mercredi 19 novembre 2014

Le syndicat du crime ?-Audition devant la commission de la défense nationale et des forces armées

Mesdames et messieurs les députés,

Je précise que je m’exprime ici en mon nom propre, n’engageant en rien l’armée de terre et encore moins le centre de doctrine dans lequel je sers, et qui, par ailleurs, ne traite pas de ses questions. C’est un simple officier, un peu expérimenté et un peu historien, qui vous parle en essayant de refléter ce qui lui semble être l’opinion générale de ses camarades.

Pour commencer, je voudrais rappeler certaines évidences. Le service des armes est certes un métier mais c’est aussi tout autre chose, et c’est ce « tout autre chose » qui fait la différence. Ce « tout autre chose », c’est en réalité une série de caractères extraordinaires relatifs à la chose militaire.

Le premier est son importance. L’armée est, ne l’oublions pas, l’instrument de défense des intérêts de la nation et de sa vie même. Que ce mur humain se fissure et c’est la Patrie qui se trouve en danger. Il y a encore des millions de Français qui ont connu l’occupation allemande. Avant eux, leurs parents avaient connu l’invasion allemande de 1914 et leurs grands-parents celle de 1870. On ne peut que se féliciter de l’apaisement des relations entre Etats européens qui nous connaissons depuis plusieurs dizaines d’années. L’historien ne peut s’empêcher cependant d’y voir plus une heureuse anomalie qu’une nouvelle normalité, une parenthèse qui peut hélas se refermer très vite. S’il avait existé à l’époque, le prix Nobel aurait sans doute été attribué à la Sainte-Alliance issue du Congrès de Vienne qui avait déjà régulé les relations internes de l’Europe peu de temps que celle-ci ne bascule dans deux guerres totales. Le prix Nobel de la paix a, en revanche, été attribué à  Norman Angell auteur d’un essai au retentissement mondial où il expliquait que dans le cadre de ce que l’on n’appelait pas encore la mondialisation toute guerre entre Etats européens était devenu impossible. Ce livre s’appelait La grande illusion et il a été publié en 1910. 

Le premier principe extraordinaire est donc qu’on ne badine pas avec la vie de la nation et que rien ne doit entacher le fonctionnement de ce qui la protège. L’exemple ukrainien est là pour nous montrer ce qui peut advenir lorsqu’un Etat vide son armée de toute substance.

J’ajoute, et ce n’est pas neutre dans le débat en cours, que contrairement aux armées qui nous entourent, à l’exception du Royaume-Uni, le combat n’a jamais cessé pour l’armée française. Le nombre de soldats français tombés au combat depuis 1945 dépasse, et de très loin, celui de tous les autres armées de l’Union européenne réunies. Et ils tombent encore, plus de 600 depuis 40 ans, et ce sont même les seuls soldats européens qui tombent actuellement au combat. L’armée française reste donc, plus que d’autre, sensible au deuxième caractère extraordinaire de la chose militaire : la mort comme hypothèse de travail. Lorsque je suis revenu d’une mission de six mois dans Sarajevo, période où j’ai vu plus de 50 soldats français tués ou blessés,  j’ai découvert la nouvelle existence dans mon régiment d’une chargée de prévention qui est venue me demander quels étaient les emplois dangereux dans mon unité. Le moment de surprise passé, je lui ai expliqué que par principe tous l’étaient. Car notre première association professionnelle se fait avec la mort. La mort reçue, bien sûr, et il n’est pas inutile de rappeler que, même si nous n’avons pas le monopole du risque, être soldat dans l’armée de terre reste le métier le plus dangereux de France. La mort donnée surtout, car c’est bien là la spécificité du soldat. Il a dans certaines conditions légales bien entendu, le droit de tuer, ce qui, on en conviendra, cadre mal avec le premier des droits de l’homme : la vie. Il faut donc peut-être s’attendre à ce qu’un jour la Cour européenne des droits de l’homme soit saisie et conclut qu’il serait mieux que les soldats combattent sans mourir et surtout sans tuer.

