samedi 15 août 2015

La camisole dorée-Petit intermède économique et social

Version du 16 août 2015

Reprenons quelques faits. Alors que le taux de croissance de l’économie française, en monnaie constante, était en moyenne de 6 % de 1950 à 1969, il passe à 4 % jusqu’en 1979, avec une récession de – 1 % en 1975. A partir de 1980, la croissance devient à la fois plus fluctuante, entre bulles et crises, et surtout nettement plus basse. Elle est de 2,3 % en moyenne jusqu’en 1990, première phase d’ouverture et de libéralisation, puis à 2 % de la fin du bloc soviétique jusqu’à l’adoption de l’euro. A partir de 2002, la croissance de l’économie française passe à 1,77 % jusqu’au début de la crise de 2008 et à 0,38 % depuis.

Les causes de cette stagnation semblent assez bien cernées. Le libre échange généralisé, en particulier financier, qui caractérise la « mondialisation » a abouti dans les pays qui l’ont initié à une répartition des revenus beaucoup plus favorable qu’auparavant au Capital par rapport au Travail. Cela a un premier impact négatif sur la croissance économique dans la mesure où les revenus issus du Travail (les salaires) alimentent, en proportion, plus la consommation que ceux tirés du Capital. Ainsi alors que la seule consommation « tirait » la croissance à hauteur de 3 % par an pendant les trente glorieuses, elle atteint difficilement 1 % depuis leur fin et en partie grâce à l’aide de la dépense publique.

Le Capital à, au moins, la vertu de plus alimenter l’épargne et les investissements que le Travail (ainsi que le « déplacement » fiscal). Il y a néanmoins deux nouveaux problèmes. Le premier est que la valeur totale des dividendes par rapport aux investissements en France est passée de 50 % à 360 % de 1980 à aujourd’hui [ici]. Le second est que, contrairement au capitalisme du XIXe siècle et début du XXe, le bilan des entrées et sorties des investissements du territoire national est défavorable, favorisant plutôt le développement du Travail à l’étranger en particulier dans l’industrie. Selon les travaux de Lilas Demmou, la France perd ainsi entre 30 000 et 40 000 emplois industriels chaque année du fait de la concurrence internationale, avec une accélération depuis 2002 [ici]. Au bilan, l’investissement qui, là-encore, représentait en moyenne 2 % dans la croissance annuelle jusqu’en 1973 se situe entre 0,5 % le 1 % depuis, avec des fluctuations importantes. Quant au troisième moteur possible de la croissance, le commerce extérieur, il s’effondre depuis 2002. La chute s’est stabilisée à partir de 2008 autour d’un déficit moyen annuel de 55-60 milliards d’euros, dont une moitié pour l’Allemagne, qui bénéficie d’une dévaluation permanente de sa monnaie depuis la fixation, très avantageuse pour ses exportations, des taux de change européens avant adoption de l’euro [1].

La stagnation a évidemment des conséquences sociales. Les dépenses de protection sociale sont passées de 24,5 % du PIB en 1980 à 33,8 % en 2013. Le vieillissement de la population est évidemment une des causes de cette extension mais pas seulement. De 2002 à 2012, les revenus ont diminué de 6,2 % pour les 10 % de Français déjà pauvres alors qu’ils augmentaient de plus de 20 % pour les 1 % les plus riches [2]. Sauf en 2007, le taux de chômage n’a pratiquement jamais été en dessous de 8 % depuis 1984 et il dépasse désormais les 10 % de la population active et encore ne s’agit-il que du chômage au sens du bureau international du travail qui prend mal l’ampleur du travail précaire. Au bilan, selon Jean-Yves Archer, le coût du chômage peut s’estimer à 76 milliards d’euros annuels voire même jusqu’à 110 milliards en tenant compte des dépenses de santé qui y sont liées [ici].

L'ampleur de ces prélèvements obligatoires, nécessaires pour contre-balancer les effets négatifs de la politique économique sur le pouvoir d'achat, a cependant aussi pour conséquence, à la fois de dissuader l'investissement privé en France et de limiter l'action de l'Etat dans l'exécution de ses missions premières. Malgré ses efforts, l'Etat ne peut ponctionner finalement « que » 14 % du PIB alors qu'il a, en réalité, besoin de 17 % pour fonctionner dans les conditions actuelles, qui sont elles-mêmes visiblement insuffisantes à empêcher une dégradation. Cette situation d’insuffisance perdure depuis longtemps mais elle s’est aggravée avec le temps. La dette publique est passée de 20 % du PIB en 1980 à 97 % aujourd’hui, avec une accélération là-aussi depuis la création de l’euro.

Le paiement des intérêts de cette dette a représenté 45 milliards d’euros en 2014, soit 2,5 % du PIB. Cette dépense aurait pu être annulée par une inflation équivalente en  pourcentage, mais outre qu’on ne sait pas très bien créer une « petite inflation », ce concept fait horreur à l’Allemagne. Cette dette pourrait être remboursée aussi à des créanciers français et financer ainsi des acteurs économiques nationaux. C’est le cas presque entièrement au Japon mais seulement pour un tiers en France. Ce sont donc, depuis le début de la mondialisation, un ordre de grandeur de 600 milliards d’euros d’impôts et taxes [3] qui sont partis enrichir des investisseurs étrangers, à comparer, par exemple, aux 200 milliards d’euros économisés sur la même période sur la défense. On notera au passage que le financement de l'Etat directement sur les marchés n'a pas, loin s'en faut, permis d'atteindre toutes les promesses affichées à l'époque.

