samedi 3 avril 2021

"Guerre au Rwanda. L'espoir brisé 1991-1994", un livre du général Delort et une occasion de reparler du Rwanda.

 

La présidence Mitterrand a été la période de la Ve République la plus riche en désastres militaires après la fin de la guerre d’Algérie, au Liban et en ex-Yougoslavie en particulier, mais aussi au Rwanda. Contrairement aux deux engagements précédemment cités, aucun soldat français n’y est tombé au combat, mais la bataille a été perdue sur un autre champ, celui de l’image, des médias et des communications par clairement quelqu’un de plus fort que nous dans ce domaine. Quand plus de vingt-cinq ans après les faits, des généraux français sont encore obligés de s’expliquer sur ce qu’ils ont fait et les décisions qu’ils ont prises, c’est que quelque chose n’a pas fonctionné auparavant au-dessus d’eux, ne serait-ce que le courage d’assumer clairement tout ce qui a été fait.

L’engagement français au Rwanda a ainsi suscité de très loin le rapport nombre d’étoiles sur un livre/nombre de soldats engagés le plus important de la Ve République. Le général Dominique Delort vient apporter les siennes et une contribution très intéressante au débat. Le général Delort a été le conseiller Afrique du chef d’état-major des armées (CEMA), alors l’amiral Lanxade, de 1991 à 1994. Autrement dit, il était le colonel qui suivait les dossiers, rédigeait des analyses pour le CEMA, mais surtout participait avec les diplomates aux négociations politiques et parfois devenait commandant des forces sur le terrain le temps d’une crise.

C’est donc un acteur et un témoin de première main sur ce dossier, avec cette première limite, louable, de ne parler que ce qu’il connaît depuis l’état-major des armées (EMA), dans un engagement qui était surtout géré à l’Élysée par le président et un petit cercle de conseillers. Il agit donc et parle en soldat discipliné qui ne questionne jamais le politique et s’applique à exécuter au mieux les missions qu’on lui donne. La deuxième limite est que son rôle se termine avec la fin de l’opération Noroit en décembre 1993 et qu’il est un témoin beaucoup plus indirect des évènements de 1994, qu’il ne peut évidemment pas ignorer.

Avant même de parler du Rwanda, le témoignage du général Delort est intéressant déjà dans sa description de l’infrastructure organisationnelle et intellectuelle qui gère les opérations militaires françaises. En le lisant et avec un peu de recul, ce qui frappe d’abord est l’extrême centralisation des décisions. Tout remonte au président de la République jusqu’au moindre détail. C’est un effet des institutions de Défense de la Ve République. Cela a d’énormes avantages opérationnels, en particulier lorsqu’il faut s’engager très vite. Cela a aussi un certain nombre d’inconvénients et le premier d’entre eux est la dépendance à la personnalité d’un seul homme. Un autre élément qui frappe et qui vient croiser le premier est la grande diversité des sujets souvent complexes à traiter. La France est la vice-championne du monde du nombre d’opérations extérieures depuis 1945. En même temps que le dossier rwandais, il faut traiter la guerre du Golfe, l’engagement en ex-Yougoslavie, au Cambodge, en Somalie, au Tchad, etc. cela fait beaucoup pour peu de temps de cerveau disponible, surtout quand ce cerveau est celui du président de la République bien occupé par ailleurs.

Il y a bien sûr autour de lui tout un écosystème de cellules de conseillers qui gère l’information montante, avec ses qualités, qui tiennent à celles des individus, et ses défauts bien connus de la sociologie des organisations. On y trouve ainsi et bien sûr tous les modes habituels de rivalité-collaboration entre chapelles, ici entre EMA, Mission de coopération, État-major particulier du président, secrétariat général ou cellule Afrique de l’Élysée, sans parler des ministères, mais aussi les filtrages de l’information en fonction de la réaction possible du décideur ultime. En juin 1992, le général Delort décrit ainsi sa surprise de voir disparaitre de son rapport le propos du chef d’état-major des Forces armées rwandaises (FAR) sur sa crainte de grands massacres interethniques, lorsque celui-ci est synthétisé au cabinet du Ministère de la Défense.

Il y a ce qui remonte vers le cerveau du chef des armées, que l’on peut donc interroger, et puis il y a ce qui en sort, et là on est souvent déçu si on attend une profondeur d’analyse, peut-être simplement parce que ce n’est pas possible dans le contexte de rationalité très limitée et de coq à l’âne évoqué plus haut. En fait de grande stratégie, on a surtout de grandes idées générales et des éléments qui relèvent plus de l’inconscient que du rationnel. Le général Bentégeat raconte ainsi dans Chefs d’État en guerre comment lors d’un conseil restreint où il était question de l’aide militaire à apporter au Cameroun Mitterrand interdit tout usage de l’arme aérienne, car il ne veut pas «que l’on voie des avions français frappant des noirs». Voilà à quoi tient parfois la forme d’un engagement militaire.

