samedi 28 décembre 2013

Un papillon dans le chaos

Depuis son indépendance en 1960, la Centrafrique a connu une succession de pouvoirs népotiques et incompétents issus de coups d’Etat accentuant à chaque fois l’instabilité politique du pays et maintenant la grande majorité population dans la misère. Dans un contexte régional de montée en puissance d’organisations non-étatiques face à des institutions affaiblies, la prise du pouvoir par François Bozizé en mars 2003 avec l’aide du Tchad marque cependant bien plus que la nouvelle expression d’une ambition rapace, c’est, après la Somalie, l’acte de décès de ce qui restait de l’Etat local et l’accélération de l’effondrement d’un pays. 

Au cœur des ténèbres

Dans les mois qui suivent le coup d’Etat de Bozize se mettent en place des organisations politico-militaires, conçues souvent pour défendre les intérêts d’une ethnie avant d’élargir le champ de ses recrutements et de ses activités ayant souvent peu de rapports avec leur nom. La principale d’entre elles est l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) de Michel Djotodia, proche du nouveau régime avant d’être accusé de complot. L’UFDR occupe la préfecture de Vakaga près des frontières soudanaise et tchadienne. Avec plusieurs autres mouvements alliés, l’UFDR, engage la guerre contre le pouvoir central jusqu’au début de 2007 lorsque François Bozize accepte de négocier.

Les forces françaises, qui avaient quitté le pays en 1998, sont à nouveau modestement présentes à partir de 2003 dans le cadre d’un programme d’aide à la formation des Forces armées centrafricaines (FACA). Elles interviennent ponctuellement contre les rebelles dans la région de Birao en novembre 2006 et mars 2007 pour aider le petit contingent français sur place (voir ici). Une force interafricaine sous mandat régional ou des Nations-Unies aux noms variés (MISAB, MINURCA, MINUC, MICOPAX et désormais MISCA) est également présente en permanence à Bangui depuis les troubles de 1996.

En août 2012, quatre mouvements d’opposition dont l’UFDR et la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) du général Noureddine Adam, proche du Tchad, s’associent pour former la Seleka (« Alliance » en langue sango) et reprendre les armes face à un gouvernement qui n’a pas respecté les accords de 2007. La Seleka regroupe de 15 à 20 000 combattants dont beaucoup de jeunes désœuvrés et surtout d’étrangers, mercenaires ou simples éleveurs nomades. Aidé par le Tchad, qui a décidé d’abandonner Bozize, la Seleka contrôle rapidement la majorité du pays, en particulier le Nord, et entre taxes, péages, confiscations ou pillages, le met en coupe réglée. L’Armée de résistance du Seigneur (ALR) de Joseph Kony chassée d’Ouganda est également présente dans le Sud-Est sans intervenir directement dans les combats. La Seleka étant composée pour une grande majorité de musulmans alors que le pays est chrétien à 80 %. François Bozize agite la peur du djihadisme et favorise les milices d’auto-défense anti-balaka (« anti-machette »). Il est vrai que exactions de la Seleka contre des villages Chrétiens et la destruction d’églises donnent de la consistance à ses propos. Bozize fait appel aussi à la France, qui refuse de l’aider, puis à la République sud-africaine qui envoie un bataillon de 200 hommes.

En janvier 2013, les accords de Libreville mettent fin provisoirement aux combats. Un gouvernement d’union nationale est mis en place avec Michel Djotodia comme vice premier ministre et ministre de la défense. A la mi-mars 2013, Bozize annonce qu’il se représentera aux élections de 2015 ce qui est contraire à la constitution et suscite la colère des opposants. En mars, Noureddine Adam rompt le premier la trêve en s’emparant de Sido et de Bangassou à la frontière tchadienne. Le 24 mars, la Seleka aidée par Tchadiens s’empare de Bangui, Bozize demande une nouvelle fois l’aide de la France puis s’enfuit. Le 25 mars, 13 soldats sud-africains sont tués.

Un nouveau gouvernement, censé n'être que provisoire, est mis en place. Michel Djotodia s’autoproclame Président de la république et Noureddine Adam est nommé ministre de la sécurité publique. Une des premières mesures de ce nouveau gouvernement est de reconsidérer les contrats pétroliers au profit du Tchad.

