![]() |
| Ici |
Modifié le 03/10/2017
Aujourd’hui, 1er octobre, en début d’après-midi, une patrouille de soldats du 1er Régiment étranger de génie a abattu un djihadiste qui avait attaqué et tué deux femmes dans la foule de la gare de Marseille. Pour ce qu’on puisse connaître des événements, il est probable que cette intervention a évité d’autres victimes. Il faut donc saluer et honorer comme il se doit l’action de ces hommes et les remercier.
En 22 ans de présence militaire, ce qui correspond sensiblement au
début de la guerre contre plusieurs organisations djihadistes, il s’agit de la
dixième confrontation en métropole entre nos soldats et nos ennemis mais la
première où on stoppe une attaque contre des civils. Les neuf autres, dans
lesquelles il faut bien sûr inclure les meurtres perpétrés par Mohamed Merah, ont
été des ripostes, quand elles étaient possibles. Ces ripostes, il faut le
souligner, ce sont toujours effectuées avec une grande maîtrise qui a permis de
faire face aux attaques sans toucher la population. D’un point de vue tactique,
chaque fois que nos soldats rencontrent l’ennemi ils sont donc plutôt
efficaces, ce qui, il faut bien le dire, ne saurait surprendre que ceux qui ne sont
pas sortis des clichés des « bidasseries ». Peut-on pour autant,dire que Sentinelle est un succès
stratégique ? Tous ceux qui ont intérêt à ce que l’on croit qu’il en est
ainsi le clameront haut et fort, ils se féliciteront de l’avoir décidé, réclameront
son maintien pour l’éternité et profiteront de l’occasion pour fustiger ceux
qui émettent des doutes. Derrière certainement le souci réel de protéger les
citoyens, n’oublions pas non plus que la fonction première des soldats de Sentinelle est démonstrative :
montrer et rassurer les gens (la plupart) ; montrer lorsqu’on est
politique que l’on fait quelque chose ; montrer enfin que l’on est utile et que
l’on a besoin de budgets, d’effectifs, d’une meilleure image, etc…
Maintenant, si on regarde l’efficacité réelle de l’opération face
à l’ennemi, il faut saluer l’intervention à Marseille, bien sûr, mais que dire de
celle de Chalon-sur-Saône, le 15 septembre dernier, lorsqu’un homme a attaqué
des femmes avec un marteau ? De Dijon le 24 juin, lorsque cette fois, il s’agissait
d’une femme avec un couteau ? De Saint-Etienne du Rouvray le 26 juillet
2016 ? De la gare de Carcassonne et de Marseille les 13 juin et 11 janvier
de la même année ? De Saint-Quentin, du train Thalys et de Villejuif en
2015 ? De celles, surtout, de Nice le 14 juillet ou de Paris-Saint Denis le 13
novembre 2015, pour ne parler que des attaques terroristes islamistes contre des
civils depuis le début de l’opération Sentinelle ?
Si on inclut Vigipirate (ce qui est, rappelons-le,
la même chose), c’est
un total de 33 attaques de ce type que l’on a connu... dont 32 que l’on a raté. On ne parlera de toutes les attaques criminelles survenues dans le même temps et face auxquelles les soldats de Vigipirate-Sentinelle seraient légalement tenus d'intervenir s'ils en étaient témoins.
Personne ne critique Vigipirate-Sentinelle pour ces 32 ratages, pourtant si on
veut faire le bilan d’une opération, il faut tout prendre en compte. On
comprend bien que nos soldats ne peuvent être partout, et qu’en réalité il est
facile, comme les policiers en tenue ou les gendarmes de les éviter car à la
fois visibles et pas assez nombreux pour tout contrôler. L’argument de la
dissuasion, souvent invoquée pour justifier l’engagement tient donc assez peu. On
n’a d’ailleurs jamais trouvé quelque part le moindre indice d’une attaque
dissuadée par la présence de nos soldats. En agissant à la gare Saint-Charles,
sauf déficience mentale forte, l’agresseur ne pouvait ignorer par ailleurs que des soldats
seraient sur les lieux et qu’armé d’un couteau, il ne pourrait leur résister. Il
lui est probable que cela lui importait peu. Voilà le problème. Si l’agresseur
veut tuer et vivre, il lui suffit d’éviter soldats et policiers visibles ;
s’il veut mourir ou s’en moque, il va dans une zone où il en trouvera. Il peut
même les attaquer directement, ce qui a été le cas de la majorité des attaques en
2017. Est-ce à dire donc que les soldats et policiers les attirent à eux plutôt
que vers des civils ? C’est en réalité difficile à dire. Dans tous les
cas, la dissuasion ne fonctionne pas pour des fanatiques pour qui tout peut être
une cible.