Plus précisément, dans le cadre de l’engagement au Rwanda, il y a ainsi deux éléments majeurs qui sont sortis du chapeau de François Mitterrand : le principe même de l’engagement militaire dans la durée au Rwanda et le fait que cet engagement ne serait jamais direct. Ce qui est frappant dans le livre du général Delort, c’est combien, encore une fois discipline oblige, cela est intégré comme évident, alors qu’en réalité ni l’un, ni l’autre ne vont de soi.

Dominique Delort commence donc son propos par la décision de répondre favorablement à l’appel au secours de Juvénal Habyarimana en octobre 1990 menacé par la première offensive du Front patriotique rwandais (FPR) basé en Ouganda. C’est le déclenchement de l’opération Noroit, à la double mission : protéger les ressortissants français et dissuader le FPR de s’emparer de la capitale. La France n’est pas la seule à intervenir, il y a aussi un bataillon belge et une brigade zaïroise qui elle est engagée au combat, et en fait surtout au pillage, avec les FAR. Le FPR est stoppé. Paul Kagame, revenu des États-Unis, en prend le commandement de fait après la mort mystérieuse de son prédécesseur. Belges et Zaïrois partent, mais Mitterrand décide finalement de maintenir la force française.

C’est là le vrai tournant. Pourquoi fait-on cela? Ce n’est jamais clairement expliqué. Une stratégie s’appuie normalement sur une vision claire d’intérêts à défendre. Là on ne voit pas très bien quels intérêts la France défend dans cette région, hormis que selon l’amiral Lanxade cité dans le livre, Mitterrand, alors conseillé par son fils Jean-Christophe, à «presque un faible pour Habyarimana» (rappelons-le dictateur du Rwanda depuis son coup d’Etat de 1973 et adepte d’une politique de séparation ethnique). Mitterrand aime visiblement bien la région considérée comme faisant partie de la zone d’influence de la France, car francophone. N’est-ce pas au Burundi voisin que François Mitterrand a imposé la tenue du «carrefour du développement franco-africain» en 1984, à l’origine d’un des scandales politico-financiers de l’époque ?

Bref, on ne sait pas trop clairement pourquoi, mais on y va. Quelques mois plus tôt à La Baule, François Mitterrand a expliqué aux dirigeants africains francophones, dont Habyarimana, que l’aide française serait désormais conditionnée à des réformes démocratiques. Le Rwanda est le premier endroit où mettre en œuvre cette doctrine. La politique française consistera à aider militairement le gouvernement rwandais de deux manières : avec le bouclier dissuasif du détachement Noroit et un détachement d’assistance militaire et d’instruction (DAMI) de quelques dizaines de conseillers qui aidera à la montée en puissance des FAR. En échange, Habyarimana doit accepter le multipartisme et partager le pouvoir, avec son opposition interne d’abord, avec le FPR ensuite. Telle sera désormais la ligne française qui se félicitera fin 1993 d’avoir aidé à la paix et à la mise en place de la démocratie au Rwanda.

C’est tout ce processus que décrit le général Delort, en tant qu’acteur privilégié tant dans le champ diplomatique avec les négociations d’Arusha qui se déroulent en Tanzanie sur un an de l’été 1992 à l’été 1993 que le champ militaire lorsque le FPR lance des offensives pour appuyer ces mêmes négociations, à l’été 1992 d’abord puis en février 1993. Les Français ont sauvé la situation à chaque fois d’abord en renforçant Noroit et en le déployant hors de Kigali, la première fois au nord du pays en deuxième échelon des FAR (ce qui n’est pas décrit dans le livre) et la seconde fois, après l’évacuation de ressortissants vivants hors de la capitale, au nord de Kigali. À chaque fois également, le DAMI, qui n’a jamais dépassé une soixantaine d’hommes, a pris un rôle plus actif en appui des FAR au plus près de l’ennemi, en commandant notamment une batterie d’artillerie. Il n’y a jamais eu de combat direct entre Français et FPR parce qu’aucun des deux camps ne le voulait. Ces chapitres sont l’occasion pour l’auteur de répondre à l’accusation faite aux soldats français aux abords de Kigali d’avoir procédé à des vérifications d’identité, en clair d’avoir cherché à repérer les Tutsis (l’ethnie est inscrite sur la carte d’identité), car ceux-ci étaient considérés comme ennemis a priori. Pour le général Delort, il n’y a jamais eu que des contrôles de présence d’armes, et jamais aucun civil n’a été transféré par des militaires français aux forces de sécurité.

