lundi 16 octobre 2017

Agression

Modifié le 17/10/2017

Il y a quelques années, je me suis trouvé particulièrement lâche face à une agression. C’était une agression verbale, aucun coup n’a été porté, mais c’était quand même violent. Cela se passait à la gare Montparnasse, j’attendais mon tour pour prendre un billet lorsqu’un jeune homme et une jeune fille se sont précipités au guichet. Lorsque l’employée de la SNCF leur a répondu que c’était trop tard pour un billet et qu’elle ne pouvait rien faire, ils se sont répandus en injures et sont repartis en courant laissant la jeune femme en larmes. Personne, moi compris, n’a bougé, ni dit quoi que ce soit, sauf piteusement à la femme agressée. Je me suis immédiatement trouvé lâche. A quoi servait-il d’avoir été formé pendant des années à affronter le feu des armes et rester comme un con. Je me suis alors juré que cela ne se reproduirait plus. J'y suis presque arrivé.

En analysant rapidement les choses, je me suis rendu compte que j’avais été victime de quelque chose que je connaissais pourtant par cœur : la sidération face à l’apparition soudaine d’un danger. Le risque n’était pas immédiatement pour moi mais il aurait pu le devenir si j’avais fait quelque chose, risque certain de se faire insulter, risque possible d’en venir aux mains. Je suis soldat, boxeur et rugbyman, j’ai pris des milliers de coups dans ma vie. C’était toujours déplaisant mais j’avais bien conscience que cette violence était toujours dans un contexte très normé et très encadré. Le combat de rue, c’est autre chose. Il m’était arrivé, plus jeune, de me battre « hors limites ». Je m’en étais plutôt bien sorti avec une bonne gauche mais surtout avec une forte dose de chance. Les choses auraient pu se terminer beaucoup plus mal. Malgré ma formation, je ne suis donc pas chaud du tout pour la confrontation physique et encore moins pour la confrontation verbale (je n’ai aucune répartie quand je suis énervé), je me mets donc à la place de ceux, la grande majorité, qui n’a pas cette expérience.

On le sait, face au danger on est immédiatement soumis à deux processus : le premier, très instinctif, mobilise le corps de manière « animale » ; le second plus « cortical », sans être toujours vraiment conscient, procède d’une analyse rapide de la situation : que se passe-t-il ? Suis-je apte à faire face à la situation et si oui que dois-je faire ? Tout cela demande d’abord de prendre conscience qu’il y a effectivement un « risque quelque part » pour soi ou pour autrui. Ce n’est pas toujours si évident que cela. Cela peut être insidieux, généralement à l’encontre d’une femme. Si c’est trop rapide, cela peut aller plus vite que le processus de décision ; si c’est trop lent, cela peut, sincèrement, ne pas être perçu. On peut aussi tirer de ces deux facteurs un prétexte pour ne rien faire (« je n’ai pas eu le temps de réagir », « je n’ai pas vu » ou encore « je n’ai pas vu que c’était grave »). Au bout du compte, l’agression est passée et personne n’a bougé.

Maintenant, les choses peuvent aussi être très visibles (quitte à les rendre visibles « en parlant », on y reviendra) et durer. Pourquoi ne bouge-t-on pas alors ? Plusieurs facteurs peuvent jouer. Le premier est l’excès de stress. Les deux processus évoqués plus haut peuvent se renforcer pour aboutir à une paralysie de la décision, voire à une paralysie tout court jusqu'à s'offrir en victime immobile. Tout cela est valable pour les témoins comme, avec encore plus d'intensité, pour la victime. Dans les deux cas, la montée aux extrêmes plus ou moins contrôlée fractionne les individus en quatre catégories : ceux qui font effectivement et malgré tout quelque chose, ceux qui voudraient bien faire quelque chose mais qui ne savent pas quoi, ceux qui ne voudront rien faire de toute façon sinon fuir (« ce ne sont pas mes affaires », « je ne veux pas d’ennui ») et les paralysés.

Cette répartition est également influencée par plusieurs paramètres. Le premier et sans doute principal est le rapport de forces. S’il a y plusieurs agresseurs et non un seul, si le ou les agresseurs sont armés, le stress généré sera évidemment beaucoup plus important. Le second est le lien entre les individus présents. Si la personne agressée est entourée de sa famille ou même simplement d'amis, il est fort à parier que les réactions ne sont pas tout à fait les mêmes que si personne ne se connaît. Le groupe constitué (qui peut être un couple ou une fratrie) introduit aussi des responsabilités. Le parent, le chef, etc. seront par exemple plus particulièrement incités à agir si un proche est attaqué. Le groupe lié perdurera également après l’agression et chacun de ses membres devra, même tacitement, répondre de son comportement avec bien plus de forces que pour des anonymes qui se séparent. Dans un groupe d’inconnus, la responsabilité d’agir se dilue, elle peut même se reporter sur les autres (« ceux qui sont plus près », « les hommes », « les plus costauds », etc.). 

