jeudi 16 novembre 2017

Comment ne pas adopter une innovation militaire essentielle


Extrait, résumé et adapté de L'invention de la guerre moderne, (ou La chair et l'acier), Tallandier

Entre le début du XXe siècle et 1914, la France se trouve incapable de doter son armée d’une artillerie lourde moderne et puissante. C’est un ratage qui va avoir de très lourdes conséquences sur les opérations de la Grande guerre et partant sur l’avenir même du pays. Comment l’expliquer ?

Les choses étaient pourtant claires. On a bien vu les Allemands expérimenter dès 1900 des pièces lourdes dans les grandes manœuvres. On sait que, dès 1902, ils commencent à se doter d’obusiers (à tir courbe donc mais pas autant qu’un mortier) capables d’envoyer des obus de 150 mm, puis de 105 à partir de 1909, jusqu’à 7 km, là où notre 75 mm ne tire, en tir direct, que jusqu’à 4 km. On ne fait pourtant rien.

Dans les faits, l’idée de création d’une artillerie lourde de campagne existe depuis longtemps. Les propositions chez les officiers et les industriels se sont même multipliés après les retours d’expérience des guerres de l’époque, en particulier celle de Mandchourie en 1904-1905. Mais avec l’éclatement des centres de décision, les choses n’avancent guère. Afin de mieux contrôler les militaires (à qui, pour mémoire, on a retiré le droit de vote), l’autorité civile a bien séparé la gestion organique des choses qui est l’affaire de l’état-major des armées, la conduite future des armées (constituées à la mobilisation) qui est attribuée un collège de généraux réunis en attente dans un Conseil supérieur de la guerre (CSG) au rôle consultatif, et les question de doctrine et d’équipement prérogatives des directions d’armes réunies au ministère. Le tout est chapeauté par un ministre souvent éphémère. Dans ces conditions, un projet lourd et à long terme ne peut être engagé que lorsque tout le monde est d’accord et que les finances suivent.

Or, pour commencer tout le monde n’est pas d’accord. Le CSG se prononce pour la mise à l’étude d’un obusier mobile de 120 mm. L’état-major de l’armée de son côté penche pour le 155 CTR (court à tir rapide) du colonel Rimailho. En revanche, la direction de l’artillerie et sa section technique, le cours tactique de l’Ecole supérieure de guerre (ESG), le Cours pratique de tir de Mailly (l’« école d’application ») sont beaucoup plus réticents. Il est vrai aussi que dans le climat de suspicion qui règne avec l’arrivée des Radicaux au pouvoir, l’artillerie a vu ses généraux à forte personnalité remplacés par des officiers plus politiques mais souvent beaucoup moins compétents techniquement. Il leur est donc difficile de s’imposer face à tout un archipel de bureaux d'études assez autonomes de la hiérarchie mais aussi sans relation avec la grande industrie. Pour le général Herr,

aucune conception d’ensemble d’un système cohérent d’artillerie avec toute la gamme de matériels qu’il comporte ne venait orienter les esprits vers un but commun, servir de lien aux études fragmentaires entreprises çà et là, coordonner les efforts individuels […] depuis la mise au point du « 75 » aux ateliers de Puteaux (1897), rien de complet n’est sorti des études des ateliers de l’artillerie. 

L’époque, où l’illusion d’une longue paix en Europe est générale, est aussi à la réduction des budgets, «dividendes de la paix » avant l’heure. En 1901, le Parlement accorde 60 millions de francs aux armées pour l’ensemble de ses achats d’équipements, puis ces crédits, presque toujours en décalage avec ce qui est demandé par l'armée, déclinent régulièrement jusqu’à 23 millions en 1907 pour remonter ensuite jusqu’à 84 millions et connaître une poussée soudaine à 119 millions en 1913, à un an seulement de la guerre. Le développement de l’artillerie lourde de campagne allemande correspond au creux des crédits d’équipement en France mais qui restent plus soutenus en Allemagne, pays alors nettement plus riche. De plus, ces crédits échappent souvent aux chefs opérationnels et aux hommes en charge de la doctrine, même après les réformes de 1911. Ils sont en fait souvent gérés directement par le ministre en relation avec la direction du contrôle général, spécialiste des questions de technique budgétaire mais souvent coupée des réalités opérationnelles. En associant le caractère éphémère et politique des décisions d’un ministre, souvent limitées à un exercice budgétaire, et des procédures que l’on qualifierait aujourd’hui de très « technocratiques », on aboutit à une gestion à court terme particulièrement désastreuse pour les projets coûteux et complexes.