En soi, une dette publique n’est pas un problème si elle contribue à soutenir, directement ou non (par un contexte), une croissance économique qui la finance en retour par les nouvelles rentrées fiscales. Elle peut même constituer un investissement rentable. Le problème est que, dans une économie ouverte, cela n’est possible que lorsque tous les autres font de même, sinon cela sert surtout à stimuler les importations venues des pays les moins chers. C’est ce que l’on est parvenu à faire dans l’urgence dans l’Union européenne en 2008-2009 pour sortir de la récession avant de revenir à l’orthodoxie. Depuis la sortie de récession, la croissance française est en moyenne de 1 %, ce qui est évidemment insuffisant pour réduire la dette publique et le chômage, mais aussi pour faire fonctionner correctement un Etat, même en limitant ses ambitions à faire de la France quelque chose d’attirant pour les capitaux étrangers.

Au bilan, il est difficile de soutenir que la politique économique suivie depuis trente ans ait été un grand succès, hormis dans la lutte contre l’inflation. La France est en train de réaliser la prédiction d’Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne d’une société qui se dirige vers l’inertie. Face à cela, on peut faire comme les devins qui expliquent aux clients mécontents de ne pas voir venir l’amour et l’argent promis qu'ils ont manqué de foi et qu'il faut redoubler d’effort. C’est sensiblement la politique menée par les deux grands partis au pouvoir, devenus les partis de la classe (souvent par hérédité) de l’ « ouverture », associée à ceux qui en sont protégés dans leurs fiefs et corporations mais laissant de côté la « protection », économique, sécuritaire, identitaire même d’une majorité de la population française laissée en première ligne. Dans la « camisole dorée » décrite par Dani Rodrik, les « ouverts » ont préféré déléguer à des instances supranationales le soin d’essayer de réguler les choses alors que les « vulnérables » ont la nostalgie de l’Etat-nation, celui qui avait une politique monétaire, qui ne limitait pas sa protection économique aux artistes mais l’étendait aussi parfois aux ouvriers et même aux entrepreneurs, qui consacrait encore en 1960 6,5 % du PIB à ses missions premières (justice, police, défense et diplomatie) et non 2,8 % comme aujourd’hui. A ce rythme, il n’y aura d’ailleurs plus d’Etat régalien dans trente-cinq ans [ici].

Ce n’est évidemment pas possible. Il ne peut y avoir que réaction avant suicide et changement du sens de l'Histoire. Les temps à venir seront ceux de l'alliance, sous le drapeau français, de l'entreprise et de la protection. 

[1] François Lenglet, La Fin de la mondialisation, Fayard, 2013.
[2] De 2004 à 2007, le 1% de ceux qui gagnent le plus (plus de 10 000 euros par mois) a vu son revenu croitre de 16 %. Au-delà, cela s’est envolé : + 27 pour les 0,1 %, + 40 % pour les 0,01 %. Thierry Pech, Le Temps des riches : Anatomie d'une sécession, Seuil, 2011
[3] 2/3 x 2 % x PIB moyen de 1 500 milliards d’euros x 20 ans.
Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Pocket, 2002.
Denis Rodrick, The Globalization Paradox : Democracy and the Future of the World Economy, W.W.Norton and Company, 2012.

55 commentaires:

  1. Mon colonel votre article est excellent, fort pertinent et d'un réalisme implacable. On aimerait bien que les "experts" et autres "spécialistes" de nos grands médias soient capables d'en formuler le dixième ... et voire au mieux le tiers !..... A leur décharge ils ne s'intéressent qu'à l'instantanéité, un cycle de Kitchin est leur horizon, et d'ailleurs on leur demande que cela.

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  2. Bonjour, deux petites corrections, amha:
    -L'inflation est plus l'ennemie du petit épargnant, qui mets de côté en vue d'un investissement, que du rentier. Ce dernier vivant plus du rapport de biens physiques qui est au moins augmenté annuellement de l'inflation. Ou de placements boursiers et non monétaires.
    -Le fait que les français soutiennent peu par leurs placements les investissements de leur pays est lié à une fiscalité défavorable: Vous avez gagné de l'argent au travail, payé des cotisations/impôts dessus... et pas qu'un peu, surtout quand vous vous prenez en plus le quotien familial. Il vous en reste encore un reliquat à placer, avec des risques à la clef: Pour vous faire tondre encore plus en cas de gain?! Si encore il y avait à l'inverse crédit d'impôts en cas de perte! Étonnement, cela ne fonctionne que dans un sens... Non, sincèrement, autant laisser dormir sur un compte courant même le coller sur un livret A ne rapporte plus rien.

    Côté solution, emprunter aux banques (pour un état, cad comme vous et moi!) au lieu de passer en direct à la banque centrale n'a pas de sens: Cela visait à modérer les états cigales qui verrait le "marché" et sa célèbre "main invisible" leur monter les taux pour réguler un peu l'affaire. On voit bien que cela n'a pas marché et que c'est le système bancaire qui a vécu au jour le jour jusqu'en 2008, prêtant toujours plus et maquillant même les comptes (comme la Grèce, pour mieux leur tomber dessus ensuite).

    Prêts de la BCE à 0% aux états contre déficit sous le % (afin de pallier aux aléas de la prévision annuelle, mais ne pas en avoir étant le but afin, a minima, de stabiliser la dette), c'est comme vous le dites 45 Milliards/2.5% de PIB d'économisés annuellement. 45 Milliards qui ne seront pas demandés en effort annuel a une population qui n'en peut plus et non donnés au système bancaire.

    Une carotte à actionner d'urgence: Nous nous rapprochons d'une dette au seuil psychologique des 100% du PIB auxquels les ennuis semblent souvent augmenter exponentiellement. Sauf pour le Japon qui, exception que vous signalez, détient sa dette. Donc le reste du monde s'en soucie peu.

    Le défaut n'est pas envisageable pour un pays sans ressources naturelles. Ce serait l'arrêt quasi instantané.

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  3. " A ce rythme, il n’y aura d’ailleurs plus d’Etat régalien dans trente-cinq ans. Ce n’est évidemment pas possible. "

    Affirmation surprenante et que, d'ailleurs, vous n'étayez pas.