Le troisième caractère extraordinaire de la chose militaire, lié aux deux précédents, est son caractère non-linéaire, sa turbulence. Le soldat passe son temps de la paix à la guerre, de la préparation à l’opération, de l’attente au combat,  combat qui est sa finalité, ce pourquoi il existe et il se prépare. Ces variations, ces projections rapides de la quiétude en France au cœur d’une crise à l’étranger, parfois en quelques heures, ces dilatations de violences et d’émotions, cadrent mal avec le fonctionnement habituel et réglé des autres organisations humaines. Dans cette turbulence, c’est l’impératif de la victoire qui conditionne tout ce qui peut survenir en amont. Or vaincre dans cet univers extrême impose aussi une préparation, une formation voire un modelage des hommes qui doivent, pour être efficace, se rapprocher autant que faire se peut de la dureté et de la complexité du combat réel. Un entraînement difficile reste le gage de l’efficacité au combat selon le vieil adage qui veut que « la sueur épargne le sang ». Un dernier point mérite d’être souligné. Contrairement là-aussi à toutes les autres organisations et administrations nous devons faire face à des ennemis, pas des concurrents, des contestataires ou même des délinquants, mais bien à des ennemis, c’est-à-dire des groupes politiques qui veulent nous imposer leur volonté par les armes. Outre qu’ils amènent bien sûr avec eux la mort, ces groupes que nous affrontons, dont on constatera au passage qu’aucun n’est syndiqué et n’envisage a priori de l’être, introduisent aussi l’incertitude. Face à un ennemi, le chemin le plus rapide n’est pas forcément le plus court car c’est peut-être là qu’il vous attend. Une armée doit être capable de faire face aux attaques de l’ennemi, à ses surprises, et elle a donc aussi un impératif de souplesse, de réactivité.

A la base de tout cet édifice, on trouve la relation entre toutes ces exigences du combat et de sa préparation et celles de la « condition militaire », entendu au sens de conditions de vie et de travail. La conception que l’on a de cette relation est alors essentielle.

On peut considérer qu’il y a étanchéité entre les deux et que ce qui relève de la condition militaire relève simplement du droit du travail. On peut estimer aussi et surtout qu’il y a bien une influence. On peut penser par exemple qu’au sein d’un même budget de fonctionnement que ce qui est pris pour le confort des hommes le sera au détriment par exemple de moyens d’entraînement ou même que l’amélioration du confort des hommes est contraire à la rusticité et la rudesse nécessaires aux combattants. On peut estimer au contraire que l’effort sur les conditions de vie et de travail ont une influence positive sur le fonctionnement général d’une armée, surtout quand elle compte dans ses rangs 70 % de contrats courts et qu’elle est donc fondée sur le volontariat et la bonne volonté à rester. Beaucoup des jeunes gens qui s’engagent chez nous, notamment dans les unités de combat, viennent certes pour y trouver une vie exigeante mais si on peut les faire vivre et notamment les payer correctement c’est encore mieux. Cela contribue à augmenter le nombre de volontaires et donc la sélection à l’entrée, cela contribue aussi à les maintenir en service et donc aussi à augmenter notre niveau d’expérience.

On est bien là au cœur du commandement qui doit arbitrer entre tous ces éléments y compris jusque dans les combats, où il faut là encore estimer le risque pris au regard de l’impératif de réussite de la mission et c’est bien ici également que se situe la problématique des associations destinées à la défense des droits individuels ou collectifs de ses membres. La plupart des militaires français, en particulier dans le corps des officiers pensent que l’introduction de telles structures et en particulier des syndicats aurait tendance à modifier négativement la préparation et même l’engagement de nos forces, jusqu’à avoir des conséquences stratégiques graves. Cela pour plusieurs raisons.

La première, sur laquelle je passe rapidement tant elle est évidente, est qu’elle peut introduire une deuxième hiérarchie, potentiellement contradictoire et même concurrente de la première. Elle introduit un biais qui sape le principe d’obéissance aux ordres. La discipline, force principale des armées, ne sera jamais une formule ringarde tant qu’il sera question de vie et de mort, depuis les individus engagés au combat jusqu’à la nation même. La deuxième est l’idée que cette séparation entre ceux qui s’occuperaient spécifiquement de la « condition »  et ceux qui s’occuperaient simplement de la conduite des opérations auraient des conséquences graves sur l’efficience et même l’efficacité de ces dernières. Dans un monde certes différent du monde du combat, qui est celui de la sécurité intérieure, la comparaison entre la police et la gendarmerie est édifiante. Pour reprendre les propos du député Folliot, la syndicalisation de la première induit un coût supplémentaire pour obtenir une efficacité équivalente à la seconde. Ces différences de coût sont essentiellement le fait d’une différence de traitements qui sont eux-mêmes source de frustrations. Quand on a vu, pendant les évènements en Nouvelle Calédonie, des gendarmes mobiles loger sous des tentes à côté de l’hôtel où logeaient les CRS, on peut le concevoir. Surtout, la présence de syndicats est souvent synonyme de contraintes supplémentaires destinées à améliorer les conditions de vie mais bien souvent au détriment de l’efficacité opérationnelle. Invité par un ami commissaire, j’ai passé une nuit dans un commissariat. J’avoue avoir été sidéré lorsque j’ai constaté que tous les policiers s’arrêtaient de patrouiller entre 1h à 2h du matin pour respecter la « pause syndicale ». C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’un tel mode de fonctionnement était incompatible avec les exigences opérationnelles militaires.