Dissuasion, paratonnerre, on parlait jusque-là de vies épargnées hypothétiques.
On parle aujourd’hui de vies réelles sauvées, avec des noms. Le poids du
visible et concret est infiniment plus lourd que celui de l’imaginaire, même si,
au bout du compte, c’est ce dernier qui a le plus d’importance. Les sondages,
dont on se targue et que l’on ne manquera pas de mettre en avant, indiqueront
qu’une grande majorité de l’opinion publique plébiscite Sentinelle et sans doute plus encore depuis aujourd’hui. C’est
omettre de dire que la question est mal posée. Le vrai choix n’est pas en effet
entre Sentinelle et rien (qui déclarera préférer le rien ?) mais entre Sentinelle et autre chose.
Encore une fois si on veut faire le bilan d’une opération, il
faut tout prendre en compte, y compris ce que l’on ne voit pas. Rappelons-le, depuis 22 ans nous avons investi environ un milliard d’euros
et 20 à 25 millions de journées de travail dans l’engagement des militaires en
métropole. Pour les armées, c’est une ponction énorme qui a réduit d’autres capacités, réduit les entraînements, usé les hommes et les femmes et au bout du compte détourné et réduit notre potentiel militaire.
La vraie question est de savoir si cet investissement n’aurait pas été plus utile ailleurs. Avec un milliard d’euros, on aurait pu en faire des choses pour lutter contre les groupes terroristes, dans nos prisons par exemple ou surtout nos services de renseignement intérieur. Les failles énormes que l’on a pu y constater de 2012 à 2015 étaient surtout des problèmes organisationnels mais, comme dans les forces armées, ce type de problème a été considérablement aggravé par les « rationalisations » et regroupements en tous genres que la recherche de petites économies sur les services publics a provoqués. On a trouvé depuis des financements pour, par exemple, équiper les Brigades anti-criminalité et les Pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie de fusils d’assaut (et espérons-le l’entrainement au tir qui va avec). Cela aurait pu avoir lieu bien avant. Pour mémoire, nous sommes vraiment en guerre contre les organisations djihadistes depuis 1995 et le terrorisme était inscrit en toutes lettres comme une menace majeure dans le Livre blanc de la défense…et de la sécurité nationale de 2008, auquel le ministère de l’intérieur a théoriquement contribué.
La vraie question est de savoir si cet investissement n’aurait pas été plus utile ailleurs. Avec un milliard d’euros, on aurait pu en faire des choses pour lutter contre les groupes terroristes, dans nos prisons par exemple ou surtout nos services de renseignement intérieur. Les failles énormes que l’on a pu y constater de 2012 à 2015 étaient surtout des problèmes organisationnels mais, comme dans les forces armées, ce type de problème a été considérablement aggravé par les « rationalisations » et regroupements en tous genres que la recherche de petites économies sur les services publics a provoqués. On a trouvé depuis des financements pour, par exemple, équiper les Brigades anti-criminalité et les Pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie de fusils d’assaut (et espérons-le l’entrainement au tir qui va avec). Cela aurait pu avoir lieu bien avant. Pour mémoire, nous sommes vraiment en guerre contre les organisations djihadistes depuis 1995 et le terrorisme était inscrit en toutes lettres comme une menace majeure dans le Livre blanc de la défense…et de la sécurité nationale de 2008, auquel le ministère de l’intérieur a théoriquement contribué.
Mais même ainsi cela n’aurait pas été suffisant pour tout arrêter. Je ne sais plus qui a utilisé cette
métaphore qui disait que les forces de sécurité, les hommes en armes, sont les « gardiens
de but » du système, ceux qui doivent agir quand tous les autres ont
échoué et qu’une faille de leur part a des conséquences immédiates et visibles.
Le problème est qu'à partir du moment où toute la population peut être attaquée les cages font en réalité toute la largeur du terrain. Avec
Vigipirate-Sentinelle on a simplement ajouté un deuxième (et coûteux) gardien. Parfois, il va réussir, la plupart
du temps il va échouer.
