lundi 4 décembre 2017

Datapocalypse-Big data et guerre du Vietnam

Vous voulez savoir ce pourrait donner un « gouvernement par les données » ? Le pur pilotage par les indicateurs ? Le suivisme des chiffres,  si scientifiques et si précis face aux grossiers jugements humains ? Rien de plus simple, reportons-nous cinquante ans en arrière, trente ans même avant l’apparition (en 1997) du terme « big data ».

Les managers s’en vont en guerre

Nous sommes au Vietnam et la guerre qui s’y déroule trouble les Américains. En fait, il n’y a pas grand monde parmi les cercles de décision américains, politiques et militaires, qui comprend vraiment quelque chose à ce qui s’y passe. Il y avait bien des experts de la région aux Etats-Unis mais soupçonnés de connivence avec l’objet qu’ils étudiaient (vouloir comprendre, c’est déjà excuser et sans doute aussi sympathiser avec l’ennemi), ils ont été victimes de l’hystérie maccarthyste. Lorsque Robert Mc Namara, est mis à la tête du Pentagone en 1963, il ne connaît rien au problème et l’équipe des « petits sorciers » (whizards kids) qui l’entoure, pas plus. Il l’avouera dans ses mémoires : « Mes collègues et moi décidions du destin d’une région dont nous ignorions tout ». Sur le moment pourtant, il ne s’en inquiète pas beaucoup. Issu de la division de statistiques de l’armée de l’air, ce technocrate est persuadé que rien ne résiste aux recettes générales du « management scientifique », méthodes qu’il a déjà appliquées avec succès chez Ford et qu’il appliquera maintenant à la guerre au Vietnam.

Leur vision stratégique se résume alors à un axiome, qu’ils n’ont pas inventé, baptisé « théorie du domino ». Cette théorie postule que lorsqu’un pays tombe dans l’orbite communiste, et dans la région l’orbite est chinoise, les pays voisins ne manquent à leur tour de tomber. Il faut donc stopper l’expansion communiste au Sud-Vietnam sous peine de voir l’ensemble du sud-est asiatique (présenté alors comme un pôle de richesses essentiel au monde libre) basculer sous la coupe de Pékin. La théorie est fumeuse, l’exemple du sort des communistes en Indonésie au même moment aurait suffi à la discréditer. C’est pourtant sur cette base plus que faible mais acceptée sans discuter que s’enclenche et se développe l’engagement américain au Vietnam.

Sur place, au Sud-Vietnam, il n’y pas de lignes de front qui avance ou recule, pas même de front véritable mais des zones plus ou moins contrôlées et surtout des forces imbriquées au milieu des populations. Rien ne distingue vraiment l’ennemi local, le Viêt-Cong, de la population, ce qui est normal puisqu’il en est issu. On sait juste qu’il est soutenu par le Nord-Vietnam, qui engage aussi largement ses propres unités de combat, et qui, croit-on, constitue le bras armé du monde communiste. On admet la nécessité d’intervenir militairement massivement au sud, pour sauver un Etat qui ne parvient pas à s’en sortir seul, mais aussi l’impossibilité d’envahir le nord, le risque d’engagement de la Chine étant trop important.

Pour le reste, dans ce cadre stratégique admis, il suffira d’appliquer une pression suffisamment forte sur l’ennemi pour l’amener à renoncer par un simple « calcul coûts-bénéfices ». Au Nord et sur la piste Ho Chi Minh qui court le long de la frontière du sud-Vietnam, on bombardera. Au sud, on tuera au combat le maximum de combattants de l’armée nord-vietnamienne (ANV) et Viêt-Cong (VC). Il suffira que le nombre de morts dépasse la production pour que l’ennemi finisse par céder. Après les premiers combats de la vallée de Ia Drang en 1965, on s’accorde pour penser qu’avec un kill ratio de 10 tués ennemis pour seul 1 américain, la guerre sera vite gagnée.

Le piège logique se referme alors sur des forces américaines persuadées, dans l’esprit du libéralisme, que de la somme des actions individuelles positives (micro-victoires) découlera « naturellement » un effet global également positif à long terme et qu’en gagnant toutes les batailles à n’importe quel prix économique, on gagnera forcément la guerre.

L’armée des nombres

Obtenir systématiquement ce ratio minimum n’est possible qu’avec une puissance de feu considérable et à condition de trouver sur quoi tirer, or, en dépit d’innovations techniques comme les capteurs acoustiques ou les radars terrestres, la meilleure façon de trouver un ennemi incrusté dans la jungle ou les rizières est encore d’aller le chercher avec de l’infanterie. La « recherche et destruction » prend donc rapidement la forme de patrouilles que l’on envoie en appâts en s’efforçant de faire suivre le plus vite possible la prise de contact avec l’ennemi par un déluge d’obus et de roquettes venus du ciel. 

Tout cela entraîne la mise en place d’une immense machinerie capable tout à la fois de larguer 3 000 tonnes de munitions chaque jour et d’assurer un niveau de vie au standard américain un corps expéditionnaire. Le Sud-Vietnam voit donc apparaître de véritables petites villes américaines en plein cœur de sa pauvreté. Des milliards de dollars s’écoulent sans retenue qui créent une économie locale aussi artificielle que corrompue tout en épuisant le budget américain (la seule campagne aérienne coûte plus de 1% du PIB) et finissant même par avoir des conséquences sur l’économie mondiale.

Cette machinerie complexe et hétérogène. Le corps expéditionnaire américain au Vietnam est aussi très fragmenté, entre les « services » (il y a, par exemple, quatre « armées de l’air » américaines à coordonner, de l’US Air force à l’US Navy en passant par le corps des Marines et les milliers d’avions légers et hélicoptères de l’Army), entre l’avant et l’arrière, entre des spécialités quatre fois plus nombreuses en proportion qu’en 1945, entre les officiers qui effectuent des tours de six mois et les autres qui font un an, avec des départs échelonnés sur toute l’année. Or, moins une unité est cohérente et plus elle a besoin d’informations explicites (notes, fiches, explications orales, etc.) pour remplacer des habitudes communes inexistantes. Cette instabilité impose aussi une centralisation du commandement qui aboutit à la macrocéphalie. Le document décrivant le seul quartier-général américain à Saïgon fait 200 pages.

Pour gérer cette masse d’informations, les Américains misent sur les nouvelles technologies de l’information de l’époque comme les ordinateurs, les postes à transistor ou les photocopieuses. Ils mettent donc en place une structure sophistiquée de communications qui devient elle-même gigantesque. La 1ère brigade de transmission, en charge des transmissions intra-théâtre atteint 23 000 hommes tandis que dans les divisions de l’US Army un homme sur cinq sert comme opérateur radio. Les lignes de communications deviennent si encombrées que chaque service tente de contourner la difficulté en créant son propre réseau et un PC opérations d’un état-major de division finit ainsi par comprendre pas moins de 35 lignes différentes. Il y a plus d’hommes qui manipulent de l’information au Vietnam que de fantassins.