Vous pourrez me rétorquer, qu’il ne s’agit  pas là du même métier que le mien, c’est vrai et c’est heureux. On peut constater cependant et malheureusement, que même si le droit de grève ou de retrait n’existe pas dans les armées syndiquées, l’habitude, une certaine posture intellectuelle, font malgré tout que les contraintes appliquées en « temps de paix », y transpirent plus qu’ailleurs dans le domaine opérationnel. Alors que je débutais ma carrière, un de mes anciens me racontaient comment le bataillon belge arrivant au sein de la FINUL (Force intérimaire des Nations-Unies au Liban sud) en 1978 avait arrêté d’un seul coup son installation, pourtant en zone dangereuse, parce qu’il ne fallait pas dépasser le nombre d’heures réglementaire de travail d’affilée. A un autre moment, le bataillon français avait dû même prendre en compte le secteur belge, le temps de la résolution de problèmes internes. Quelques années plus tard, ce sont des militaires néerlandais qui ont refusé de partir en mission dans la province afghane de l’Uruzgan prétextant que les matériels n’étaient pas adaptés et qui ont demandé à un syndicat de les appuyer dans leur refus d’exécuter un ordre.

D’une manière générale, il n’est pas inutile de souligner que les armées les plus en pointe en terme de syndicalisation sont aussi celles qui ne combattent le moins parmi les nations occidentales. Cette causalité est évidemment factice, c’est la conception politique de l’emploi de la force armée qui est en cause mais c’est cette même conception politique qui a facilité, sinon imposé, l’existence des syndicats. Quand on ne conçoit pas son armée comme un instrument de combat mais comme une force de présence ou au mieux une organisation humanitaire, autrement dit que l’on nie l’existence d’un ennemi, l’efficacité tactique importe peu et on peut tolérer toutes les contraintes syndicales. On notera au passage que les armées allemande, néerlandaise et belge, sont aussi parmi celles qui déclinent le plus vite en Europe. L’existence des syndicats militaires n’a donc pas plus sauvé ces armées que dans des nations où ils n’existent pas, comme en France.

Car après ces critiques générales, il y a un problème conjoncturel majeur qui risque de se poser en France, avec l’introduction éventuelle de syndicats. Ce problème est que cette introduction, forcée car les militaires n’en veulent pas, interviendrait dans une institution déjà en crise. Les exigences que j’évoquais plus haut sont déjà en réalité mises à mal depuis un certain nombre d’années et plus particulièrement depuis le livre blanc de 2008 qui peut apparaître désormais comme une sorte de Mai 1940 administratif. Depuis 2008, la rationalisation des coûts au sein des armées françaises s’est faite au prix d’une profonde désorganisation. Avec des monstres comme les bases de défense et des réductions d’effectifs plus importantes que celles réalisées par le Viet Minh et le FLN réunis, notre structure s’est rendue vulnérable à des catastrophes, internes comme Louvois mais peut-être aussi bientôt opérationnelles.

Nous voici désormais entrés dans une spirale de démoralisation avec les coûts humains et financiers que cela comporte. Cette implosion humaine déjà se manifeste surtout par des départs plus rapides et importants que prévus et une plus grande difficulté à recruter, des problèmes disciplinaires et des problèmes médicaux qui augmentent.

Et voici que l’on annonce la mise en place éventuelle de syndicats. Certains s’en réjouissent finalement quand ils constatent la manière dont nous avons été traités par rapport à d’autres ministères beaucoup plus aptes à la contestation. Une étude interne de 2008 indiquait que 28 % pensaient que les militaires seraient mieux défendus avec des syndicats, il est probable que ce chiffre a augmenté devant le spectacle du désastre. La grande majorité y demeure cependant très hostile et considérerait sans doute cette mesure comme un coup de grâce.

Sans même évoquer ce qu’il peut y avoir de choquant pour les défenseurs de la France de constater que celle-ci ne maîtrise pas plus le fonctionnement de son armée que celui de son économie et ses finances, il est probable qu’après avoir constaté la forte dégradation de notre soutien logistique, de notre administration, jusqu’au paiement des soldes, les militaires considèrent que c’est désormais le système de commandement, déjà affaibli, et notre système de dialogue social qui seraient aussi en danger. Que ce dernier soit perfectible est sans doute vrai mais il faut désormais être très prudent avec les innovations sociales ou organisationnelles.

Le point de rupture n’est pas loin et il suffirait maintenant de peu de choses pour l’atteindre.

Je vous remercie de votre attention.

