Il y eut une époque où nos chefs politiques et leurs premiers
conseillers militaires envoyaient des soldats dans des endroits impossibles
pour y effectuer des choses incompréhensibles. En juillet 1993, lorsque je suis
arrivé à Sarajevo, la cité du malheur et des grands mensonges, mes chefs
avaient connu le désastre de Beyrouth dix ans plus tôt. Leur slogan,
visiblement un classique militaire, était « on
ne se fera pas baiser une nouvelle fois ». Finalement, malgré tous
leurs efforts louables, ils l’ont été quand même été un petit peu et une
nouvelle fois.
Après, une guerre chasse l’autre et les générations de soldats s’empilent
et écrasent les précédentes. Les risques, les peurs, les questions d’un moment de
vie de milliers d’hommes et de femmes rejoignent alors la matière noire de
l’Histoire, celle qu’on ne voit plus mais qui existe toujours dans les têtes et
les âmes. Et puis parfois cela ressort, souvent vingt ans après les faits et après
avoir attendu en vain que les responsables des désastres aient, au moins par
respect pour ceux qu’ils ont envoyé au feu, l’élégance d’expliquer leurs
décisions.
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| Les Belles Lettres, 2017 |
A défaut de concrétiser ma part de matière noire (en me maudissant
de ne jamais avoir tenu de journal) je lis celle des autres, en l’occurrence ce
weekend les témoignages du capitaine Ancel et du général Bachelet, presque dans
une unité de temps et de lieu mais à deux bouts de la chaîne hiérarchique,
Le premier, Vent glacial sur
Sarajevo est finalement le livre que j’aurais aimé écrire, sans doute moins
bien, pour décrire la vie d’un officier pendant six mois au cœur de ce
labyrinthe géant où nous nous sentions parfois comme des souris de laboratoire
(c’était peut-être cela finalement l’explication : nous étions l’objet
d’une expérience sur l’accoutumance à l’aberrant). Nos fonctions et missions
étaient certes différentes mais les perceptions sont sensiblement les mêmes. Le
livre de Guillaume Ancel est un mélange désespérant du Désert des tartares de Dino Buzzati et du film Un jour sans fin, à ce détail près que dans ce dernier cas le
personnage principal profite de l’éternel retour des choses pour progresser
alors que là on assiste plutôt à un engrenage vers le pire.
Le capitaine Ancel arrive à Sarajevo fin janvier 1995 pour guider
les missions de frappes aériennes au profit du bataillon de casques bleus français
en place sur l’aéroport et ses alentours (avec, entre autres, cette mission
merveilleuses d’empêcher les gens de fuir la ville assiégée). Dans son journal,
il décrit avec une précision clinique, les demandes de frappes contre les Bosno-Serbes
(ou Serbes tout court, selon l’habitude impropre) lorsque, au mépris évident
des accords passés, ils utilisent leur artillerie pour frapper la ville ou pour
protéger les casques bleus la force de protection des Nations-Unies (oui, vous
avez bien lu « protéger la force de protection ») que l’on a
évidemment pris soin de disperser au milieu des assiégeants histoire qu’avec leurs
moyens volontairement réduits, ils soient encore plus vulnérables. Ces demandes
sont mécaniquement toujours suivies de guidages pour amener les avions sur la
cible jusqu’à ce qu’elles soient systématiquement annulées par l’échelon de
décision à Zagreb.
Deux ans plus tôt, à l’été 1993, les Serbes avaient attaqué sur le
mont Igman, qui domine l’aéroport et les sorties ouest de Sarajevo. Lorsqu’ils
ont été finalement arrêtés par les forces bosniaques, ils ont accepté de cesser
le combat…à condition que la FORPRONU vienne s’interposer (lire : vienne
tenir à notre place les positions que nous avons conquises pendant que nous
déployons nos forces mobiles ailleurs), ce que nos autorités s’empressèrent de
faire. Présent sur place en reconnaissance, je fus d’abord témoin, avec mon
chef le capitaine Jacono, d’une scène de l’Apocalypse : les soldats serbes
en repli brulant et dévastant la totalité des sites olympiques de 1984 et tout
ce qui avait fait de la main de l’homme. Une semaine plus tard, nous étions un
peu plus d’une centaine dispersés par petits groupes au milieu de la forêt, là où
l’application des règlements (il est vrai militaires) aurait imposé au moins
une brigade de plusieurs milliers d’hommes.
