mercredi 24 octobre 2018

Le 11 novembre, rien ne remplacera la victoire


Version développée d'un texte publié par Figaro Vox (ici) et Le Figaro du 24 octobre.

Il se murmure (ici) que le président de la République ne souhaiterait pas célébrer le centenaire de la victoire de la France et de ses alliés le 11 novembre prochain. A la place, il ne serait question, à travers un « périple mémoriel », que d’évoquer les souffrances de nos soldats et de rendre hommage à leur courage tout au long de la guerre, ce qui paraît être la moindre des choses, mais sans évoquer le sens de ces mêmes souffrances, ce qui paraît être une faute.

Le président, pour reprendre les termes de Bruno Roger-Petit, son « conseiller mémoire », « regarde l'histoire en face » et souhaiterait d'abord que l'on retienne que la Grande Guerre fut « une grande hécatombe » lors de laquelle « les combattants, qui seront au cœur des commémorations, étaient pour l’essentiel des civils que l’on avait armés ». Ces mots paraissent difficiles à imaginer en 2018 tellement ils apparaissent comme la lumière résiduelle d’une étoile idéologique déjà morte. Ils l’ont été pourtant témoignant alors d’une histoire non pas vue de face mais de biais. Non monsieur le président, il ne s’agissait pas de « civils que l’on avait armés » mais de citoyens, qui pour reprendre les termes de la loi du 5 septembre 1798, étaient forcément « aussi des soldats et se devaient à la défense de la patrie ». Concrètement, en 1914, tout français physiquement apte était soldat jusqu’à l’âge de 49 ans, plus tardivement encore pour les militaires. 

Le citoyen défend la cité lorsque celle-ci est menacée, c’est un des fondements de la République, or, il ne faudrait pas l’oublier, la République française était bel et bien menacée en août 1914. Elle fut même partiellement envahie et ravagée. Les quatre millions d’hommes qui se sont rassemblés alors n’étaient pas des civils naïfs. C’était absolument tous des soldats d’active ou de réserve qui répondaient sans joie mais consciemment à l’appel à défendre la patrie. Il n’y avait alors et il n’y aura jamais aucun doute parmi eux sur la justesse de ce combat sinon sur la manière de le mener. Même les mutineries de 1917 ont été à cet égard bien plus des grèves que des révoltes, l’idée d’arrêter le combat et d’accepter la défaite en étant exclue.

Ce combat, ils ne l’ont pas mené non plus sous la contrainte impitoyable et au profit d’une classe de profiteurs et de généraux bouchers, mais pour « faire leur devoir », selon les mots qui reviennent sans cesse dans leurs propos ou leurs lettres. Ils n’auraient jamais combattu avec une telle force si cela n’avait pas été le cas. Faut-il rappeler que le nombre d’exemptés demandant à aller au combat malgré tout a toujours été très supérieur à celui des réfractaires ? Que ce nombre très faible de réfractaires n’a cessé de diminuer avec la guerre ? Dire que leur combat n’avait pas de sens, ce qui est le cas lorsqu’on refuse d’évoquer la victoire, équivaudrait à traiter ces hommes d’idiots. Ils savaient ce qu’ils faisaient, ils méritent mieux que cela.

D’ailleurs ces « civils que l’on a armés » et qui auraient pris sur eux toute la charge du combat, qui sont-ils ou plutôt de qui faudrait-il les distinguer ? Des professionnels ? Car ceux-ci ne souffraient peut-être pas, eux et leur familles, parce qu’ils étaient volontaires ? Des officiers, dont un sur quatre a laissé la vie dans l’infanterie ? Des généraux, ceux-là même dont 102 sont « morts pour la France » en quatre ans ? Des dirigeants et représentants du peuple, dont 16 ont été tués par l’ennemi ? Faut-il rappeler aussi que les uns et les autres avaient leur fils en première ligne ? Le général de Castelnau en a perdu trois, le sénateur et futur président de la République Paul Doumer quatre, et il n’agissait pas hélas de cas isolés.

Faut-il rappeler encore que loin de la vision idéologique que ce conseiller du président semble reprendre à leur compte, ces généraux ont non seulement conduit les troupes à la victoire sur le champ de bataille mais ont réussi également la plus importante transformation de toute notre histoire ? L’armée française de novembre 1918 était la plus forte et la plus moderne du monde. Cela n’a pas été pas le produit d’un heureux hasard mais d’un immense effort et peut-être d’un peu d’intelligence.