Cet engorgement, associé à la complexité des structures, a pour première conséquence de ralentir considérablement la planification. Une opération offensive de 30 000 hommes comme Cedar Falls en 1967 demande quatre mois de préparation. La deuxième conséquence est que pour comprendre ce qui se passe, les chefs sont obligés d’aller voir sur place. Il n’est donc pas rare pour un capitaine accroché par l’ennemi de voir apparaître au-dessus de lui l’hélicoptère de son chef et souvent aussi celui du chef de son chef, qui tous lui demandent des explications et contribuent encore au ralentissement de la manœuvre et à la perte d’initiative.

Collecte massive d’erreurs

Ce commandement complexe est lui-même fortement sollicité vers le haut par différentes voies parallèles (commandement du Pacifique, comité des chefs d’état-major, Conseil national de sécurité, Office of systems analysis du Pentagone) qui lui demandent toutes de fournir les innombrables indicateurs chiffrés qui leur servent de substitut à une réelle connaissance du Vietnam. Chaque jour de la fin de 1967, le Combined intelligence center de Saïgon produit 500 kg de papier et 60 000 messages transitent entre le Vietnam et les Etats-Unis. Le Hamlet Evaluation System (HES) destiné à mesurer le degré de pacification des 12 000 hameaux du Sud-Vietnam produit 90 000 pages de données, soit 4,3 millions de pages en quatre ans d’existence. Et le HES, s’il est sans doute le plus exigeant, n’est qu’un système de données parmi d’autres.

En réalité, un théâtre de guerre n’est pas une chaine de montage et l’immense majorité des statistiques que reçoit alors le Pentagone sont fausses, victimes d’une multitude de biais. Le premier est celui de la source à la fois non fiable et intéressée que constituaient l’armée et les autorités sud-vietnamiennes. Comme le relatait un officier sud-vietnamien dans le documentaire Vietnam de Lynn Novick et Ken Burns : « vous voulez que cela monte, on vous donnera des chiffres qui montent ; vous voulez que cela descende, on vous donnera des chiffres qui descendent ». Et lorsque les Américains commencent à se replier, les données viennent essentiellement des sud-vietnamiens. Thomas Thayer décrit aussi dans War Without Front comme le chiffre d’incidents anti-aériens est tombé de 6 800 en 1971 à 800 en 1972, non parce que l’activité ennemie avait diminué mais au contraire parce qu’elle avait beaucoup augmenté et que les pilotes américains avaient renoncé à en rendre compte. Quand persiste l’obligation de donner des chiffres et que ceux-ci deviennent trop difficiles à obtenir, des chiffres sont quand même donnés et relèvent, au mieux, de l’estimation.

Le pire est sans aucun doute le « compte des cadavres », body count, critère premier de réussite et donc impliquant un retour symbolique sur celui qui, à la fois, agit et fait le compte-rendu de son action. Le biais est classique et évident qui incite à maximiser ou minimiser les choses, bref à tordre la réalité, en fonction des retours attendus. Même dans un combat où beaucoup d’ennemis sont tués à distance et avec des armes puissantes, la comptabilité des morts est également difficile et implique pour être honnête de prendre de nouveaux risques en allant au plus près. Le général SLA Marshall raconte ainsi l’histoire de soldats américains tués en allant compter les corps. Cette comptabilité a relevé en fait bien souvent de l’estimation biaisée. Beaucoup de civils tués sont également devenus ennemis dans les statistiques, échangeant ainsi des bavures contre des victoires.

Entre des forces ennemies, plutôt estimées à la baisse, et leurs pertes, exagérées, on a abouti ainsi régulièrement à l’idée que tous les ennemis avaient été éliminés. Harry Summers dans American Strategy in Vietnam: A Critical Analysis prétendcque l’administration Nixon avait fait une simulation par ordinateur afin de répondre à la question : « Quand aurons-nous gagné la guerre ? » et qui aboutissait à la réponse « Vous avez gagné en 1964 ». C’est une légende mais qui témoigne de l’ambiance de l’époque. Mc Namara et ses « wizards kids » du Pentagone voyaient la guerre comme des peintres flamands, croyant que la précision du détail rendait le tableau de la situation plus vrai que la vision impressionniste des combattants. En interrogeant 110 généraux américains après la guerre, Douglas Kinnard en a trouvé seulement deux qui estimaient que cette collecte massive des informations donnait une image correcte de la réalité. 

Au début de 1968, à la suite d’un rapport de 300 pages du général Westmoreland, le président Johnson annonce solennellement que la situation est contrôlée et la victoire prochaine.

Déconnection

Quelques semaines plus tard, avec l’offensive du Têt, les Communistes imposent le style expressionniste, tordant la réalité pour susciter l’émotion. En attaquant simultanément toutes les villes du Sud et en multipliant les actions symboliques (prise de Hué, attaque de l’ambassade américaine à Saïgon), Nord-Vietnamiens et Viêt-Cong  sont vaincus partout mais finissent par retourner l’opinion publique. Aveuglé par sa logique quantitative, le commandement américain se satisfait pourtant de n’avoir perdu aucune bataille et de voir le  « cours du kill ratio » remonter avec même des records comme à Khe Sanh où 200 000 obus et  110 000 tonnes de bombes ont tué plus de 10 000 soldats de l’ANV (selon les estimations) contre « seulement » 205 Marines.

On s’aperçoit cependant au niveau micro-tactique que la guerre en mode « recherche et destruction » ne se passe pas aussi bien que prévu et, notamment ,que quelques obus et des bombes ont une fâcheuse tendance à frapper la population (d’où l’idée de déplacer et regrouper ces gêneurs) ou encore les troupes amies. Les contrôles, vérifications et autorisations qui s’accumulent pour éliminer ce 1% de bavures finissent par faire perdre une grande partie de son efficacité aux 99 % restants. Alors qu’au début du conflit, la moitié des appuis aériens étaient disponibles en 15 minutes, après deux ans il n’est plus possible de voir tomber une bombe d’un avion avant une heure. Dans le même temps, Nord-Vietnamiens et Viet-Congs ont appris à jouer de l’espace-temps disponible entre le contact et les frappes pour échapper aux coups. En 1968, la moitié des combats sont trop rapides pour même générer une demande d’appui de la part des Américains.

Cette guerre ne peut plus être gagnée de cette façon. L’opposition croissante de l’opinion publique américaine et l’effritement du moral des unités font monter considérablement la sensibilité aux pertes. En mai 1969, la destruction de deux bataillons VC (écrasés par 1700 tonnes de munitions) sur la colline « Hamburger Hill » au prix de 80 morts en dix jours soulève une grande émotion, là où des résultats similaires auraient été célébrés comme une victoire deux ans plus tôt. La consommation de drogue se développe dans le contingent américain (avec 20 % de consommateurs réguliers d’héroïne) ainsi que le grenadage (fragging) des cadres trop « agressifs ». Plus de 800 officiers et sous-officiers américains sont ainsi tués ou blessés par leurs propres hommes de 1969 à 1972. 