    Au contraire, c'est très possible. Des Etats qui se dissolvent et des pays qui tombent dans l'anarchie, c'est très loin d'être une nouveauté. il y en a plein l'histoire.

    Je vois un Etat à la fois obèse et oppressif, qui empêche les Français de se défendre (contre la délinquance, contre l'immigration, contre l'européisme ...) mais qui a de moins en moins les moyens financiers de son oppression et qui tombe petit à petit en désuétude.

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    1. Si je comprends bien votre raisonnement, les Français vont, selon vous, pouvoir, grâce à la faiblesse de l'Etat, de mieux en mieux se défendre eux-mêmes contre les délinquants, les immigrés et l'européisme et vous vous en félicitez. Je vous souhaite bon courage et bonne chance dans cette France là. Personnellement, je ferai tout pour qu'elle ne survienne pas.
      J'en profite pour remercier la France qui a accueilli mon père, ce petit immigré clandestin déserteur anti-franquiste.

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    2. Des états qui se dissolvent, ça existe. Ce sont des pays très libéraux, il n'y a pas d'impôt ou presque, pas d'état pour le percevoir, et chacun est libre d'y développer ses talents et de se hisser au sommet par son travail et ses efforts. Ce sont des pays comme la Somalie, la Lybie, et sans doute l'Irak et la Syrie.... personnellement ça ne me fait pas rêver....

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    3. @ Michel Goya

      Je suis allé un peu vite et visiblement, je vous ai froissé : sur l'immigration, je partage l'opinion du général De Gaulle, d'accord pour l'immigration, mais à petite dose. Et à 300 000 par an nous sommes très loin de la petite dose. Et de plus, vous êtes trop fins pour ignorer que les immigrés n'ont pas tous le même désir d'intégration, ni la même capacité.

      @ Vincent Vega


      Votre commentaire est tellement caricatural qu'il en est idiot. Un Etat libéral ? Nul besoin de chercher très loin. C'est l'Etat qui a permis l'éclosion des Renault, Blériot, Citroën, c'est la France de la fin du XIXème siècle et du débat du XXème, étonnant, non ? Et à l'époque les dépenses publiques dans le PIB est d'environ 10% soit 5 fois moins qu'aujourd'hui, le pays était-il à feu et à sang ?

      @ vous deux

      Mon commentaire n'est pas un souhait, c'est une prédiction. Mon souhait serait que l'Etat remplisse correctement ses fonctions régaliennes et seulement celles-là mais c'est déjà trop tard.

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    4. C'est vrai que dans les années d'après-guerre et jusqu'à nos jours l'état socialiste (entendu comme opposé à l'état libéral de la fin XIXe-début XXe) n'a pas permis l'éclosion d'Airbus, Areva, Alstom, Thomson-CSF etc. Aux Etats-Unis ce sont les politiques libérales d'Hoover et Coolidge qui ont mis fin à la grande récession. Un état non-libéral est par définition un monstre obèse qui étouffe l'économie selon vous. Au passage vous citez en exemple la France de la fin du XIXe siècle/début XXe, je vous suggère de relire l'oeuvre d'Emile Zola, ou simplement de vous documenter un peu sur la condition de la masse de la population française (ou allemande/anglaise/états-unienne) à cette époque. Personnellement ça ne me fait toujours pas rêver.

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    5. C'est un débat sans fin.

      Zola, un romancier, comme référence historique, pourquoi pas ? Mais il ne faut pas oublier que le niveau de vie des Français s'est élevé comme jamais (même pas pendant les Trente Glorieuses) au XIXème siècle.

      Vous pouvez relire Alfred Sauvy, pourtant socialiste, sur les méfaits de la politique interventionniste de Roosevelt. Au passage, c'est une légende que la politique de Hoover était libérale (voir le Hawley-Smoot act).

      Quant au fameux dirigisme à la française qui a tant de nostalgiques, il faut remettre les choses en perspective :

      1) globalement, l'intervention de l'Etat dans l'économie, qu'on la mesure en part de dépenses publiques dans le PIB ou en nombre de lois, décrets et et circulaires, était bien moindre qu'aujourd'hui.

      2) les exemples que vous citez constituaient une part minime de l'économie et étaient souvent le fait de quelques individus.

      3) Il ne faut pas oublier les échecs du dirigisme à la française : le fameux plan calcul, Concorde, le réseau téléphonique (le 22 à Asnières).


      Mais je sais que je ne vous convaincrais pas : l'opposition au libéralisme n'est pas de nature pragmatique. D'ailleurs qui sait encore ce qu'est le libéralisme ? Quelques Singapouriens et quelques Suisses ? Les autres baignent dans un capitalisme de connivence qui n'a rien à voir. Pour ne prendre qu'un exemple, d'un point de vue libéral, les banquiers faillis de 2008 n'auraient pas du être sauvés avec l'argent des moutontribuables, leurs banques auraient être mises en faillite ou nationalisées et les banquiers naufrageurs virés.

      Il y a toujours un mystère à mes yeux chez ceux qui accusent l'excès de libéralisme des maux de la France : comment peut-on voir un excès de libéralisme dans un pays où 57 % du PIB est de la dépense publique et où il y a 10 500 lois, 127 000 décrets et 400 000 normes ? Cela dépasse mon entendement.

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    6. Sur la crise au moins nous sommes d'accord au moins sur le dernier point (même si la faillite des banques "trop grosses pour faillir" aurait sans doute eut des conséquences catastrophique pour "le peuple"), les banquiers responsables auraient du être viré, et même obligé de rembourser les pertes sur leurs biens personnels et interdits d'exercer toute activité bancaire ou financière jusqu'à la fin des temps.