Pour avoir servi sur place à l’été 1992 et au sein d’un régiment, le 21e Régiment d’infanterie de marine, qui était aussi l’élément principal dans la crise de 1993, je peux corroborer à mon modeste niveau du moment, tout ce qui est dit dans le livre. Si dans une note l’amiral Lanxade, alors chef d’état-major particulier, ne parlait pas du FPR mais des Tutsis, le caractère ethnique était totalement absent des termes de nos missions. En clair, si on savait évidemment que le FPR (soit au passage moins de 3000 combattants) recrutait très majoritairement parmi les Tutsis exilés en Ouganda, il n’a jamais été question de considérer les Tutsis comme suspects, ni même de considérer d’autres gens que ceux qui pouvaient nous menacer directement les armes à la main ou indirectement en nous espionnant. Un de mes amis m’a raconté avoir capturé un espion du FPR qui observait sa position en février 1993. Après l’avoir capturé, il a reçu l’ordre de le remettre à la gendarmerie locale, ce qui est la consigne habituelle quel que soit le théâtre d’opération. Il n’était pas sorti du camp de la gendarmerie qu’il a entendu le coup de feu de l’exécution. Nous étions clairement entourés, face à nous et derrière nous, de salauds. Nous avions hélas un peu l’habitude. Il est par ailleurs débile d’imaginer que c’était de notre faute ou que nous avons contribué à ce qu’ils le deviennent plus encore. Les Français ne sont pas responsables de tout le mal qu’il y a dans le monde. Il est en revanche délicat de nous laisser trop longtemps à son contact, sous peine de laisser croire que nous avons des liens avec lui.

Le général Delort peut légitimement se féliciter d’avoir rempli les missions délicates qu’il a reçues. D’une manière générale les militaires français n’ont à avoir honte de rien quand le dispositif militaire français est démonté en décembre 1993. Les accords d’Arusha ont été signés, le président Habyarimana a accepté de partager le pouvoir avec l’opposition modérée avec Agathe Uwilingiyimana comme Premier ministre, et donc même aussi avec le FPR avec qui la paix est signée. Les Nations-Unies veillent à la bonne exécution du processus de paix. Tout semble aller pour le mieux, et on se congratule à Paris d’avoir atteint tous les objectifs avec une mise minimale, puisqu’il n’y a jamais eu plus de 800 soldats français au Rwanda et qu’aucun n’y a perdu la vie, hormis un sous-officier par accident cardiaque.

Tout cela était un leurre. À Beyrouth ou à Sarajevo, tout le monde se félicitait aussi de réussir les missions sans jamais considérer que c’était les missions elles-mêmes et la stratégie qui posaient problème. François Mauriac parlait de la «maladresse des habiles» qui s’emmêlent dans la complexité de leurs plans. L’engagement français au Rwanda en est un parfait exemple.

On se félicite d’avoir réussi la mission militaire en dissuadant le FPR. En réalité, rétrospectivement, il aurait sans doute mieux valu pour le Rwanda que le FPR l’emporte tout de suite en 1990, ou alors quitte à s’opposer à lui, il aurait mieux valu le faire réellement et de briser ses attaques par des raids d’avions Jaguar et/ou avec des groupements tactiques au sol comme on l’avait fait en 1978 en Mauritanie, à Kolwezi et surtout au Tchad, à une époque où on avait moins peur d’utiliser la force.

Là dans les années 1980-1990, on adore employer les forces armées, c’est tellement facile, mais on est complètement inhibé à l’idée de la faire combattre (sauf contre l’Irak en 1991 et encore), ce qui ne peut manquer de placer parfois les soldats français dans des situations compliquées. En réalité, au Rwanda comme partout où on a fait de l’interposition, on a simplement gelé un rapport de force qui n’a pas manqué de s’exprimer dès que nous sommes partis, car il ne faut pas imaginer non plus que les quelques dizaines de conseillers que l’on a pu déployer ont réellement transformé une armée intrinsèquement nulle. Et derrière ce gel, au lieu d’un apaisement, on a surtout assisté à une radicalisation des positions.

On s’est cru habiles, on n’était que naïfs. L’imposition du multipartisme au Rwanda a abouti plus qu’ailleurs à l’augmentation des violences internes, du fait notamment de la création de milices partisanes. On a vu ainsi apparaître les Inkuba du Mouvement démocratique républicain (MDR), les Abakombozi du Parti social-démocrate (PSD) et surtout les Interahamwe («personnes de la même génération») du Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), l’ancien parti unique du Président et les Impuzamugambi («Ceux qui ont le même objectif») de la Coalition pour la défense de la République (CDR), encore plus radicaux, racistes et hostiles à toute négociation avec le FPR. A partir de 1992 et surtout de la fin 1993, l’assassinat politique et les affrontements entre milices sont devenus monnaie courante.

Au lieu de la démocratie, on a eu un imbroglio violent au sein duquel Habyarimana, par conviction mais aussi par pression d’une coalition instable, a louvoyé pour freiner tout partage avec le FPR pour qui on savait bien que ce ne serait qu’une étape avant la prise totale du pouvoir. Dans cet ensemble lent, le mouvement « Hutu Power » transcendant plusieurs partis, est montée en paranoïa alimentée par le spectacle des massacres ethniques, de Tutsis d’abord puis de Hutus, par représailles au Burundi voisin, 50 000 morts qui n’interpellaient alors pas grand monde. Rappelons au passage que l’ennemi d’un salaud n’est pas forcément quelqu’un de bien et que la peur d’une prise du pouvoir par le FPR n’était pas dénuée de fondement. Paul Kagame s’est empressé de rétablir dès que possible une dictature à l’ancienne, et à caractère ethnique même si c’est moins avoué, et il ne reculera pas non plus devant la mort de masse des réfugiés au Congo.  