Le pouvoir acquis et l’argent attendu ne venant pas de caisses vides, les groupes de la Seleka reprennent leur autonomie pour  «se payer sur la bête», en pillant la population. En août 2013, le ratissage du quartier de Bouira à Bangui, considéré comme le refuge de partisans du Président déchu, est l’occasion d’un nouveau massacre. La population fuit vers l’aéroport de M’Poko tenu par les forces françaises. Le cycle de la violence et de la vengeance accélère et commence à déborder sur les pays voisins. En septembre, Michel Djotodia se désolidarise de la Seleka qui est officiellement dissoute. Aux abois, il fait appel à la France tout en prenant contact en novembre avec Joseph Kony.

Le pays, le 4e plus pauvre du monde, est désormais ruiné et exsangue. L’administration et les services publics, modestement financés depuis quelques années par le Congo, principal soutien de Bozize, n’existent pratiquement plus. Les Seleka ont même brûlé les archives de l’état civil de Bangui et la plupart des habitants n’ont plus de papiers d’identité. Il est désormais impossible de déterminer la nationalité de chacun dans ce pays ouvert, ce qui rend de fait impossible toute élection à court terme.

Une opération risquée

C’est dans ce contexte que la France décide d’intervenir militairement dans le cadre d’un mandat du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Outre l’urgence humanitaire, il ne s’agit pas là de défendre des intérêts locaux très limités (malgré les voyages fréquents de Patrick Balkany à Bangui) mais plutôt de préserver une influence dans la région (une quarantaine de votes quasi automatiques africains aux Nations unies, la zone monétaire CFA et intérêts économique). Il s’agit surtout d’éviter que la Centrafrique ne se transforme définitivement en zone de non-droit entraînant les pays voisins dans une grave instabilité avec le risque de développement d’organisations islamistes radicales à la manière de Boko Haram dans le nord du Nigéria.

On aurait pu faire la guerre, en désignant un ennemi à combattre qui n’aurait pu être que la Seleka. L’inhibition de l’accusation de retour à la « Françafrique », l’éclatement de la Seleka et sa criminalisation, l’ambiguïté du pouvoir de Michel Djotodia, à la fois objet et cause de l’intervention, la dette envers le président tchadien Idriss Déby, principal allié de la France au Mali et de la Seleka en Centrafrique, rendaient difficile cette voie.

On fait donc le choix d’une opération de stabilisation, c’est-à-dire une mission militaire de sécurisation sans ennemi, autrement dit une mission de police. Comme cela est déjà été évoqué, le premier principe de ce type d’opérations est d’être suffisamment fort pour pouvoir s’imposer à tout le monde en même temps, de manière à éviter que les désarmés soit tout de suite les victimes des représailles de ceux qui ne le sont pas encore. Cela demande des effectifs d’autant plus importants que les violences ont été fortes (voir ici). Une ville de plus d’un million d’habitants demande ainsi la présence d’au moins 15 000 hommes pour assurer sa sécurité, soit le contrat d’objectif qui est fixé aux forces françaises par le dernier Livre blanc de la défense. L’engagement d’un tel volume, alors que d’autres opérations sont en cours et que les effectifs globaux se réduisent par mesure d’économie, était évidemment inconcevable avec notre modèle de forces. Par ailleurs, même avec les effectifs militaires suffisants la véritable sécurité ne peut s’obtenir qu’avec la mise en place d’institutions politiques stables avec des instruments régaliens efficaces, ce qui demande beaucoup de temps.

Le manque de moyens et le souci d’un faible coût politique intérieur associé à la version française de la doctrine américaine de First in, first out du début des années 2000 (et dont a pu mesurer le succès très relatif par la suite) ont conduit au choix de l’audace avec une opération limitée mais à haut risque. L’opération de stabilisation Sangaris est finalement déclenchée a minima, avec seulement 1 600 hommes. La seule arrivée de cinq compagnies d’infanterie survolées d’avions Rafale était censée impressionner les factions, stimuler l’engagement d’autres nations africaines et peut-être même européennes dans la force des Nations-Unies et permettre ainsi d’imposer un minimum de sécurité dans la capitale et les principales localités. Au bout de six mois, comme au Mali, la force française aurait pu passer en deuxième échelon voire se retirer.

