mercredi 24 novembre 2021

L'odeur du pas de sens

Voici donc revenir le marronnier du service militaire. Je pense que je vais donc stocker ce texte quelque part pour le ressortir lors de la prochaine élection.

Petit rappel pour commencer : Art 1 du code la Défense « La mission des armées est de préparer et d’assurer par la force des armes la défense de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation ». Il n’est écrit nulle part que les armées aient à servir de maison de correction, de centre de formation professionnelle, de palliatif à des peines de prison, d’anxiolytique pour la population, d’antigang à Marseille, de supplétif à la police nationale, de fournisseurs de photos sur l'antiterrorisme, de régulateur du nombre de sangliers, de société de ramassage des poubelles ou de nettoyage des plages, d’éducateurs pour adolescents en internat-découverte, bref de palliatif à tout ce qui déconne (on dirait du Orelsan).

Je remercie tous ceux qui découvrent maintenant des vertus à quelque chose qu’ils ont soigneusement évité de faire (avec toujours bien sûr de bonnes raisons) lorsqu’ils en avaient la possibilité ou, dans le pire des cas pour eux, se sont débrouillés pour l’effectuer confortablement. Je rappelle que dans les dernières années, le service national pouvait s’effectuer aussi dans des entreprises choisies.

J’ai passé 6 ans dans 2 régiments d’infanterie composés d’appelés, j’y ai rencontré bien peu de CSP+. L’autorité, la cohésion, l’effort, tout ça, c’était mieux pour les gueux, et les gueux garçons. Peu de féministes ont demandé à l’époque de bénéficier de la parité devant le sac à dos malgré tant de bienfaits.

Je suis assez vieux pour avoir connu les films de bidasses ou le prodigieux « Comment se faire réformer » de Philippe Clair, et je loue tous les jours les mânes de Jacques Chirac pour avoir mis fin au genre par sa décision de suspension du service national. Notons qu’au moment de cette décision, personne n’a levé le petit doigt pour défendre un système pourtant apparemment si vertueux. Notons aussi que le contexte qui a présidé à cette décision n’a pas varié depuis. Au passage, on parlait tout autant à l’époque que maintenant de la cohésion nationale, de la faillite éducative, des banlieues, des problèmes d’intégration, du terrorisme (les premiers attentats datent de 1995) etc.

Alors, oui il y a quand même quelques vertus à la formation militaire, ce sont d’ailleurs celles que reçoivent encore 20 000 jeunes volontaires chaque année. Et j’ai connu plein de choses formidables avec des soldats appelés. Maintenant, ces vertus sont indissociables de la fonction des armés qui est de combattre. Si on s'entraîne dur et si on construit une vraie cohésion et s'il existe effectivement un brassage social, ce n'est pas une fin en soi mais c'est pour aller au combat. Si l'apprentissage est une fin en soi, cela s'appelle de l'éducation et il y a des établissements pour ça.

Dans « service national », « service » indiquait service « à » la nation sous forme d’impôt en temps et éventuellement en sang, mais pas service « de » la nation à des jeunes. Un service militaire, encore une fois, n'a de sens que s'il a une fonction militaire. Si c’est pour protéger la nation d’une invasion, comme dans les pays baltes par exemple, cela a du sens ; si c’est pour aller combattre au Sahel parce que l’on considère que cela va contribuer à la protection des Français, cela a du sens aussi ; si ce n’est pour surtout pas prendre de risques, alors ce ne sont pas des soldats, c’est autre chose (à définir).

Alors on pourrait par exemple imaginer un grand service civique obligatoire, il faudrait braver la CEDH qui considère cela comme du travail forcé, mais cela aurait une utilité pour la nation et par la nation. Pour tout autre objectif, voir Education nationale.

Si on décide malgré tout de remettre en place un service militaire, je souhaite bon courage pour trouver les nombreux milliards d’euros nécessaires chaque année à la formation, l’encadrement, le logement (en mixité ?), la nourriture, les soins, la solde et l’équipement (oui, il leur faut aussi des armes, des véhicules, etc.) pour un million de soldats, soit les 200 000 actuels plus les 800 000 d’une classe d’âge, ou 600 000 si on coupe en tranches de six mois de service, mais je n’aimerais pas partir au combat avec eux. Si on décide de former des soldats, ce qui est un peu le principe du service militaire, autant le faire sérieusement.