On peut se contenter de cela, on peut aussi décider de multiplier
les gardiens mais pour cela, il faut changer de logique et sortir du tout
régalien, de toute façon étranglé sur l’autel des réductions budgétaires, pour
faire confiance aux citoyens. Quand on a inventé la conscription et la
mobilisation des réserves, on a, par cette innovation sociale, multiplié d’un
coup et à bas coût la puissance des armées. Le principal enseignement de l’attaque
d’aujourd’hui est que des hommes et des femmes armés et compétents qui
interviennent très vite peuvent arrêter net une attaque terroriste. En réalité, il y a eu un autre cas
où des militaires français ont contribué à stopper une attaque terroriste. C’était
le 18 juin dernier à Bamako, dans un espace hôtelier où les soldats étaient en
permission…avec leurs armes. Même en maillot de bain, l’un d’entre eux a su parfaitement
utiliser la sienne.
Autoriser tous les servants d’armes, policiers, gendarmes, militaires (vous savez ceux à qui on fait confiance pour se battre dans les Ifoghas) à avoir leur arme de service (limitée dans tous les cas à une arme de poing, même pour les militaires) même hors service, serait déjà multiplier peut-être par deux les « gardiens ». Étendre cette possibilité à certains éléments de la réserve opérationnelle n°2 (les anciens militaires) et leurs équivalents du ministère de l’intérieur, les réservistes mais aussi certains membres de sociétés privées (qui rentrent souvent dans les catégories précédentes) multiplierait encore la densité d’intervention. Je sais (encore) parfaitement me servir de toutes les armes légères et dans toutes les circonstances. J'étais dans un bar à Paris le soir du 13 novembre 2015 à proximité de la zone d'attaque. Ce bar aurait été attaqué comme Le petit Cambodge, je n'aurais pas pu faire grand-chose. Avec un permis de port d'arme et une arme de poing, j'aurai pu intervenir. J'aurais peut-être été abattu mais la probabilité de sauver des gens aurait augmenté très nettement...pour un coût nul, ou minime pour l'Etat, peut-être 1 000 euros au total et pour plusieurs années, alors que, par exemple, un soldat de Sentinelle en coûte 30 000 par an. Ils y a des centaines de milliers d'hommes et de femmes en France qui ont la même capacité et sont dignes de la même confiance. 7 000 soldats dans les rues pour arrêter les attaques c'est bien, 200 000, qui plus est invisibles, c'est mieux.
Accessoirement, l'idée est soutenue depuis longtemps par beaucoup, comme Thibault de Montbrial, et "depuis longtemps" signifie avant le 13 novembre 2015 par exemple. On peut essayer de compter aussi le nombre de vies, parmi les 130 qui ont été fauchées ce soir-là, qui auraient pu être sauvées si cette idée avait été appliquée. Certainement bien plus encore qu'à Marseille aujourd'hui. Pour être cohérent, il faut envisager aussi les risques que cela peut induire. Dans ce cas, il faut rappeler que depuis le début de ces 22 ans de guerre des millions d'hommes et de femmes de confiance ont déjà assuré des surveillances en armes et considérer les dégâts éventuels que cela a provoqué. Je n'ai pas pour ma part un souvenir particulier de massacres. Rappelons aussi qu'avec le tir sportif et surtout la chasse on a déjà en France 30 armes à feux et 0,00019 homicides annuels pour 100 habitants, autrement dit 150 000 armes pour un meurtre. En réalité, ce taux est encore plus élevé car une bonne partie des homicides par armes à feux sont le fait de truands utilisant des armes de guerre volées et donc non comptabilisées. En fait, le vrai risque, de l'augmentation du droit de porter des armes c'est l'augmentation du taux de suicide.
Étrangement, j’ai tendance à croire qu’avec dix gardiens (évidemment contrôlés, formés, entraînés régulièrement, encadrés...on n’est pas aux Etats-Unis) on arrêterait bien plus d’attaques qu'avec deux et qu’un certain nombre d’échecs cités plus haut aurait pu être évité et donc des vies sauvées en bien plus grand nombre. Cela permettrait de dégager aussi la majeure partie des soldats de cette opération et de les employer plus efficacement, à l'assaut de nos ennemis par exemple au lieu d'attendre que ce soit eux qui nous attaquent. Il est quand même singulier que l'on cache les soldats qui combattent l'État islamique - rendons hommage à l'adjudant Grenier qui vient de tomber - et que l'on montre ceux que l'on empêche de le faire pour leur confier une mission de gardiens. C'est tellement singulier que leur image est utilisée pour illustrer la lutte anti-terroriste dans tous les articles et reportages. Pour mémoire, les policiers ou gendarmes peuvent remplir la même mission mais avec plus de pouvoirs et la possibilité de faire autre chose que de la surveillance-intervention.