En fait, plus ce groupe est important est moins on est incité à intervenir. On appelle cela « l'effet spectateur ». Tout le monde attend que le voisin agisse ou au moins qu'il appelle la police et, finalement, personne ne fait rien. Notons ce dernier point, l’appel à la police est évidemment indispensable (et d’autant plus facile que presque tout le monde est équipé de téléphone portable) à condition que dans le stress on se souvienne qu’il faut faire le 17 ou le 112 mais il sert aussi parfois de prétexte pour ne pas agir soi-même soi-même (« c’est le boulot de la police ! ») pendant les minutes d’attente. Nous avons sans doute trop tendance en France à avoir tendance à tout attendre des services de l'Etat, dont la sécurité est effectivement la mission première, tout en constatant qu'il se donne de moins en moins les moyens de le faire.

Alors que faire ? Tout se joue entre ceux qui veulent plus ou moins agir. Si on se retrouve face à une attaque terroriste avec un commando équipé de fusils d’assaut, pas grand-chose à faire (à moins d’être armé soi-même) sinon fuir (en aidant ceux qui n’y parviennent pas). Maintenant, si on ne peut plus fuir la seule solution est de combattre. Le rapport de forces est défavorable mais vous aurez quand même plus de chances de survivre ou de faire vivre ceux que vous aimez que si vous ne faites rien. N’oubliez pas, élément essentiel : le ou les agresseurs sont également soumis au stress, surtout si c’est « le ». Le 8 janvier 2015 à Montrouge, un homme désarmé a fait fuir Amedy Coulibaly, pourtant surarmé et le 21 août Ayoub El Khazzani a été maîtrisé par des hommes également désarmés. Dans les deux cas, les terroristes on a eu du mal à manipuler leurs armes, typique d’un stress intense. Le 1er octobre à Marseille, comme plusieurs autres attaques, l’agresseur était armé d’une arme blanche, un couteau (mais cela aurait pu être un marteau). C’est évidemment dangereux, et la fuite est là encore la meilleure solution, mais le combat, surtout si on est plusieurs, est aussi plus facile. Une femme a utilisé une hampe de drapeau pour tenter d’arrêter Ahmed Hanachi. Peut-être, mais je m’avance ne connaissant pas exactement ce qui s’est passé, qu’à plusieurs, avec des projectiles ou des armes de fortune, il aurait peut être été possible de l’arrêter avant l’arrivée des soldats de l’opération Sentinelle ou des policiers. En réalité, dans la gare la majorité des gens a fui, sans même savoir ce qui se passait. Ils étaient dans la catégorie « je veux agir mais je ne sais pas quoi faire », ils ont donc imité le premier modèle qui s’est présenté à eux, à l’occurrence des gens qui fuyaient. Notons au passage que c’est aussi le même phénomène qui amène les lynchages et les horreurs collectives.

En fait, la première des armes des victimes et des témoins est la parole. Rappelez-vous, beaucoup de témoins sont prêts à agir…à condition qu’on leur dise de le faire car ils sont dans une situation où ils attendent des ordres ou un modèle. J’ai été témoin d’une agression d'un vieux monsieur par un malfaisant costaud. L’action était assez loin de moi et les gens autour de la victime ne bougeaient pas, il a suffi que je les regarde en disant « vous, vous et vous venez avec moi » pour les faire agir et faire fuir l’agresseur. Un personnage très important est le n°2. Avec l'arrivée à vos côtés d'une deuxième personne, la probabilité de formation d'un « groupe d'intervention » augmente en flèche. Je suis persuadé qu’il suffit (facile à dire, il est vrai) qu’une personne agressée dise « Cet homme m’agresse, aidez-moi » pour que ceux qui ont un minimum d'honneur (oui, une valeur qui mériterait d'être remise au goût du jour) interviennent. L'intervention peut d'ailleurs se limiter parfois à un ordre intimé à l'agresseur (vécu à trois reprises, avec un peu d'étonnement). C’est évidemment plus facile si on a établi un bon rapport de forces. L’homme de 100 kg (ce qui n'est pas mon cas) est évidemment avantagé mais deux de 50 kg peuvent faire l’affaire. 