Bon courage aux dizaines de milliers d’officiers, sous-officiers et caporaux-chefs qui seront obligés de reformer l’« armée de l’arrière », celle qui ne part jamais en opex. Bon courage à l’armée qui continuera à faire des opex, mais avec moins de moyens. Sauf augmentation considérable des ressources, et encore une fois, en refusant d’engager des soldats en opérations (ce qui est un oxymore quand on y réfléchit), un service militaire affaiblirait considérablement les armées.

Bon courage enfin à ceux qui devront gérer, les resquilleurs, la flambée des P4 (pas les véhicules) et des objecteurs de conscience, les fils d’Archevêque, les déserteurs, etc. Un jour je vous raconterai comme j'ai eu un gars qui prétendait être Claude François (ce n'était pas lui). Et encore, ça se serait l’héritage. Il faudra y ajouter aujourd’hui, les réseaux sociaux, les révolutionnaires de bac à sable, les revendications identitaires, le retour en force de l’antimilitarisme, les allergiques au drapeau français, les offensés de l'uniforme et micro-agressés du garde-à-vous, et autres joyeusetés. Il faudra surtout à nouveau lutter contre tous ceux, de plus en plus nombreux avec le temps, qui considérerons que comme tout impôt c’est surtout bon pour ceux qui ne peuvent y échapper. Bon courage donc.

20 commentaires:

  1. Le service national, ou service militaire, n'a pas vocation à revenir. Il a vocation à se faire élire par ceux qui y croient. Son prix est prohibitif le jour où il faut refaire un parc nucléaire. La fin de la Pax atomica et la satellisation de l'Europe liée au basculement du monde vers l'Asie vont bien plus cadrer l'avenir de nos armées qu'un retour du SN.

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  2. Je reste très partisan d'un retour au service national, de le rendre universel, garçons et filles, et qu'il serve à préparer nos jeunes à être utiles dans les situations d'urgence qui mettent en péril des personnes, des communautés ou la Nation. Et qui s'y formeraient en étant d'ores et déjà utiles, et non pas en tournant en rond dans la cour de la caserne.

    Ce qui n'est pas un "service militaire", ou pour une petite minorité qui serait à la fois volontaire et jugée apte à porter les armes (ça ne doit pas être bien loin du nombre actuel d'engagé·e·s).

    (Si si, j'ai fait mon service militaire… bien obligé parce que X… et si on tournait en rond, ce n'était pas dans la cour mais sur le parcours du combattant, ce qui était cool).

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  3. Je pense qu'il n'y a pas grand chose à ajouter. L'armée a aussi profité des scientifiques du contingent qui lui a permis de développer des produits avec des jeunes professionnels de qualité, et j'ai eu aussi à gérer des fils d'archevêque, officiers, à Tahiti. Un endroit qui comme chacun sait est légèrement moins agréable que les casernes de l'est de la France. Effectivement l'une des solutions serait de développer le SNU avec un encadrement de jeunes militaires retraités et ainsi créer un brassage et un encadrement de qualité, sans pour cela sacrifier les capacités purement militaires. On peut aussi imaginer que durant leur période d'activité des militaires assurent ces fonctions d'encadrement pendant une période déterminée et compensée par un accroissement des effectifs.

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  4. Bonsoir
    D'après mes souvenirs de mes années d'étudiant, il me semble qu'au mitan des années 90, le PCF et le FN étaient les seuls partis à s'opposer à la suppression du SN (avec des arguments différents). Fréquentant à l'époque le milieu des étudiants communistes, je me souviens qu'ils étaient totalement opposés au risque de voir apparaître une "armée de prétoriens".

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  5. Je m'associe complètement à ce que vous écrivez mon colonel. J'aurai écrit exactement la même chose mais vous le faites bien mieux que moi!

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  6. c'est amusant mon Colonel, car j ai donné entre 1980 et 1998, dans casi toutes les activités que vous citez dans votre introduction.