Parmi ces généraux, les plus illustres ont reçu le titre de maréchal de France, ce n’est pas rien maréchal de France, c’est une dignité dans l’Etat. Ne pas les évoquer serait donc déjà étonnant. Il est vrai que parmi eux il y a le très gênant Pétain, futur coupable d'intelligence avec l'ennemi et de haute trahison, mais aussi, l’avenir ne détruisant pas le passé, un des artisans majeurs de la victoire de 1918. Mais il est vrai que si on ne veut pas parler de celle-ci il n’est pas besoin de parler non plus de tous ses artisans. Les maréchaux, et peut-être même les généraux, et pourquoi pas tous les officiers pour peu qu'ils soient professionnels, seront donc effacés de l’histoire comme les ministères de la vérité effaçaient les indésirables des photos dans les régimes totalitaires.

Ce sont les nations qui font les guerres et non les armées et la guerre est un acte politique. Célébrer la fin de la guerre sans célébrer la victoire, c’est refuser la politique et sans politique l’emploi de la force n’est que violence criminelle. Refuser la politique et donc la victoire, c’est traiter le gouvernement de la France pendant la Grande Guerre comme l’on traite les organisations terroristes lorsqu’on leur nie tout projet politique et on les cantonne à la folie. C’est placer Poincaré ou Clemenceau au rang de criminels et tous les soldats à celui de victimes. Et si les événements n’ont été que pure criminalité de la part des dirigeants de l’époque, la suite logique en serait pour les dirigeants actuels de s’en excuser, encore une fois.

Sans la défaite de l’armée allemande, concrétisée par l’armistice du 11 novembre 1918, la France et l’Europe n’auraient pas été les mêmes. Il n’est pas évident qu’elles en fussent meilleures sous la férule du Reich. La moindre des choses serait de le rappeler et de le dire, à moins qu’une loi mémorielle non écrite interdise de fâcher nos amis d’aujourd’hui parce qu’ils ont été nos ennemis hier, ce qui conduit de fait à interdire de célébrer une grande partie de notre passé. On peut même imaginer en allant jusqu’au bout, d’inverser la logique expiatrice en participant aux célébrations des victoires de nos anciens ennemis, comme celle de Trafalgar en 2005. Les Britanniques, eux, n’ont pas honte de leurs combats et ils n’hésitent pas à les célébrer dignement sans considérer que l’hommage à leurs soldats vainqueurs soit une insulte aux anciens vaincus. Faut-il rappeler le contraste édifiant à quelques semaines d’écart en 2016 entre les traitements respectifs des batailles de Verdun et de la Somme ?

La victimisation est peut être une tendance actuelle, elle n’était pas du tout celle de mon grand-père, valeureux combattant des tranchées qui n’aurait absolument pas compris qu’on lui vole ce pourquoi lui et ses camarades se sont battus. Lorsque plus de trois millions d’hommes ont été tués et gravement blessés pour atteindre un but, on peut considérer que celui-ci aussi a, à peine cent ans plus tard, encore des « droits sur nous ».

Pour fêter cette victoire, nul besoin forcément de défilé militaire grandiose mais au moins une reconnaissance, un remerciement, un mot, un geste du chef des armées serait suffisant. Un discours de vainqueur à la hauteur de ceux de Clemenceau, l’annonce que le centenaire du défilé du 14 juillet 1919 sera le moment principal de la célébration, entre nous ou avec nos alliés de l’époque, voilà qui serait un minimum, en complément de l’indispensable hommage aux soldats.

Pour le reste pour célébrer l’heureuse amitié franco-allemande, retournement incroyable au regard de l’histoire, il sera possible le 22 janvier de fêter l’anniversaire du traité de l’Elysée qui la marque bien plus dans l’histoire que le 11 novembre. Nous n'étions pas du tout amis à l'époque. Il n’y a pas d’ « en même temps » en histoire, il n’y a que des faits réel et distincts, et on peut tourner le 11 novembre dans tous les sens, cela restera toujours l’anniversaire de la victoire de la France.

37 commentaires:

  1. Merci mon Colonel pour cette excellente mise au point.
    Espérons que cela fera réfléchir au plus haut niveau ces gens déconnectés qui ne retiennent des soldats que nous sommes que les combinaisons de vol façon topgun et oublient le devouement et le sacrifice de nos anciens à la Patrie.