Quelle naïveté aussi de croire que les Nations-Unies allaient faire quelque chose de plus efficace au Rwanda qu’à la même époque en ex-Yougoslavie ou en Somalie. La Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) n’a à peu près rien fait en grande partie parce qu’elle ne savait pas comment et avait peu de moyens, pour assurer la sécurité, secourir les centaines de milliers de réfugiés ou simplement aider à la démobilisation de milliers de soldats des FAR, deux terreaux de recrutement pour les milices.

On est parti en croyant à la paix alors que la mèche qui allait faire exploser le Rwanda était allumée.

Pour les militaires français donc le soutien aux FAR est terminé en décembre 1993, hormis la présence de quelques coopérants dont plusieurs le paieront de leur vie. Cela ne veut pas dire que le soutien est terminé tout court, puisque celui-ci peut continuer à s’effectuer par des voies plus occultes. On rappellera que l’on se trouve alors depuis le printemps 1993 en situation de cohabitation politique, avec un Premier ministre, Édouard Balladur, qui n’éprouve lui aucun faible pour Habyarimana, mais dirige un gouvernement lui-même divisé. Le ministre de la Défense, François Léotard pense qu'il faut en finir avec tout engagement au Rwanda alors qu'Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères est plutôt favorable à faire quelque chose. Le soutien à Habyarimana, considéré comme la «clé de voute» du Rwanda, est de plus en circonscrit à un cercle étroit élyséen. Le livre, qui ne se fonde que sur des faits observés depuis l'EMA, n’en parle pas.

Le dernier chapitre est consacré aux évènements de 1994. À la destruction de l’avion du président Habyarimana le 6 avril, bien sûr. La tendance fortement dominante dans les armées, que partage l’auteur, est alors de l’attribuer au FPR. C’est après tout une hypothèse sur laquelle on travaillait depuis longtemps. J’ai moi-même presque deux ans auparavant gardé la colline de Masaka à l’est de Kigali après que l’on ait reçu des renseignements sur une possible attaque de la part d’un commando FPR infiltré (c’était relativement facile) contre des avions par missiles anti-aériens. On estimait d’ailleurs à l’époque que c’étaient les seuls à pouvoir et à avoir envie de le faire. C’était toujours le cas en 1994, mais ils n’étaient plus les seuls, et l’hypothèse FPR est contrebattue depuis par l’hypothèse du coup d’État extrémiste hutu, sans doute plus probable sans que l’on puisse vraiment trancher (sauf quand on est déjà partisan).

Notons que cela ne change pas grand-chose à la suite des évènements, oui le génocide était planifié et oui aussi son déclenchement a pu avoir lieu en réaction à une attaque du FPR contre l’avion présidentiel. Quant aux motifs, autant ils pourraient avoir eu une cohérence cynique du côté FPR, autant l’absurdité ne pouvait que disputer à l’horreur du côté des extrémistes du Hutu Power. On ne voit pas en effet en quoi massacrer les Tutsis les auraient rendus plus forts face au FPR, bien au contraire. Peut-être comptaient-ils sur un nouveau Noroit. Si c’était le cas, ils ont été déçus. Toutes les demandes d’aide des FAR, notamment justement au colonel Delort via l’attaché de Défense à Paris, ont été rejetées sans suite par l’EMA. Ce qui ne veut pas dire encore une fois qu’il n’y a pas eu aide par des voies parallèles, privées notamment.

On ne sait pas en fait ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu cohabitation. Serait-on intervenus pour sauver le régime intérimaire en plein génocide? Cela paraît difficile à imaginer, même si dans la cellule élyséenne on persiste alors à ne voir que des massacres à grande échelle et de tout bord. Et puis, comment et pourquoi faire? Combattre, c’est interdit. Dissuader à nouveau le FPR par un dispositif au nord de la capitale, difficile à imaginer sans rien faire en même temps contre les génocidaires. Mais là, cela supposerait une tout autre implication et d’autres moyens puisqu’il faudrait neutraliser des dizaines de milliers de gens. Comment? En les combattant? Voir plus haut, Mitterrand a horreur de ça. En les désarmant et en les capturant? Pour en faire quoi et les remettre à qui? Aux autorités locales ? Elle sont très largement compromises. À la MINUAR? Ce n’est pas son mandat et de toute façon elle s’est enfuie.

On se contente donc dans l’immédiat, avec d’autres pays, de lancer une opération d’évacuations des ressortissants. Cela permet en quatre jours de sauver 1500 personnes, dont 600 Français et 400 Rwandais, mais suscite déjà des critiques. On en fait trop pour certains, pas assez pour d’autres, et surtout on évacue Agathe Habyarimana, veuve du président assassinée à qui François Mitterrand fait accorder un pécule de 200000 francs alors qu’il s’agit d’une des inspiratrices du génocide.