Malheureusement, le temps n’est plus où 500 soldats français pouvaient changer l’histoire de l’Afrique. Les différentes organisations armées sont motivées et bien organisées. Force est de constater que le choc psychologique attendu n’a pas été au rendez-vous et que la force française est dans une situation délicate, incapable par son faible volume de s’imposer à tous. Le changement de stratégie semble inévitable entre le retrait rapide, en considérant la mission comme impossible et trop coûteuse, et le choix de la guerre contre la Seleka en passant par le renforcement de la force française (au minimum 5 000 hommes) et internationale (au moins 10 000 hommes) pour une opération de stabilisation efficace. 

mardi 24 décembre 2013

Mikhaïl Kalachnikov ou une certaine vision de l’homme et de la manière de le tuer

Tous les soldats, guerriers, rebelles, bandits du monde, vous le diront : l’AK-47 et ses nombreuses copies et dérivés (ma préférence va au R-4 sud-africain) est un chef d’œuvre. Comme les livres classiques dont on sait qu’ils ont plus de chances que les best-seller de l’année d’être encore édités dans trente ans, on sait qu’on trouvera encore longtemps des « Kalachnikov » sur les différents champs de bataille...à moins qu’apparaisse un saut conceptuel aussi puissant que celui qui a eu lieu à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La première force de l’AK-47 est qu’elle d’abord issue de l’observation du « peuple du feu », c’est-à-dire les fantassins, avant d’être un rêve d’ingénieur. Plus précisément, elle dérive de l’esprit d’analyse pratique de la Wehrmacht qui, chose incongrue en France ou au Royaume-Uni, entreprend au milieu de la guerre d’interroger systématiquement les hommes sur la manière dont ils combattent et essaie de coller les travaux de ingénieurs sur cette réalité plutôt que l’inverse. On constate alors que plus de 90 % des combats d’infanterie se déroulent à moins de 400 m et même plutôt à moins de 200 m. A ces distances-là, il n’est pas nécessaire d’utiliser les munitions en dotation capables de frapper avec précision jusqu’à 800 m. Une munition avec moins de charge propulsive s'avère finalement aussi utile en pratique tout en permettant, et c'est là la première grande innovation, à une arme de la même robustesse de tirer en rafale.

Ce qui pouvait passer pour une rétro-évolution (une munition moins performante) était en fait le moyen de revenir en arrière sur une voie, celle du fusil qui arrivait à ses limites techniques, pour essayer un autre chemin qui a finalement permis d’aller encore plus loin. Les Allemands conçoivent alors le Sturmgewehr 44 (« fusil d’assaut ») en fait un fusil-mitrailleur léger permettant de remplacer le binôme qui prévalait jusqu’alors associant le fusil, tirant loin mais avec une faible cadence de tir, et le pistolet-mitrailleur, aux caractéristiques inverses. Ils y gagnent en puissance de feu sur la zone utile 50-250 m avec une seule arme et munition et de manière plus souple que les binômes. Les Soviétiques comprennent tout de suite la puissance du concept et conçoivent à leur tour une munition à charge réduite, la 7,62 x 39 mm, avant de mettre en compétition les constructeurs pour développer l’arme qui pourrait l’utiliser. Le génie de Mikhail Kalachnikov, « surdoué de la main », est alors, tout en prenant aussi ce qui avait de mieux dans les armes automatiques de l’époque, d’avoir conçu un StG 44 simple et fiable. Son Avtomat Kalachnikova modèle 1947 s’impose d’évidence sur ses concurrentes et est adoptée en 1953. Elle est alors, selon le processus soviétique, à la fois perfectionnée sans cesse et toujours dans le sens de la facilité de production, puis déclinée en multiples versions. L’arme est fabriquée en masse et exportée dans les armées du Pacte de Varsovie avant de se retrouver dans les mains de toutes les organisations alliées à partir des années 1960.