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  2. La France a vaincu l'Allemagne, et sans doute a t-on mieux vécu dans une France française en 1920 que ça ne l'aurait été sous l'empire Allemand.
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    Sans parler de "victimisation", on peut être heureux de la victoire, et constater son inutilité, en étant critique sur les politiques qui ont mené à cette guerre. A priori j'aurai préféré que cette victoire n'ait pas eu lieu, non pas pour préférer une victoire allemande, mais parce que les politiques qui ont menés à cette guerre ont été d'une stupidité et d'une inconséquence comme rarement il y en a eu. Le cocktail qui a mené à la guerre était fait de revanchisme, de bisbilles dans les Balkans et de rivalités Coloniales, le tout saupoudré de quelques tensions économiques. 40 ans après la guerre, et a fortiori 100 ans après, ces causes sont tellement ridiculisées par l'histoire que la victoire a beau comprendre le dévouement des soldats faisant leur devoir, on retient surtout la bêtise des politiques.
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    Cette "petite guerre", cette coûteuse victoire, et la gestion lamentable qui a été faite à la fin de la guerre, ont coûté à l'Europe sa suprématie mondiale, tout en installant par ricochet, non seulement les conditions pour qu'une seconde guerre soit inévitable, mais encore les fondations de la guerre froide. La victoire des armes - réelle - s'est traduite par de telles pertes durant tout le 20e siècle qu'elle a tout de même une saveur bien amère 100 ans plus tard.
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    Si en plus d'expliquer que les citoyens soldats ont vaincu et gagné, le président explique que les politiques qui ont mené à cette guerre ont été cons comme des manches, vissés dans le XIXe siècle (quand ce n'est pas dans le XVIIIe), avec la vision prospective d'une taupe, ça ne sera pas plus mal.

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    1. D'accord à 100%.
      L'aspect d'ineptie logistique, les lourds plans de mobilisation qui mettent les états majors devant le fait accompli que la seule option face aux fenêtres d'opportunité et de vulnérabilité est une fuite en avant. Ceci devrait être la leçon pour nos cons donneurs de leçons. Comme c'est parti au 21ème, ils vont se/nous mettre dedans pareil.

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    2. Je pense que vous vous trompez.

      Les conflits d'intérêts entre pays existent toujours, seulement ils ne se règlent plus, en général, par les armes.

      Faire la politique de l'autruche sur la nécessité pour un pays de faire attention à ses intérêts, c'est permettre la politique des Macrons et compagnie.

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    3. Et bien si les conflits d'intérêts d'il y a 100 ans s'étaient résolus de façon diplomatique sans aller au conflit, l'histoire du monde aurait été bien différente. On n'était pas obligé de faire cette guerre pour un résultat si misérable que 40 ans la quasi totalité des gains territoriaux et politiques peuvent faire l'objet de comique de répétition. C'est l'histoire d'un pays qui pour résoudre des problèmes économiques se ruine, l'histoire d'un pays qui se bat pour des colonies qui s'émancipent 40 ans après, l'histoire d'un pays qui signe une victoire en créant une nouvelle guerre, l'histoire d'un pays qui construit le 20e siècle en se croyant au 19e...
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      La diplomatie et l'intelligence étaient possibles, et ça, sans évoquer l'idée encore anachronique d'un parlement pour résoudre ces conflits au fil de l'eau entre pays voisins avant qu'ils ne se fasse trop sérieux. Je ne doute pas qu'avec les politiques de 1914, la crise de 2008 aurait dégénérée en guerre - en Grèce à tout hasard - et que nous aurions créé plus de dégâts que les déséquilibres et conflits d'intérêts que nous voulions corriger.

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  3. Une certaine classe politique veux simplement la fin de la nation, et le retour à une forme d'impérialisme (ce qu'est l'UE)
    Rappeler que la nation a battu des empires (oui parce que c'était bel et bien une guerre déclenchée du fait de velléité impériale), ça ne doit pas trop cadrer avec l'agenda politique.


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  4. Ne pas célébrer la victoire revient à considérer que vainqueurs ou vaincus c'est la même chose. Que la fermeté de nos dirigeants d'alors, n'aurait servie qu'à faire durer une guerre inutile. Et donc, comme vous le suggérer si bien, qu'ils seraient alors tous mort pour rien... Est cela leur rendre hommage?
    Il faudrait éventuellement demander aux militaires d'aujourd'hui d'être un peu plus "people"... ça pourrait attirer nos dirigeants.

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  5. A la lecture de vos deux derniers articles, je fais le constat suivant : vous décrivez notre armée, devenue la plus puissante du monde en 1918 et étant capable de se remettre en cause pour s'adapter aux défis tactique, stratégique de cette guerre
    Cette meme armée est celle qui 21 ans plus tard sera défaite en à peine 5 semaines, une humiliation comme rarement vu dans les livres d'histoire
    Et si ne pas célébrer la victoire ne serait pas reconnaître que la victoire est éphémère et que les événements tragiques comme la défaite de 40 ou heureux comme notre désormais solide entente avec l'Allemagne ne devait pas relativiser son importance.
    Alors que oui le sacrifice de nos soldats, le sens du devoir des citoyens français, cette mobilisation nationale (et au delà avec nos colonies) méritent eux d'etre célébrés sans retenu car cela ne saurait etre relativisé.