Michel Goya

dimanche 26 octobre 2014

Etats-Unis, la fin de l’hyperpuissance? Par Maya Kandel sur Froggy Bottom

J’étais en train de terminer une première version de cet article (en vue d’une intervention prochaine) quand on m’a signalé un article de Bernard Ghetta sur le même thème, paru cette semaine dans Libération (« L’hyperpuissance défunte »).
Si je ne conteste pas le diagnostic général d’une puissance amoindrie, je ne suis pas d’accord avec Ghetta sur plusieurs points, notamment ce qui constitue le prétexte de son article : les élections à venir au Congrès (midterms, 4 novembre) n’intéressent peut-être pas beaucoup en France, mais elles pourraient néanmoins avoir un impact pour le reste du monde et la France en particulier si les républicains regagnent le Sénat. Impact entre autres sur les négociations avec l’Iran, les négociations commerciales (traité transatlantique notamment), et la relation Etats-Unis/Chine ; j’y reviendrai dans un futur article, of course.
Plus largement, il me semble que si un changement de majorité à Washington a aujourd’hui moins d’impact que par le passé, il faut y voir avant tout une conséquence du dysfonctionnement politique des institutions américaines, plus qu’un effet de leur puissance, amoindrie ou non – sans compter que l’inaction ou l’impuissance américaines ont également un impact sur le monde qu’il est difficile d’ignorer, les exemples récentes ne manquent pas.
Enfin, sur cette question de la puissance américaine, il s’agit d’une discussion essentielle que l’on clôt souvent (et avec une joie non dissimulée) un peu trop rapidement en parlant d’hyperpuissance défunte.
Voici donc un début de réflexion sur l’hyperpuissance américaine, l’évolution du système international, des définitions de la puissance et de la stratégie de puissance des Etats-Unis, sur le déclin également, l’avènement ou non d’un monde multipolaire, et le destin des grandes puissances dans l’histoire…
La suite sur Froggy Bottom

lundi 20 octobre 2014

Retour vers le futur-L'US Army entre guerres imaginées et guerres menées (1945-2005)

Modifié le 22/10/2014

Depuis 1945, l’US Army s’est toujours efforcée, de manière officielle par le biais de ses manuels de doctrine mais aussi au travers de la littérature militaire, de développer une vision de la guerre future capable d’orienter son organisation, ses équipements et ses méthodes.

Tout au long de cette période, elle a finalement été engagée dans trois conflits conventionnels majeurs, en Corée et en Irak par deux fois, et dans trois guerres de contre-insurrection, au Vietnam, en Irak et en Afghanistan. Elle a par ailleurs mené plusieurs centaines d’opérations de plus ou moins grandes ampleur et intensité. Bien peu de ces engagements ont correspondu à ce qui était imaginé.

Pause et surprise stratégiques

En 1945, les Américains sont persuadés qu’avec l’arme atomique et les plus puissantes flottes navales et aériennes du monde, ils sont à l’abri de toute agression directe. En l’absence de volonté d’intervention hors du territoire nationale, ils pensent donc pouvoir se permettre de sacrifier délibérément les forces terrestres. Sur les 91 divisions complètes formées pendant la guerre dont 16 blindées, il ne reste plus en 1948 que 9 divisions d’infanterie dont une seule complète et une seule division blindée très réduite.

La guerre future alors décrite par les chefs de l’US Army, comme le général Bradley en 1946, est une réédition de la Seconde Guerre mondiale avec une agression initiale suivie de représailles atomiques américaines puis d’une invasion du territoire ennemi ravagé. Avec la montée des tensions, les Américains comprennent toutefois qu’ils ne peuvent rester indifférents au sort du monde. En 1947, la doctrine Truman envisage de contenir les visées communistes en soutenant matériellement les pays alliés et, au maximum, en utilisant des moyens aériens ou navals. En 1949, le traité de l’Atlantique oblige les Américains à plus s’engager. Cette année-là le Field Manuel 100-5 Operations, le manuel doctrinal de référence de l’US Army, décrit des combats se déroulant principalement en Europe de l’Ouest. Le corps de bataille terrestre est cependant encore loin d’être reconstitué.

Le 25 juin 1950, à la surprise générale, l’armée nord-coréenne, entraînée et équipée par l’Union soviétique, envahit la Corée du Sud, pourtant sous « protectorat » américain. Ni l’arme nucléaire, ni la puissance aérienne n’ont donc suffi à dissuader une puissance agressive à agir. Contrairement à ce qui était également imaginé l’US Army doit s’engager dans l’urgence. La surprise stratégique se double alors d’une surprise tactique lorsque les premiers engagements des forces terrestres américaines mettent en évidence leur état d’« impréparation honteuse » (selon les mots du général Ridgway). Au bout de deux mois, les Américains parviennent cependant à reconstituer une armée de huit divisions qui agit selon le modèle de la guerre motorisée en Europe en 1944-45. 


La situation est ainsi retournée avant que l’armée chinoise intervienne à son tour en novembre 1950 selon un modèle opérationnel nouveau. Les Américains sont complètement débordés par des troupes à pied très mobiles qui profitent du terrain pour s’infiltrer sur les arrières de leurs lourdes colonnes motorisées. La 8e armée américaine évacue en catastrophe la Corée du Nord. Séoul est reperdue en janvier 1951 puis reconquise quelques mois plus tard après que les forces américaines adoptent un modèle de forces et des modes d’action proches de ceux de la Première Guerre mondiale. Les combats s’arrêtent progressivement lorsque les belligérants s’entendent sur une ligne de démarcation aux alentours du 38e parallèle, situation inédite dans l’histoire des Etats-Unis.

