n'est bizarrement pas sa préoccupation ordinaire. Ce qui est sa préoccupation majeure: la duplication des structures de classe, façon Bourdieu.

      La seule façon de rendre une armée efficace, c'est de l'envoyer au combat, en permanence. Les exigences du combat la force à l'efficacité, y-compris dans la gestion de ses moyens et la conception de ses structures, car une armée qui se bat détruit ses habitudes et innove. Sinon, elle perd (Prince of Wales et Repulse, ou Dien Bien Phu).

      Donc, la solution, c'est la guerre. Sauf que nous sommes une démocratie et que la guerre, on a horreur de ça (ce en quoi on a bien raison).

      Or, il se trouve que par un coup du destin, la guerre nous est imposée par la situation stratégique. Il y a donc une coïncidence entre notre situation stratégique et la solution qu'on devrait appliquer pour tendre vers l'efficacité.

      Pour nous rendre efficace, il ne faut pas refuser de faire la guerre. Il faut avoir une mentalité opportuniste: la guerre est une occasion à saisir pour nous moderniser et résoudre le problème que nous pose le coût de notre outil militaire.

      Sauf que, par un autre coup du destin, notre gouvernement ne refuse pas de la faire et pousse même à la roue, mais ne donne pas les moyens économiques, engageant ainsi l'outil militaire dans une spirale décliniste: faire des pseudo-guerres, médiatiques, avec moins de moyens.

      Puisque la guerre nous est imposée, faisons-là, sérieusement. Assumons notre puissance.

      Mais ce n'est pas ce que veut le peuple. Il veut du pain et des jeux. Rien à voir.

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    3. Très intéressante analyse ! Cela relève le débat :-)

      On peut voir d'ailleurs quelques prémisses de de l'effet des adaptations de la structure militaire (conservatrice mais aussi très pragmatique en situation de combat) suite aux combats récents : réévaluation de la préparation opérationnelle suite aux OPEX en Afghanistan, prise en compte du facteur "nombre" il y a quelques mois dans le cadre du plan Contact (la technologie n'étant plus vue comme un fin en soi), "mode projet" dans le cadre des OPEX enfin assumé (GTIA), inflexion critères de choix armement (disponibilité et coût à l'usage devenant des critères de plus en plus prioritaires).

      L'étude du rapport coût sur efficacité reste néanmoins une habitude fragile (en France, mais aussi chez nos alliés).

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  11. Les politiciens, responsables mais pas coupables ?
    Imaginons que par je ne sais quel aveuglement idéologique, ils aient cru sincèrement aux bienfaits d’obliger le pays à s’endetter auprès des marchés, et à suivre la politique budgétaire aberrante de l’UE. Soit, mais cela ne les excuse en rien de ne pas faire immédiatement marche arrière toute, maintenant que les effets pathogènes se font clairement sentir dans tous les secteurs de notre société.
    La vérité est que nous ne sommes plus les maitres de notre destin et que des politiciens professionnels ont bradé notre indépendance et les richesses du pays, pour des chimères de Grand Marché européen, d’État-Entreprise et de Paix Perpétuelle. Alors oui, bien évidemment, le b.a.-ba de la stratégie consiste à définir les moyens nécessaires à l’atteinte de ses objectifs. Mais encore pour cela, faut-il être indépendant des diktats budgétaires décidés à Francfort ou à Bruxelles !

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  12. Mais on sait très bien qu'une bonne partie de nos concitoyens s'en foutent de ces questions de défense. Qui pourrait leur demander de faire un petit effort pour refinancer notre armée : un jour de travail supplémentaire par an," l'armée du coeur" (c'est tellement mode...et encore) ?Les poliques le savent et c'est trop peu porteur électoralement surtout dans le contexte actuel. Il reste à gauche trop d'orphelins des "certitudes" de gauche après tous les renoncements (laïcité...), alors il faut s'attacher à quelques vieilleries anti-militaristes, même si on n'y croit plus guère. Que peut-on espérer d'autre dans la connerie ambiante ? Guère d'espoir à droite non plus : une partie va promettre, mais ne tiendra bien sûr pas. On connaît déjà la chanson. Rassurons nous car en cas d'incidents graves et meutriers, tous ces braves gens hurleront à qui mieux mieux : "que fait la police, l'armée ...?"Les pétitions, les marches (blanches ou pas)...cela on connaît. Certains m'ont dit qu'en cas de crise grave, ils envisagent déjà d'autres pays (Portugal...).Donc des Français futurs réfugiés : c'est comique non ! Ils sont souvent les premiers à dénoncer l'arrivée des actuels réfugiés.

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  13. Conjecture par Marc Pierre
    Le prochain grand conflit qui se dessine et qui va nous concerner mettra vraisemblablement aux prises l'impossible soldat occidental et le guerrier fanatisé du Machrek, du Maghreb et de leur en-deçà et au-delà. Cela n'incite guère à l'optimisme en ce moment dans la camp dit des Saints.
    Salutations à tous

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