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    1. La défaite de 1940, comme rarement vue dans l'histoire ?

      N'oubliez-vous pas, par exemple, la défaite de la Prusse en 1806 ? C'était d'ailleurs une référence pour les contemporains, qui lisaient des livres sur le comportement de l'administration prussienne sous occupation.

      Je ne pense pas que la défaite de 1940 soit une humiliation, car je ne pense pas qu'une défaite d'un pays de 40 millions d'habitants face à un pays de 80 millions d'habitants soit surprenante.

      Ce qui devrait être une humiliation (et n'est bizarrement pas le cas), c'est le fait qu'un pays de 45 millions d'habitants (l'Angleterre) n'ait envoyé que 10% des effectifs de l'armée française en mai juin 1940. Ce qui a permis la suite.

      Tant que les Français persisteront dans le masochisme mémoriel sur cette période, aucune chance de redresser la barre.

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    2. Ah oui, la vieille antienne des Européistes français... Si on a perdu en 40, c'est la faute à la perfide Albion (discours très en vogue dans l'historiographie pétainiste): cher Monsieur, je ne vous félicite pas pour cette insulte à la mémoire des Tommies qui vinrent mourir sur notre sol au cours des deux guerres mondiales.

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  6. Mon colonel, au nom de mon père (artilleur sur 155 mm à partir de 1916), de mon grand père paternel (chirurgien à plein temps pendant 4 ans) et de mon grand père maternel (téléphoniste pendant deux ans puis analyste de photos d'observation et de reconnaissance pendant toute la suite), je vous remercie.

    Les arbres fruitiers du Nord sciés à la base, les massacres, les gaz : On ne peut pas oublier sans trahir. L'Allemagne de Luddendorf, Hindenburg puis de Hitler ne pouvait pas être vaincu pas des civils, mais par de sacrés combattants. Les Allemands ont eu suffisamment peur pour fuir par les Pays-Bas en 1918 (protégés par la neutralité de ce pays), payant leur passage en se délestant de leurs armes (qui furent le gros des armes que l'armée Néerlandaise employa ensuite contre Hitler).

    J'ai l'impression que l'ENA ne sait pas former nos dirigeants. Oui, il est souhaitable d'être amis avec l'Allemagne, mais sans rien oublier !

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    1. Vous n'avez pas peur d'être voué aux gémonies selon l'amalgame bien connu, récité comme un mantra par la Journalocratie à l'ignorance la plus crasse : célébrer la victoire = bellicisme = nationalisme = heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire..??

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  7. Un lecteur fidèle24 octobre 2018 à 16:09

    A mon sens, une des principales causes de ces déclarations du président Macron est à rechercher dans la disparition de la culture militaire au sein de la société française et à la césure béante entre le monde militaire et le monde civil dans notre pays. Ce que dit Macron est le reflet d'une doxa générale : les militaires d'aujourd'hui pour la plupart des gens sont des animaux un peu bizarres, déconnectés de la réalité, une sorte de mal nécessaire, un monde méconnu et étrange qui inspire des sentiments mêlés. Lorsqu'on a des militaires dans sa famille ou qu'on a été soi-même militaire, cette idée de civil armé est totalement absurde et déplacée. Au fond le sujet est encore et toujours la culture et l'éducation. Dans l'éducation "de base" en France de quelqu'un qui va au collège / lycée / fac ou grande école, à quel moment aujourd'hui parle-t-on de l'armée, du monde de la défense, des militaires, d'histoire militaire, etc. ? Alors que c'est une composante fondamentale d'une nation. C'est devenu un point aveugle de la société française, malgré les opérations de communication des uns et des autres. La disparition du service national, sans doute nécessaire, n'a fait qu'accentuer ce phénomène. A tel point que dans certains milieux pourtant "sophistiqués", parler de son grand-oncle lieutenant-colonel légionnaire mort pour la France en 1917 vous fera passer pour un benêt ou un romantique exalté ... Macron, en cela, est bien de son temps. Il est sans aucun doute très cultivé, mais sur cette dimension, il semble qu'il lui manque quelque chose de tout à fait fondamental, comme sans doute à nombre de politiques, d'ailleurs. Bref ...

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  8. La nation c’est mal, la nation c’est la guerre (pour les non-comprenants, entendre vive l’UE)

    Du périple mémoriel au péril matriciel, bienvenu dans la Matrice ?