Le champ de bataille atomique

En 1949, les deux phénomènes stratégiques nouveaux apparus à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’arme atomique et la « guerre révolutionnaire », prennent une ampleur nouvelle dans un contexte international de plus en plus tendu. L’URSS se dote à son tour de l’arme nucléaire et  Français et Britanniques sont déjà bien engagées contre les guérillas communistes du Sud-Est asiatique. C’est à ce moment-là que l’US Army commence à se passionner pour le premier de ces phénomènes tout en se désintéressant du second.

En 1949, l’état-major de l’US Army publie une courte étude sur l’emploi des armes atomiques tactiques, alors inexistantes. Les réflexions prennent de l’ampleur avec la guerre de Corée, de nombreux officiers estimant que le président Truman n’avait pas employé l’arsenal nucléaire parce que celui-ci était alors trop limité pour le gaspiller dans un confit sans enjeu vital. Ils en concluent qu’il faut multiplier le nombre de têtes nucléaires de façon à pouvoir en décentraliser l’usage jusqu’au niveau de l’artillerie divisionnaire et pouvoir faire ainsi face à de nouvelles vagues humaines comme celles des Chinois ou des Soviétiques. Les études et les articles dans les revues civiles ou militaires, voire les livres se multiplient. La première arme nucléaire tactique est tirée en mai 1953 à partir d’un obusier de 280 mm. L’année suivante le premier exercice en ambiance atomique a lieu en Allemagne tandis que le bombardement des positions vietminh à Dien Bien Phu est envisagé. Le FM 100-5 de 1954 intègre les armes nucléaires comme artillerie super lourde et envisage que l’ennemi se dote aussi rapidement de moyens équivalents. En 1955, le général Taylor, alors chef d’état-major, déclare qu’ « une armée sans arme atomique sur le champ de bataille du futur sera aussi impuissante que les chevaliers français sous le tir des archers anglais ». On imagine alors nécessaire de disposer de 150 000 munitions atomiques dont plusieurs dizaines de milliers de missiles sol-air. Pour autant, la doctrine Eisenhower distingue nettement entre cet usage tactique et les représailles massives stratégiques délivrées par le Strategic Air Command.

Les grandes unités de l’US Army sont réorganisées pour mieux s’adapter à ce nouveau combat. On met d’abord l’accent sur les unités blindées jugées plus aptes à évoluer en ambiance nucléaire par leur blindage et leur mobilité. On passe ainsi de une à quatre divisions blindées de 1950 à 1956 et on crée une infanterie mécanisée entièrement protégée, sur véhicule M59 d’abord puis sur M113. On décide surtout de réorganiser complètement les divisions d’infanterie pour les rendre plus flexibles. On invente ainsi la division « pentomique » organisée en pool de 12 « groupes » (un de reconnaissance, un blindé, cinq bataillons d’infanterie renforcés et cinq groupes d’artillerie). On développe aussi en quelques années les grandes unités aéromobiles, jugées idéales pour ce combat lacunaire et mobile. La première division d’assaut aérien est formée en 1963.

On multiplie aussi les munitions nucléaires de l’obus M-388 d’une kilotonne au lance-roquettes roquette M 28 Davy Crockett d’une portée de 2 km en passant par la Special Atomic Demolition Munition portable dans un sac à dos. En 1958, le lieutenant-colonel Riggs écrit War 1974 représentatif de la guerre future selon la plupart des officiers de l’US Army fait de coups atomiques et de grands raids (avec hélicoptères à moteur nucléaire, plates-formes volantes individuelles et drones).

Au début des années 1960, l’US Army commence à se rendre compte qu’elle a été victime d’un emballement. Le champ de bataille atomique tel qu’il a été conçu et organisé s’avère en réalité ingérable. Le système pentomique mis en place sans les systèmes de commandement ni les moyens de transport adéquats a abouti à une désorganisation profonde des unités. Il est remplacé en 1965 par le système ROAD (Reorganisation Objectives Army Division). On se rend compte aussi que l’on a sous–estimé les effets de l’emploi massif de munitions nucléaires sans parler des réticences des pays européens à servir de champ de tir. Les systèmes les plus réduits, comme les 2 000 Davy Crockett, sont retirés du service à la fin des années 1960 au profit d’armes à plus longue portée. Surtout la doctrine d’emploi des armes nucléaires évolue. On abandonne l’idée d’une séparation nette entre la bataille atomique tactique et l’échelon stratégique au profit du continuum d’une « réponse flexible » étroitement contrôlé par l’échelon politique. Dans les années 1970, les armes nucléaires ne sont plus vraiment envisagées que sur le deuxième échelon soviétique, en Allemagne de l’Est ou en Pologne, puis remplacées dans ce rôle par les nouvelles armes de précision. Les Soviétiques suivent le même processus. Contrairement aux prévisions n’y aura pas eu de bataille atomique dans la guerre froide. Entre temps, l’US Army aura, encore une fois, était engagée contre un ennemi inattendu.