Il résulte de ce cloisonnement et de cette complexité bureaucratique une lenteur considérable dans les développements des innovations. Le colonel Alexandre raconte qu’en 1898 à Briançon, il découvre que les Italiens parviennent à tirer les pièces de gros calibre en montagne grâce à une simple ceinture (cingoli) articulée de larges plateaux de bois entourant les jantes des roues. Le gouverneur de Briançon fait fabriquer et tester une paire de ces cingolis (d’un coût situé entre 600 et 800 francs) et Alexandre adresse un rapport complet à la direction de l’artillerie. Huit ans plus tard, à Bourges, il assiste à des tirs en compagnie du président du comité d’artillerie. A l’issue, on lui montre une pièce de 155 mm avec un nouveau dispositif pour ceinturer les roues, un projet venu de Briançon et qui a été redécouvert dans les cartons après une spectaculaire manœuvre en montagne des Autrichiens, employant un dispositif similaire.

En conséquence de cette confusion et du manque de ressources, les différents courants de pensée au sein de l’artillerie se déchirent. L’artillerie lourde n’existant pas, ses premiers défenseurs sont ceux qui en sont les plus proches et ils viennent de l’artillerie « à pied », c’est-à-dire l’artillerie lourde de forteresse ou de siège, qui plus alors est la branche la moins prestigieuse de l’arme. Les hommes en pointe, ceux qui ont les mérites et les promotions, servent alors le 75 dans l’artillerie de campagne. Adeptes de la mobilité, ils arguent du ralentissement qui serait occasionné par la logistique nécessaire à ces pièces. La multiplication des calibres compliquerait également les choses. Pour le général Percin, « On finirait par avoir, comme eux [Les Allemands], du canon léger, de l’obusier léger, du canon lourd et du mortier. Or, nous avons assez d’artillerie ; nous en avons plutôt trop ». Plus sérieusement, l’observation se faisant uniquement à la vue, on estime utopique de tirer au-delà de quatre kilomètres, zone dans laquelle le 75 mm est très efficace. La solution proposée par certains d’utiliser des observateurs avancés, à pied ou en aéroplanes, qui puissent communiquer leurs observations à des batteries éloignées se heurte au scepticisme. Le centre d’aviation d’artillerie de Vincennes, dirigé par Estienne, est fermé en 1912 après deux ans d’existence et les crédits pour une dotation conséquente en matériel téléphonique ne sont votés qu’en juillet 1914.  On estime également que les obus lourds ne sont pas assez précis et puissants pour être efficaces contre les abris. Percin, encore lui, est très véhément sur le sujet, quelques mois seulement avant la guerre : « Je ne crois, ni aux effets destructeurs des gros calibres, ni à l’utilité que présenteraient ces effets si on pouvait les réaliser sur le champ de bataille. Le règlement de 1910 ne paraît pas y croire plus que moi ».

Surtout, l’artillerie lourde paraît contradictoire avec la doctrine opérationnelle qui met l’accent sur la mobilité, l’agressivité de l’infanterie et son appui direct par l’artillerie. Les doctrinaires luttent donc pour arracher les artilleurs à leur tendance naturelle « séparatiste » qui privilégie la lutte contre l’artillerie adverse, rôle premier de l’artillerie lourde, et l’autonomie dans le choix des objectifs. Ils veulent une concentration maximale des feux pour aider l’infanterie dans sa marche en avant et pour cela, ils n’hésitent pas à supprimer toutes les autres missions, ce que résume parfaitement Grandmaison :

Il est impossible d’envisager le combat de l’artillerie indépendamment de celui de l’infanterie. Il n’y a qu’un combat, où chaque arme joue son rôle en vue du but commun. Attaquer, c’est avancer. L’infanterie doit savoir qu’elle a besoin pour avancer du secours de son artillerie ; mais l’artillerie doit ne pas ignorer que sa tâche au combat se résume en ceci : aider par son feu le mouvement en avant de son infanterie. Quand elle travaille pour son compte et non pas dans le but immédiat et direct d’aider l’infanterie, son action est sans valeur.