Après quelques jours, je reçus pour nouvelle mission de tenir la
route d’Igman à Krupac, un carrefour au milieu de la plaine au pied de la montagne.
En bon chef de section, je plaçais mes hommes derrière un mouvement de terrain
à quelques centaines de mètres du carrefour d’où ils pouvaient tenir le
carrefour sous le feu. Je reçu rapidement un appel m’expliquant que je n’avais
rien compris (effectivement) et que je devais être « sur » le
carrefour, certes totalement isolé et vulnérable de tous les côtés mais
visible. Je ne devais pas me considérer comme une unité de combat mais comme un
geste diplomatique.
Ce qui devait arriver arriva. Deux ans plus tard, le poste de
Krupac, tenu alors par le lieutenant Pineau, fut, comme beaucoup d’autres,
assiégé. Dans l’immédiat, les Bosniaques frustrés cherchèrent à reprendre les
positions perdues sur Igman, et s’infiltrèrent forcément sans grande difficulté
jusqu’à nos positions qu’ils attaquèrent. Mon chef fut abattu dans ce combat
mais les Bosniaques repoussés avec pertes. Ah oui, à l’époque de ce combat, on avait déjà
demandé une frappe aérienne pour nous aider qui fut d’autant plus refusée qu’il
n’était pas question que des avions de l’OTAN viennent frapper des Bosniaques. A
la place une équipe de mystérieux « men in black » à l’accent texan vinrent
dans un 4 x 4 pour calmer leurs Alliés bosniaques.
C’était donc le début de cette politique imbécile de création
d’otages potentiels qui trouva son paroxysme en mai 1995 lorsque les Serbes
décidèrent d’encercler ces postes isolés chargés à l’époque de surveiller leurs
pièces d’artillerie, comme si c’était des canons qui massacraient la population
et non ceux qui les utilisaient. Il y eut alors fatalement des redditions et
des humiliations. Ce n’était certes pas la première fois. J’ai connu un groupe
de combat de la compagnie de protection de PTT building (le quartier-général de
la FORPRONU) tomber dans une embuscade dans la vieille ville musulmane et se
faire dépouiller de tous ses équipements, véhicules et armements ou encore une
section chargée de l’escorte personnalités bosniaques et croates à l’extérieur
de la ville de se faire coincer à Rajlovac (à la sortie ouest de Sarajevo) et
se faire prendre ces mêmes personnalités sans livrer le moindre combat. On avait
alors camouflé le premier cas et transformé le second en acte héroïque, le chef
de corps expliquant aux journalistes que seul le sang-froid et le
professionnalisme de ses hommes, dûment récompensés de médailles, avaient
empêché un bain de sang.
Placez-vous maintenant dans la tête de tous ces chefs de groupe ou
de section qui voient que l’évitement du combat est présenté comme une victoire
et imaginez les encerclés de toutes part, placés de telle sorte qu’ils n’aient
aucun espoir de s’en sortir si combat il y a, hormis par le recours à frappes
aériennes qui, pour l’instant ne sont jamais venues. Certains ont cédé et se
sont rendus, d’autres ont accepté une confrontation qui n’est finalement jamais
venu, l’ennemi n’étant finalement fort que tant nous étions faibles. Mention
spéciale dans le livre de Guilaume Ancel pour l’adjudant Korrison, sur le poste
d’Osijek, et pour ma part, pour ce sergent dont je n’ai pas retenu le nom, encerclé
avec son groupe dans un véhicule blindé (un VAB) et qui organisait des séances
de chant pendant la journée de son micro-siège.