Dès lors, il n’est plus question de prendre de risques. Non seulement on n’ose pas expérimenter de nouvelles solutions tactiques mais on déconnecte même la « recherche » de la « destruction ». A partir de 1969, la moitié des obus et plus d’un tiers des munitions aériennes sont  utilisés dans des missions dites de « harcèlement et interdiction », c’est-à-dire en aveugle. Le moindre contact avec l’ennemi, même s’il ne s’agit que d’un simple sniper, provoque l’envoi immédiat d’un « package » de feux terrestres et aériens. Ceux-ci font alors plus effet de prophylactique pour un moral défaillant que de destructeur d’ennemis. Une étude sur l’emploi de l’artillerie dans la région centrale du Sud Vietnam conclut à, au mieux, un ennemi tué pour 1 000 obus tirés.

L’ennemi évite lui aussi le combat rapproché mais continue à innover. Giap constitue des unités de sapeurs d’assaut pour s’infiltrer dans les bases américaines et des bataillons de lance-roquettes de 122 mm pour les frapper à coup sûr. Les pertes américaines par tirs indirects doublent ainsi entre 1967 et 1969 et deviennent leur première cause de mortalité (80 % du total en incluant les mines et pièges). A ce moment-là, le kill ratio de 1965 a diminué de moitié, voire des deux tiers dans certaines régions. Giap organise également une campagne contre les bases de feu, obligeant les Américains à se fortifier et à consacrer une grande partie de leurs capacités à leur simple protection. Ceux-ci parviennent à repousser toutes les attaques et donc persister à clamer la victoire, sans voir que la liberté de manœuvre communiste a augmenté proportionnellement à leur rétractation.

Le piège logique dans lequel les Américains sont enfermés est si fort qu’ils ne conçoivent pas que l’armée de la république du Sud-Vietnam (ARVN), qu'ils équipent à grand frais pour prendre tout le combat à leur charge, puisse agir autrement qu’eux-mêmes. Or, si les Sud-vietnamiens ont pris la mauvaise habitude américaine d’attendre les feux au moindre contact, ils n’ont pas su développer la capacité à gérer cet orchestre complexe. Le décalage est tellement énorme entre le prix des équipements militaires fournis et le niveau de vie local que le soutien logistique tend à s’évaporer dans un énorme trafic.

Au moment du départ américain, à partir de 1971, l’armée du Nord Vietnam est plus puissante que jamais. Elle est prête à écraser les armées du Sud qui ne résisteront que tant qu’elles seront sous perfusion et sous protection aérienne américaines. Lorsque le 94e Congrès des Etats-Unis vote la suppression de toute aide en 1975, tout s'effondre.

Au bilan, 6 millions de tonnes de bombes aériennes et 20 millions d’obus d’artillerie n’auront que peu changé le résultat final. Trois millions de vietnamiens et 58 000 soldats américains sont morts dans cette guerre sans fondements sérieux et pilotée par les chiffres. Le domino n’est par ailleurs jamais tombé et n’a pas accepté la domination chinoise, ce que la simple lecture d’un livre d’histoire de la région aurait pu permettre de prédire.



Douglas Kinnard, The War Managers, Avery Publishing Group, 1985.
Martin Van Creveld, Command in war, Harvard university press, 1985.
Robert Scales, Firepower in limited war, National Defense University Press, 1990.
Jaques Portes, Les Américains et la guerre, Editions complexe, 1993.
John Prados, La guerre du Viet Nam, Perrin, 2011.
Ben Connable, Embracing The Fog of War, RAND Corporation, 2012.

36 commentaires:

  1. Article remarquable, à mettre dans les mains de tous les "managers" qui pullulent dans les administrations des services publics et cabinets ministériels et ne nous parlent que d'indicateurs de pilotage, de critères d'évaluations et d'objectifs mesurables. Bravo.

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  2. Article très intéressant et sûrement très juste sur les dérives du macro-reporting et du micro-management. Mais je ne suis pas d'accord sur "cette guerre ... conduite comme une entreprise industrielle". Aucune entreprise privée n'aurait pu durer aussi longtemps en cramant autant de cash en faisant autant d'erreurs. Concernant les administrations je n'ai pas d'opinion cf. VVega .
    car j'ai fait toute ma carrière dans le privé (sauf 18 mois Chef de Quart).

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    1. Vous avez raison. Ma formulation n'était pas bonne, je la modifie.

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  3. Le principe premier en statistiques est qu'il ne faut pas que la stat devienne l'objectif, ce qui est manifestement le cas décrit ici. Un deuxième, qui est plus personnel, est qu'il faut interpréter la statistiques en compagnie des acteurs afin de comprendre les raisons qui peuvent expliquer tel ou tel retour, élément. Bref les méthodes en usage à ce moment sont quand même bien foireuse. Néanmoins, malgré les leçons à répétition dans le domaine, nous (nous tous, public comme privé) persévérons dans l'erreur, les chiffres concernant la "sécurité" en étant une pénible démonstration.
    Il est vrai que le chiffre et son hyper-rationalité apparente, sa neutralité de façade, ont un effet rassurant.

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  4. Merci à Michel Goya pour ce nouvel article qui illustre les conséquences tragiques du conformisme à l’égard des idées en vogue, au détriment de la culture générale et du bon sens. Pour aller plus loin dans la réflexion, un jeune chercheur de l’IRSEM vient de publier un ouvrage issu de sa thèse, dans lequel il propose une théorie du « contournement démocratique », étayée par l’exemple de la guerre du Vietnam. http://www.defense.gouv.fr/irsem/page-d-accueil/nos-evenements/presentation-du-livre-comment-perdre-une-guerre.-une-theorie-du-contournement-democratique-par-elie-baranets-le-lundi-4-decembre-2017
    Selon cette théorie, la défaite (considérée comme une anomalie pour une démocratie en guerre) ne provient que d’une cause : un mensonge de l’exécutif sur les vrais buts de guerre. Selon l’auteur, une démocratie peut mentir sur tout et n’importe quoi, sa communication lui sera pardonnée par l’opinion à condition que les buts de guerre aient été énoncés honnêtement au début du conflit. Sans quoi, le mensonge originel génère de telles retenues dans l’usage de la force (pour ne pas dévoiler l’ampleur de l’engagement) qu’il devient une entrave rendant la victoire impossible. On entre en effet dans un cercle vicieux où la réalité de l’engagement finit par percer et entretient une contestation interne qui finit par rendre l’effort de guerre insoutenable politiquement. Alors qu’il est courant d’affirmer que la démocratie nuit à la bonne conduite des opérations armées, l’auteur veut montrer au contraire que c’est de son déni que provient la défaite.
    Je considère pour ma part cette thèse comme intéressante et promise au succès dans le petit monde de la recherche en sciences sociales. Elle ne me semble pas incompatible avec l’analyse d’un stratégiste de terrain comme Gérard Challiand (« Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental », qui part également de la guerre du Vietnam) et conforte en tout cas la critique de Michel Goya à l’encontre de la « théorie des dominos ». L’une des faiblesses de cette thèse est en revanche de ne pas définir avec précision son objet d’étude qu’est la guerre. Car si l’on considère la « guerre » du Vietnam comme une simple bataille de la « guerre froide », la perspective est différente. Or on commence à mieux connaître le raisonnement des Soviétiques, qui ont vu dans la chute de Saigon le signe annonciateur de la réalisation de la prophétie de Lénine selon laquelle l’Occident corrompu tomberait comme un fruit mûr. Ils en ont déduit deux choses : une, qu’il était inutile de préparer une guerre de conquête en Europe ; deux, que l’Amérique ne pourrait plus s’opposer à une poussée vers les mers chaudes, d’où l’aventure afghane, fatale.