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  7. Officier de réserve j’étais affecté à Montpellier après être passé par Coet en1977. Les appelés que j’avais en compte venaient pour une bonne partie des quartiers Nord de Marseille. Avec l’encadrement d’active on faisait ce qu’on pouvait pour obtenir un minimum de comportement citoyen de ces jeunes sans éducation et sans formation . Certains en passant un permis PL ont pu avoir une chance de décrocher un job à la sortie. Sans oublier le travail sur l’alphabétisation dont les manquements étaient sanctionnés par la suppression de perms chose que le système éducatif était incapable de faire par laxisme. Pendant 8 mois je pense que je n’ai pas perdu mon temps et apporté ce que je pouvais . Ces quartiers Nord de Marseille sont maintenant en déshérence entre trafic de drogue et islamisme . Même si cela n’a rien apporté à notre système de défense ça n’a pas été négatif pour former à minima des citoyens. Je soutiens donc cette initiative de rétablissement du Service National et si pb de budget il y a autant aller le chercher sur celui de l’Education Nationale

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    1. Vous voulez donc que l Armee compense les manques de l Education nationale en piochant dans le budget de l Education nationale, donc en l affaiblissant encore plus. J ai du mal a suivre votre logique. Si vous voulez augmenter les moyens de financement pour les rendre utile a la Nation, il y a quelques pistes qui paraissent un peu plus interessantes. Et si on allait voir du côté du Luxembourg par exemple ? ��

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    2. Monsieur, je pense que vous commettez un contresens. quand ovus dites "on faisait ce qu'on pouvait..." , vous ne faisiez pas plus ou pas moins que l'ensemble des cadres d'active ou du contingent dans les forces opérationnelles du moment. vous ne faisiez pas ce que vous pouviez mais vous encadriez et formiez des jeunes français à utiliser une arme, à être un combattant individuel (les six premier mois) et enfin à servir dans une unité consitutée pour "produire de la performance tactique collective" (les 4-6 autres mois). Tous vos soldats n'avaient pas le permis dont le nombre était déterminé, non pas dans une logique d'inclusion sociale mais dans un but opérationnel : dans une section d'infanterie -par ailleurs composée des fils de personne qui ne possédaient pas les bon numéros de téléphone- il y avait 4 ou 5 permis (les pilotes de blindé) sur 40 et pas un de plus, dans un peloton du train , trois fois plus. vous n'avez pas fait ce que vous pouviez , vous avez fait ce qu'on vous demandait ; et vous l'avez fait sans compétence particulière mais simplement parce que la pédagogie générale ne se justifiait que par un objectif qui nous dépassait tous : la préparation au combat. c'est ensuite que ces notions de brassage ou de cohesion, mythifiées par les anciens et exploitées de manière démago par nos politiques, apparaisent. le but n'était pas le brassage , c'était la conséquence. Si vous placez ces objectifs en tête, il ne s'agit plus de faire une armée mais de faire un service social d'insertion. cordialement

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  8. Appelé en début 68 comme volontaire paras, le cas d'environ 50 % des gens de ma classe, l'expérience fut intéressante et fort instructive. Je signais même un volontariat pour servir outre-mer en cas de conflit ( les VSL les remplacèrent et cela à dater du début des années 70 ) : ce volontariat était fort fréquent chez les appelés servant en compagnie de combat... Certains furent engagés briévement à Djibouti en 67, et au Tchad dans les années 69-70.

    La majorité des appelés paras de cette époque partage mon appréciation, et même cela après 60 ans *. Mais parmis les appelés non paras, les opinions sur le service militaire de l'époque sont bien plus circonspectes, voir vécu comme une contrainte.

    * Cela est certainement du à l'encadrement de ces années là : les sous-officiers à partir des sergents-chefs, et officiers à partir de capitaine avaient tous fait campagne en Algérie et certains en Indochine.


    Mon chef de corps étaient le Lt-c Aussaresses : à l'époque ses dérives algériennes n'étaient pas connus, hormis de quelques rares cadres


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  9. Tout à fait d'accord avec votre texte. Aux lecteurs qui sont favorables au retour d'un service national encadré par des militaires, pourrait-on leur rappeller que : "La maîtrise des pulsions sentimentales est un des facteurs de l'intelligence des situations "?

