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dimanche 30 janvier 2022

Mali, le choix de l'embarras

Publié le 10 juin 2021

Il est toujours étonnant de constater l’absence de profondeur historique des décisions politico-stratégiques. Lorsqu’on a décidé de lancer l’opération Barkhane en août 2014, on décidait de se lancer dans quelque chose que l’on n’avait pratiquement jamais réussi jusque-là, mais dans l’euphorie de la victoire de l’opération Serval quelque mois plus tôt, on tentait le coup quand même. Suprême inconséquence, non seulement on se lançait dans quelque chose de très hasardeux, mais on s’engluait aussi en Centrafrique, on s’engageait en Irak et quelques mois plus tard, on lançait même 10000 soldats dans les rues de France, le tout en continuant les réductions d’effectifs et de budget.

Le scénario consistant à venir au secours d’un État défaillant mis en danger par une organisation armée importante avait pourtant été joué plusieurs fois, du Tchad au Mali en passant par le Rwanda, pour ne parler que des engagements où la France avait le premier rôle. Cela n’a fonctionné qu’une fois, au Tchad avec les opérations Manta et Epervier, de 1983 à 1987, car la faiblesse de l’État qui nous appelait à l’aide était conjoncturelle. De fait, l’armée nationale tchadienne, qui ressemblait plus à une assabiya qu’à une armée régulière, était une bonne armée, mais elle se trouvait en position d’infériorité face au «gouvernement national de transition» (GUNT), en fait un groupe rebelle tchadien doté d’une assabiya similaire, soutenu par l’armée libyenne. L’intervention française, plus dissuasive qu’active, a permis d’équilibrer le rapport des forces jusqu’à ce que le GUNT se rallie au gouvernement en octobre 1986. Avec un peu d’aide française, les deux armées tchadiennes conjuguées ont alors détruit les forces libyennes dans le nord du pays et le sud de la Libye.

Pour le reste, on nous a appelé à l’aide parce que l’on se trouvait structurellement faible et l’intervention française n’a jamais rien changé fondamentalement à cela. Quand on s’est engagé au Tchad en 1969, nous sommes parvenus au bout de trois ans à neutraliser le Front de libération nationale (Frolinat) au centre du pays, mais pas dans le nord. On a  eu alors l’intelligence de considérer que cela suffisait. L’État a été sauvé, la majeure partie de la population sécurisée, et avec un bataillon en alerte à N’Djamena et une armée de l’air mixte franco-tchadienne on a pu contenir l’ennemi dans le nord. Point particulier, ce succès, relatif, mais succès quand même, n’a pu être obtenu que parce que l’armée tchadienne a été placée provisoirement sous commandement français. En réalité, le corps expéditionnaire était hybride et ce n’est ainsi que l’on pouvait vraiment être efficace.

Bien sûr, quand dans une poussée nationaliste le nouveau gouvernement tchadien a exigé le départ des dernières troupes françaises en 1975, les choses n’ont pas tardé pas à se dégrader, car l’État tchadien était intrinsèquement plus faible que les rebelles du nord. Il ne va pas tarder d’ailleurs à refaire appel à nous. On est donc revenu au Tchad en 1978, avec l’opération Tacaud, mais on l’a fait dans la demi-mesure en choisissant au bout du compte de s’interposer. Bien entendu, cela a été un échec, mais là encore on ne s’est pas obstiné et les forces ont été repliées en 1980. Notons au passage que cet échec n’a pas provoqué pas de grande déstabilisation dans la région. Les factions tchadiennes se sont combattues entre elles, jusqu’à ce qu’il n’en reste que deux dont une au pouvoir et l’autre en opposition. C’est la faction au pouvoir qui a fait appel à nous en 1983. Cela a fonctionné on l’a vu et la situation s’est stabilisée à peu près lorsqu’Idriss Déby a pris à son tour le pouvoir en 1990, avec notre bénédiction. Quitte à intervenir autant le faire du côté du plus fort, cela augmentera notre taux de victoire.