      Concernant les romanciers comme références historiques, le roman permet parfois (souvent) mieux que la "source historique" de comprendre le ressenti de ceux qui ont vécu les événements, surtout lorsque (comme pour Emile Zola) le roman s'appuie sur un gros travail de préparation/recherche/documentation. Pour comprendre comment a été vécu la crise de 29 aux Etats-Unis lire "les raisins de la colère" est sans doute plus efficace que les ouvrages libéraux sur le sujet

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    7. Les singapouriens des libéraux ? Vous délirez je le crains...
      Pour y avoir séjourné, je peux vous garantir que Singapour est tout sauf un paradis libéral, du point de vue économique surtout. Bien au contraire. L'administration de l'économie y est bien plus similaire à la France des années 60/70 que d'un libéralisme à tout crin. C'est une démocratie confucéenne, cad qui tient la bride serré à tout les secteurs de la société, l'économie au premier chef. Bien sur, c'est fait avec subtilité, derrière le rideau si j'ose dire, les grandes entreprises du pays sont pour la plupart privées, mais c'est un théâtre d'ombre, une illusion. Les dirigeants de ces entreprises sont soit proche du pouvoir (voir membres de la famille au pouvoir, cf SingTel), ou alors l'Etat est actionnaire majoritaire via divers paravents, fonds d’investissement, ect... Je peux vous garantir que l'Etat veille jalousement sur ses intérêts et les dirigeants de ces entreprises obéissent au doigt et à l’œil. Par exemple, un contrôle strict des capitaux est effectué. Cela n'entrave pas la circulation de ceux-ci pour naviguer entre plusieurs pays étrangers, en revanche il est bien plus difficile de faire entrer de l'argent à Singapour pour y investir sans l'aval de l'Etat.
      Vous vivez dans un rêve si vous pensez qu'il existe des pays sérieux (et Singapour est éminemment sérieux) qui appliquent à la lettre le Libéralisme des grandes théories, c'est bon pour les gogos.

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  4. Il me semble que l'investissement à l'étranger était plutôt plus fort au début du XXe : les fameux emprunts russes, par exemple, qu'on n'a d'ailleurs jamais revu.

    Dans le livre de Piketty, le capital au XXe, il me semble (si je me souviens bien) qu'on voit qu'il y a une forte baisse du capital investi à l'étranger, en France et au Royaume-Uni.

    L'ami Piketty en profite d'ailleurs pour mentir comme un arracheur de dents socialiste, en prétendant que ces investissements à l'étranger n'étaient possibles que dans le cadre du système colonial (en réalité, Jacques Marseille a montré que l'empire n'était pas rentable, et ses chiffres montrent que seule une faible part de l'investissement hors métropole se faisait dans l'empire. Mais bon, c'est un bobard qui devrait plaire aux nouvelles clientèles du PS.)

    Par ailleurs, la France est plutôt (et fort heureusement) en retard les autres pays sur la montée des inégalités. Un article paru il y a quelques mois dans la revue le Débat soutenait d'ailleurs que la présentation pessimiste de l'économie française et l'appel aux fameuses réformes de structures a quelque chose à voir avec la volonté des riches français de se mettre dans la norme de ce point de vue, c'est à dire de devenir encore plus riches.

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  5. Le protectionnisme donnerait-il de bons résultats comme vous l'affirmez ? Je ne sais pas.
    Mais je sais qu'il y a quelque chose qui donne de bons résultats, c'est le libre-échange associé à une certaine rigueur : en Suisse, en Autriche, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Scandinavie.
    Alors, je me dis, plutôt que d'aller dans la terre inconnue qu'est le protectionnisme, pourquoi ne pas imiter ceux qui - tout près de nous - conjuguent libre-échange et rigueur ?

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    1. Oh ! Un affreux turbo-ultra-libéral qui mange des petits enfants d'ouvriers au petit-déjeuner.

      Les libéraux sont si rares en France que vous voudrez bien me pardonner mes plaisanteries quand j'en croise un.

      Les maux économiques de la France sont parfaitement identifiés (par qui à des yeux pour voir) et aucun n'a de rapport avec le libre échange : Etat obèse, étouffant et spoliateur, monnaie idéologique et inadaptée, carcan européiste (ah, la directive sur la courbure de la banane ...), corporatisme et clientélisme à tous les étages.

      Mais bien sûr, en France, nous sommes plus forts que tout le monde. Plutôt que de nous inspirer de ce qui se fait chez les autres (tous des cons, ces étrangers, c'est bien connu) ou de ce qui s'est fait chez nous par le passé (programme Pinay-Rueff), nous sortons des théories fumeuses de nos puissants cerveaux et plions les lois de l'économie par la seule force de notre volonté.

      On connaît les résultats de ce genre d'élucubrations.

      Je rappelle, parce que c'est une savoureuse ironie, que les méfaits du protectionnisme ont été décrits avec un talent sans égal par un Français, Frédéric Bastiat. Mais comme c'était il y a seulement un siècle et demi, on comprend que l'information ne soit pas parvenue à tous.

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    2. "Les lois de l'économie"... le problème c'est que l'économie, contrairement à la physique, n'est pas une science exacte qui produit des "lois". Les "lois de l'économie" comme vous dites, la réalité a démontré tant qu'on voudra qu'elles n'existaient pas. Mais comme disait George Stigler "ce n'est pas la science économique qui est fausse, c'est la réalité"....

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    3. Non.

      L'économie n'est pas une science exacte, c'est ... exact. Mais il existe bien des lois de l'économie, qui sont parcellaires et c'est le métier des politiciens de les réconcilier en une politique cohérente.

      Certains ont certes transformé l'économie, qui du fait de son incomplétude impose le pragmatisme, en une idéologie, mais il n'en découle pas qu'il n'existe aucune science économique.

      La science économique existe. Elle n'a pas réponse à tout mais elle n'a pas, en sens inverse, réponse à rien.

      Parmi ses lois de l'économie, celle qui dit que les couts de sortie d'un marché provoque des couts à k'entre explique par exemple très bien le chomage français.