Rappelons au passage que le parquet peut poursuivre une personne qui serait volontairement restée passive lors d’une agression. C’est dans les faits assez rare (c’est difficile à juger). Rappelons aussi que les ripostes aux agressions doivent également être en proportion de l'agression. Beaucoup sont persuadés par ailleurs qu'ils seront forcément mis en tort dans un procès éventuel avec l'agresseur qu'ils auront agressé. Je ne crois pas que personne ne pense à tout cela sur le moment mais il serait bon quand même que l'Etat décrive ce qu'il en est réellement de toutes les suites judiciaires de ce genre d'affaires. 

En résumé, les situations d’agression sont toujours compliquées à gérer mais cela est possible. La première chose à faire est toujours d’alerter la police et/ou de tirer un signal d’alarme (mais pas entre deux stations de métro) ou de demander à quelqu’un d’appeler la police (cas vécu d’arrivée sur un accident où personne n’avait surmonté sa sidération pour appeler les secours). Il faut ensuite gérer l’attente des forces de l'ordre et affronter la menace. Affronter la menace c’est inverser autant que possible le rapport de forces. C’est parfois simplement intervenir soi-même, c’est souvent plutôt agir en groupe et, s’il n’existe pas, le créer en parlant. La confiance est toujours le maître mot, confiance dans sa capacité à bien réagir (pas facile mais cela passe par une forme de conditionnement, de répétition de situation, éventuellement de préparation physique et technique en autodéfense réaliste) et confiance dans le fait que les autres interviendront forcément. Tout cela demande aussi un minimum de courage, une valeur qui mériterait là-aussi d’être un peu plus mise en valeur. L’époque que nous vivons en est peut-être l’occasion.

33 commentaires:

  1. Mon instinct naturel est d'intervenir, ce qui m'a valu quelques moments intenses diront nous, quelques coups et une fois un 38 sur le front (a deux pas d'un ciat). Ce qui tue l'instinct c'est la réflexion car notre cerveau donne mille raisons à notre corps de ne pas se mettre en danger. La première fois que j'ai compris en opex qu'á l'autre bout de cette forêt il y avait des hommes armés dont le but était de nous tuer il m'a fallu lutter toute la nuit contre mes jambes qui ne pensaient naturellement qu'à se barrer :)
    Une seule fois dans un contexte civil j'ai fait preuve de ce qu'on pourrait appeler de la lacheté (on peut invouer la desorganisation, la sidération, l'instinct de survie personnel mais au final c'est de ça qu'il s'agit), je m'en veux encore même si je crois que ça n'aurait rien changé.

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  2. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de me retrouver dans des situations où je pensais que j'avais de bonnes chances de mourir (chute, accidents, tirs). Cela a toujours eu plutôt un effet positif pour moi, cela me calmait et j'avais l'impression de fonctionner très vite. Mais la confrontation physique c'est autre chose, même si le danger est objectivement moindre c'est, par un réflexe très animal, plus effrayant.

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  3. Merci Colonel pour ce texte. Il m'inspire un témoignage et une question.

    Deux fois j'ai été amené à m'interposer physiquement entre un agresseur violent et sa victime. C'était plutôt facile d'agir, je suis un homme jeune, plutôt massif, et les circonstances me donnaient à chaque fois confiance en mes facultés de m'imposer par la force si besoin.
    À chaque fois, j'ai été très vite épaulé par d'autres intervenants, sans doute décidés par mon action. J'ai aussi vu de la peur et beaucoup de sidération chez les autres témoins, mais j'en ressors convaincu de la nécessité d'agir en premier.

    Je voulais vous demander votre avis sur les préconisations du gouvernement sur la conduite à tenir en cas d'attentat : fuir, se cacher, alerter. Dans un précédent billet vous plaidiez pour que certains civils qualifiés soient autorisés à porter une arme en tous temps, donc implicitement qu'ils devraient être amenés à agir un peu différemment des autres, et à engager l'agresseur dans la mesure du possible.
    Pensez-vous qu'il faille encourager des réactions similaires de défense et de confrontation chez tout le monde, du type "recruter des soutiens, ramasser une arme de fortune, affronter l'agresseur", ou pensez-vous que cela ferait plus de mal que de bien?