C’est un peu la réflexion que se faisaient tous les soldats de l’opération Noroit au Rwanda de 1990 à 1993. Pendant qu’en haut lieu on spéculait sur la présence de Britanniques ou d’Américains en face de nous et qu’on se félicitait d’avoir imposé la démocratie au dictateur Habyarimana, on comprenait sur la ligne de front que tout cela était factice. On voyait bien que le Front patriotique rwandais (FPR) était militairement très supérieur aux Forces armées rwandaises (FAR) que nous soutenions et que tous les conseils et stages de formation que nous pouvions prodiguer n’y changeraient rien. Tout au plus parvenait-on par notre présence et quelques coups de canon à contenir le FPR à la frontière avec l’Ouganda, mais on savait très bien que quand nous partirions le rapport de forces sera toujours à l’avantage du FPR. Il fallait être bien naïf de penser que l’imposition d’un accord de paix à des gens qui veulent en découdre équivalait alors à la paix. Bien entendu cela s’est terminé dans la violence, mais plus encore que nous l’imaginions. Rétrospectivement, il aurait mieux valu choisir l’Ouganda et le FPR comme alliés, Paul Kagamé aurait quand même instauré sa dictature, mais cela aurait été plus rapide et le génocide aurait sans doute été évité. On se serait aussi économisé près de trente ans d’accusations, sinon celle d’aider un dictateur, ce dont on avait l’habitude. A défaut, il fallait combattre vraiment le FPR, même discrètement, le long de la frontière pour essayer de le neutraliser pendant plusieurs années. Car, deuxième problème de l’époque, non seulement on choisissait des alliés faibles et corrompus, mais on ne les appuyait qu’avec des demi-mesures. Il ne faut pas s’étonner de n’avoir eu que des résultats médiocres, voire désastreux comme à Beyrouth en 1983-1984 lorsqu’on a appuyé le gouvernement libanais et son armée avec une force multinationale qui n’avait pas le droit de combattre. On connait le résultat : un retrait piteux après 356 soldats tués pour rien en 18 mois dont 89 français.

Toutes ces leçons n’ont visiblement pas porté. Lorsque la Côte d’Ivoire est elle-même déchirée en 2002, on aurait pu choisir de ne rien faire ou de combattre avec un camp, qui en droit aurait dû être le gouvernement légitime, et en potentiel, peut-être les Forces du nord. Encore une fois, on décidait de s’interposer et de couper le pays en deux pour essayer d’imposer la paix par des négociations. Bien entendu, cela n’a plus fonctionné qu’avant ou ailleurs. La paix c’est quelque chose qui imposée par un vainqueur. De «guerre lasse», on a enfin choisi en avril 2011 un camp, alors le plus légitime et le plus fort, et la crise a pris fin.

Évidemment, on s’est félicité officiellement de l’opération, dans les faits quand le gouvernement malien a, à son tour, été menacé en janvier 2013 par d’autres forces du nord, personne ne proposait cependant de «refaire Licorne». On notera aussi que le gouvernement malien appelait au secours la France, car il ne pouvait appeler personne d’autre. L’armée française reste par défaut la seule force de réaction rapide de l’Afrique subsaharienne. Grande surprise, on décidait alors de combattre, avec un discours clair et des objectifs limités. Ce fut donc un succès.

Et nous voilà au point de départ. Après le succès de Serval, imaginer qu’en restant militairement au Mali, et qu’avec quelques stages de formation de type tonneau des Danaïdes prodigués par des instructeurs européens ou des centaines de millions d’euros d’aides en tout genre, on allait être relevés rapidement par une armée structurellement parmi les plus faibles et corrompues au monde, relevait de la magie. Or, la magie ne fonctionne que pour ceux qui y croient naïvement. Au bout de sept ans de Barkhane, il est peut-être temps d’ouvrir les yeux et de transformer cette opération, en commençant par se dégager du Mali.

Petit résumé. Nous avons mené 32 opérations importantes de guerre ou de stabilisation depuis 1962, les seules qui ont réussi alignaient correctement les planètes de la stratégie : un objectif clair et réaliste, des moyens adaptés et l’acceptation du risque. On y a su à chaque fois ce qui suffisait et on n’est pas allé trop loin, le trop loin se mesurant essentiellement à la solidité de la planche sur laquelle on s’appuie. Il serait temps aussi de comprendre que les planches pourries ne se transforment pas en plaques d’acier simplement parce qu’on le souhaite ou qu’on y injecte de l’argent.

mercredi 30 septembre 2020

Barkhane-Une analyse de l’engagement militaire français au Sahel

La nouvelle étude porte la campagne militaire français au Sahel de mai 2013 à septembre 2020, ses fondements stratégiques, son évolution, son bilan opérationnel et tactique et surtout ses perspectives.