      Il faudra vous y faire : la clé de la prospérité, c'est la liberté économique. Mais, contrairement à ce que prétendent les tenants de l'économisme, toute la vie, et même toute la politique, ne se réduisent pas à l'économie.

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    4. Sur le dernier point (la vie et la politique ne se réduisent pas à l'économie) nous sommes totalement d'accord.

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  6. Certes le protectionnisme totale et voir l'autarcie est une illusion fort dangereuse pour n'importe quel état, autant que son contraire absolu qui est sa dissolution dans un magma mué par l'ultra libéralisme : Europe fédérale succursale des USA, que certains veulent instaurer à tout crin. La voie la plus réaliste est une Europe des patries, tel que de Gaulle la souhaitait ardemment, ce qui n'interdit pas de multiples coopérations entre les états mais garantie une diversité dans une telle Europe. Quand au protectionisme à l'échelon d'un pays et voir de l'Europe, il n'a rien d'aberrant si il est mis en oeuvre intelligemment sous forme d'écluses tarifaires (voire plus hypocritement sous formes de normes) qu'on ajuste en fonction des circonstances. Nombre de pays ont pratiqué cela dans un passé récent et même encore : USA, Chine, Inde, etc.... En période de développement ou de crise, c'est le seul moyen d'accroitre ou sauvegarder les industries et technologies clés d'un pays.

    Les banques et institutions financières diverses, elles doivent être cantonnées à leur rôle initiale a savoir la circulation monétaire et financement de l'économie. Leur prééminence actuelle sur toute l'économie et politique est une aberration, ne pouvant conduire qu'à une catastrophe violente ou soft, mais dont le résultat sera le même.

    Mais la première chose à faire et de toute urgence, c'est de substitué à l'euro monnaie unique (dogme quasi religieux) un euro monnaie commune et cela est parfaitement possible sans drame. L'euro monnaie unique étant à la fois la clé de voute du fédéralisme, et le facteur principal de son approfondissement. Une chose que nombre de nos politiques oublient, en grande partie par inculture historique, est que leur modèle les USA reposent sur des bases antinomiques avec l'Europe. Il fut fondé à partir de moins d'une vingtaine de colonies anglo-saxonnes (unité de langue - religion - histoire - culture), les diverses peuples et communautés qui s'agrégèrent à celles-ci en adoptèrent les fondamentaux : langue, histoire, etc.... Au USA quelque soit les communautés trois éléments priment : la drapeau (symbole d'unicité), croyance en un dieu et en l'américan way of life. Choses totalement incongrues en Europe, et rendant la transposition de ce modèle illusoire.

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  7. Beau texte.

    Dit autrement et pour suivre Todd, l'Etat s'occupe des 10% les plus riches et des 10% les moins riches.

    Mais je vois les choses un peu différemment. Sans être économiste, il m'a semblé suite à diverses lectures (dont " Un monde de violences l'économie mondiale 2015-2030", que :
    - La grande réforme à mener est celle de la suppression des changes flottants, élément déstabilisateur de l'économie mondiale.
    http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/10/4/Les-changes-flottants-et-la-crise-mondiale-actuelle--une-question-fondamentale-
    - Amha, il n'y a plus assez de travail pour tout le monde au niveau mondial. L'innovation ne me semble pas en mesure d'éliminer le chômage mondial.
    - La finance est la première industrie du monde, générant 10 fois le PIB mondial en titres dérivés, etc.

    Peut-être que la solution est de stabiliser le monde financier, et d'en extraire sans vergogne l'argent nécessaire et à l'investissement, et aux Etats, et aux populations ?

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  8. Si nous étions souverains nous aurions pu simplement émettre la monnaie correspondant aux déficits, et ainsi payer les intérêts et éviter d'augmenter la dette.
    http://livre.fnac.com/a7747917/Andre-Jacques-Holbecq-La-dette-publique-une-affaire-rentable

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  9. Merci pour ce texte, mon colonel. Cela fait du bien de prendre du recul pour mieux comprendre la misère qui frappe les soldats de nos institutions régaliennes (militaires, juges, greffiers, policiers...)
    Une coquille : l'auteur anglo-saxon est Dani Rodrik et non Denis Rodrick.

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  10. Un des principaux problèmes de nos politiques et des économistes qui ont leur "oreille", est le fait qu'en économie il raisonne à deux ou trois ans au plus. Une approche reposant sur la longue durée, au sens ou l'entendait Fernand Braudel, leur est pratiquement inconnue : logique quand on constate leur quasi ignorance et voir mépris de l'Histoire, hormis chez certains dont la parole ne porte guère. Alors conduire leurs actions dans seulement un cycle de Kondratieff, ne les préoccupent nullement.

    Thomas Piketty, dont le dernier ouvrage a connu un grand succès aux USA et nettement plus mitigée en France, ainsi que ceux d' Emmanuel Todd ne sont quasiment pas lus par nos décideurs politiques et les économistes qui les conseillent. Ces derniers très férus des diverses théories économiques et de préférence celles qui sont à la mode, ne s'intéressent pas ou guère à l'histoire de l'économie.

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  11. « Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. [...] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »
    Bonaparte

    On ne pourra pas sortir du chaos actuel aussi longtemps que le politique n’aura pas repris à 100% son privilège exclusif de battre monnaie. Comment en effet pouvoir espérer conduire les affaires de la cité quand on est obligé de quémander son financement auprès de gens qui ne pensent qu’à leurs profits financiers, et ont en prime l’incroyable audace de refuser de se soumettre à l’impôt au nom de la défense de sainte compétitivité et de sainte croissance patronnes supposés du bonheur des peuples. Sous l’ancien régime, la noblesse avait certes des privilèges fiscaux, mais elle n’avait pas le pouvoir de faire sauter le monarque à la corde pour boucler son budget. En dehors de quelques ordres religieux à certaines périodes, je ne pense pas qu’un aussi petit groupe que celui des banquiers systémiques et des banquiers centraux de plein exercice n’ait jamais concentré autant de pouvoir.