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    1. Oui, il est intéressant de noter, contrairement à d'autres pays, il n'est pas recommandé de combattre, alors que c'est parfois la seule solution possible. Je crois que cela correspond à une vision particulière des rapports entre l'Etat, qui doit tout assumer, et les citoyens, qui sont toujours un peu considérés comme des enfants déresponsabilisés. Je crois donc effectivement aussi qu'il est est nécessaire de changer de regard et d'inciter aussi, officiellement, les hommes et les femmes de bonne volonté à participer aussi activement à leur propre sécurité. Encore moins que dans d'autres domaines, l'Etat ne peut pas tout.

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    2. Merci de votre réponse. Je n'ai en tête que le "run, hide, tell" britannique assez semblable au nôtre, quels sont les pays qui au contraire recommandent de combattre?

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    3. Aux USA, pays des individus autonomes et souverains, c'est run, hide, fight https://www.youtube.com/watch?v=5VcSwejU2D0

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  4. Merci pour cette excellente analyse. Effectivement il faut y penser à froid et les temps dangereux que nous vivons au quotidien s'y prêtent. Selon le contexte, agir devrait être un réflexe. Je souhaiterais aussi que l'Etat autorise certaines catégories de personnes à être armées (notamment les anciens officiers et sous officiers volontaires). Cela décuplerait les capacités d'intervention. Il parait que l'on est en guerre contre le terrorisme, dont acte.

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  5. Bravo pour votre analyse sur des faits urbains et actuels: Boris Cyrulnik a du souci à se faire...
    Peut-on vous demander qu'un de vos prochains textes soit consacré au comportement de certains militaires qui ont évité d'être volontaires pour les interventions/ missions extérieures devenues opex (depuis 1965: + de 600...).

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    1. Je n'ai pas assez d'éléments pour en parler intelligemment. D'où tenez vous ce chiffre ? Par ailleurs, il y a plusieurs raisons valables pour ne pas partir en OPEX. Je ne suis jamais parti avec tout le monde.

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  6. Civil, je ne suis pas préparé à faire face. Je partage votre propos sur l'état de sidération, sur l'impact des autres témoins, sur le besoin de revenir à un état de "non témoin" pour ne pas se projeter. Plusieurs minutes m'ont été nécessaires pour trouver la voie de l'action, par exemple dans le cas de violence sur enfant. Et parfois, je n'ai pas trouvé ce chemin... Merci pour ce post.

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    1. bonjour Paul,civil ou pas ne change rien à l'affaire,c'est dans l'action que vous découvrirez qui vous êtes ,pour avoir subi plusieurs agressions graves( défendre sa femme au couteau face a trois agresseurs armés,anihiler des braqueurs saucissonneurs au petit matin etc etc etc )je ne peux que livrer un témoignage des sensations vécues:d'emblée vous êtes dans une vision tunnel au lieu des 55° de vision vous passer a30 ,simultanément vous pouvez être atteint de tremblements(qui disparaissent dans l'action pour revenir au final) une fausse lourdeur vous prend la nuque et les épaules et c'est là qu'un entrainement vous permettant une riposte réflexe,(donc millle et mille fois répétée) vous sauvera peut être.Il faut se préparer une puissance d'esprit pour résister aux malheurs soudains et le traité des cinq cercles de Musachi est une aide précieuse ou faites de la course à pied,pour ma part lutter est ce qui donne un sens à une vie qui au départ n'en a aucun,il faut donc en faire le deuil d'entrée de jeu pour acquérir la liberté de l'action sans cette entrave qui paralyse,le courage n'a rien à voir avec ça.Je m'en suis sorti et mes proches avec moi avec des suites physiques sans conséquences réelles,(les aléas du combat) mais je ne changerais pas une ligne de mon comportement sachant maintenant que c'est le plus déterminé qui survit,tout les coups sont grandement conseillés.Une agression ne ressemble jamais a une autre ,ayez le regard vide vous voilerez ainsi vos intentions au cours, de la lutte ,frappez "au travers" de la cible ,il y aurait tant à dire ,sachant que pour chacun ce sera différent aucun conseil n'a de valeur

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  7. Merci pour l'article.
    Je vois également un autre facteur à prendre en compte, c'est la réponse proportionnée à l'attaque ou à l'agression.
    Certaines personnes ont le courage d'agir mais craignent de ne pouvoir contrôler leur réaction. En blessant grièvement ou en même en tuant un agresseur, ils s'exposeraient à de graves sanctions pénales (parfois plus lourdes que celles de l'agresseur...). Il y a malheureusement des exemples de courageux citoyens, bien attentionnés, qui se sont retrouvés derrière les barreaux pour avoir essayé se protéger ou de protéger les autres.
    Ça en dit long sur notre société...