Dans ce cas, l’artillerie lourde détourne inutilement des ressources rares et pour Percin, une dernière fois, « s’il plaisait aux Allemands d’augmenter encore le nombre des canons de leur corps d’armée, il faudrait s’en réjouir et non les imiter». Selon lui, dans une guerre de mouvement et avec l’obligation de trouver de grands champs d’observation, les batteries de 105 mm et de 150 mm allemandes, n’auraient pas le temps de choisir des emplacements convenables et constitueraient des cibles faciles pour les 75.

Après des années d’immobilisme, le Parlement relance le débat à l’occasion de la discussion du budget de 1910 et conclut qu’il est finalement urgent de faire de l’artillerie lourde. L’année suivante, devant les lenteurs de la réponse de la direction de l’artillerie, le gouvernement nomme le général Mengin comme nouveau directeur et crée une « Commission des nouveaux matériels », présidée par le général Lamothe. En octobre 1911, cette commission présente le cahier des charges pour un obusier de campagne et un canon long (tir à 12-13 kilomètres). Devant l’urgence de la situation, elle propose de faire de la construction de ces matériels l’objet d’un concours auquel l’industrie privée est admise à prendre part avec les établissements de l’Etat. En février 1912, les Ateliers d’Etat de Puteaux présentent deux matériels, et un mois plus tard, la société Schneider propose un obusier de 105 mm, construit pour la Bulgarie, et un canon long (106,7 mm, devenu ensuite 105 L) construit pour la Russie. Ces deux derniers matériels répondent au cahier des charges et la commission Lamothe demande à ce qu’ils soient testés pendant les grandes manœuvres et, pour le 105 mm, par la Commission d’études pratiques de tir d’artillerie de campagne de Mailly. Celle-ci traîne des pieds. Elle privilégie plutôt l’emploi de la « plaquette Malandrin », une rondelle rigide qui, placée sur l’ogive de l’obus de 75mm, le freine et augmente son angle de chute. Ce procédé, qui présente l’avantage d’être peu coûteux et disponible immédiatement (tout en s’avérant désastreux), séduit les parlementaires. Joffre, nouveau chef d’état-major aux pouvoirs élargis, passe outre et met en commande immédiate 200 pièces de 105 L. Les délais administratifs et le manque de souplesse de Schneider ne permettent cependant de disposer que de quelques exemplaires de 105 C et des 105 L en août 1914. Dans l’urgence, on étudie aussi la possibilité de modifier les modèles anciens de Bange utilisés dans les forteresses pour leur donner plus de mobilité et faciliter leur mise en batterie.

Avec les matériels disponibles on s’efforce néanmoins de créer des unités d’artillerie lourde de campagne, mais après le problème du matériel se pose celui du personnel.  Joffre propose de les prendre dans les batteries de côtes, moins utiles depuis l’alliance avec la Grande-Bretagne. Cette proposition provoque pourtant une levée de boucliers chez les élus concernés, et donc chez les parlementaires, soutenus par certains généraux en retraite, anciens inspecteurs des côtes ou adjoints des ports militaires. Le problème n’est finalement résolu qu’avec l’augmentation des effectifs consécutive à  celle de la durée de service à partir de 1913. Cinq régiments sont finalement formés en avril 1914. L’ensemble comprend environ 120 canons 120L de Bange déjà anciens (portant à 9 km), 84 mortiers 120 C Bacquet produits par la société Creusot, mais à tir trop lent et peu puissant, et surtout une centaine de 155 Court à tir rapide Rimailho modernes, puissants, assez mobiles mais de portée un peu faible (6 kilomètres). En face, les Allemands ont 2 000 canons lourds qui vont faire des ravages.