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    1. Une alternative prônée par les libertariens et en laquelle je ne crois guère, c'est de supprimer toute autorité monétaire et de laisser les monnaies totalement libres.

      C'est déjà le cas des monnaies électroniques comme Bit Coin.

      Je n'y crois pas mais je trouve l'idée séduisante : tout ne passe pas toujours par plus d'intervention des politiques, dont nous avons d'amples preuves de l'incompétence, de l'égoïsme et de la cupidité . En dehors des missions régaliennes (dont la monnaie ne fait pas partie), je suis d'accord avec le slogan : "L'Etat n'est pas la solution, c'est le problème".

      Juste une réflexion générale : depuis quarante ans, l'intervention de l'Etat dans tous les domaines n'a cessé de croitre de manière vertigineuse, nous en portons nous mieux ? Cette simple remarque devrait nous inciter à la prudence avant de dire : "La solution, c'est telle ou telle action de l'Etat". Tournons au moins sept fois notre langue dans notre bouche.

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    2. Le bitcoin est une monnaie parfaite pour les mafias et les spéculateurs, non je parle d’une monnaie contrôlée par celles qui produisent les richesses. Cad les nations. Quant à dire que l’état est un problème, c’est naturellement vouloir la liberté du renard dans le poulailler, cad la loi du plus fort et le retour à la féodalité.

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  12. «non je parle d’une monnaie contrôlée par celles qui produisent les richesses. Cad les nations»

    Vous m'en apprenez une bien bonne. Ainsi, ce sont les nations qui créent les richesses. Bêtement, je croyais que c'était les travailleurs, les entrepreneurs et les innovateurs.

    Dans votre dernière phrase, vous parvenez à accumuler tant de poncifs anti-libéraux en si peu de mots que c'en est un tour de force.

    http://www.contrepoints.org/2014/11/15/188321-le-liberalisme-cest-le-renard-libre-dans-le-poulailler-libre

    Comme la troisième voie entre libéralisme et communisme n'existe pas, j'en conclus que vous préférez l'URSS. Choix étrange quand on sait ce qu'on sait.

    On prend souvent ses exemples à l'étranger, je pourrais vous parler de la Suisse ou de Singapour. Mais je préfère prendre mes exemples dans la France d'avant, il me semble que la comparaison est plus facile.

    Croyez vous que la France de 1900, qui était beaucoup plus libérale que la nôtre, était soumise «à la la loi du plus fort et au retour de la féodalité» (féodalité que vous avez tort de critiquer, mais c'est une autre histoire) ?

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  13. Marc Pierre le 18 août
    Bonjour à tous,
    Je vous remercie pour cet article qui nous sort des sentiers battus. Toutefois, permettez-moi d'exprimer un petit regret, celui d'être passé un peu rapidement sur les fameux " dividendes de la paix " dont on nous a maintes et maintes fois rebattu les oreilles, mais dont sait peu de choses en réalité. En quoi consistent-ils ? Quel est leur objectif ? Quelle masse a-t-on pu dégager ? Quel est leur bilan un demi-siècle après la chute du Mur de Berlin ?
    Salutations

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    1. Bonjour, j'avais écrit quelque chose là-dessus : http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2013/09/la-france-troisieme-puissance-militaire.html
      ou cherchez "La France aurait pu être la troisième puissance militaire mondiale, à moindre coût...mais finalement non".
      Cordialement.

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    2. Marc Pierre le 19 août 2015
      Bonjour,
      Merci pour votre réponse. Vous aviez fait même mieux en écrivant un article sur les dividendes de la paix en 2011 sur ce blog.
      La littérature disponible sur Internet relative à cette problématique est rare et ancienne, du moins de notre côté français (articles de J-M. Daniel dans une publication de l'OFCE et d'Alain Quinet dans Persée il y a une vingtaine d'années, et de Sanjeev Gupta en 2002). En revanche, les Américains paraissent revenir sur leurs errements passés, à savoir la priorité donnée exclusivement à l'économique, en constatant que " la fin de l'histoire " annoncée de manière hâtive et péremptoire n'a pas eu lieu.
      En définitive, les dividendes de la paix, comme vous l'avez montré avec un graphique à l'appui, ont eu pour seul effet tangible le désarmement des seuls Etats européens à l'Ouest de l'Oural. De plus, l'amélioration souhaitée de nos économies n'a pas été réalisée.
      Ainsi, nous avons hypothéqué sérieusement notre " assurance survie " que sont nos sécurité et défense nationales.
      Salutations à tous

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  14. @ fboizard du 18 août 2015 16:33
    Vous avez naturellement le droit d’avoir votre propre définition du mot richesse, mais pour moi qui accepte modestement la définition du Petit Robert et pour qui une nation est « un groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini (…) et personnifiée par une autorité souveraine », c’est là le cadre ultime de la création de richesses. Vous ne citez d’ailleurs que deux catégories sociales, mais même en prenant à la lettre ce pauvre exemple, vous admettrez qu’ouvriers et entrepreneurs seraient de bien peu d’utilité sans eau, électricité, routes, fonctionnaires, etc., bref sans nation.
    Concernant le libéralisme, il faut bien reconnaître que cette religion a subit un très gros accident industriel quand en 2008, à la suite de la faillite de Lehman Brothers, les libéraux sont venus implorer secours auprès…du gouvernement américain ! Mais de ce côté-ci de l’atlantique, l’efficacité redoutable du libéralisme a également fait ses preuves : la très sainte doctrine a contraint la Grèce à faire des efforts considérables (de l’ordre de 28 points de PIB, soit une baisse des dépenses publiques de 20 points de PIB et des mesures de hausses d’impôts de 8 points de PIB). En conséquence de quoi son PIB a baissé de 25 %, le taux de chômage dépasse 25 % et la pauvreté frappe 23 % d’une population, qui se retrouve en situation de… crise humanitaire ! Devant une telle efficacité, une telle efficience, on reste coi !
    Mais pour terminer sur une note positive, je vous accorde volontiers que la féodalité était sur un point au moins, moins inhumaine que notre époque. Lorsque vous étiez pauvre, c’était la volonté de Dieu, alors que de nos jours, c’est tout simplement parce que vous n’avez pas assez de talent. Vous savez bien ce talent qui permet à un dirigeant de transnationale de gagner 5 à 600 fois le salaire d’un de ses ouvriers, et de partir avec une retraite chapeau équivalent à plusieurs millions d’euros.
    D’ailleurs, n’était-ce pas Milton Friedman lui-même qui disait que l’entreprise travaille pour ses actionnaires uniquement, accessoirement pour ses dirigeants grassement rémunérés, ses clients devant se contenter du rôle peu gratifiant de vaches à lait ?
    Bref, la religion libérale en une phrase : asservir les nations et les peuples par la dette.
    Ce que notre hôte qualifie fort judicieusement de suicide !