Et puis, il y eut le 25 mai 1995 lorsque un poste tenu par des
Français, à la ferme de la Shumarska, reçu un ultimatum on ne peut plus
clair : se rendre avant 16h00 ou périr. Comme à chaque fois, une frappe
fut préparée…et annulée par le général, français, commandant la FORPRONU depuis
Zagreb au prétexte « qu’il n’était
pas politiquement souhaitable de frapper les Serbes ». Il n’y eut donc
pas de frappe pour sauver des soldats français mais Ancel transforma in extremis la mission en «
démonstration de force » (un vol en rase motte) et cela a peut-être suffi
à dissuader les Serbes d’attaquer.
Il y eut deux jours plus tard, la perte du poste de Verbanja en
pleine ville près du quartier serbe de Gorbavica. Le poste fut immédiatement
repris par un assaut, à l’initiative du
général Gobilliard, commandant français du secteur de Sarajevo, initiative
devenue « ordre du Président de la République » après son succès
alors que, comme le précise le général Bachelet dans son livre, l’état-major
des armées avait « enjoint l’expectative ».
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| Riveneuve Editions, 2016 |
Mais s’il y avait retournement de situation à Sarajevo, en grande
partie par désobéissance (ou prise d’initiative, c’est selon), la lâcheté
perdurait ailleurs, à Srebrenica par exemple au mois de juillet suivant. La
France n’avait pas de prise sur cette zone, hormis par le même général (que
Chirac surnommait « eau tiède » selon Jean-René Bachelet) qui
commandait toujours l’emploi des forces de la FORPRONU et des forces aériennes
de l’OTAN mais celles-ci en « double clé » (nécessité d’une acceptation
commune de l’OTAN et de l’ONU). Sur place, le bataillon néerlandais en charge
de la protection de la population ne prenait surtout aucune initiative et l’acte
le plus fort fut la prise de photos aériennes des massacres que Guillaume Ancel
a pu contempler avec consternation. Comme cela ne suffisait pas, il y eut aussi
Zepa, autre enclave censée être protégée par l’ONU et cette fois sous la
responsabilité du général Gobilliard. Après la prise de Srebrenica, il avait bien
envoyé une compagnie de soldats français pour éviter le même sort à Zepa, avant
de recevoir l’ordre de le faire revenir. Zepa a donc été prise par les Serbes
quelques jours plus tard.
Dans les années 1940, une expérience américaine montra que face à
des mouvements erratiques de figures géométriques, une grande majorité des
observateurs finissaient par leur trouver une logique. L’incohérence déplaît, encore
plus lorsqu’il s’agit de choses humaines et mortelles. Il semble en réalité que
certaines politiques n’ont pas forcément plus de cohérence que ces mouvements
de carrés et triangles laissés au hasard des lois de la physique.
Pour s’en
convaincre, il suffit de lire un chapitre de Sarajevo 1995-Mission impossible. Quelques jours avant de relever
le général Gobilliard, le général Bachelet vient connaitre les termes de sa
mission et le cadre stratégique français dans lequel elle doit s’inscrire. La
suite est surréaliste, les politiques qui viennent d’arriver au pouvoir sont
dans la posture (plutôt sympathique) pour le Président de la République ou dans
l’imposture pour Charles Millon, nouveau ministre de la défense qui n’y
comprend rien. Dans le gouvernement, seul Alain Juppé Premier ministre et
ancien ministre des affaires étrangères, connaît le dossier sans parvenir
toutefois à définir une ligne claire pour la France. Du côté des militaires,
l’amiral Lanxade, le CEMA « finissant » considère qu’il n’a pas le
temps de parler avant de partir en permissions et le « montant », qui
n’a pas encore pris ses fonctions est de la même école que Charles Millon.
Quant au sous-chef opérations, futur chef de cabinet militaire du ministère de
la défense puis inspecteur général des armées, le général Bachelet ne le nomme
pas tant il lui répugne mais on reconnaît bien sûr le général Germanos. Condamné
bien plus tard pour pédophilie, il n’apparaît alors que comme un intrigant qui
ment sciemment au Président de la République en lui disant ce qu’il veut
entendre.