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  5. Colin L'hermet5 décembre 2017 à 14:32

    Mon colonel,

    Merci pour ce bon article.
    Une coquille ? « Harry Summers (…) [évoque ? aime raconter ?] que l’administration Nixon avait fait une simulation »

    « vouloir comprendre, c’est déjà excuser et sans doute aussi sympathiser avec l’ennemi. » Vous citez un certain ex-P.Ministre français ?

    Sur les statistiques, on peut se souvenir que comme les bikinis, ce n’est pas tant ce qu’elles montrent, que ce qu’elles finissent par dissimuler, qui importera.
    Ce tropisme pour les statistiques découle en droite ligne du succès des travaux de la RAND, totalement basés sur la science mathématique, dans l’optimisation de la chaine logistique et les distributions de gains de la théorie des jeux. On est, à l’époque, sur les fonts baptismaux de la technocratie qui pourra s’affirmer avec la réussite de grands projets industriels et-ou militaires.

    Et sur un plan plus vaporeux, si l’on veut bien voir les effecteurs de terrain comme des opérateurs qui se frottent, le plus crûment dans le cas de la guerre, à la réalité, on peut comprendre que la statistique finit par viser la reproduction (spin-orientée, et donc finalement biaisée) du réel, et non plus sa compréhension.
    Les épaisseurs multiples, et démultipliées, que nous intercalons entre la réalité et nous comme autant de couches de pelure d’oignon font perdre de vue aux échelons sophistiqués cette crudité de la réalité.
    C’est ainsi que les temps modernes actuels vont nous faire aller vers toujours plus de déconnexion avec la réalité, permettant, par exemple, à Bercy d’édicter un modèle optimal de nos forces armées, qu’une véritable confrontation à la réalité viendra cruellement démentir le moment venu.
    Et tous alors de s’écrier « et pourtant, sur la papier, ça passait ! ».
    Si les porteurs d’armes et autres « anormaux aux ordres » formaient, jusqu’il y a encore peu, le dernier carré de prise en compte d’une réalité avec laquelle la finalité de leur mission permet peu de tricher, ils sont de plus en plus insérés dans une machinerie sophistiquée encadrée et régentée par une forme d’administration mathématisante ou pétrie des outils virtuels.
    Le cercle est en place pour que ces gestionnaires du virtuel intercalent toujours plus de couches pour plier le monde qu’ils administrent à leurs seuls souhaits, fussent-ils vertueux.

    Le chapeau de votre article l’introduit : le fiasco de l’infobésité manifestée lors de la Guerre du Vietnam est une belle analogie de ce qui nous attend si nous nous laissons berner par le miroir aux alouettes de nos biais technicisants.

    La conclusion pourrait en être que nous ne saurons survivre à notre technicisation-virtualisation qu’en s’assurant a) qu’elle ne se limite pas à un empilement toujours plus épais et « engonçant » de couches mal maîtrisées, et b) qu’en s’assurant de quelques boucles de feedback qui viennent assurer une lisibilité de sa complexité.

    Car il ne faut pas rejeter la technicisation et la sophistication pour leur défaut. Il faut savoir les employer sans en devenir victimes.
    En corollaire, un empilement décomposable de couches présentera toujours l’illusoire impression que l’on peut intervenir sur l’une pour optimiser l’ensemble : or l’expérience nous prouve qu’optimiser certaines parties ne résout pas nécessairement des problèmes au niveau global.
    Herbert Simon a développé vers 1969 une théorie des systèmes complexes : les systèmes hiérarchiques décomposables ou quasi-décomposables répondraient plus efficacement aux multiples demandes de leur environnement et s’adapteraient plus facilement que les systèmes non décomposables.
    Nous dépendons désormais bien plus souvent de systèmes quasi-décomposables que strictement décomposables, et c’est l’étude fine des interaction entre leurs couches intercalaires qui nous préservera de l’aveuglement que votre billet met en avant.
    Attention, choc conceptuel : c’est ce qu’on pourrait appeler un audit de fonctionnement ou une méthode d’évaluation.
    Ce que nos structures savent (ou veulent) de moins en moins faire./.

    CL’h./.

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  6. Colin L'hermet5 décembre 2017 à 14:50

    sur les systèmes complexes, j'ai juste copié-collé l'intro d'un excellent article de P.Barbaroux, du CReA
    réflexion dans le prolongement des travaux de Herbert Simon (1916-2001)économiste et sociologue, prix Turing en 1975, et prix de la Banque de Suède en sciences économiques en 1978 :

    http://www.cairn.info/revue-innovations-2010-1-p-33.htm

    CL'h./.

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  7. Article bien intéressant et qui devrait nous faire réfléchir sur le compte des morts - ou neutralisés - adverses en opération au Mali notamment. Mais j'en reviens à deux "détails" cités en fin d'article. Je crois me souvenir que dans le document du "guerre et histoire" sur la guerre du Vietnam, il était dit qu'il n'y avait pas tant de drogué au ça chez les GI's (là on en a 1 sur 5) et que les officiers n'avaient pas tant souffert que ça de leurs hommes (là, on en a 800 en 3 ans ce qui es quand même pas mal). Où faut il mettre le curseur?

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  8. Bonjour,

    Merci pour l'excellent article.

    Mais ça donne envie d'en savoir plus :) Comment la doctrine a évolué depuis ? Quelles sont les pistes explorées pour utiliser tous le potentiel des évolutions dans la puissance de calculs et de la vitesse de transmission des données dans la prise de décision...

    Pour prendre un exemple industriel, aujourd'hui, si le chef d'une entreprise qui vend au grand public veut savoir ce que ses clients pensent de son service, il va sur twitter ou facebook : il a accès à une information qui, avant, remontait péniblement d'un service client. On peut même confirmer un incident (ex. relais téléphone mobile en panne) en analysant les messages sur twitter.

    Sébastien

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    1. « Comment la doctrine a évolué » : quelle doctrine ? Aucune doctrine ne résiste longtemps au choc des opérations. Au mieux, y sont plus cons. Vulgaire et peu respectueux, d’accord, mais la longue durée ne trompe pas. Le problème de la guerre, c’est l’ennemi : il n’est jamais là où la doctrine et ses évolutions l’attendent…

      « puissance de calculs et vitesse de transmission des données dans la prise de décision » : 500 kg de papier par jour ne suffisant pas, la vitesse de la lumière permettra d’en accumuler 5000, je suppose. Où est le progrès ? Une bonne expérience me dit que « la prise de décision » c’est d’abord de couvrir ses fesses vis-à-vis des supérieurs. (et je dis bien ‘des supérieurs’ : une malédiction d’en avoir plusieurs). La technologie comme substitut à un commandement décervelé est un gaspillage. C’est ce que montre l’article du Colonel Goya. Que le Dieu des armées nous en garde.