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    1. Vous avez raison, j'ai omis de parler de la proportionnalité.

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    2. Autres temps, autres moeurs : il suffit de se plonger dans le Petit Journal, l'un des organes de presse les plus lus avant la Grande Guerre, pour se rendre compte qu'un "bourgeois" qui abattait un apache le menaçant d'une arme blanche ne risquait pratiquement rien.

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    3. il vaut mieux être jugé par12 hommes que portés par six

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  8. Mon colonel, intéressant texte comme d'habitude, qui soulève en moi une question :
    Ayant vécu une expérience similaire (vol à l'étalage, poursuite du voleur, arrestation musclée), je me repasse souvent la scène pour l'analyser. Ma rapidité de réaction a sidéré et laissé sur place (stricto sensu) mon épouse qui se demandait encore ce qui se passait au moment ou je courrais après le voleur.
    En fait, j'étais : 1) convaincu d'être du bon côté de l'affaire, d'ou ma rapidité d'action. Combiné à cela, 2) une position favorable (non vu du voleur au moment ou je me lance à sa poursuite, d'où un effet de surprise alors qu'il pense avoir semé ses assaillant) et 3) l'effet sang neuf alors que le voleur vient déjà de batailler avec un vendeur et un vigile. Au final, la victoire est presque inéluctable pour moi.

    Ma question :

    Quid de l'environnement, de la situation ?

    Dans cet exemple, outre les réflexions a posteriori, je suis quasi sur d'avoir agi parce que l'agression était claire et caractérisée, actuelle, en cours, rapidement solvable et surtout : suffisamment grave.

    Mais dans votre exemple, l'agression verbale, si elle vous a laissé ainsi que les personnes alentours, stupéfaits, est-elle suffisante a déclencher une réaction allant plus loin que l'indignation ?
    Alors que vous attendiez peut être une réaction immédiate de la personne agressée qui n'a pas réagi, elle aussi sidérée, peut-on envisager qu'il y ait un niveau d'agression déclenchant une réaction, et qu'en dessous de ce niveau, une quelconque réaction sera plus ou moins variable selon l'individu, les circonstances, que vous décrivez, mais toujours entachée d'un certains "flou", d'un brouillard ?

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    1. C'est bien sûr ce flou (et la vitesse) de l'événement qui donne des prétextes à ne rien faire, plus "ce n'est pas mon affaire"...maintenant, il aurait suffi au moins de manifester verbalement sa réprobation face à un comportement manifestement inadmissible. Pour ma part, je n'ai pas su trouver à temps les mots. Maintenant, il m'est arrivé de me retrouver dans une rame de métro face à un homme insultant une femme qui ne se poussait pas et d'exiger immédiatement qu'il s'excuse, ce qu'il a fait. Ce n'est pas une science exacte, le contexte change effectivement beaucoup de choses.

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  9. Étonnant texte qui tranche avec les excellentes analyses de géostratégie. La réflexion est intéressante et conduit chacun d'entre nous à une introspection qui ne trouvera de réponse que lorsque nous serons confrontés à de telles situations. la vérité de chacun s'exprime en situation et uniquement en situation, ceci étant une réflexion préalable n'est pas à négliger loin de là. Je me souviens d'un film qui m'a marqué " Strawdogs" de Peckinpah et qui démontrait que l'absence de réaction face à la barbarie menait de manière certaine à un déchaînement de violence apocalyptique. bravo pour ce moment de philosophie

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    1. Je ne suis pas certain qu'on puisse parler de philosophie en l'état.. cela relève plutôt du behaviorisme, voire de la zoologie, de nombreux animaux réagissant comme nous

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    2. le regard que l'on porte sur soi , sur son environnement relèvent de la philosophie , de la sociologie. ceci étant ma réponse n'est pas polémique et votre point de vue est tout à fait pertinent. Au delà du factuel et de la surface, Michel Goya est dans son discours dans une démarche qui amène à l'introspection.

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  10. bonsoir michel
    sujet toujours délicat qui doit être déjà réfléchi "à froid", ne serait-ce que pour donner du sens à notre action. expliquer, expliquer, toujours expliquer pour former le mental de son entourage sur la limite éthiquement acceptable. il ne s'agit pas de jouer les zorros mais je pense que cela fait partie de ce qu'on appelait la formation militaire générale. à l'époque c'était centré sur le combat seul. aujourd'hui il faut le faire sur tous les aspects de la vie courante. parce que, justement, notre entourage (la population) qui n'a pas cette possibilité, estime qu'elle est en droit d'exiger cela de nous.
    il est évident que ce genre de chose ne se fait pas sous la contrainte ou la "pression" populaire. mais il est aussi évident que nos jeunes camarades sont disposés à de grandes choses si on le leur explique. dès la première minute où il porte l'uniforme.