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    1. La nation est censée être souveraine. Lorsqu’elle ne maitrise plus sa monnaie et que le budget de fonctionnement de l’état est soumis aux respects de règles rigides, la notion d’indépendance devient toute relative.

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  9. Merci mon Colonel,
    bonne réponse digne et claire. Curieux de voir comme tous vos derniers travaux viennent à point nommé pour nous donner une belle connaissance de la transformation invraisemblable de l'armée Française entre 14 et 18, ce qui nous donna la victoire,hélas si coûteuse.
    Il est aussi curieux de voir ce pacifisme latent, qui date des années 20 et 30, qui nous mena droit à la défaite de 40 (voir Marc Bloch), et ressurgit encore et encore, tant sous la plume des Merchet et consorts, que semble-t-il à l'Elysée. Il y aurait une étude à faire sur ce courant qui va de Briand à nos jours et nous fait tant de mal. Toute guerre révèle le meilleur et le pire en l'homme et est fondamentalement atroce. Mais comme l'écrivait de Gaulle, les guerres sont les matrices des nations. Qu'on le veuille ou non. Je suis rassuré de voir le nombre de posts ici et sur le blog de M. Merchet et qui vont dans le même sens : l'indignation. Les gaulois se rebiffent ?

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    1. En effet, mais Merchet montre clairement les raisons de cette attitude dans son billet "Macro a raison" : il s'agit de lobotomiser les Français pour qu'ils ne fassent pas comme les Britanniques.

      Autrement dit, l'histoire instrumentalisée par les européistes.

      Cela m'amène à la notion d'amitié franco-allemande mentionné par M. Goya : je ne vois pas ce que cette notion apporte à présent, à part la possibilité, pour les Français bonnes poires, de se faire couillonner à répétition par leurs hommes politiques au profit de l'Allemagne.

      Il y a près de 200 pays dans le monde, je ne vois pas pourquoi nous serions censés être amis avec l'Allemagne, qui concrètement ne se gêne pas pour nous nuire (nucléaire civil, utilisation de l'euro à leur profit, décisions unilatérales sur l'immigration par exemple, et volonté bien arrêtée de s'imposer dans tous les rouages de l'UE, afin de décider pour les autres).

      La bonne attitude est donc celle des Britanniques (quelles que soient les modalités politiques pour y parvenir) : continuité et non chamboulement permanent.

      Sans quoi, comme le craignait de Gaulle suite à mai 68, le pays finira par être emporté par la démagogie.

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    2. Complètement d'accord.

      La germanolâtrie des élites françaises (qui court depuis fort longtemps, au moins Germaine de Staël et son De l'Allemagne, si ce n'est Voltaire) n'est jamais que la butte témoin de la Haine de Soi qui prend pour cible tout de qui a fait que notre pays à été grand ("la France est une cause perdue" disait Laval, président du conseil du Traitre Pétain, qui fut pourtant si grand plus de 20 ans avant, au plus fort de Verdun).

      Mais le pire est que les Macron et autres Eurocrates ont réussi à faire intérioriser par la masse notre vassalisation à Berlin. La meilleure preuve étant le refus de célébrer notre victoire de 1918 : en enterrant les motivations (en partie) patriotiques des Poilus, on les fait mourir une seconde fois.

      Parler de ces motivations n'est pas ressusciter le "nationalisme", car il convient dans le même temps de faire droit à la souffrance de tous les soldats, de leurs familles et des victimes civiles, quels que soient leurs camps.

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  10. L UE n'empéche pas la nation ....on peut etre profondement patriote et européen , il y a d ailleurs une tendance au cours de l histoire ou l on passe du village a la ville (Rome, Athene,Sparte...) puis d une ville a la nation (conté de toulouse , bourguignon bretagne franche conté savoie....) , et l epoque actuelle , celle d un regroupement de nation , europe , asean ,alena. les guerres actuelles ne sont pas fondamentalement nouvelle , elles ressembles à celles du moyen age , avec des petites troupes de soldats hyper professionel et qui a mené à l'emergence des états nations.

    au maitre des lieux :un petit mot sur le général de Castelnau?

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  11. La comparaison entre l'élite politique française d'aujourd'hui et celle de 1940 est absolument frappante, inouïe tant les proximités sont radicales aussi bien entre les faiblesses et les trahisons des hommes qu'entre les faiblesses et les trahisons commises par l'Etat contre la nation, inouïe enfin parce qu'à la défaite totale de 1940 va succéder la défaite finale de la nation française d'ici à quelques années. Vu le degré de natiomasochisme atteint ici et le spectacle d'avilissement permanent qui est celui quotidien de la France, tout porte à croire que cette mort officielle, déjà entamée, ne pourra être qu'un soulagement. La révolte et l'indignation qui pointent dans le propos de Michel Goya ne sont qu'une bien faible surrection face au drame et à la honte auxquels tous se sont résignés. Vae victis.