Suit un grand «bal des hypocrites» comme dit Dominique Delort, pendant lequel pendant trois mois tout le monde observe les massacres en larmoyant, mais surtout sans rien faire. Le bataillon FPR à Kigali n’a pas bougé et la progression du reste des forces est très lente depuis le nord. Soit le FPR est plus mauvais que l’année précédente, soit les FAR qui le combattent se débrouillent mieux sans l’aide des Français. L’Ouganda ne bouge pas non plus alors que finalement c’est l’acteur militaire le plus proche de la zone et le plus capable de faire basculer rapidement les évènements. Son soutien américain ne bouge pas non plus le petit doigt, mais en plus freine même toute action internationale, de peur peut-être d’y être entrainé. Le général Delort fait remarquer à juste titre que les Américains, avec qui il a eu des contacts fréquents, étaient au moins aussi bien renseignés que les Français sur la situation au Rwanda depuis des années et disposaient de bien plus de moyens pour agir, mais n’ont rien fait sans être jamais mis en question. Ce qui tend à prouver qu’il aurait probablement et cyniquement mieux valu pour la France les imiter. Des dizaines de milliers de Rwandais supplémentaires auraient été tués, mais on serait sans doute moins critiqués.

Devant la lenteur de la mise en place d’une MUNUAR II, mais aussi celle de la progression du FPR, Édouard Balladur accepte finalement le principe d’une opération humanitaire armée sous mandat du Conseil de sécurité, limitée dans le temps et ses pouvoirs, mais susceptible de créer des «zones sûres», comme en Somalie ou en Bosnie (avec un succès mitigé dans ce dernier cas) où la population pourrait se réfugier. On connaît la suite, ce n’est pas le propos du livre, mais on est déjà depuis longtemps dans une situation où quoique fasse ou dise la France, elle sera accusée de duplicité, non sans raisons car on menait effectivement plusieurs politiques différentes (voir ici). 

De la même façon, on se trouve vingt-six ans après le génocide depuis longtemps au stade des opinions acquises, celle où les nouvelles informations ne sont acceptées que si elles les corroborent son opinion et considérées comme nulles et non avenues, voire taxées de négationnisme, si ce n’est pas le cas. Il en sera certainement ainsi des résultats de la commission Duclert. Il en sera de même pour le livre du général Delort, qui ne manquera évidemment pas de susciter des critiques avant même tout début de lecture. Il mérite pourtant d’être lu, c’est un témoignage de première main qui éclaire sur un dossier sensible, c’est même la seule raison de son existence, mais aussi sur le fonctionnement, conscient ou inconscient donc, de nos institutions opérationnelles depuis l’écosystème décisionnel jusqu’aux sections de combat sur le terrain.

Général Dominique Delort, Guerre au Rwanda. L'espoir brisé 1991-1994

Perrin-Pierre de Taillac, mars 2021.

19 commentaires:

  1. Mon Colonel,
    Merci pour cet article qui a le mérite de remettre les choses à leur place (et à l'auteur de l'ouvrage présenté). Malheureusement, je constate que cracher sur notre pauvre pays est un sport international de haut niveau comme je le constate régulièrement en Centrafrique avec nos "amis" russes (avec un ami pareil, même plus besoin d'ennemi) malgré l'action des soldats français durant l'opération Sangaris. Cela devient même pitoyable de voir des personnes se chercher une gloire facile sur une non-action de soldats français, en multipliant les procès d'intentions et les approximations les plus grossières.
    Cette intervention aurait surtout dû alerter les chefs politiques et militaires de l'inanité absolue des opérations de maintien de la paix (combien de réussie jusqu'à présent ?) et en particulier des "forces" de l'ONU. Je constate d'ailleurs que l'administration Mitterrand s'est vraiment embourbée dans des partis-pris idéologiques nauséabonds et incohérents quant à un emploi surréaliste de la force, un comble pour un homme qui avait couvert l'emploi de la torture et des exécutions capitales en Algérie lorsqu'il était ministre. Et il est possible que son état de santé au moment des faits n'a rien arrangé. Vraiment, il y a des décisions qui n'ont rien de rationnelles pour les chefs.
    Savez-vous si au moins un RETEX a été tiré de ce désastre pour éviter de s'y embourber de nouveau, ou bien est-ce encore l'omerta qui prime ?

    Respectueusement.