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  11. Le billet est bon. Mais le cas Genovese? Moins bon.

    https://www.newyorker.com/magazine/2014/03/10/a-call-for-help

    Au moins deux temoins du premier agression ont intérvenu, chassant l'agresseur un premier temps. Les 38 témoins qui ont tout chomé sont tirés de'l imaginaire journalistique. Le crime définitive a eu lieu a l'abri des régards. Il y avait meme un appel a la police - mais a l'époque, il n'y avait aucun vigilance systématique aux appels. Par la suite est crée le 911 (voir 19, voir 999, voir 112), un mémorial pour Kitty Genovese peut-etre plus digne.

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    1. Merci de ces précisions, je modifie mon texte.

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  12. Merci pour cette article qui analyse l’agression du point de vue du témoin, avec en filagramme des questions ‘que se passe-t-il’, ‘quoi faire’ et ‘comment le faire’, la question de l’image que nous avons tous de nous-mêmes. Celle-ci, face à la brutalité d’une agression pouvant se résumer à : ai-je fais preuve de courage, mon attitude indépendamment de la conclusion de l’affaire a-t-elle était digne et honorable ? Des réponses qui peuvent être très perturbantes, car avec un minimum d’honnêteté intellectuelle il est extrêmement difficile de se mentir à soi-même.

    Je me demande même s’il est raisonnable de vouloir tirer des conclusions ‘fortes’ et des enseignements ‘définitifs’ de son comportement dans de telles situations ? Vous avez eu l’honnêteté mon colonel de dire votre sidération, là où d’autres commentateurs ont décrit leur passage à l’acte. Mais il n’est pas évident d’affirmer la répétition du comportement, que témoin d’une nouvelle agression, celui qui s’était trouvé sidéré n’interviendrait pas cette fois-ci, et que celui qui était intervenu ne se retrouverait pas paralysé. Tellement de facteurs que nous ne maitrisons pas ou peu devant être pris en compte pour expliquer la réaction ou la non-réaction (fatigue, état d’esprit du moment, etc), qu’il me semble que cela relativise dans une certaine mesure la sévérité du jugement que nous pouvons porter sur nous-mêmes (dans les limites du raisonnable bien sûr. Ne pas aider des gens en danger de mort alors qu’il y a peu de risque pour soi-même est certainement inexcusable).

    Au milieu de toutes ces interrogations, une réflexion personnelle qui vaut ce qu’elle vaut : celui de l’état final recherché, comme disent les cuistres. Quel est l’objectif réel ?
    Pour reprendre l’exemple concret de l’agression verbale de la guichetière, une grille d’analyse possible pourrait être :

    1- Intervenir verbalement avec –à priori- de faibles chances que cela dégénère en affrontement physique, mais de grandes chances que cela tourne à l’échanges d’insultes. Cette dernière option n’étant pas non plus satisfaisante, car on perçoit toujours les insultes lâchées comme un manque de contrôle.
    2- ‘Imaginer’ que si l’agression verbale est violente, elle peut être courte (était-ce le cas ?) et qu’il est alors préférable de ne pas intervenir pour que l’agression cesse d’elle-même le plus rapidement possible.

    Tout cela écrit bien au chaud derrière mon clavier.

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    1. Le cas de Spencer Stone, l’un des hommes qui a évité un massacre dans le Thalys, est également intéressant. Quelques semaines plus tard, il se fait poignarder assez grièvement lors d’une rixe dans une boite de nuit en voulant défendre une jeune femme.

      Cet homme d’un courage physique indéniable, qui peut être légitiment fier de son action dans le Thalys, a-t-il été victime du « syndrome du justicier » ? Celui où sans s’en rendre vraiment compte, une personne se fixe la mission de faire respecter la loi et l’ordre ?

      http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/10/08/un-des-heros-americain-de-l-attaque-du-thalys-poignarde-en-californie_4785773_3222.html

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  13. Tout cela est bel et bon, mais quand on appartient au mauvais groupe, en l'occurence un blanc mâle de plus de 50 ans, on a toutes les chances de se retrouver devant la justice si on s'est livré à des voies de fait sur un délinqant appartenant aux bons groupes, du genre " français issus de la diversité" et on aura contre soi plusieurs associations anti-racistes, en plus du ministère public. Cela fait une solide raison pour ne pas intervenir, convenez-en