      Quant au reste, tweeter et facebook, soit c’est inutile, soit c’est de la daube. Ou les 2. Je suis sûr que de meilleurs outils d’appréciation existent. L’analogie a ses limites : le client est-il l’ennemi ? et inversement, l’expérience malheureuse de McNamara nous le dit clairement.

      Mais tweeter et facebook pourraient être un bon outil de renseignements à postériori, si l’ennemi est assez idiot pour les utiliser. Par une exploitation intelligente du facebook russe, un journaliste de Vice-News (Simon Ostrovsky) a montré que des troupes russes (chars et infanterie) étaient présentes à la bataille de Debaltsevo en janvier 2015. C’est une bataille où les milices du Donbass ont écrasé une fraction de cette pauvre armée ukrainienne en position aventurée.
      Douteux que l'exploit soit renouvelable.

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  9. Voir le cas interessant de John Paul Vann qui a reussi à mettre en oeuvre un concept alternatif efficace. Lire l'excellent ivre de Neil Sheehan a ce sujet.
    https://en.m.wikipedia.org/wiki/John_Paul_Vann

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  10. Bonjour Michel Goya.
    Je profite de cet excellent article pour le compléter par les propos de l'amiral Rickover, entendu par le Congrès en 1968 et qui s'opposait aux Whizkids de McNamara avec le "system analysis":
    « En se fondant sur un seul rapport coût-efficacité, les colons américains n’auraient jamais défié l’autorité du roi George III, John Paul Jones n’aurait jamais engagé la Serapis avec son Bonhomme Richard, navire qui lui était inférieur. […] Un ordinateur aurait probablement conseillé aux Britanniques de faire la paix avec Hitler en 1940. Une guerre, grande ou limitée, ne suit pas un ‘scénario’ préétabli. Si nous pouvions prédire la séquence des évènements avec précision, alors nous éviterions la guerre en premier lieu. Le vieux Moltke disait qu’aucun plan ne survit au contact de l’ennemi. Ne réapprenons-nous pas cette amère leçon chaque jour au Vietnam ? » (Source Thomas B. Allen, War Games, p.139)

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  11. La plume reste bonne.
    Même grippé en fin de journée c'est intéressant et agréable à lire, sur un sujet pourtant rebattu et assez pénible.
    Bravo.

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    1. 1° Je crois que les Sud-Vietnamiens se sont battus avec peu d’acharnement, alors pourtant qu’ils étaient rarement pro-communistes. J’ai mis du temps à trouver cette explication (entre autres explications): ils se battaient peu puisque les Étatsuniens se battaient à leur place. Plus les Étatsuniens s’engageaient, moins les Sud-Vietnamiens se sentaient requis de risquer la mort au combat. (Une comparaison : dans la confrontation avec l’Union Soviétique, les Européens ont été bien plus souvent pacifistes ou pro-communistes que les Étatsuniens. Il y a différentes raisons à cela, dont celle-ci : puisque la première puissance mondiale nous protège, nous pouvons tirer au flanc, ou nous accorder les plaisirs de la critique).

      2° Au vu de ce qui s’est passé, je suppose que les Étatsuniens auraient dû, soit ne pas intervenir, soit dès le début :
      .a) Pénétrer au Laos, et couper la piste Hô Chi Minh avec un mur d’artillerie, d’aviation et d’infanterie susceptible d’être défendu avec très peu de pertes. Avec l’impossibilité pour les Communistes de pénétrer au Sud, les Étatsuniens et leurs alliés même étant peu efficaces, auraient fini par anéantir les communistes au Sud.
      .b) Ne pas avoir recours à la conscription. Utiliser uniquement l’armée de métier, des volontaires, et, (ce qu’ils font maintenant) des volontaires étrangers (latino-américains par exemple). Ainsi l’opposition à la guerre aurait été infiniment moindre, et ils auraient pu tenir beaucoup plus longtemps, dans l’attente que les Nordistes ou leurs alliés se lassent ou s’épuisent, comme ça a finalement été le cas en Corée. La probabilité que les communistes cessent leur agression aurait été d’autant plus grande que les Étatsuniens et leurs alliés auraient donné l’impression d’être capables de tenir indéfiniment

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    2. Ce que vous dessinez comme stratégie est en fait celle que l'administration Trump met en œuvre en Afghanistan: empêcher la victoire des talibans en montrant qu'on est prêts et capables de "tenir indéfiniment". Et de fait, on peut se demander si, au Vietnam, la cause de la victoire des Nord-Vietnamien n'est pas, quand même, le refus du Congrès de poursuivre l'aide militaire au régime sud-vietnamien au moment où il était attaqué par celui de Hanoï. Quid si le Congrès avait autorisé la poursuite des frappes aériennes et celle d'armements malgré tout efficaces ("malgré tout" voulant dire "efficaces même dans les mains de gens aussi peu motivés que les militaires sud-vietnamiens).

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    3. 1° Oui, et les Etatsuniens de nos jours non seulement enrôlent des étrangers, mais ont tiré une autre leçon du Vietnam : lors de la guerre du Golfe, si j’ai bien compris, ils n’ont pas du tout laissé les journalistes se balader sur le terrain et photographier et filmer librement : les journalistes restaient sur des bases militaires, et c’est l’armée qui les alimentait en images.

      2° Le refus du Congrès de poursuivre l’aide au Sud-Vietnam était dû à la lassitude de l’opinion.
      Lassitude dont le très grand responsable, le responsable originaire, me semble-t-il, est Johnson.
      .a) Il n’a pas agi avec la résolution nécessaire en ne faisant pas pénétrer l’armée au Laos.
      .b) Il n’a pas pressenti la révolte contre la guerre, qui était inévitable, mais qui aurait été bien moindre s’il n’y avait pas eu la conscription, et si la pénétration de forces nord-vietnamiennes au Sud avait été interrompue, permettant la pacification du Sud, ou en tout cas que les combats y cessent à peu près complètement, et s’il n’y avait pas eu des milliers de journalistes avec appareils photos et caméras faisant vivre la guerre en direct à la ménagère aux E.-U.

      On peut, me semble-t-il, assigner trois causes aux fautes de Johnson.
      .a) Il était de gauche, c’est à dire enclin à rester sympa, modéré. D’où, en particulier, la non-intervention au Laos, mais aussi la liberté donnée aux médias.
      .b) Il a été peu malin. Lui, politicien de gauche, qu’il n’ait pas été capable de pressentir que son propre camp rejetterait la guerre qu’il faisait est inexplicable sans faire appel à ce facteur important dans l’histoire, la connerie.
      . Lui et ses équipes et son pays étaient un peu atteints d’hybris.