La simplification peut engendrer des innovations de rupture. Comme la Ford-T démocratisant la voiture, l’AK-47 a offert de la puissance de feu efficace à tous. Produite massivement, elle est à la fois disponible partout et peu coûteuse (quelques centaines de dollars). Simple d’emploi, il suffit d’une ou deux minutes pour être capable de s’en servir dans tous les contextes et sans grand risque d’enraiement ni de beaucoup d’entretien. Le succès est alors tel et la contrefaçon si abondante que se forme vite un énorme marché secondaire civil. A plus de 100 millions d’exemplaires construits, la « kalachnikov » devient ainsi une arme de destruction massive échappant à tout contrôle et se retournant même contre ses créateurs soviétiques en Afghanistan dans les années 1980.

Pendant tout ce processus quasi-viral, les armées occidentales commencent par prendre du retard. La faute en revient d’abord au pouvoir de la norme américaine qui, en 1954, impose à l’OTAN une munition, la 7,62 x 51 (ou 7,62 Nato), excellente pour les armes légères classiques mais trop puissante pour être utilisée dans un fusil d’assaut. Les Américains corrigent cette erreur dix ans plus tard en imposant une nouvelle munition, la 5,56 mm et en adoptant eux-mêmes le fusil d’assaut M-16 dans les années 1960 mais alors que le marché est alors déjà occupé par l’AK-47.

La France se distingue en adoptant une munition différente de l’OTAN (la 7,5 mm) et en restant fidèle au fusil semi-automatique 1949/56 et au pistolet-mitrailleur MAT 49 jusqu’à se trouver en décalage complet avec ses adversaires. Comme leurs ancêtres de Tuyen Qaung se plaignant en 1884 d’être moins bien équipés par leur manufactures d’Etat que leurs adversaires qui avaient acheté leur Winchester à répétition sur le marché civil, les soldats engagés en Afrique à la fois des années 1970 et surtout au Liban en 1978 découvrent qu’ils sont moins équipés par leur Etat que les gens qui leur font face. Pour compenser ce décalage, on est donc obligé d’acheter en urgence des armes suisses SIG 540 en attendant de développer à la fin des années 1970, le premier fusil d’assaut français, le FAMAS.

La fin de la Guerre froide développe encore le pouvoir égalisateur de la Kalachnikov en augmentant la diffusion de cette arme par la connexion des différents réseaux de la mondialisation sur les arsenaux quasi-ouverts de l’ex-URSS. Alors que les moyens de nombreuses armées régulières, notamment africaines, s’effritent faute de sponsor et de ressources budgétaires, les organisations rebelles retrouvent une nouvelle force avec cet afflux d’armes légères low cost associés aux nouvelles technologies de l’information. Ces nouvelles rébellions kalachnikov + smartphone défient de nombreux Etats avec plus de succès qu'avant. Finalement ce ne seront pas les missiles, les avions MIG ou les chars lourds qui auront tenus l’OTAN en échec mais les petites Kalachnikov aux mains de Pashtounes. Comme les arquebusiers de la Renaissance pouvant tuer avec un minimum d’instruction des chevaliers chèrement équipés et longuement entraînés, les nombreux paysans de l’ex tiers-Monde sont capables de s'opposer avec succès aux soldats professionnels occidentaux rares et chers (et donc de plus en plus rares).

Héritage de la guerre froide, préférence pour les grands et couteux projets technologiques sur les petits matériels des petits fantassins, des budgets considérables ont été investis pour s’assurer d’une suprématie dans les airs et sur les mers alors que rien n’a été vraiment tenté pour s’assurer d’une telle supériorité sur les hommes-kalachnikov. En août 2008, au moment même où des Rafale survolaient le ciel afghan sans rencontrer d’ennemi, au sol une centaine de tels hommes étaient capables de détruire une de nos sections d’infanterie. Vingt fois plus d’argent avaient pourtant été consacrés aux premiers plutôt qu’à l’amélioration de l’efficacité des seconds avec le programme Félin.

Mikhail Kalachnikov a ouvert une boite de Pandore et nous ne saurons pas la refermer tant que, comme à son époque, on ne s’intéressera pas vraiment à ce que font les hommes sur le front et qu’on en fera pas d’eux une priorité stratégique.

vendredi 20 décembre 2013

De l'or pour les braves

Prenez un colonel bien sous tous rapports. A l’été 2010, ce colonel déménage, d’un point de la région parisienne à un autre et hors d’un contexte de mutation. Comme ce changement ne modifie en rien sa situation administrative, il se contente de signaler le changement d’adresse à l’occasion lors du point de situation administratif qui est effectué régulièrement, c’est-à-dire à la fin de 2011.