A l’automne 1914, après plusieurs mois de combat, le colonel Alexandre, alors officier de liaison du GQG auprès de la Ve armée, rencontre le colonel Besse, ancien membre de la commission de tir de l’artillerie de campagne et professeur à l’ESG :

« Croyez-vous maintenant à l’artillerie  lourde ? 
- Pas encore ! »

12 commentaires:

  1. Merci mon colonel pour cet article vraiment saisissant. A ce propos, plusieurs questions me viennent: comment ces pièces pouvaient être facilement déplacées (car les Allemands n'ont visiblement pas eu de problème), malgré leur masse importante ? Et si l'armée française a misé sur sa mobilité (ce qui pouvait être un choix assumé), pourquoi avoir rejeté tout ce qui l'aurait renforcé, en particulier le camouflage ou une pratique du tir plus précis, et non en feux de salves ? Il semble en fait assez ahurissant qu'une armée se voulant moderne ait envisagé de se battre selon les principes de la Grande Armée de Napoléon, alors que la guerre de 1870 avait précisément montré que l'ordre serré était caduque.
    A contrario, comment expliquer le brillant rattrapage de la France durant la guerre, et même le fait qu'elle soit en pointe dans bien des domaines, comme l'aviation ?

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    1. C'est tout l'objet de ma thèse et de La chair et l'acier (ou L'invention de la guerre moderne).
      Un très court résumé : https://lavoiedelepee.blogspot.fr/2013/10/les-poilus-et-lanti-fragilite.html

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    2. La chair et l'acier est un livre central pour qui veut comprendre l'hécatombe de 1914. Immense livre.

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  2. "Il est vrai aussi que dans le climat de suspicion qui règne avec l’arrivée des Radicaux au pouvoir, l’artillerie a vu ses généraux à forte personnalité remplacés par des officiers plus politiques mais souvent beaucoup moins compétents techniquement."

    Donc, un caprice idéologique (la séparation) a compromis le bon fonctionnement de l'Etat.

    Chacun sait qu'il y a d'autres caprices idéologiques en ce moment : multicul, UE, privatisations suivies de cessions à l'étranger...

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    1. Cela va beaucoup plus loin que la séparation de l'Eglise et de l'Etat si c'est cela auquel vous faites allusion.

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    2. Éric Déguillaume18 novembre 2017 à 13:24

      M'est avis que l'affaire Dreyfus, l'affaire des fiches... ont eu un impact bien plus direct sur les rapports entre la France et son armée que la séparation des églises et de l'État.

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    3. https://www.linkedin.com/pulse/comment-le-peuple-fran%C3%A7ais-doit-librement-pouvoir-justice-cailliau/?published=t
      La justice a toujours besoin d'une force physique qui la fasse respecter, non contre des idées injustes (c'est l'affaire des philosophes !), mais contre ceux qui ont mis une force physique au service d'idées injustes, quant au bien général du peuple. Ici, l'article et la conférence parlent de la souveraineté populaire française en 2017. Remarquez combien la force des médias, sans être physique, a pu faire gagner l'injustice par le simple biais de la bêtise et de l'ignorance des opinions. Aucun char, aucune menace de mort : simplement le jeu des peurs et des passions, avec la médiocrité et les compromis un peu partout. Les "fortes personnalités" ont en face d'eux les Radicaux de la privatisation, de la suppression des frontières et des lois justes.

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  3. Bonsoir ,
    Il faut se rappeler que la France ne disposait que d'un seul très grand pôle métallurgique capable de développer et produire une telle arme , Schneider .
    Les Empires Centraux disposaient eux de deux pôles , Krupp en Allemagne et Skoda en Autriche-Hongrie , ce qui permettait de répartir le développement et la production d'une gamme plus large sur deux pôles industriels . Les obusiers de 305 utilisés par l'Allemagne contre les forts Belges étaient de fabrication Skoda .
    L'Angleterre disposait d'une artillerie de campagne excellente , modernisée grâce au RETEX de la guerre des Boers et de la guerre Russo-Japonaise . Cette artillerie pouvait s'appuyer sur le pole industriel de l'industrie navale et de ses canons à tubes longs . Toujours grâce à l'expérience navale , la télémétrie Anglaise et donc la capacité à désigner avec précision une cible , était excellente .
    Nous avions un retard considérable par rapport aux Allemands pour l'artillerie des tranchées ( "Crapouillot" vs Minenwerfer , Ah mes souvenirs de " Les uniformes et les armes de ..." ) Ici aussi il s'agit d'un RETEX de la guerre Russo-Japonaise qui semble avoir été ignorée en France ou du moins c'est une guerre qui n'a pas été prise à son " sérieux " ?