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    1. Le Rwanda ne cesse de hanter l'actualité française, on le voit avec l'actuel directeur de la DGSE, même si on a pas entendu M. Védrine dessus dernièrement:
      https://www.ouest-france.fr/monde/rwanda/rwanda-la-france-aurait-laisse-partir-les-genocidaires-en-1994-selon-un-document-diplomatique-7155696 

      Pour répondre au commentateur anonyme sur la Centrafrique, la France n'a pas les moyens de faire autre chose que ce qu'elle y fait déjà, on peut l'enrober au maximum pour que ce soit joliment dit:
      https://www.rfi.fr/fr/afrique/20210116-centrafrique-le-général-perrin-rappelle-l-engagement-de-la-france-dans-le-pays

      Mais vu que la Russie est dans le coin, la France a remis quelques soldats pour la formation des Faca:
      https://www.lopinion.fr/edition/international/en-republique-centrafricaine-france-se-reengage-dessous-d-revirement-192128


      Quant à la mission Sangaris, c'est un véritable miracle qu'elle n'ai pas mal tournée et nos soldats ont été dans une précarité opérationnelle infâme:
      https://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/centrafrique-conditions-vie-dignes-l-armee-moldave-11877

      https://www.asafrance.fr/item/operation-sangaris-retour-sur-l-enfer-centrafricain.html

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    2. J'ai peut être mal formulé: personne ne peut jeter la pierre aux soldats de Turquoise.

      J'en ai croisé et la seule évocation du nom "Rwanda" leur faisait monter de l'eau dans les yeux et pourtant ils en avaient vu des horreurs (des poussières sans doute).

      Encore une opération de "maintien de la paix" des années 90:
      https://www.jeuneafrique.com/164511/politique/guillaume-ancel-l-histoire-mythique-de-l-op-ration-turquoise-ne-correspond-pas-la-r-alit/

      https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-24-juin-2019

      Pour la petite histoire, ce sont des avions de Viktor Bout (une des 8 existences de marchands d'armes ayant inspiré le personnage de Yuri Orlof, interprété par Nicolas Cage, dans le film "Lord of War") qui ont aidés au transport des troupes françaises:
      https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-13-juin-2020

      https://youtu.bem/Zjn5YXWrwWU

      C'était un temps réellement déraisonnable...
      https://lavoiedelepee.blogspot.com/2017/08/cetait-un-temps-deraisonnable.html

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    3. Les jeunes "anciens combattants" ont été déployés partout:
      https://www.athena-vostok.com/anarchie-en-somalie-somalie-1993

      Lorsque l'ont parle d'un risque IED au Sahel, il faut le garder en tête pour le remettre en perspective:
      https://www.athena-vostok.com/une-mine-par-habitant-cambodge-1992-9-article

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  2. Merci mon colonel. Très clair comme d'habitude avec un vrai recul sur la façon dont l'organisation du processus de décision et sa mise en œuvre conditionnent nos choix.

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  3. Bonjour,
    Merci pour ce compte rendu détaillé.
    Je me permets de revenir à l’attentat du 6 avril 1994 car c’est un élément clé de compréhension. Si comme le dit le proverbe « le jour où le lion aura son propre historien, les histoires de chasse seront moins favorables au chasseur », le narratif qui nous est servi sera différent le jour où cette énigme sera résolue. Avec l’intuition que sur la base des faits établis et disponible en accès libre sur le web ou dans des livres, on devait pouvoir reconstituer le déroulement des faits et déterminer l’origine des tireurs.
    Mais il me manquait une méthode jusqu’à ce que j’en découvre une intitulée Analysis of Contradictory Hypothesis.
    Elle a été développée par Richard Heuer, un analyste à la CIA qui avait observé que ses analystes (juniors) étaient très souvent victimes d’un biais de confirmation dont ils leurs étaient très difficile de se départir. Résultat, à force de collecter des faits qui confortaient leur hypothèse, le biais de confirmation finissait par agir comme une prophétie auto-réalisatrice.
    Selon Heuer, un analyste ne doit pas collecter des faits qui corroborent son hypothèse mais, au contraire, il doit collecter les faits qui permettent de la réfuter (si ce fait est exact, alors l’hypothèse a moins de chance d’être vrai). J’ai donc appliqué cette méthodologie à cet attentat et je suis arrivé à une enquête de 20 pages disponible ici :
    www.underlying.ch/wp-content/uploads/2020/03/2019-12-15-Lenigme-du-Falcon-50.pdf

    Même si je ne parviens pas à une conclusion à 100% sûr, il s’agit quand même d’une opération clandestine, je pense que l’on ne doit pas être très loin du but. Espérons qu’un jour, un tribunal impartial, où chaque camp sera représenté équitablement au sein de la cour, pourra conduire une enquête qui permettra de résoudre cette énigm.

    Enfin, sur un autre aspect, le débat sur le génocide des Tutsi au Rwanda a été « pollué » depuis longtemps par des journalistes (très) militants. S’il n’est pas rédhibitoire d’être militant, le risque est toutefois grand d’être à son tour aveuglé par ce biais de confirmation qui a pour conséquence d’enfermer le militant dans un silo dont il lui est difficile d’en sortir. D’autant plus que la guerre de l’information a été une composante clé de ce conflit.

    Without false modesty, KAGAME stated: « We used communication and information warfare better than anyone. We have found a new way of doing things ».

    Dans In Nik GOWING, New challenges and problems for information management in complex emergencies: ominous lessons from the Great Lakes and eastern Zaire in late 1996 and early 1997, (Paper presented at conference on Dispatches from Disaster Zones, Oxford, 28 May 1998).