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    1. Amen. Et quand à la France de 1900, la comparaison fait sourire quand on connait les conditions de vie de la majorité de la population (dans les campagnes, qui abritent encore plus de 50% des français, ou dans les cités ouvrières), ou encore les gigantesques écarts de richesse entre le haut et le bas de la pyramide sociale.
      Sans oublier que le contexte économique et politique international n'est absolument pas le même qu'aujourd'hui. Bref, non content de vanter une époque qui devrait faire frémir n'importe qui, notre contradicteur mélange allègrement des choux et des carottes.

      Mais qu'importe, finalement les libéraux sont comme les marxistes qu'ils détestent tant: ils n'ont pas raison parce que ce qu'ils disent est juste, ils ont raison, donc ce qu'ils disent est juste. CQFD.

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    2. Je sais que je ne vous convaincrai pas (j'ai trop l'habitude de ce genre de discussions). Pourtant, les exemples abondent. La seule excuse que vous avez, c'est que nous vivons en régime de capitalisme de connivence. Si vous ne faites pas attention, vous pouvez confondre avec le libéralisme (c'est d'ailleurs le but que de brouiller les pistes).

      Mais ne diffamez pas la France de 1900, y vivre était loin d'y être l'enfer. Vous avez comme, beaucoup de nos contemporains, une vision caricaturale de notre passé. Vous avez une vision progressiste : c'est forcément mieux maintenant. Les réactionnaires ont la vision inverse : c'était forcément mieux avant.

      Si on se tient aux stricts sujets économiques, en 1900, la France était à la pointe de l'innovation (automobile, aviation). Aujourd'hui, elle rate tous les virages (internet, biotechs). En 1900, il n'y avait pas un tiers des diplômés du supérieur qui fuyaient la France pour leur premier travail.

      Il y a une énorme différence positive entre la France de 1900 et aujourd'hui : la médecine et l'espérance de vie. Mais cette différence n'est pas spécifique à la France.

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    3. Je trouve très pertinente la remarque de Vincent Vega à propos des ressemblances entre les doctrines marxiste et libérale. Et votre réponse me fait irrésistiblement penser à ceux qui prétendent que l’URSS s’est effondrée, non pas parce que son régime économique (entre autres maux) était inefficace, mais parce que ça n’était pas le vrai marxisme-léninisme qui y était appliqué. Magique non ? Ni responsable, ni coupable.
      Quant à votre apparente nostalgie des années 1900, je vous le dis tout net, gardez courage et ne perdez pas espoir ! Déjà les inégalités de patrimoine sont redevenues similaires à celles qui prévalaient en 1914. Encore un effort et nous serons bientôt revenus à la situation de 1900.

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  15. Votre réponse à ma question :

    «comment peut-on voir un excès de libéralisme dans un pays où 57 % du PIB est de la dépense publique et où il y a 10 500 lois, 127 000 décrets et 400 000 normes ?»

    m'intéresse.

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    1. « Entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »
      Lacordaire

      Notre régime de libre circulation du capital est clairement un système de rente fiscale pour des intérêts privés hors-sol. La monnaie des banques centrales est achetée quasi gratuitement (taux de refinancement actuel de la BCE : 0,05% !!) par les banques privées et leurs productions financières de risques de crédit caché, dont les célébrissimes subprimes sont l’exemple type. En conséquence, la véritable contrepartie des actifs financiers toxiques vendus aux banques centrales est dans la baisse des revenus du travail, des protections et assurances sociales ainsi que des investissements publics. L’économie financière force l’économie réelle à détruire son capital humain, social et politique afin d’extérioriser des plus-values comptables au profit des oligarchies prédatrices.
      L’autre nom du libéralisme chimiquement pur ? La finance dérégulée.

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    2. "L’autre nom du libéralisme chimiquement pur ? La finance dérégulée. "

      Cette phrase prouve juste que vous parlez sans avoir la moindre idée de ce qu'est le libéralisme. La discussion s'arrête donc là pour ma part.

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    3. Cette réponse est juste fabuleuse... si le système économique actuel ne fonctionne pas, c'est parce qu'il n'est pas libéral. Comme dit plus haut, c'est comme l'URSS qui s'est effondré parce qu'on y appliquait pas le vrai communisme... vrai communisme qui a en commun avec le vrai libéralisme d'être un système parfait sur le papier qui n'a aucune chance d'exister dans le monde réel (comme l'équilibre général, les marchés de concurrence pure et parfaite, et probablement la moitié de la "science économique".