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    1. Je suis désolé mais vos préjugés vous aveuglent. Devant la justice un blanc inséré de plus de 50 ans a bien plus de chances, à délit ou crime égal, qu'un jeune désinséré bronzés`. C'est vraiment ne rien connaître au fonctionnement policier, puis judiciaire que de débiter de telles âneries.
      La question abordée dans les réponses est celle de la proportionnalité de la riposte. tirer dans le dos d'un cambrioleur qui s'enfuit n'est pas de la légitime défense. une personne se défendant ou s'étant porté au secours d'une autre ayant blessé un agresseur n'a rien à craindre de la justice, si ce n'est pas un lynchage. Que police et juge cherchent à savoir ce qui s'est passé est dans leurs attributions. Mais il faut en finir avec cette légende qui veut qu'en agissant physiquement dans ce genre de situations, on a l'appareil policier/judiciaire contre soi.
      Ce que j'ai beaucoup apprécié dans le texte de Michel Goya, c'est sa franchise et sa sincérité. Durant ma vie, j'ai connu aussi les deux faces, celle ou j'ai réussi à vaincre ma peur, celle ou je n'y suis pas parvenu. Ne nous inventons pas des alibis pour ne rien faire. C'est tellement difficile de sortir de sa zone de confort, de prendre des risques. Nous ne sommes pas des machines.
      Pour ce type de situations, je crois à deux choses, abordées dans l'article et des réponses. Il faut appeler à l'aide, il faut crier. Nous sommes plus réactifs que face à une situation peu lisible, où la victime ne dit rien.
      La seconde, c'est qu'effectivement il faut grouper les forces, inciter les autres à agir, sortir de son isolement pour être ensemble.
      L'emploi de la force, la confrontation physique, sont souvent évitables par ailleurs.

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  14. Le terrorisme vise directement la population . Tant que les consignes des autorités seront en substance : "En cas d'attentat/d'attaque , fuyez , cachez vous et ne sortez pas de chez vous" nous ne pourrons pas gagner cette guerre et nous nous placons en etat d'inferiorité psychologique.
    Uniquement lorsque la population fera face (ou du moins des personnes issues du groupe attaqué) nous inverserons le rapport de force psychologique , ferons diminuer le nombre d'attentat et á terme gagnerons cette guerre.
    Pour cela les autorités devraient preparer la population , ce qu'elles ne font pas . La stratégie mise en place est simplissime : En demandant á la population de fuir immediatement, on espére diminuer les pertes , le temps que les forces de protection (police, armée) neutralisent l'ennemi. C'est une strategie court termiste et largement inefficace .

    Un premier pas serait , peut etre , d'ouvrir dans les grandes villes de France , des centres de formations "citoyens" dasn lesquels des volontaires "lambda" apprendrait comment reagir en cas d'attaque ... De plus tres souvent , il suffit qu'une personne bouge pour que les autres suivent ...

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  15. Savez vous qu'en république tchèque, un vote récent du parlement autorise les détenteurs d'armes - tireurs sportifs et chasseurs - à les utiliser en cas d'attaque terroriste? Voilà qui mettrait de l'ambiance si ce genre de mesure était votée en France, mais il est vrai qu'ici, on préfère désarmer ceux qui ont le droit de l'être

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  16. Bel article, as usual.
    Au sujet des réactions comportementales, de la self etc, un site incontournable - que beaucoup doivent connaître:
    http://forum.davidmanise.com/
    Je n'y ai aucune action!
    fceg

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  17. Lisez donc "Face à la violence" de Rory Miller. C'est LE livre définitif sur les situations de violences physiques dans le cadre d'une société policée.

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  18. Bonjour Colonel,
    Pour avoir été confronté plusieurs fois à ce genre de situation et être intervenu physiquement au moins 3 fois (agression d'une femme âgée par trois jeunes,jeune femme agressée par deux "militaires" alcoolisés et pour finir femme tabassée par son compagnon), je confirme que mon cerveau reptilien est toujours prêt mais aussi que le limbique s'émeut davantage perturbé par son voisin neocortex qui lui rapelle les deux passages à l'hôtel de police et le "flot d'emmerdes" auxquel il y a fallu faire face... la dernière expérience étant la femme soutenant à l'arrivée de la police, alors qu'elle avait la tête comme un "compteur à gaz", que ce n'était qu'une simple querelle d'amoureux...maintenant je ne suis plus sûr d'intervenir comme par le passé, non pas par crainte des coups ou par peur physique, mais par crainte d'avoir à m'expliquer devant un tribunal et de payer une addition d'une commande qui ne serait pas mienne; cette crainte d'honnêtes citoyens qui devant le manque de discernement de l'appareil judiciaire redoutent de faire les frais de leur action, est aussi un frein psychologique, on ne poursuit pas ou peu les personnes restant impassibles devant une agression mais nombreux sont ceux qui pour être intervenus dans telles circonstances doivent faire face à l'administration policière et/ou judiciaire.