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  12. Bonsoir ,
    1- Une alliance n'empêche pas les commémorations . En 1912 , Français et Russes ont célébré le centenaire de la bataille de Borodino-Moskowa tant à Paris qu'à Saint-Pétersbourg . Le jour du centenaire , en plein milieu des célébrations , une délégation d'officiers généraux Russes conduite par le grand duc Nicolas était à Paris .
    2 - Les troupes Allemandes de retour du front ont défilé sous les vivats de la foule de novembre 1918 à décembre 1918 à Berlin et dans les grandes capitales provinciales Allemandes
    Daniel BESSON

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  13. Grenadier de la Garde24 octobre 2018 à 21:47

    Merci mon colonel pour ces mots très forts et très justes que j'ai lu avec émotion ce matin dans le Figaro.
    Encore une fois, vous faîtes œuvre utile pour lutter contre l'ignorance crasse de certains...

    Merci

    Respectueusement et fidèlement

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  14. Excellent texte (tu es coutumier du fait).
    Je partage, parce qu'il n'est pas encore trop tard pour montrer sa désapprobation et qu'effectivement je considère, à titre personnel et en tant que simple citoyen, que la victoire (ce n'est pas un gros mot mais une réalité historique) de la France et de ses alliés le 11 novembre 1918 résulte du sacrifice de ses soldats les plus humbles, de ses meilleurs sous-officiers et officiers.

    Les oublier, les mettre à l'écart, au second plan de la commémoration du centenaire de cette victoire, c'est une insulte pour ces morts et pour leurs descendants.

    George CLEMENCEAU a dit, et écrit: "ils ont des droits sur nous".
    Les morts, les blessés, les sourds, les aveugles, les amputés, les mutilés les "gueules cassées".
    Celui qui est présenté bien souvent comme "le père de la victoire" savait bien combien de fils de France il avait fallu sacrifier pour en arriver là:
    Au "défilé de la victoire".
    Un défilé d'hommes, sans boursicoteurs spéculateurs ni politicards de seconde zone.

    On manque d'hommes, de nos jours.
    Pour le reste... on en exporte.

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  15. « Le sens de cette commémoration, ce n’est pas de célébrer la victoire de 1918. Il n’y aura pas de défilé ou de parade militaires », indique-t-on à l’Elysée, où l’on refuse « une expression trop militaire ».
    -
    -Communiqué sans équivoque, ne pas célébrer la victoire! Je ne trouve pas cela illogique, puisque ce gouvernement est néolibéral, et donc désincarné par nature?!
    Ah ba oui, déjà l'erreur historique avec Sarko, et maintenant un Manu the kid outrancier dans ses rencontres avec les français, câlin avec les racailles, pourfendeur au service de lobbies sans scrupule, méprisant avec la victoire des poilus, etc, il faut arrêter de jouer les enfarinés et de voter pour la voyoucratie financière!
    -Moi je ne suis pas étonné! Pourtant je suis un pacifiste qui s'est passionné pour la guerre et le militaire, considérant les guerres comme des tournants de l'histoire, et bien je trouve cette communication de l'Elysée en phase avec ce que les français mangent dans la gueule tous les jours grâce à ce gouvernement, que ce soit sur la sécurité de l'agrochimie, le prix du gazole à 1,5, l'invisible diplomatie géo-stratégique, la lutte contre la fraude fiscale, manque de place à l'université, baisse drastique du budget des hôpitaux, etc. Non je ne suis pas surpris, il y a une logique causal parfaitement claire.
    -
    -L'Elysée devrait s'excuser, et l'on ne devrait pas polémiquer sur des interprétations de types sortie d'on ne sait d'où, et qui ne sont pas équipés pour apprécier correctement l'histoire de France.
    -
    -Et comme dirait l'autre: "libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle." (Discours du général de Gaulle à l’hôtel de ville de Paris le 25 août 1944.)

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  16. Cette expression des "civils que l'on avait armé" est une ineptie, c'est une lecture révisionniste faite sous le prisme de l'individualisme forcené d'aujourd'hui. Depuis Valmy, la guerre est faite par la nation en arme, donc par des soldats. Ca reste d’actualité, armée professionnelle ou pas. Je suis réserviste, et me qualifier de "civil en arme" est tout simplement nier mon engagement. N'en déplaise à l'énarque qui a pondu cette ineptie, je suis un maillon de la nation en armes.
    Pour autant, on le droit aujourd'hui, 100 ans après, de développer une vision un peu plus "braudelienne" de la Grande Guerre. Si elle fut conclue par une éclatante victoire des démocraties sur les empires autocrates, elle n'en fut pas moins une guerre civile européenne et une tentative de suicide collectif des nations du continent. C'est évidemment une magnifique victoire avant tout française, la dernière victoire stratégique de son histoire, et il faut la fêter comme il se doit. Il faut aussi avec le recul du siècle, regarder ce qu'a signifié cette tragédie pour notre civilisation. En ce sens, la célébration du centenaire est complexe.