Cette note de 21 pages est disponible ici en version Kindle.

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01-La guerre première. De la guerre du feu à l'empire de fer
02-La voie romaine. L'innovation militaire pendant la République romaine
03-L'innovation militaire pendant la guerre de Cent ans

04-Corps francs et corsaires de tranchées. La petite guerre des Français (1915-1918)
05-Innovations militaires en Indochine (1945-1954)
06-La victoire oubliée. La France en guerre au Tchad (1969-1972)
07-La guerre d'usure entre Israël et l'Egypte (1969-1970)

08-GI’s et Djihad. Les évolutions militaires pendant la guerre en Irak (2003-2008)
09-Sisyphe à Gaza. Israël contre le Hamas, enseignements opératifs et tactiques (2008-2014)
10-Levant violent. Une brève histoire militaire de la guerre en Syrie et en Irak (2011-2016)
11-Etoile rouge. Enseignements opérationnels de quatre ans d'engagement russe en Syrie (2015-2019)
12-Lutter contre les organisations armées en Afrique subsaharienne (avec Laurent Touchard)

13-L'art de la guerre dans Starship Troopers de Robert Heinlein

14-Théorie de la section d'infanterie
15-Régiment à haute performance
16-Une expérience de lutte contre les snipers (Sarajevo, 1993)
17-Retour sur les combats d'Uzbin (18 août 2008)

18-VE 1 Manager comme un militaire. Recueil de billets
19-VE 2 20 notes sur les organisations humaines. Recueil

20-L'expérience des Combined action platoons-Une expérience réussie de contre-guérilla au Vietnam
21-Le vainqueur ligoté-L’armée française des années 1920
22-Confrontation en Ukraine (2014-2015)-Une analyse militaire
23-Barkhane-Une analyse de l'engagement militaire français au Sahel

vendredi 8 novembre 2013

Gouraud et la colonne de l’Adrar, 1908-1909-Par Julie d’Andurain

La campagne de l’Adrar dirigée par le colonel Gouraud (1909) n’est pas sans ressemblances avec l’opération Serval qui est en train de se dérouler au Mali. Si l’époque et les hommes sont évidemment différents, les lieux n’ont quant à eux guère changé ; les motivations ne sont pas, elles non plus, sans analogies possibles en ce qu’il s’agissait de protéger les populations vivant près des fleuves Sénégal ou Niger tandis que le fait religieux venait ajouter de la complexité à une situation locale déjà passablement troublée.

La relation entre la France et les populations Maures remontaient à la toute fin du XIXe siècle quand la mission d’exploration Blanchet (avec M. Deriems et le lieutenant Jouinot-Gambetta) avait été capturée par l’émir El Mokhtar Oul Ahmed Ould Aida, chef politique d’Atar (1900). Libérée grâce à l’action du Cheikh Saad Bou, la mission était rentrée saine et sauve mais l’autorité d’El Mokhtar avait été ruinée. Cela avait entraîné une série de luttes entre tribus maures (les guerriers d’El Mokhtar luttant contre les Oulad Bou Sba et les Régueibat) tandis que l’installation française sur la rive nord du Sénégal et au Maroc contribuait à rejeter vers l’Adrar des opposants à la présence française. Là, sur fond d’une disette sans précédent (1904), ils devenaient ipso facto des étrangers et des aventuriers alimentant encore davantage la puissance des compétiteurs qui ne cessaient de se multiplier : Moulay Idriss, « l’oncle du sultan » du Maroc, cheickh Ma el Aïnin et ses « hommes bleus », M’Hamed des Ouled Ghailane. La mort de Coppolani (1905) sur fond de guerre avec les Trarzas et les Braknas laissait aux Français l’image d’un pays anarchique qui menaçait de plus en plus le Sénégal au sud, le Maroc et l’Algérie au Nord au moment où la France intervenait au Maroc (dans la Chaouïa en 1907).