    Merci Colonel pour ces nombreux articles et l'éclairage que vous y apportez.
    P.s: Je garde un très bon souvenir de votre intervention auxquelle j'ai pu assister lors de mon passage à l'école militaire (17e SNS SEIE) sur le "ledearship". Phippe G.

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  19. Bonjour Colonel,
    Article fort intéressant et je rejoins ceux qui en parle comme d'une invitation à l'introspection : "Que ferais-je en cas d'attaque dont je suis victime ou témoin?"
    Pour ça il existe des doctrines. La française: Fuir, se cacher, alerter, l'américaine ancien modèle : Run Hide Fight et l'américaine nouveau modèle (en cours de remplacement de la précédente) : Move!, Escape, Attack!

    Le défaut majeur des 2 premières réside dans le cheminement décisionnel. Nous somme ici devant un processus itératif de type "si alors sinon" bien connu des programmeurs. Hors, le cerveau humain face à un processus itératif peut très facilement se bloquer comme si bien décrit par vous. Ce processus itératif demande au sujet de choisir si la première option (la fuite dans les 2 cas) est la bonne. Il faut alors trouver les issues, vérifier si elles sont atteignables et, si oui, se mettre en branle. Hors le temps de faire cette analyse peut vite devenir mortel en vous paralysant.

    La dernière doctrine, elle est impérative. Pas de décision à prendre, on le fait et c'est tout. Les points d'exclamation sont là pour le rappeler. Il faut donc d'abord bouger, bouger nous oblige à prendre des informations sur notre environnement (je regarde devant moi et autour, ne serait-ce que pour ne pas me prendre de mur). Bouger, va m'obliger à prendre conscience de la SITAC. Notons que tout mouvement est meilleur que l'immobilisme, vous êtes une cible plus difficile et ceci peut aussi aider à débloquer les témoins. Escape, dépourvu de point d'exclamation, est ce que je cherche par mon mouvement. S'échapper englobe la fuite ET la dissimulation. Je dois échapper à la conscience de l'assaillant et avec ma SITAC connue je vais pouvoir le faire le plus rapidement et le plus efficacement possible. Enfin Attack!, avec son point d'exclamation, nous impose de nous battre avec tout ce qu'on a. Le défaut du fight était la notion de défense (fight back) qui sous-entend qu'il faut avoir été attaqué d'abord. Avec Attack! on met le rapport de force de notre côté. Que ce soit dans un combat de rue ou une attaque terroriste, si j'en arrive à cette action, alors il faut que j'y mette tout ce que j'ai car ma vie est en jeu (si je prend un mauvais coup de poing il peut être fatal)! Cette doctrine m'a d'abord été présentée par Tuhong Bill Mc Grath, un grand maitre de kali et instructeur auprès de la police New Yorkaise.

    La faiblesse de notre doctrine c'est de laisser tomber ceux qui n'ont pas pu s'enfuir et de laisser ceux qui se sont cachés sans défense face à leur agresseur si celui-ci les trouve. Le temps d'arriver des forces de l'ordre est autrement plus grand aux Etats-Unis, d'où leur intégration du combat dans la doctrine. En France nos forces de police devraient pouvoir agir plus rapidement, mais ce n'est plus vrai. C'est alors aux citoyens de savoir se défendre (la défense englobe bien sûr la fuite et est même son objectif principal). Nos responsables politiques ont renoncés au monopole de l'usage de la force lorsqu'ils nous ont dit de nous habituer aux attentats et qu'ils ont réduit nos effectifs de police. Quand on voit le nombre de cours de self-défense et les chiffres d'inscrits en centre de tir, beaucoup de nos concitoyens l'ont compris et ils faudrait maintenant agir en conséquence. Des citoyen armés? non, plus d'armes = plus d'accidents, de suicides (réussis) et de meurtres, donc pas une société plus sure. Mais une formation à la réaction face à une menace, une doctrine adaptée? Oui!

    Merci de m'avoir lu.

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