Ce passage, comme celui final qui décrit le retour inopiné à Paris,
est dévastateur mais éclairant sur le processus de décision stratégique. On
croit toujours que des gens, a priori bien sélectionnés ou bien élus, alimentés
par les meilleures informations disponibles, vont développer des grandes visions
et des stratégies cohérentes. La réalité est hélas souvent décevante. Le
système politico-militaire ne sélectionne pas forcément que des brillants à sa
tête (mais ça arrive) et des médiocres ne sont qu’à peine moins médiocres s’ils
sont bien informés, ce qui n’est d’ailleurs même pas forcément toujours le cas.
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| Vu des Etats-Unis, 2013 |
Au final, le général Bachelet (qui apprend lui-même à Gobilliard qu’il
est relevé plus tôt que prévu) part avec ce qui semble être le dénominateur de
beaucoup d’opérations militaires françaises : « La France, membre
permanent du Conseil de sécurité, doit en être ». L’essentiel c’est de
« se montrer », aux autres et à l’opinion. Pour l’efficacité sur le
terrain, sinon la victoire, on verra plus tard. De toute façon il faut des
moyens pour ce genre de considérations.
Le général Bachelet est à Sarajevo le 10 août. Dix-huit jours plus
tard, un obus frappe un regroupement de la population pour une distribution de
vivres dans une rue à proximité du marché de Markalé, tuant 38 personnes et en
blessant 85 autres. Le massacre, le second dans la zone après celui de 5
février 1994, est alors le prétexte que les Américains attendaient pour
déclencher la guerre. L’avantage avec eux, c’est que les choses sont claires à
partir du moment où des « bad guys »
sont définis, il faut les frapper jusqu’à la destruction ou la capitulation. La
France « en est » et suit avec quelques appareils et surtout
l’artillerie de la Force de réaction rapide sur Igman. Le premier inconvénient
avec les Américains est que ce déploiement de puissance ne s’accompagne pas
toujours de finesse, il y a donc des bavures mais elles sont tues. Le second
est de croire que s’il y des « bad
guys », leurs ennemis sont obligatoirement des « good guys », or ce n’est pas
toujours le cas.
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| L'époque des seigneurs de guerre |
Passons sur les combattants djihadistes plus présents à l’époque
dans les fantasmes serbes que sur le terrain, surtout à Sarejevo. Bien plus
dangereux ont longtemps été les petits seigneurs militaro-mafieux, les Tsatso,
Celo et autres Yuka, qui régnaient sur une grande partie de la ville. Ils
étaient durs, rackettaient les habitants, détournaient l’aide humanitaire,
combattaient parfois les Serbes (grâce disait-on aux munitions qu’ils leur
achetaient, on peut être ennemis et associés en affaires) et tuaient aussi régulièrement
des Sarajevins. Tsatso s’était ainsi fait connaître en égorgeant publiquement
le fils d’un des chefs de la police. Notre premier combat, deux heures après notre arrivée fut contre ses miliciens, en plein cœur de la ville. Nous y perdîmes un homme, la gorge transpercée, mais nous y avons montré que l'on se battrait. Le terme « demande d'autorisation de tir » fut banni du vocabulaire de ce premier Batinf 4.
A la fin de l’année 1993, le gouvernement bosniaque avait finalement décidé de les mettre au pas et on a pu assister en direct à une petite guerre civile au cœur de la grande. La petite histoire raconte que c’est le père du garçon égorgé qui a mené l’assaut contre le bunker de Tsatso et s’est occupé personnellement de son cas. Étrangement nos pertes ont beaucoup diminué depuis cette époque. Pour autant, la Bosnie n’était pas devenue un canton suisse et, s’ils étaient moins dangereux pour nous, les margoulins et les malfaisants y prospéraient toujours.
A la fin de l’année 1993, le gouvernement bosniaque avait finalement décidé de les mettre au pas et on a pu assister en direct à une petite guerre civile au cœur de la grande. La petite histoire raconte que c’est le père du garçon égorgé qui a mené l’assaut contre le bunker de Tsatso et s’est occupé personnellement de son cas. Étrangement nos pertes ont beaucoup diminué depuis cette époque. Pour autant, la Bosnie n’était pas devenue un canton suisse et, s’ils étaient moins dangereux pour nous, les margoulins et les malfaisants y prospéraient toujours.