      Au passage concernant la France de 1900, elle était peut-etre en pointe dans l'automobile ou l'aviation, et pendant ce temps la plupart des français se tuaient au travail 45h par semaine sans congés payés ni protection sociale d'aucune sorte. Etre à la pointe de la technologie/de la science/de l'économie/de dieu pour que celle-ci ne profite qu'à une minorité de privilégiés pendant que la masse ne reçoit que les miettes, ça ne m'intéresse pas (au passage il serait sans doute intéressant de réfléchir à la corrélation entre l'insécurité socio-économique et le succès des idéologies comme le communisme révolutionnaire ou le djihadisme aujourd'hui. Lorsque tous ce qu'on offre comme perspectives aux classes les moins favorisées c'est d'aller et venir de minijobs en contrat zéro heure sans savoir si on voudra encore de vous le mois prochain, faut pas s'étonner du succès de toutes ces idéologies)

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    4. J'adore aussi la remarque sur les diplomés du supérieur fuyant à l'étranger... diplômés qui étaient bien moins nombreux qu'aujourd'hui (en relatif comme en absolu), avaient plus de facilités à trouver une place en France ne serait-ce qu'à cause de leur faible nombre (rareté de l'offre tout ça) et auraient eu bien plus de mal à trouver un travail ailleurs dans un contexte somme toutes bien plus fermé qu'aujourd'hui.

      En plus d'appeler "science" ou "loi" une idéologie, les libéraux mélangent allègrement choux et carottes.

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  16. Lacordaire n'a pas dit que des merveilles !

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    1. Mais celle-ci en est une, et plus que jamais d'actualité !

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    2. Pauvre Lacordaire, jamais lu mais pourtant si souvent cité... de travers.
      http://ordrespontane.blogspot.fr/2012/03/culture-et-detente.html

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    3. @ Anonyme20 août 2015 18:01
      Merci cher anonyme pour avoir mis en évidence un autre trait commun entre marxisme et libéralisme : la propension à falsifier et à tordre l’histoire !
      Ne vous en déplaise, Henri-Dominique Lacordaire de l’ordre des Frères prêcheurs, a bien prononcé ces paroles lors de sa 52e conférence donnée à Notre-Dame de Paris le 16 avril 1848.
      Pour ceux qui veulent vérifier par eux-mêmes, le lien ci-dessous de la Bibliothèque Nationale de France. Page 494, les 7 premières lignes.
      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202681x/f496.image

      Qui a dit « la réalité c’est quand on se cogne » ?

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    4. Génial :on vous explique que vous interprétez de travers une citation, et vous proposez le texte d'où est issue la citation pour bien démontrer à qui aura la curiosité de lire 3 pages en amont et 3 pages en aval que vous avez fait un contresens.
      Mais on ne fait pas boire un cheval qui n'a pas soif (moins de risque de contresens, là...)

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  17. @ fboizard19 août 2015 20:26
    « Le libéralisme consiste à autoriser, autant que faire se peut, tout acte qui ne nuit pas à autrui; et donc à s'abstenir de contraintes réglementaires sur la vie de chacun qui ne soient pas dûment justifiées par ce principe de respect du bien d'autrui. »
    Sans vouloir vous froisser, le mantra est connu et répété à plus soif par les zélotes du Libre Marché et de la Sainte Finance Dérégulée. Un bla-bla en totale contradiction avec ce que tout un chacun peut voir des dévastations causées par cette idéologie (cf. l’actualité grecque).
    C’est donc la réalité qui a tort et les gens qui sont trop stupides pour comprendre. Imparable.
    Ceci-dit, nous nous éviterions toutes ces discussions stériles sur le sexe des anges, si les bandits responsables de la crise de 2008, avaient été envoyés en prison pour leurs malversations (comme avait su le faire Roosevelt après la crise de 29 avec les Barons voleurs. Mais il est vrai que lui était un homme d’état, espèce semble-t-il éteinte aujourd’hui).

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  18. Beaucoup d'arguments d'autorité et de notions mal maitrisées dans cet article qui sort du domaine d'expertise de ce blog. Dommage.
    Mais il y a pire ; je suis abasourdi par la faiblesse et la confusion intellectuelle des commentaires...
    Des anneries pareilles sur un blog de cette tenue, c'est à pleurer des larmes de sang. Nous sommes fichus.

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    1. En parlant d'argument d'autorité...pouvez-vous développer ? Merci.

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    2. argument d'autorité : "Le libre échange généralisé, en particulier financier, qui caractérise la « mondialisation » a abouti dans les pays qui l’ont initié à une répartition des revenus beaucoup plus favorable qu’auparavant au Capital par rapport au Travail" ah bon ? Le capital étant du travail accumulé. il est probable que vous ne diriez pas la même chose si vous n'aviez pas une retraite par répartition.

      Notion mal maitrisée: "la seule consommation « tirait » la croissance à hauteur de 3 % par an pendant les trente glorieuses," Vision de comptabilité nationale, sans réalité économique. De même la balance commerciale.
      le tout dans le même paragraphe !
      Faut-il que j'explore le suivant ?

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    3. C'est bien ce qu'il me semblait.

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    4. Il semble que vous ayez toujours une corde sur vous.

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    5. « Le Capital étant du travail accumulé », certes, mais surtout celui des travailleurs.

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  19. @ Anonyme21 août 2015 16:07

    Il y a pire qu’un cheval qui ne veut pas boire.

    « Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre. »
    Richelieu

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  20. @ Anonyme21 août 2015 16:07
    3 pages en amont, Lacordaire défend le repos dominical (notamment, contre ceux qui obligent leurs ouvriers à travailler le dimanche…).
    Bon, là c’est raté ! Voyons 3 pages en aval… ?
    Caramba, encore raté ! D’ailleurs, il n’y a qu’une page en aval, et encore, avec un seul paragraphe… ou Lacordaire continu son prêche sur le repos dominical.
    En cherchant bien, je suis certain que l’on doit pouvoir trouver un prêche de Lacordaire sur les faussaires et les falsificateurs.

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  21. Création Monétaire Digitale en direct live :
    coinmarketcap.com

    et ici un graphiste FR fou qui a lancé une crypto-monnaie :
    https://bitcointalk.org/index.php?topic=1051731.0


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