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    4. Je critique Johnson et les Etats-Unis, mais à part ça et entre nous, la position de la France, exprimée de façon retentissante par de Gaulle à Phnom Penh, me semble injustifiable et d’une considérable mauvaise foi.
      Tout irait pour le mieux en Indochine s’il n’y avait pas la malheureuse intervention des États-Unis, seule cause de troubles et contraire au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes…

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    5. Les principaux responsables sont les militaires qui en demandaient toujours plus, toujours plus de moyens, toujours plus d'hommes, et fait croire à un exécutif naïf que la victoire était proche.

      Il n'y avait pas non plus grand chose à sauver avec un régime sud-vietnamien qui n'avait ni la solidité ni la résolution de ses homologues sud-coréen ou taïwanais. Comment l’aurait-il pu d’ailleurs tant il était corrompu jusqu'au trognon ? La cause était perdu d'avance.

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    6. Je crois que, du pont de vue qui nous occupe, la principale différence entre le Sud-Vietnam et Taïwan, c’est que Taïwan est une île. Et que la principale différence entre le Sud-Vietnam et la Corée du Sud, c’est que la Corée du Sud est une péninsule.
      D’où l’intérêt de couper la piste Ho Chi Minh au Laos : cela aurait raccourci drastiquement le front, et lui aurait donné une longueur comparable à la largeur de la péninsule coréenne.

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    7. Bonne réponse ! Les Rouges nord-viêtnamiens ont piétiné le sol laotien et cambodgien ( ce dernier avec l'aide du traître royal Sihanouk ) alors que ces deux Etats étaient censés être neutres ce qui veut dire que les Américains étaient interdits d'intervention ouverte. Diên Biên Phu était déjà une opération destinée uniquement à défendre le Laos contre les agresseurs du PCV.

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    8. Bonjour et bonne année 2018. Concernant le Laos, aussi bien Londres que Paris ne voulait pas d'une extension du conflit dans un pays frontalier avec la Chine. On ne voulait pas voir les ''volontaires'' chinois refaire leur apparition après la guerre de Corée.

      Voici un paragraphe que j'ai écrit sur l'article concernant l'OTASE pour le wiki :

      "La non-intervention devant l'avancée du Pathet Lao durant la Guerre civile laotienne en 1960-1961 suite au refus d'une intervention militaire par les franco-britanniques malgré les plans proposés (On a envisagé de dépêcher une brigade américaine et une du Commonwealth pour protéger Vientiane) décrédibilisent l'organisation6. Les franco-britanniques obtiennent une garantie de neutralité définie par les principes de non-ingérence et de non-alignement dans les accords de Genève de 1962. Un cabinet d’union nationale fut constitué sous l’autorité du prince Souvanna Phouma, soutenu par la France et la Grande-Bretagne8 qui ne survécut pas à la fin de la guerre du Viet-Nam, qui vit le Pathet Lao s'emparer du pouvoir en 1975."

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  12. L’engrenage menant à la guerre US a été amorcé de longue date.
    Il me semble que la théorie des dominos est issue du cerveau fertile du Maréchal de Lattre quand il est allé solliciter des armes aux USA, en 1951. Il est allé très loin : l’Indochine était la clé de voute de la région. Si elle tombe, tous les pays de l’Asie du sud-est tomberont un à un dans la foulée. Il voyait les soviétiques prendre Suez à revers en 5 ans. Son soutien et ami sur place, le Sénateur Cabot-Lodge semblait y croire vraiment, le Pentagone aussi. (La mémoire n’est plus très fraiche, faudrait que je vérifie dans mes archives.)

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    1. Très Bonsoir ou Bonjour Daniel,
      Puisque tout le monde donne sa bibilographie ...
      Sur l'engrenage lire " Vietnam , de la guerre Française à la guerre Américaine " de
      Philippe Devilliers et Jean Lacouture au Seuil et , bien sûr , le " Vietnam " de Karnow
      Les chefs politiques Français sont tombés dans le piège du " conflit de la guerre froide " qui a été en fait tendu par des personnes comme Albert de Pouvourville avant même la 2nde guerre mondiale ( " griffes rouges sur l'Asie " ) . "Indochine SOS " est beaucoup plus réaliste sur la situation et l'influence du PC Viet .
      Allez aussi visiter l'exposition " Dans la peau d'un soldat " . Il y a une vitrine montrant un combattant VM et un combattant Français .
      La conclusion c'est : Semelle Ho-Chi-Minh 1 - Pataugas 0
      Les rangers US avec la semelle renforcée sont impressionantes .
      Tres Cordialement
      Daniel(bis) BESSON

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  13. Bonjour,

    Je le dirais sans ambages, et pour dénoter dans cet espace d’échange bienvenu, la thèse me laisse perplexe.

    S'il s'agit de dénoncer le mauvais usage des indicateurs et de l'outil statistique dans le cadre de la Guerre du Vietnam (par ignorance, doctrine, etc.) alors je suis pour.

    Mais s'il s'agit plus globalement de les opposer au "raisonnement humain" (sic), alors j'ai un doute... car cela est sans objet : la décision a besoin d'éléments, les chiffres en font partie. Eux seuls peuvent "rendre compte" dans certains domaines. D’ailleurs, ils sont fait pour cela. Par ailleurs, les batailles reposent en partie sur une approche rationnelle, voire scientifique, des problématiques. Pas en totalité, en partie. Comme un outil parmi tant d'autres qu’il faut maîtriser, car il est fait pour traiter certains sujets.

    Nous n’échapperons pas au big data, ni à l’intelligence artificielle : ils sont déjà là, ou ils ne sont pas loin... Il convient de s’y former dès à présent afin de le comprendre, l'adapter aux besoins et d'en tirer le meilleur. Ce type d’exemple historique ne peut qu’y contribuer s’il n’oppose pas deux mondes : le guerrier et le scientifique.

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  14. Cet article est une excellente illustration des difficultés de la stratégie militaire américaine. La guerre du Vietnam que vous évoquez est aussi un exemple de cette faiblesse car depuis la fin de la 2è guerre mondiale l’Amérique a davantage perdu de guerres qu’elle en a gagnées.

    Ce qui est frappant c’est le manque de pragmatisme et d’empirisme. Les Américains surestiment toujours leur puissance et partent du principe qu’ils vont forcément vaincre quand ils s’engagent dans un conflit. Leur première faiblesse est de ne pas savoir analyser leurs lacunes, leurs forces et celles de leurs adversaires.

    Dès lors, leur diagnostic est généralement faux. De plus, ils font une confiance dans leur technologie qu’ils voient comme un paramètre de l’issue du conflit alors qu’elle n’est qu’un outil théoriquement au service d’une pensée.

    Par ailleurs, ils ne semblent retirer aucun bénéfice de leurs erreurs passées. Ils sont sans doute trop convaincus de leur bon droit et de leur suprématie naturelle qui les rend si orgueilleux, si arrogants et si stupides.