Le 12 mars 2012, ce colonel reçoit une lettre du Centre expert des ressources humaines et de la solde qui lui fait remarquer que comme il a quitté son logement le 1er septembre 2010, il ne peut plus prétendre à toucher la Majoration de l’indemnité de charges militaires (MICM, un petit moins de 600 euros), la prime de logement censée aider les militaires à se loger en région parisienne. Le colonel a beau expliquer qu’il suffit de changer son adresse sur son dossier, rien n’y fait. Il doit absolument rembourser au plus vite ce qu’il a touché et faire une demande pour percevoir à nouveau la MICM. On lui rendra alors ce qu’il vient de rembourser. Discipliné, le colonel en question accepte d’être en demi-solde pendant deux mois et demi et effectue la démarche administrative requise (et inutile).

Au mois de juillet suivant, il reçoit, sans explication, une régulation de MICM correspondant à la moitié de ce qu’il a donné. La MICM ne réapparait pas pour autant sur son bulletin de solde. Il finit par s’en inquiéter mais entre temps, son dossier a été transmis de son organisme de soutien à la base de défense locale en cours de création. Tout est à recommencer avec ces contraintes supplémentaires que l’Institut auquel il appartient n’est pas relié à la BDD par l’indispensable logiciel Concerto et qu’il faut trouver un créneau entre les arrêts maladie de la fonctionnaire civile qui assure la transmission des documents. De son côté, le trésorier de la BDD doit prendre en compte à la fois la nouvelle structure et la multiplicité des problèmes à traiter. Il est donc débordé. Un appel à un numéro d’urgence aboutit au rappel de la réglementation du caractère dégressif de la réglementation, ce qu’il savait déjà (et l’étonne toujours) et surtout ne règle en rien son problème. Arrive rapidement le moment de la mutation qui heureusement a lieu dans le cadre de la même BDD. Entre temps se sont greffés deux autres problèmes.

Les conférences prononcés dans différentes écoles militaires donnent droit à  des « indemnités d’enseignement » alignés, a priori, sur le modèle de l’université. Le colonel en question prononce assez régulièrement des conférences qui nécessitent malgré tout un peu de travail préalable. Il travaille ainsi une semaine complète pour préparer deux journées continues de cours à l’Ecole de guerre tunisienne, où on lui explique qu’elle a accord avec l’Ecole de guerre française qui elle-même lui explique qu’elle a un accord avec l’Institut où travaille et qu’elle ne paiera jamais aucune de ses conférences. Les autres conférences prononcées à l’Ecole militaire ont eu de leurs côtés la fâcheuse tendance à disparaître lors du passage à la structure BDD. De temps en temps, il voit passer une « indemnité d’enseignement » sur son bulletin de solde avec une somme qui ne correspond à rien et sans aucune référence. Le colonel estime avoir perdu environ 1 500 euros dans l’affaire mais se dit qu’il est quand même bien payé (5 390 euros net au dernier bulletin mensuel) et qu’après tout l’enseignement fait partie de son métier.

Plus important, le même colonel a fait partie en septembre et octobre 2012 pendant cinq semaines d’un jury de concours. Cette période, relativement exigeante et qui impose un double travail, fait l’objet d’une indemnité de plusieurs milliers d’euros. Treize mois plus tard, cette indemnité n’est toujours pas payée. Le total cumulé de la dette de l'institution à son égard se situe alors dans une fourchette entre 10 000 et 15 000 euros. 

Le 20 novembre 2013, il reçoit enfin un courrier du Centre expert qui l’informe qu’en 2011, il a indument touché pendant trois mois une indemnité exceptionnelle dont il ignorait même l’existence et…un trop perçu de MICM dans la période qu’il a déjà remboursé. L’ensemble représente 3 477, 33 euros à payer au plus tôt. Il répond qu’il ne fait plus confiance au Centre expert et qu’il en marre qu’on le prenne pour un con. Il refuse donc de payer et se demande s’il ne va pas porter plainte contre les incompétents qui ont créé cette situation.

Calculez le degré de dévouement mais aussi de lassitude des militaires français. Vous avez quatre heures.