L’anomalie vietnamienne

La contre-insurrection n’a pas été complètement négligée par l’US army, le spectacle des guerres de décolonisation n’ayant pu être être évité. Pour autant, les Américains se sentent assez peu concernés par les problèmes de pacification et ils ne conçoivent la guérilla qu’en écho au combat de partisans de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre de Corée, c’est-à-dire sur les arrières de l’ennemi en appui d’une force conventionnelle principale. Le 10e Special force group est créé à Fort Bragg en 1952 avec l’idée de former des équipes aptes à évoluer en Europe derrière les lignes soviétiques pour procéder à des actes de sabotage ou encadrer des maquis locaux. Inversement, la lutte contre contre des partisans ennemis est conçue comme un combat classique mais simplement plus léger, combat que les nouvelles unités aéromobiles mèneront très bien. Il n’y a alors rien dans la littérature militaire qui anticipe ce qui va se passer au Vietnam. A cet égard, les analystes civils, notamment dans l’administration Kennedy, appréhendent mieux la situation.

L’approche indirecte qu’ils préconisent et qui est tentée pour la première fois à cette échelle au Sud-Vietnam est cependant un échec. L’appui matériel à l’armée sud-vietnamienne et les milliers de conseillers s’avèrant impuissants à juguler la poussée communiste, la décision est prise d’un engagement massif des forces armées américaines à partir de 1965 mais dans le cadre d’une stratégie qui exclut la pénétration du territoire nord-vietnamien. L’US Army s’engage alors selon sa vision en cherchant uniquement à détruire les unités de combat nord-vietnamiennes et Viêt-Cong par des opérations de Search and destroy alors que la pacification et le contrôle de la population restent du ressort du gouvernement sud-vietnamien et de ses forces de sécurité.

Tactiquement ces opérations sont presque toujours des succès mais ceux-ci s’avèrent souvent contre-productifs au niveau opératif. La présence américaine, par son simple poids, transforme la société locale et la puissance employée dans la recherche obstinée de la destruction s’avère aussi souvent un bon recruteur pour l’ennemi. Malgré des propositions alternatives de la part du corps des Marines ou issues des forces spéciales, l’US Army s’avère incapable de sortir de son schéma d’emploi. Le FM 100-5 de 1968 intègre les enseignements tactiques de cette première phase confirmant l’idée qu’il existe un combat « léger » et un combat « lourd ». La contre-insurrection continue cependant à susciter peu de littérature. Le corps expéditionnaire connait à la fin des années 1960 la plus grave crise morale de l’histoire de l’US Army, qui incite à l’abandon de la conscription au profit d’une armée de volontaires.

A l’issue de la guerre d’Indochine, beaucoup d’officiers français ont considéré qu’il s’agissait là d’un type de conflit qui allait se répéter et se sont intéressés à « la guerre révolutionnaire » produisant une abondante littérature sur le sujet. Dans l’US Army, il n’y a rien de tel après la guerre du Vietnam qui est plutôt analysée comme le résultat d’une mauvaise gestion politique. Les esprits se tournent à nouveau vers l’Europe et l’idée d’un affrontement conventionnel avec l’Union soviétique.

Retour aux fondamentaux

On assiste alors à un grand bouillonnement intellectuel conduit à partir de 1973 par le nouveau Training and doctrine command (TRADOC). Pour la première fois, ces réflexions s’effectuent en commun avec l’US Air force où la primauté du Strategic Air Command a été mise à mal par la guerre au Vietnam. La guerre future imaginée est à nouveau un affrontement en Europe contre les forces du Pacte de Varsovie d’autant plus probable que les Soviétiques disposent d’une grande supériorité numérique. Cette supériorité et une série d’innovations techniques et doctrinales leur permettent même d’envisager une « offensive à grande vitesse » jusqu’au Rhin sans emploi d’armes nucléaires. Le TRADOC commence par s’appuyer sur l’exemple de la guerre du Kippour puis sur les combats défensifs allemands de la Seconde Guerre mondiale pour définir une nouvelle doctrine, baptisée Active défense dans le FM 100-5 de 1976. Cette vision, très défensive et méthodique, est très rapidement contestée.

Porté par le mouvement dit de « réforme militaire », qui associe des parlementaires, des industriels et des officiers de l’US Army mais aussi de l’USAF (la « mafia des chasseurs »), le général Starry, commandant le TRADOC, initie le plus profond mouvement de réflexion militaire des Etats-Unis. Les articles mais aussi les livres se multiplient à partir de la fin des années 1970 (Maneuver Handbook de William Lind, American can win de Gray Hart, etc.), aux Etats-Unis mais aussi chez les Alliés, sur le thème de la guerre future en Europe.