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  10. Ben moi je pense que des appelés feraient bien le boulot de Sentinelle...
    Sérieusement un service MILITAIRE qui se ferait OBLIGATOIREMENT entre 16 et 20 ans, et pour tous filles comme garçons et qui formerait exclusivement au monde de la guerre de haute intensité, on verrait.

    Mais effectivement refaire un SN fourre tout comme je l'ai vécu n´a aucun sens. Le SNU c'est important pour finir la chaire à canon des armées, la matière qui permet de durer en haute intensité, rien de plus.

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  11. Je me demande si un SN, composé uniquement de volontaires, comportant une importante composante militaire avec le risque d'être envoyé en opération n'intéresserait pas certains jeunes : une sorte de remake de feu les VSL..

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  12. Quand le service militaire fut supprimé, j'avais plusieurs camarades (sous-officiers de réserve) qui étaient moniteurs ou aides moniteurs (à temps partiel évidemment) dans des centres de PMP (préparation militaire parachutiste). Ce derniers furent dissous peu après, et cela suscita un grand mécontentement chez quasi tous les volontaires PMP.

    Comme quoi ma précédente suggestion elle est fondée, certes les centres de PMP datent de plus de 20 ans.

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  13. Bonjour,
    Pouvez-vous m'indiquer l'origine du dessin d'illustration ?
    Merci

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  14. Je partage une grande partie de l'analyse de notre Colonel préféré, mais je pense qu'un véritable SNU (pas le gadget d'aujourd'hui) pourrait nous être vraiment utile justement pour éviter de transformer l'active en garderie, il devra être vraiment universel (peu d'espoir vu la volonté de nos élites) chaque citoyen devrait obligatoirement choisir un des 5 domaines ou servir : sécurité sanitaire - sécurité publique - sécurité militaire - sécurité environnementale - sécurité civile - pas forcément de combat de haute intensité - mais un début de sens commun, de massification de nos organisations en cas de crise, une capacité à l'autodéfense, une capacité à sensibiliser, à motiver de future volontaire engagé, tout débute par une visite médicale, si physiquement inapte le citoyen devra servir dans une association, vous vous trompez sur la forme que cela prendrai (pas besoin de dormir à la caserne, pas besoin d'une caserne comme au 20e des outils, des centres d'immersion, des applications pour la gestion, ) etc. ....

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  16. Bonjour

    En discutant avec les camarades de la DPSD quand j'étais officier de sécurité de mon unité, ils m'avaient dit qu'une des motivations de le suspension du SM par Chirac fut la crainte exprimée par les états majors de donner une instruction militaire aux émeutiers de banlieue.
    Ils me disaient aussi que les JFOM, volontaires pour les PEG et PESO, étaient surveillés comme le lait sur le feu.
    Je réponds toujours aux partisans du rétablissement du SM - parce que ça leur apprendrait le respect aux "jeunes" - de se rendre en personne au commissariat le plus proche de leur domicile afin d'expliquer aux policiers que désormais, ils affronteront des racailles formées au combat d'infanterie.
    Parce qu'il est certain que ces racailles se conduiront tout à fait correctement pour bénéficier d'une formation de qualité dispensée par des professionnels aguerris.

    C'est Mitterrand qui a tué le SM en refusant d'envoyer les appelés dans le Golfe
    Chirac n'a fait que signer le permis d'inhumer

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  17. Merci pour ce texte plein de bon sens et auquel il n'y a absolument rien à rajouter. J'ai moi-même encadré des appelés et surtout eu l'occasion de constater que ces jeunes perdaient leur temps car pour quelques rares individus qui par la suite signaient un engagement, tous subissaient et attendaient que les 12 puis 10 mois se passent. Il est à craindre en outre que le manque chronique de moyens tant financiers qu'humains et matériels dans tous les domaines relevant de l'Etat soit également de mise dans ce nouveau service qui ne sera alors qu'un échec de plus dans l'accompagnement civique, éducatif et social de nos jeunes et ne donne un aspect négatif de nos armées.

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