    Cela doit aussi expliquer leur propension à livrer bataille à des « petits » pays qu’ils sont, en principe, sûrs de vaincre. D’où également leur embarras, leurs hésitations lorsqu’un pays à leur taille s’implique dans le conflit. Le dernier exemple en date est la Syrie où on a pu admirer une fois encore la géniale stratégie US….

    On peut même dire que depuis 1945, et en dépit de cuisantes défaites, les États-Unis ont été incapables de remettre en question leurs fondamentaux. Ils sont pourtant prompts à pavaner avec leurs dernières trouvailles technologiques et font toujours fonctionner le même logiciel stratégique complètement rouillé vieux de près d’un siècle.

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    1. Constat malheureusement impeccable! Perseverare diabolicum. Quoiqu'ils en disent, les Américains sont fondamentalement des matérialistes, même s'il est bien évident qu'une guerre est aussi une question de matériel.

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  15. Un jour, dans mon service, je ne sais pas quelle lubie m'a saisie, mais j'ai décidé de faire un questionnaire à une certaine catégorie de personnel pour savoir quels problèmes ils rencontraient dans certaines circonstances. J'avais déjà une vision de la chose mais je voulais la compléter. J'ai donc mis au point mon questionnaire, ca m'a pris plus de temps que je ne le pensais, l'ai diffusé, et ai attendu le retour. 20% des cibles m'ont répondu. J'ai pu mettre des chiffres sur ce que je savais déjà, je n'ai rien découvert de plus, cela ne m'a pas aidé dans ma prise de décision, j'ai perdu mon temps et j'ai fait perdre leur temps aux interrogés. Je suis donc très dubitatif sur le reporting, qui ne fait que confirmer ce que l'on ressent déjà.
    W

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    1. Bonjour,
      J'ai aussi connu un chef dubitatif à la mise en place d'un outil de relevé de l'activité du personnel, qui est pourtant devenu un outil de commandement et de justification des effectifs.
      Le reporting est un outil parmi d'autres. Il faut l'utiliser à bon escient.

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  16. Indications bibliographiques complémentaires
    Dépêches du Vietnam de John Steinbeck, Les Belles Lettres Éditeur, 2013
    Cet ouvrage reprend les chroniques écrites à partir de 1966 pour le magazine Newsday par le lauréat du Prix Pulitzer en 1940, auteur des Raisins de la Colère, et le prix Nobel de littérature en 1962. Âgé de 64 ans, John Steinbeck est un homme malade et fatigué quand il part afin de couvrir ce conflit où la puissance militaire américaine est bousculée. Bon connaisseur de la guerre, car il a suivi les G.I. en Europe en 1943 pour le compte du New York Herald Tribune et a été blessé en Afrique du Nord, il est décontenancé par ce qu'il découvre : une guerre qui ne comporte « ni front, ni arrières » selon ses mots. Embarquant sur les vedettes qui surveillent les deltas, volant à bord des hélicoptères Huey Cobra, il y retrouve notamment son fils John IV, futur écrivain, qui a choisi de s’engager. S’il émet des réserves en privé sur cette expédition dangereuse, il soutient en public l'action militaire du président Lyndon Johnson, ce que vont lui reprocher de nombreux intellectuels. Comment se fait-il que lui, le défenseur des faibles et des opprimés, « l’écrivain social » qui a été soupçonné d’être communiste est devenu un " s'en va-t-en guerre " ? John Steinbeck a été particulièrement " désespéré que ces merveilleuses troupes n’apportent pas une victoire rapide ".
    L'histoire vécue de la guerre du Viet-Nam 1965-1975, Revue Nam, Editions Atlas, 1988
    Ce numéro spécial d'une trentaine de pages comporte de nombreuses illustrations en noir et blanc et en couleurs. La revue d'histoire NAM, l'histoire vécue de la guerre du Vietnam a été publiée au cours des années 1980. Regroupant 20 tomes, elle fait le point sur cette guerre en évoquant la vie au front et à l'arrière, les différentes batailles, l'armement et tous les sujets annexes.
    Vo Nguyên Giap - Viêt-nam, 1940-1975 : La Victoire à tout prix de Cecil B. Currey, Phébus Éditeur, 2003
    Vô Nguyên Giap est l’homme qui a réussi à battre les troupes françaises déployées dans la péninsule indochinoise, puis à mettre en échec la machine de guerre américaine au terme de quarante années de lutte. Spécialiste de l’histoire militaire contemporaine qu’il a enseignée pendant trente ans à l’Université de South Florida, Cecil B. Currey a fait paraître cette biographie " non-autorisée " à laquelle le maréchal vietnamien, vainqueur de Diên Biên Phu, a contribué en fournissant à l’auteur une documentation importante venant de son propre camp.

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  17. Lu "dans des livres" "Le domino - le PC viêtnamien -...n'a jamais accepté la domination chinoise". Quels livres ? ceux du PCV ? ou d'universitaires gauchistes ? En 2017, on nous ressort encore (!) la fable de l'indépendance communiste viêtnamienne. C'est n'avoir aucune idée de l'histoire passée de ce parti et de son attitude présente. Malheureusement pour vous l'infatigable et talentueuse patriote viêtnamienne Dang Phuong Nghi ( ancienne directrice des bibliothèques du Sud-Viêt-Nam, on reste dans les livres) est toujours là :
    Sur l'imposture de fondation du communisme nord-viêtnamien :
    dangphuongnghi.free.fr/de_la_revolution_%E0_la_guerre_autopsie_d'une_imposture.htm

    Sur l'accord de trahison passé entre le PC 'viêtnamien' et Pékin reconnaissant la suzeraineté chinoise sur les îles Paracels et Spratleys ( Hoang Sa, Truong Sa pour les Viêts) :
    dangphuongnghi.free.fr/tache_huile.htm

    Et enfin sur la mainmise présente et intégrale du PC chinois sur le Viêt-Nam communiste "indépendant":

    www.viettan.org/S-O-S-Le-Vietnam-en-danger-de.html

    Une fois de plus, en tant qu'eurasien,fils d'un combattant de Diên Biên Phu, je ne peux accorder ma confiance qu'aux nationalistes viêtnamiens ( et aux anciens combattants d'Indochine).

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  18. Quelqu'un pourrait il venir au secours de ma mémoire ? J'avais lu que les Faucons regrettaient que l'on n'ait pas pris trois mesures pour mettre le Viet Cong à genoux et qui étaient faisables vu la puissance américaine:
    1/ Miner le port de Haiphong pour empêcher tous ravitaillements par voie maritime
    2/ Bombarder les barrages sur le Mékong de façon à inonder le Delta
    3/ Je ne me souviens pas avec précision de la dernière mesure. Peut-être était ce d'empêcher tout trafic par la piste Ho Chi Mihn.
    Quelqu'un peut-il confirmer ?