Ces réflexions aboutissent au FM 100-5 de 1982 puis à celui de 1986 qui le prolonge en clarifiant la notion, inédite aux Etats-Unis, d’art opératif et introduisant les concepts clausewitziens de ligne d’opérations, centre de gravité, friction et point culminant. Le combat qui est décrit par cette doctrine dite AirLand Battle est très offensif, insistant sur l’action dans la profondeur ennemie, par les feux mais aussi par la manœuvre d’unités infiltrées autonomes. Ce renouveau doctrinal s’appuie sur aussi sur l’apparition d’une nouvelle génération d’équipements (hélicoptères d’attaque AH-64, chars M2, VCI M3, lance-roquettes multiplies mais aussi munitions de précision et nouveaux systèmes de surveillance et de guidage) intégrée dans de nouvelles structures très puissantes : les divisions et les corps d’armée 86.

Le système tactique qui est ainsi développé pour la guerre contre le Pacte de Varsovie présente cependant l’inconvénient d’être difficilement projetable. Une grande partie des forces est donc stationnée en permanence en Europe ou doit rejoindre par air des dépôts d’équipements en Allemagne. Les divisions 86 avec leur dix bataillons blindés-mécanisés lourds ne peuvent en revanche être projetées rapidement dans le reste d’un monde où les crises se multiplient. En octobre 1983, les Américains connaissent une attaque très meurtrière contre leur force stationnée à Beyrouth et l’engagement maladroit sur l’île de la Grenade. Les organisations communistes progressent en Afrique et en Amérique centrale tandis qu’un corps expéditionnaire soviétique combat en Afghanistan et qu’un autre, britannique, vient de reprendre les îles Falklands.

Pour faire face à ces nouvelles menaces sans compromettre la priorité européenne, l’US Army contribue au développement des forces spéciales réunies dans un grand commandement interarmées et surtout crée, à côté du 18e corps aéroportée (101e division d’assaut aérien et 82e division parachutiste), quatre divisions d’infanterie légère de 10 000 hommes équipés de véhicules non blindées. L’opération Juste Cause au Panama à la fin de 1989 est le premier engagement de cette nouvelle force d’action rapide.

Ces évolutions sont intégrées dans le FM 100-5 de 1986 qui distingue trois niveaux d’emploi des forces : haute intensité pour le corps de bataille lourd ; intensité moyenne pour les forces d’intervention rapides et basse intensité qui relève surtout d’une action indirecte (aide aux forces étrangères). Après le désastre de Beyrouth, les missions de maintien de la paix ne sont pas privilégiées. Dans tous les cas, l’action directe des forces n’est jamais envisagée comme prolongée.

L’histoire contredit une nouvelle fois en partie cette vision. Il y a bien une guerre conventionnelle majeure mais celle-ci n’a pas lieu en Europe contre l’URSS, ennemi qui disparaît sans combat, mais contre l’Irak en 1990-91. Les forces légères sont inappropriées pour ce combat, hormis pour une mission de couverture, et il faut des mois pour déplacer les divisions lourdes en Arabie Saoudite. Le combat qui est mené ensuite en quelques jours en février 1991, est assez loin de la souplesse et de la hardiesse prônées par la doctrine AirLand Battle mais il aboutit cependant à une victoire spectaculaire.

De la guerre infocentrée aux Shoura

La doctrine est redéfinie en 1993 à l’aune de l’expérience récente et des évolutions géostratégiques. L’US Army est envisagée comme une force stratégique capable, bien que renonçant aux armes nucléaires, de dissuader et, à défaut, d’intervenir partout dans le monde. On distingue nettement les opérations de guerre des « opérations autres que la guerre », c’est-à-dire, dans la définition américaine, les opérations n’engageant pas de troupes terrestres au combat. Les premières sont partagées en guerre de haute intensité, dont l’opération Desert Storm en Irak est le modèle, et de moyenne intensité ou limitée, comme l’opération Juste Cause à Panama. Les secondes comprennent tout le reste, depuis les raids jusqu’aux opérations de maintien de la paix en passant par l’assistance humanitaire. Dans un retour assumé à la « tradition américaine », et alors que les Etats-Unis bénéficient d’une supériorité militaire écrasante, les opérations ne se conçoivent plus que comme courtes et décisives. 

Une nouvelle fois les choses ne se passent pas comme prévu. L’engagement en Somalie en 1992-1993 témoigne de la difficulté d’obtenir des résultats décisifs dans les missions menées sous l’égide des Nations-Unies. Surtout, les trois guerres menées par les Etats-Unis de 1995 à 2001, contre la république bosno-serbe, la Serbie et l’Etat taliban, s’effectuent pratiquement sans l’US Army. Celle-ci se retrouve victime à la fois de la difficulté à projeter ses unités les plus lourdes et de la vulnérabilité des unités les plus légères alors que l’Air Force et l’US Navy bénéficient de la suprématie aérienne et donnent l’illusion de pouvoir vaincre à distance par les frappes de précision.