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  17. Cher Michel, merci pour cet excellent texte qui rappelle un certain nombre de vérités que certains ne veulent plus entendre et nous projettent par réaction vers des populistes qui n'hésitent pas à tordre les faits pour les adapter à leur discours. Non, le patriotisme n'est pas une mauvaise chose. Mon grand-père maternel a passé deux ans dans les tranchées, a été blessé trois fois et a été gazé. Mes deux arrières-grands-pères paternels ont passé quatre ans au front, de la Belgique à Verdun, en passant par la Somme, le Chemin des Dames et les Eparges. L'un des deux a même fait partie des Forces Françaises en Italie jusqu'en 1919. Ces hommes n'étaient pas des victimes, ils défendaient simplement leur pays et étaient fiers de leur uniforme. En témoignent certaines photos qui sont parvenues jusqu'à nous. Je dénie le droit à un jeune malotru, fût-il président de la République, de confisquer le centenaire de cette victoire et d'en faire une célébration masochiste "la guerre, c'est mal!!!".

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  18. Bonjour,
    La non commémoration de la victoire de 1918, c'est absolument nier que pendant plus de 4 ans, 10 départements français ont été occupés et ravagés tant économiquement que socialement par les allemands avant d'être récupérés par de fortes souffrances.
    Pour ma part, tous mes arrières grand-pères ont été tués durant ce long conflit et si j'existe, d'autant plus en tant que français, c'est bien parce que les citoyens de l'époque se sont battus pour que notre nation retrouve son intégrité. Et ont réussi, malgré leur sacrifice souvent jeune, à se reproduire afin de permettre que cette nation continue de vivre et sans honte.
    Mais c'est sûr que le terme nation étant devenu obsolète, pourquoi donc commémorer quoi que ce soit. Un petit rap et un petit joint feront bien l'affaire...

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    1. Mais non, mais non, ne stigmatisez (mot-mantra de la Médiacratie qui nous gouverne), pas nos amis allemands, ils étaient "sehr korrekt" (c'est d'ailleurs un point sur lequel Manu et Le Pen, l'eurocrate libéral et le Pétainiste fasciné par l'Allemagne, peuvent se rejoindre.

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  19. Bonjour à tous,
    Merci mon colonel pour ce texte excellent sur ce silence assourdissant autour de la victoire des français sur l'Allemagne en 1918. Aucun texte ni aucune allusion cet Eté sur le 18 juillet 1918 qui marque le début de l'offensive française de la part des journalistes et des "élites".
    Cela fait le lien avec un excellent essai qui vient d'être publié sur le prétendu couple franco-allemand, relation fantasmée par des classes dirigeantes ne croyant plus en leur propre pays et trouvant dans le modèle outre-Rhin, un totem justifiant la remise en question des valeurs de la Révolution française...
    Car cette non célébration est avant tout le rejet du principe égalitaire de la République et qui a fait la victoire de 1918. Si l'armée allemande a été défaite militairement en 1918, c'est qu'elle croyait qu'un petit groupe d'hommes (les stosstruppen) suffisaient à défaire l'ennemi. Sauf que, avec des pertes considérables, c'était un peu court et des troupes de second ordre venant du front russe,se sont massivement rendues à partir de l'Eté 1918. Les historiens allemands actuels, avec une louable honnêteté, reconnaissent qu'à l'Automne 1918, près d'un million de soldats étaient livrés à eux-mêmes entre le front et l'arrière... Terrible aveu d'échec d'un modèle allemand qui s'était tant réformé depuis 1806 et que vous avez étudié avec talent.
    L'actuelle vénération masochiste d'un modèle en déclin à la natalité négative, aux relents nauséabonds sortis de l'histoire dont je préfère ne pas parler, est à l'origine de ce "couvrez ce sein que je ne saurais voir"...
    Alors, oui, c'est le citoyen français qui a gagné en 1918, ouvrier, paysan, aristo, noir, tirailleur musulman, zouave de la communauté juive de l'oranais, citoyen au casier judiciaire chargé des groupes spéciaux en Tunisie, tous au même niveau comme l'a très bien écrit Louis ARAGON dans Aurélien. Ce sont les idéaux de la Révolution qui ont gagnés en 1918 et ça, c'est insupportable pour les tenants de la doxa au pouvoir...