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    1. Bonjour ou très bonsoir ( 2h05) ,
      Ils ont bombardé les digues du Fleuve Rouge .
      Voir les travaux d' Yves Lacoste dans " Hérodote "
      Très Cordialement
      Daniel BESSON

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  19. Bonjour,

    En parlant de données erronées une grande partie de la bibliographie de votre article possède un biais, son américano centrisme. Une histoire focalisée sur la critique de l'engagement américain qui même si elle a ses fondements ne fait pas de place aux vietnamiens, n'étudient pas leurs sources. Une histoire donc qui a de grandes limites point de vue de renseignement qui ne comprend ni l'ennemi nord vietnamien, ni l'allié sud vietnamien.

    Pourtant il existe une nouvelle historiographie sur le vietnam qui essaie de voir ce qui se passait de l'autre côté.

    Sur l'ARVN, armée dont le mépris sur sa corruption et son inefficacité présumée est depuis 60 ans devenu une image d'Epinal, il y a les travaux de l'historien Andrew Wiest Vietnam forgotten army https://www.kirkusreviews.com/book-reviews/andrew-wiest/vietnams-forgotten-army/

    Dans une conférence au département d'Etat, l'historien nous invite à avoir une vision plus nuancée
    à regarder derrière le mépris habituel que l'on a pour cette armée.

    https://history.state.gov/conferences/2010-southeast-asia/with-friends-like-these
    "The ARVN itself, the Army of the Republic of Vietnam, was very often poorly led and prone to very bad mistakes, if you follow some of its battle histories. All these things are certainly well-known. But even as an outsider beginning to familiarize myself with this topic, I noticed pretty quickly that just on the surface of it, perhaps that initial idea that the South Vietnamese state and government and its military were so badly flawed that there’s no reason to look at it was perhaps wrong. South Vietnam fought for every day of its existence from 1954 to 1975, never had a day at peace. That’s an awful long war. The South Vietnamese suffered about 200,000 military deaths and a much greater number of that, civilian deaths. The war was long and arduous, in fact more long and arduous than any war we’ve ever faced. After the war was over, 1.5 million South Vietnamese fled. Hundreds of thousands spent time in prison camps. Just as an outside observer, it struck me that this is simply not the story of a nation that didn’t bother to fight. These guys fought and seemingly fought hard."


    Quant aux nord vietnamiens, dire qu'en 71 l'APV n'a jamais été aussi forte c'est une erreur factuelle.
    La période en 68 et 72 verra le Nord vietnam subir ses pires défaites. La défaite militaire du têt ouvrira une période noire pour le Nord vietnam 69 étant l'année ou la révolution touchera le fond. La pacification progressera rapidement en 1971. Dans the Penguin history of modern vietnam de Christopher Goscha, l'histoirien affirme que le VC ne contrôle plus 229000 habitants du sud vn en 1971. https://cgoscha.uqam.ca/penguin-history-modern-vietnam/

    Les USA ont perdu, pour beaucoup de raisons que vous avez évoqué, mauvaise stratégie militaire, tyrannie de la géographie du sud VN qui est un cauchemard à défendre une invasion et sanctuarisation par une puissance nucléaire chinoise du nord vn. Mais ce que les nouveaux travaux des historiens de la nouvelle génération- des historiens qui parlent le vietnamien et sont allés rencontrés les vietnamiens du nord et du sud ce que n'ont pas fait les historiens de la vieille école- nous indiquent que l'histoire de cette défaite était loin d'écrite d'avance. Les sources nord vietnamiennes nous décrivent une armée nord vietnamienne qui doute aussi, qui fait d'énormes erreurs : les trois grandes offensives que l'apv a lancé en 1964,1968 , 1972 échouèrent.

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    1. Merci pour votre réponse : j'ai vécu ce déluge de propagande véhiculé par les gauchistes anti-Sud-Viêt-Nam qui occupaient les grands médias de l'oligarchie, hier au bénéfice des "bons communistes", aujourd'hui, et continuent aujourd'hui leur sale besogne au bénéfice des "bons islamistes". La gauche et l'ultra-gauche ont la trahison dans le sang. Grand classique de cette propagande : la corruption. Qui vous parle de la corruption présente des partis communistes chinois et viêtnamien ? Au mieux, vous aurez un entre-filet signalant la chute d'un cacique condamné et envoyé en pâture au peuple chinois. J'allais signaler le livre d'Andrew Wiest sur l'ARVN. Il y a 2 jours, Amazon offrait un dernier exemplaire à la vente ! Vous signalez à bon droit le tropisme gauchard des historiens français patenté ( l'historien Bernard Lugan, spécialiste de l'Afrique en sait quelque chose, dénonçant sans relâche la véritable "Albanie" des historiens universitaires officiels). Sur l'échec américain, lire le livre de Nguyên Phu Duc "Pourquoi les Américains ont perdu la guerre au Viêt-Nam" publié chez un petit éditeur alors qu'il était le plus proche conseiller, le Kissinger du président sud-viêtnamien Thiêu! Ce livre est encore disponible ( écrit il y a 20 ans !). Il est frappant de constater que la politique interne du Sud-Viêt-Nam est complètement ignorée. L'argumentation des nationalistes sud-viêtnamiens a été intégralement occultée ! En France, il ne serait pas difficile de rencontrer Madame Dang Phuong Nghi ( il faut se dépêcher, madame n'est plus tout jeunette), même si elle a conservé sa vigueur et son talent. Elle connaît l'histoire du Viêt-Nam sur le bout des doigts ( précisément parce qu'elle est historienne de formation et à ce titre a dirigé les bibliothèques du Sud Viêt-Nam). Les historiens gauchards officiels font tourner en boucle les mensonges du PCV, les proclamations diplomatiques et militaires de Hà-Nôi comme si cela avait un rapport avec la vraie vie.

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    2. @Ripley J'aime pas du tout vos interprétations alambiqués, connaissant le travail de pacification qu'entreprit le général Leclerc un jours en s'invitant par surprise chez HÔ Chi Min, mais qui dérangea les types comme vous, on connait la suite et fin de l'indomptable général en Afrique, et la reddition des 10 000 soldats du camp de Dien-Bien-Phù, sans oublier les 3 millions de morts viets (distinction entre soldats et civils viets étant devenu trop confuse pour les cow-boys)digne d'un holocauste pour des raisons politiques qui nous échappent, mais pas à vous bien sûr le héros anti-gauchiste par excellence... Aujourd'hui vos amis sont pourtant étiquetés gauchistes, étaient pour pour la guerre en Irak, en Libye, en Syrie, tous derrière Sarko et DSK hein?! Mais si vous savez bien, votes potes quoi! De Cohn-Bendit à BHL en passant par Gluksman Goupil, Finckelcrot, Kouchner, Fabuis, et toute la clique de gourou mondain dont on ne cesse de se demander comment ces types ont autant de passe-droits médiatiques, alors que tout le monde s'en cure de leurs manips de sociopathes. Au moins ils sont des exemples à ne pas suivre, un mal pour un bien finalement. Oui je vois de l'optimisme partout là où il y a des nazes, car suffit de les voir fonctionner pour tout de suite être fière de ce qu'est la France dans ses fondements ancestraux les plus nobles, les pouvoirs passent mais le peuple reste!

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