La riposte de l’US Army consiste à utiliser à son tour les nouvelles technologies de l’information pour augmenter l’efficience de ses unités (Force XXI). Il devient alors possible, pour la même efficacité, de réduire le volume des unités les plus lourdes afin de les rendre plus projetables. Inversement, les divisions légères sont en partie remplacées par les brigades Stryker, numérisées et montées sur véhicules légers et blindés. Du TRADOC Pamphlet 525-5 Force XXI Operations au FM 3-0 Opérations de 2001(qui remplace les FM 100-5), la guerre envisagée par l’US Army ne change cependant guère de nature. Les combats sont simplement imaginés encore plus souples et plus efficaces grâce à la supériorité informationnelle. Cette vision s’intègre parfaitement dans la Joint Vision 2010, la vision, toute de haute-technologie, de la guerre future par le commandement interarmées (Joint Forces Command) créé en 1999 pour conduire la « transformation » des armées.

L’US Army est de nouveau engagée en Irak en mars 2003 selon un mode opératoire finalement assez peu différent de celui de 1991 mais avec des moyens plus réduits en nombre et un environnement technologique plus sophistiqué. Le résultat est à nouveau spectaculaire puisqu’au prix de pertes réduites, l’ensemble de l’Irak est conquis en un peu plus d’un mois. La guerre change alors de forme et se transforme, comme en Afghanistan, en une lutte de contre-insurrection très éloignée de la Joint Vision 2010 que personne n’a anticipé et pour laquelle les esprits sont peu préparés.

Conclusion

Au bilan, depuis 1945, l’US Army n’a jamais mené la guerre contre les ennemis qu’elle anticipait ou de la manière qu’elle imaginait, à l’exception de l’invasion de l’Irak en 2003. Cette difficulté à prévoir, par ailleurs semble-t-il peu spécifique aux Américains, s’explique d’abord par des facteurs externes, l’US Army ayant toujours eu à s’adapter à la fois aux fréquentes fluctuations de la stratégie nationale américaine et aux réponses stratégiques et tactiques de ses adversaires potentiels. Dans un contexte dialectique, la prospective se heurte bien plus qu’ailleurs au principe d’Heisenberg qui veut que l'expérimentateur modifie forcément l'expérience par son action.

Dans ce cadre invertain, l’US Army a agrandi sa marge d’erreur lorsque, notamment après le National Security Act de 1947 qui délimite précisément les cadres des quatre armées, elle a réduit son champ d’investigation au seul domaine tactique. Le point bas de cette évolution a été marqué par les FM 100-5 de 1968 et 1976 simples collections de procédés tactiques mais sans aucune vision sur la manière dont ils pourraient permettre de gagner la guerre. La marge s’est réduite, lorsque l’US Army est sortie de sa « zone de responsabilité » purement tactique pour aborder aussi une « zone d’intérêt intellectuel » beaucoup plus large. C’est le cas à la fin des années 1970 lorsque le TRADOC aborde le champ de l’art opératif et fait appel à des compétences variées, civiles ou militaires, pour croiser les approches. Dans tous les cas cependant, un puissant biais culturel a toujours orienté les réflexions vers les préférences profondes d’une « manière américaine de faire la guerre » privilégiant nettement la recherche de la destruction totale de la force armée ennemie aux subtilités de l’action au milieu des populations.

Ces erreurs de prévision, plus ou moins fortes, ont toujours pu cependant être compensées, au moins en partie, par une capacité à faire évoluer très vite le modèle de forces existant, grâce à une redondance ou une mobilisation des ressources mais aussi par une culture de l’adaptation et de l’innovation. Il en ressort qu’il est dangereux d’imiter une organisation qui se trompe fréquemment alors qu’on ne dispose pas des mêmes capacités de rattraper ses erreurs.

Pincipales Sources

Military review sur Milindex (CDEF) et Combined Arms Research Library (CARL) Digital Library.
Robert A. Doughty, The Evolution of US Army Tactical Doctrine, 1946-76, University of Michigan Library, 1979.
Richard A. Gabriel, Military Incompetence, Hill and Wang, 1986.
Jonathan M. House, Combined Arms Warfare in the Twentieth Century: Warfare in the Twentieth Century, University Press of Kansas, 2001.
Linn Brian McAllister, The Echo of Battle: The Army's Way of War, Harvard University Press, 2007.
Vincent Desportes, Le piège américain, Economica, 2010.
Antulio J. Echevarria II, Reconsidering the American Way of War: US Military Practice from the Revolution to Afghanistan, Georgetown University Press, 2014.