    Daniel BESSON

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  4. Tentative de compréhension de l'emploi de l'artillerie il y a un siècle.
    Face à la menace allemande le long de la Ligne bleue des Vosges en 1914, nos anciens ont conçu deux artilleries dont l'emploi est complémentaire. La première, dite " de place-forte ", liée au système fortifié du Nord-Est est lourde et statique, tandis que la seconde, dite " de campagne ", appuyant la progression des troupes de manœuvre est légère et mobile. Elle paraît adaptée à un front glissant et peu garni en profondeur. Au début de la Grande Guerre, les Allemands disposent du parc d'artillerie le plus puissant au monde dont l'emploi n'est guère différent de celui de leurs adversaires qu'ils doivent affronter simultanément sur les deux fronts majeurs Ouest et Est en Europe. Ils développent rapidement leur artillerie lourde lorsqu'ils prennent l'initiative de passer à l'Ouest d'une guerre de mouvement à une guerre de position à l'automne 1914. Nos anciens qui opèrent alors en réaction face à leurs adversaires consentent néanmoins à réviser leur emploi de l'artillerie et par conséquent à développer une " artillerie de front " disposant de pièces de gros calibre à cadence de tir plus élevée. Il convient par ailleurs de souligner l'audace du général allemand Paul von Hindenburg qui fait aménager la ligne éponyme à l'hiver 1916-1917 sur le front Ouest, en plaçant de l'artillerie lourde à tir rasant dans les premières lignes pour contrer la menace alliée se manifestant sous une nouvelle forme dont l'emploi va croissant, à savoir les chars de combat.

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  5. Le soucis de l'artillerie lourde en 1914 est un peu en trompe l'oeil.

    Si l'on considère le nombre de tubes présents dans les régiments d'artillerie lourde de campagne, la France a effectivement un déficit. Mais quand au nombre de pièces d'artillerie lourdes présentes dans le pays, la France possède plus de 4000 tubes de calibre de 120 mm et plus (jusqu'au 370), qui viennent s'ajouter aux pièces présentes dans les régiments d'artillerie de campagne.

    Même si le matériel est vieux, les allemands n'ont pas forcément mieux, même si le matériel lourd allemand est plus récent. Globalement, les français possèdent même plus de tubes lourds que les allemands en 1914, c'est ce qui justifie la déclaration de Percin rapportée dans le texte.

    Si l'artillerie de campagne française est globalement plus légère, elle est aussi plus souple que l'artillerie allemande, et ces deux caractéristiques sauveront la mise aux français en 14. L'artillerie de campagne française est plus souple, parce qu'elle repose sur des batteries de quatre pièces (6 chez les allemands) qui autorisent une plus grande maniabilité des pions tactiques, renforcé par la légèreté des pièces qui aident à la mobilité. Et dans la guerre de mouvement du début de 1914, la mobilité des pièces évitera qu'elles soient toutes perdues, parce qu'en retraite, la première chose qui est sacrifiée c'est l'artillerie lourde. De même, la légèreté des munitions a été déterminante pour la logistique dans la phase de mouvement.

    Le seul élément réellement gênant est le manque d'un obusier léger capable de battre les objectifs hors d'atteinte du tir tendu du 75. La France avait là deux possibilités :
    - acheter du matériel neuf
    - adapter du matériel ancien, en créant avec un nouvel affût les tubes de 80, 90 ou 95 des systèmes précédents.

    On choisit la pire solution : bricoler le 75.

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  6. Rassurez vous, plus d'un siècle après, on refait exactement le même genre d'erreur. La France est même la seule nation, moderne, a ne pas se doter de véhicules de combat d'infanterie lourd (donc chenillés, et donc fortement blindés). Actuellement la plupart des projets, voir des nouvelles dotations se font avec ce type de blindés lourdement blindés, et chenillés (ce qui permet plus de blindage à poids égal), tournent autours des quarante tonnes (voir plus). D'ailleurs on pourrait également en dire autant de l'artillerie française, réduite à 77 tubes, et plus aucun automoteur (à grande capacité) pour un éventuel conflit de haute intensité !

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  7. Bonjour,
    Dans le § sur le débat parlementaire de 1910, s'agit-il du général Mangin? Ou d'un homophone?
    Merci

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