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  20. Tout d’abord, merci pour votre précédent article « les Poilus et l’anti-fragilité » que j’ai diffusé à mon entourage et en particulier, mes enfants. Ce sont eux qu’il faut informer et convaincre prioritairement. Certains, et ils sont de plus en plus nombreux, commencent à ouvrir les yeux.
    Je suis d’accord avec vous à propos des commémorations. Mais, concrètement, comme disait le Général, que fait-on ? Auriez-vous le programme de la fête macronienne et celui prévu pour les commémorations par l’État-Major aux Invalides ? Y-a-il une cérémonie à l’Arc de Triomphe ? Que pensent les associations d’anciens combattants de tout cela ? Quelle doit-être selon vous la bonne attitude à adopter ?
    Merci par avance, mon Colonel, de votre retour « opérationnel ».

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  21. Avec un pseudo président a la solde de la haute finance apatride dont le but est l'anéantissement de la nation Française pour un remplacement par des ilotes indéterminés on ne peut s'attendre a autre chose,il suffit de lire le plan kalergi et de voir les destructions s'enchainer ;de la famille,de la nature même de l'homme(théorie du genre),des régions,du pays devenu une contrée de l'europe (dixit attali le mentor de tout les gouvernements socialistes),de nos institutions,de notre justice ,de notre histoire,tout est bon pour faire disparaitre dans l'esprit des nouvelles générations ce qui a fait la France depuis sa création

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  22. Mon Colonel,
    Ce débat autour de la célébration aura au moins le mérite de montrer la divergence entre l'Histoire et la Mémoire. Ce que l'Histoire observe, critique et évalue, la Mémoire sélectionne, efface et arrange. L'Histoire parle d'une victoire française, celle des hommes se battant au front, celle des brillants chefs, celle des civils à l'arrière aussi (qu'il conviendrait d'ailleurs de remercier pour leur contribution), et celle des alliés enfin. Ce que la Mémoire a retenu, c'est une immense et absurde boucherie, un gâchis sans nom pour finalement déboucher sur un carnage encore plus abominable à partir de 1939. Combien de livres, combien de films ont rapporté de cette guerre des images de souffrance et de mort, puis des images de pauvres bougres menés par des officiers ineptes et méprisants (depuis "Les Sentiers de la gloire" jusqu'à "Au-revoir là-haut") ? Et que dire des innombrables bandes dessinées de Tardi, reprenant tous ces clichés.
    Qu'on le veuille ou non, cette guerre aura laissé dans les souvenirs, dans les représentations populaires, l'image de la mort et de la vacuité. En France bien sûr, mais aussi au Royaume-uni, en Russie, en Allemagne. Avant de débattre des célébrations à apporter il faudra sans doute faire acte de pédagogie pour expliquer ce qu'était cette victoire, ce qu'elle représentait et ce qu'elle a apporté. Ce travail critique sera long et pénible, mais sans doute plus efficace et surtout plus durable que toutes les célébrations.

    Respectueusement.

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  23. Merci « La voie de l'épée » pour cette publication qui met en valeur les motifs et le courage de nos ancètres.
    Pour info : mon père, né en 1899, s'est alors engagé volontairement avant l'age requis, en 1916 je crois, malgrés sa datte de naissance. Honneur à Lui.
    Non il n'était pas « un civil que l'on avait armé », mais un combattant volontaire, bien conscient, dés 16 ans, de son devoir pour notre patrie.

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  24. je ne peux pas croire le comportement du Président de la République ;je suis Picard né le 31 08 1937 et vécus les atrocités de la guerre 1940 rien a voir avec 14 18 mon grand père gazé que j'ai vus mourir étouffé le 29 06 1957.
    Son voeux étais de me voir en militaire hélas j'ai été appelé le5 08 1957 28 mois je pense toujours a toi !!!!

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  25. J'ai du mal à percevoir l'intérêt de ces querelles sémantiques sur les pensées *supposées* de Macron.

    En revanche, ce qui me paraît important, c'est que les nouvelles générations n'oublient pas. Et sachent que "le nationalisme, c'est la guerre". Lorsque je vois la montée des fasc...populismes et nationalismes dans ce monde, j'ai de fortes inquiétudes à ce sujet.

    Bien cordialement. Merci pour ce blog de haute qualité.

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  26. Ne pas célébrer la victoire de 1918, ça consiste aussi à ne pas célébrer la victoire des tirailleurs sénégalais et des tabors marocains. Argggh ! Gros dilemme en Multiculturalie.

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