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  4. L’analyse de Michel Goya est comme toujours très pertinente.
    Un point de désaccord avec l’auteur-historien est l’origine du tir contre l’avion du président Habyarimana. En effet, depuis l’expertise judiciaire française de 2012, il est établi que les SAM16 ont été tirés depuis le camp militaire de Kanombe, occupé par les unités d’élite de l’armée gouvernementale et inaccessible à un commando du FPR. L’assassinat a donc été commandité par les extrémistes hutu, sans doute avec un équipage de mercenaires pour effectuer ce tir difficile en réalité.

    Ne pas inverser les faits dans l’assassinat du président Habyarimana, petit rappel pour mieux informer Hubert Védrine sur le génocide contre les Tutsi au Rwanda – Guillaume Ancel – Ne pas subir

    Le général Delort livre une version très propre de l’engagement militaire français au Rwanda, mais la question centrale n’est pas celle-ci.
    Il ne peut pas être pas reproché à l’armée française d’être intervenue au Rwanda, avec le professionnalisme que décrit Delort, sur une décision du ressort exclusif du politique.
    Le problème vient de sa stratégie et du soutien apporté par l’Elysée aux génocidaires et en particulier quand les organisateurs du génocide se sont « réfugiés » dans la « zone humanitaire sûre ». Les militaires français, comme l’ambassadeur auprès de l’opération, ont réclamé de les arrêter... et ils ont reçu l’ordre de les escorter jusqu’au Zaïre où ils ont pu continuer à nuire.

    Hubert Védrine et Alain Juppé ont aidé en 1994 les organisateurs du génocide contre les Tutsi à s’enfuir. Pourquoi ? – Guillaume Ancel – Ne pas subir

    C’est cet aspect politique que Delort n’aborde jamais dans son livre et qui le rend lacunaire, comme c’est fort bien expliqué dans ce Blog. Le général aurait pu donner sa propre vision de cette affaire du soutien apporté aux génocidaires du Rwanda, comme lorsqu’il a pesé pour que l’armée française se retire de son engagement opérationnel en 1993, mais en tant que militaire, il s’en est bien gardé...

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    1. Petite précision :
      « Le fait que nous [Poux & Trévidic] privilégions ces deux positions n°2 et n°6 [2 et 6 indiquent le camp de Kanombé] ne signifie pas que les missiles n’ont pas pu être techniquement mis en œuvre dans un périmètre un peu plus étendu. Nous considérons qu’une zone étendue vers l’Est et le Sud, de l’ordre d’une centaine de mètres voire plus, sous réserve d’avoir un terrain dégagé vers l’axe d’approche de l’avion, peut être prise en compte. »
      Cour d'appel de Paris, tribunal de grande instance de Paris. Rapport d'expertise, « Destruction en vol du Falcon 50 Kigali (Rwanda). », Magistrats Nathalie Poux, Marc Trevidic, 21 avril 2010, page 336 (pagination PDF)
      Les missiles ont bien été tiré de l’avant gauche de l’avion (il n’y a pas de traces d’impact sur les cellules des réacteurs si le missile était arrivé de l’arrière depuis la colline de Massaka), mais l’extrait ci-dessus ne permet pas d’affirmer que les missiles ont été tirés depuis l’intérieur du camp de Kanombé.
      On ne peut donc pas se baser uniquement sur ce fait pour en déduire que ce sont les durs du régime qui ont abattu le Falcon.
      Relisez l’enquête, …

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  5. Deux liens pour compléter le commentaire ci-dessus et renvoyant à Ne pas subir", le blog de Guillaume Ancel.

    https://nepassubir.home.blog/2019/02/11/ne-pas-inverser-les-faits-dans-le-genocide-des-tutsi-petit-rappel-pour-mieux-informer-hubert-vedrine-sur-le-rwanda/

    https://nepassubir.home.blog/2021/02/19/hubert-vedrine-et-alain-juppe-ont-aide-les-organisateurs-du-genocide-contre-les-tutsi-a-senfuir-pourquoi/

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  6. Pretendre que les tirs de missiles sont partis du camp de Kanombe fait partie du panel habituel d'affirmations mensongeres avancees par ceux qui souhaitent exonerer Kagame de ce crime. L'extrait cite du rapport balistique plus haut fait litiere de ce mensonge

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    1. Anonyme, je me suis probablement mal exprimé. Si je cite cet extrait du rapport Poux & Trévidic, c’est justement pour signaler que l’on peut envisager que le tir ait été effectué depuis l’extérieur de l’enceinte du camp de Kanombé.
      Encore une fois, je vous recommande de lire l’enquête (20 pages) que vous pouvez trouver ici :
      www.underlying.ch/wp-content/uploads/2020/03/2019-12-15-Lenigme-du-Falcon-50.pdf
      Bonne lecture !