Nous avions donc pris l’habitude de séparer la population, les
petites gens sur qui tout tombait et dans tous les camps, de leur nomenklatura
politique et militaire bien moins sympathique, et là encore dans tous les camps.
De ce fait, le sort de la population serbe de la ville, presque entièrement
concentrée dans le quartier de Gorbavica (j’ai vu une grande partie de la
population serbe du reste de la ville se faire chasser misérablement), nous
importait aussi. Ce fut l’« erreur » du général Bachelet. Seul, sans
grand soutien de sa chaîne hiérarchique (mais il y en avait, tout n’est pas
stupide et noir), il devait faire avec des « Alliés » aux objectifs
divergents. Les Russes soutenaient des Serbes forcément innocents de tout et
développant la thèse de l’auto-attentat à Markalé, thèse pas forcément stupide
mais évidemment reprise par tous les pro-serbes, (lire chrétiens angoissés par
le « péril musulman »). Les Américains soutenaient les Bosniaques et
les Croates et peu importait que ceux-ci pratiquent l’épuration ethnique en
Krajina et s’apprêtent à faire de même à Gorbavica. Il y avait aussi les
Britanniques, qui soutenaient les Américains (de l’avantage d’une politique
étrangère simple).
Il y a avait une autre population aussi à Sarejevo, moins
nombreuse et plus intermittente (sauf d’authentiques héros) : celle des membres
d’ONG à la recherche d’un trip, des reporters de deux jours en quête de
photos-chocs, de philosophes en carton venant quelques minutes entre deux
avions se faire interroger en mode « sous le feu »…dans l’endroit le
plus protégé de la ville (décrite le 5 mai 1995 dans Vent glacial), de défenseuse des animaux livrant des tonnes de
nourriture pour chiens « parce qu’il
n’y a pas que les humains qui souffrent de la faim ». Il y a eu aussi
une femme de Président en goguette. Sa visite éclair (mais seulement du côté bosniaque
de la souffrance) avait alors paralysé toutes les forces de la ville pour
assurer sa protection et non, par exemple celle de l’aide humanitaire. Pour
quelques heures et sous haute protection, Sarajevo était « the place to be » des combattants
parisiens de la liberté.
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| Presses de la cité, 1995 |
Ce sont ces combattants de la liberté, et leurs grands journaux
nationaux, qui ont eu finalement raison du général Bachelet, en faisant passer
son souci de protéger la population serbe de Gorbavica, pour un soutien politique
au camp bosno-serbe, oubliant au passage qu’ils parlaient du général français
qui, quelques semaines plus tôt, avaient fait le plus de mal à ces mêmes serbes.
On l’a dit plus haut l’important était que la France soit là mais plutôt sans
se faire remarquer. Prendre le risque de déplaire à la presse, unanimement
acquise à la cause bosniaque et américaine (ou l’inverse), c’était prendre le
risque d’un scandale, l’équivalent d’une défaite pour les politiciens. Dès lors
la cause était entendue et elle ne fut guère défendue.
On vous l’a dit, c’était un temps déraisonnable. Ce temps est
heureusement révolu. Ce n’est pas maintenant que l’on enverrait des soldats en
opérations sans moyens, à 1 650 par exemple pour sécuriser un pays
africain en six mois ; que l’on participerait à une coalition juste pour « en
être » et parce que sans l’aide du leader de cette coalition, on serait
mal par ailleurs ; que l’on s’engagerait sur un demi-continent sans préciser
comment on va gagner la guerre (qui est la chose des nations et non des seuls
militaires) ou encore que l’on met des milliers de soldats dans les rues
pendant dans des années juste pour montrer aux Français que l’on fait quelque
chose. Non, le temps des « gestes », au sens de gesticulations
(bouger dans tous les sens sans cohérence) et non d’épopées, est bien sûr derrière
nous.