Autoriser tous les servants d’armes, policiers, gendarmes, militaires (vous savez ceux à qui on fait confiance pour se battre dans les Ifoghas) à avoir leur arme de service (limitée dans tous les cas à une arme de poing, même pour les militaires) même hors service, serait déjà multiplier peut-être par deux les « gardiens ». Étendre cette possibilité à certains éléments de la réserve opérationnelle n°2 (les anciens militaires) et leurs équivalents du ministère de l’intérieur, les réservistes mais aussi certains membres de sociétés privées (qui rentrent souvent dans les catégories précédentes) multiplierait encore la densité d’intervention. Je sais (encore) parfaitement me servir de toutes les armes légères et dans toutes les circonstances. J'étais dans un bar à Paris le soir du 13 novembre 2015 à proximité de la zone d'attaque. Ce bar aurait été attaqué comme Le petit Cambodge, je n'aurais pas pu faire grand-chose. Avec un permis de port d'arme et une arme de poing, j'aurai pu intervenir. J'aurais peut-être été abattu mais la probabilité de sauver des gens aurait augmenté très nettement...pour un coût nul, ou minime pour l'Etat, peut-être 1 000 euros au total et pour plusieurs années, alors que, par exemple, un soldat de Sentinelle en coûte 30 000 par an. Ils y a des centaines de milliers d'hommes et de femmes en France qui ont la même capacité et sont dignes de la même confiance. 7 000 soldats dans les rues pour arrêter les attaques c'est bien, 200 000, qui plus est invisibles, c'est mieux.
Accessoirement, l'idée est soutenue depuis longtemps par beaucoup, comme Thibault de Montbrial, et "depuis longtemps" signifie avant le 13 novembre 2015 par exemple. On peut essayer de compter aussi le nombre de vies, parmi les 130 qui ont été fauchées ce soir-là, qui auraient pu être sauvées si cette idée avait été appliquée. Certainement bien plus encore qu'à Marseille aujourd'hui. Pour être cohérent, il faut envisager aussi les risques que cela peut induire. Dans ce cas, il faut rappeler que depuis le début de ces 22 ans de guerre des millions d'hommes et de femmes de confiance ont déjà assuré des surveillances en armes et considérer les dégâts éventuels que cela a provoqué. Je n'ai pas pour ma part un souvenir particulier de massacres. Rappelons aussi qu'avec le tir sportif et surtout la chasse on a déjà en France 30 armes à feux et 0,00019 homicides annuels pour 100 habitants, autrement dit 150 000 armes pour un meurtre. En réalité, ce taux est encore plus élevé car une bonne partie des homicides par armes à feux sont le fait de truands utilisant des armes de guerre volées et donc non comptabilisées. En fait, le vrai risque, de l'augmentation du droit de porter des armes c'est l'augmentation du taux de suicide.
Étrangement, j’ai tendance à croire qu’avec dix gardiens (évidemment contrôlés, formés, entraînés régulièrement, encadrés...on n’est pas aux Etats-Unis) on arrêterait bien plus d’attaques qu'avec deux et qu’un certain nombre d’échecs cités plus haut aurait pu être évité et donc des vies sauvées en bien plus grand nombre. Cela permettrait de dégager aussi la majeure partie des soldats de cette opération et de les employer plus efficacement, à l'assaut de nos ennemis par exemple au lieu d'attendre que ce soit eux qui nous attaquent. Il est quand même singulier que l'on cache les soldats qui combattent l'État islamique - rendons hommage à l'adjudant Grenier qui vient de tomber - et que l'on montre ceux que l'on empêche de le faire pour leur confier une mission de gardiens. C'est tellement singulier que leur image est utilisée pour illustrer la lutte anti-terroriste dans tous les articles et reportages. Pour mémoire, les policiers ou gendarmes peuvent remplir la même mission mais avec plus de pouvoirs et la possibilité de faire autre chose que de la surveillance-intervention.
On peut, on doit se féliciter de l’action des soldats de Sentinelle aujourd’hui mais se focaliser
là-dessus et croire, avec la série de lois anti-terroristes, que l’on a trouvé
la bonne méthode pour arrêter toutes les attaques djihadistes serait une grave
illusion. N’oublions pas que Sentinelle
rate en réalité plus de 90 % de ces attaques. Saluons nos soldats, pensons aux familles des victimes du jour
et à ceux qui ont été sauvés, n’oublions pas ceux qui sont morts alors qu’ils
auraient pu être mieux défendus.