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  7. Pour l’anonyme qui cite le rapport Poux Trévidic, le camp de Kanombe n’est pas réduit à la caserne, mais représente une étendue importante qui était strictement verrouillée par les unités du camp, un camp qu’avait commandé le colonel Bagosora, un des organisateurs du génocide.
    De plus un tir de nuit de SAM16 produit une flamme de plus de 100 m qui n’aurait laissé aucune chance à l’équipe de tireurs de quitter les lieux, sauf s’ils y résidaient.
    Les explications plus techniques sont ici

    https://nepassubir.home.blog/2018/01/28/06-avril-1994-lavion-du-president-habyarimana-est-abattu-par-un-tir-de-missiles-declencheur-du-genocide/

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    1. Effectivement le camp de Kanombé ne se limite pas à une caserne et est entouré d’un vaste terrain. Toutefois, si l’on fait l’hypothèse que les tireurs étaient situés à l’extérieur du camp, le signalement du tir (la plume) aurait inévitablement signalé leur présence. Si on rapproche cette hypothèse avec le fait que le nombre de parachutistes belges aurait pu être supérieur à 10, on aurait un élément qui mériterait d’être creusé.
      Deux sources permettent d’étayer cette hypothèse :
      1. « Le Général Dallaire croit qu'en début d'après-midi, il fut averti par le Col Marchal que 13 Belges avaient été tués au camp de Kigali. Cette information ne pouvait à ce moment être vérifiée »
      Source: Amadou Deme, “Rwanda 1994 and the failure of the United Nations Mission”, CreateSpace Independent Publishing Platform, pp. 77-78.
      2. « D'autres questions subsistent cependant à propos de la mort des casques bleus : comment se fait-il que le 7 avril au soir, annonçant que le général Dallaire s'est rendu au camp Kigali, le QG secteur, c'est-à-dire le colonel Marchal, ait annoncé que le numéro un de l'ONU avait vu douze dépouilles et non dix (cette information est reprise dans Kibat, une chronique récapitulative des événements publiée à Flawinne par le colonel Dewez) ».
      Source : www.lesoir.be/art/%252Fl-epopee-tragique-des-paras-belges-au-rwanda_t-19951103-Z0A820.html

      C’est ténu certes, mais mériterait d’être approfondi, … ne serait-ce que pour réfuter cette hypothèse. Le débat sera tranché le jour où une cour de justice légitime et impartiale se saisira de ce dossier.

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  8. "Il agit donc et parle en soldat discipliné qui ne questionne jamais le politique"

    c'est une bonne partie du problème, car la discipline n'exonère pas de la responsabilité.

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  9. J’ai la faiblesse d’être un républicain. Je sers les armes de la France, en officier républicain. Peu importe que j’ai voté ou pas pour François Mitterrand comme citoyen. François Mitterrand incarne la légalité républicaine, la légitimité par le élection au suffrage universel. On peut penser ce qu’on veut sur l’étendue des pouvoirs du président. La Constitution donne ces pouvoirs et cette responsabilité au Président.

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  10. J’ai la faiblesse d’être un républicain. Je sers les armes de la France, en officier républicain. Peu importe que j’ai voté ou pas pour François Mitterrand comme citoyen. François Mitterrand incarne la légalité républicaine, la légitimité par le élection au suffrage universel. On peut penser ce qu’on veut sur l’étendue des pouvoirs du président. La Constitution donne ces pouvoirs et cette responsabilité au Président.

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  11. Vu la pression politique et médiatique, il y a du nouveau concernant les archives:
    http://ainsi-va-le-monde.blogspot.com/2021/04/rwanda-la-france-ouvre-les-archives.html

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    1. Les années 90 ont été éprouvantes pour les armées françaises, ne l'oublions:
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/08/en-1994-les-crimes-de-purification-ethnique-en-bosnie-etaient-plus-insupportables-a-envisager-pour-les-elites-francaises-que-ceux-commis-au-rwanda_6075968_3232.html

      Les jeunes anciens combattants sont passés par là...
      https://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/geopolitique-yemen-syrie-kosovo-215148

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  12. Suggérer que le FPR de Kagame ne valait au fond pas mieux que le gouvernement génocidaire avec lequel l'Etat français s'est mouillé jusqu'au cou, c'est indécent. On ne peut pas résumer l'histoire en disant : y avait des "salauds" des deux côtés. Il y a une différence entre un mouvement politico-militaire responsable de crimes de guerre d'un côté et un pouvoir qui vise l'extermination totale d'une fraction de sa population de l'autre.
    Je ne comprendrai jamais pourquoi tant de militaires croient défendre "la France" en reprenant l'argumentaire des politiques qui les ont engagés dans ce désastre. Pourquoi vouloir assumer des responsabilités qui ne sont pas les vôtres ?
    D'ailleurs, le temps aidant, les politiques eux-mêmes en viennent à reconnaître les responsabilités de leurs prédécesseurs (cf le rapport Duclert commandité par l'Elysée), même si on assortit le tout de l'idée d' "aveuglement" (au grand soulagement des politiques concernés, qui préfèrent certainement passer pour des incompétents plutôt que pour des décideurs incroyablement cyniques qui prennent le risque de jouer avec de la nitroglycérine dans le cadre de leurs guéguerres d'influence avec les Anglo-saxons).

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