Les attaques successives de détachements français au cours de l’année 1908 - attaques au cours desquelles trois officiers (capitaine Repoux et Georges Mangin, lieutenant Reboul) sont tués avec trois sous-officiers et 85 tirailleurs indigènes - décident le gouvernement français à intervenir. Son intention consiste alors à vouloir « purger le pays de tous ses éléments de troubles, de désordre, et de réduire, une fois pour toutes, les guerriers dissidents ». Sur la base d’une distinction rhétorique fondamentale entre les notions de colonies et de protectorat, il n’entre pas alors dans ses vues de transformer la mission de police en une phase de conquête. L’opération de police prévoit donc de procéder à l’occupation d’Atar, capitale de l’Adrar, de façon à aller chercher les bandes qui, depuis le désert, organisent des rezzous généralement dirigés vers les rives du fleuve Sénégal ; dans le même temps, les Français étant assurés de l’existence d’un réseau de circulation des armes qui transite par le vaste hinterland désertique, le Maroc et, au-delà, les Canaries, il s’agit de le neutraliser.

Elaboré sur la base d’un recrutement local estimé devoir coûter 1 500 000 francs, le plan est établi tout au long de l’année 1907 par le gouverneur général Roume et le lieutenant-colonel Gouraud, Commissaire du Gouvernement de Mauritanie par interim depuis août 1907 en remplacement du lieutenant-colonel Montané-Capdeboscq. Le plan est approuvé par le gouvernement français à la fin de l’année 1908. En novembre 1908, Henri Gouraud, devenu colonel, est rappelé en Mauritanie où il reçoit le titre de Commissaire du gouvernement en Mauritanie. Sa colonne est constituée à Moudjeria le 5 décembre 1908. Elle se compose d’un état-major de 80 officiers et sous-officiers européens, de 800 tirailleurs sénégalais, de méharistes réguliers, d’un peloton de cavalerie, d’une section de mitrailleuses, d’un goum de 100 auxiliaires méharistes maures et d’une compagnie de partisans. Au total, un millier de combattants, une seule carte au 1/1.000.000e qui vient à peine d’être relevée et une connaissance encore imparfaite de l’Adrar. On sait alors simplement qu’Atar passe pour être une forte citadelle qui sert de place d’armes aux tribus guerrières qui s’y rassemblent ; eu égard à la présence de nombreux puits et palmeraies, le pays est riche et la population relativement dense dans les villes d’Atar, de Chingueti, Ouadan et Ksar Teurchan.

D’emblée et parce qu’il est un « broussard » déjà confirmé, Gouraud sait donner les ordres de marche de façon à éviter les rezzous diurnes et nocturnes : il fait adopter une marche en convoi en carré simple afin de couvrir l’artillerie et le convoi, la colonne devant se considérer comme étant de grand’garde en marche comme en station. Il a prévu dès les premiers jours la formation de l’échelon de combat et de l’échelon de convoi, de même qu’il soigne particulièrement la formation des bivouacs adoptant à chaque fois des plans très rigoureux. Enfin, tous ses ordres rappellent la nécessité de prendre soin du ravitaillement de la colonne, la question de l’alimentation des chameaux n’étant pas la dernière de ses préoccupations.

Les combats commencent dès les premiers jours avec notamment l’attaque du puits d’Amatil où un détachement de surveillance est sévèrement malmené les 30 et 31 décembre 1908. Mais cela n’empêche pas la progression de la colonne principale qui, avec une très grande rapidité, se dirige vers la capitale. Quand elle arrive devant Atar le 7 janvier 1909, après avoir forcé le défilé d’Hamdoune, le drapeau blanc flotte au-dessus de la ville. Les demandes d’aman se multiplient pendant que des colonnes secondaires sont envoyées vers Chingueti et l’Adrar oriental ainsi qu’à Ksar Teuchan. Neuf mois plus tard, après le nettoyage du massif d’Idjil, l’Adrar semble pacifié. De très nombreuses tribus se sont soumises puis ralliées : les Ouled Ghailane, les Ammoni Ackchar et des Snacides de Ksar Teurchan ; les dissidents restants alliés de Ma el Aïnin ont fui vers le nord, vers le Maroc notamment. Dès septembre 1909,  estimant sa mission achevée, le colonel Gouraud remet son commandement à son second le commandant Claudel et rentre en France.

A bien regarder l’ensemble de l’opération, la préparation de l’opération de police a presque été plus longue que la campagne elle-même. La colonne de l’Adrar a prouvé en définitive un principe que l’armée française s’est appliquée à reproduire par la suite, celui de sa capacité à être mobile tant dans le Sud-Algérie que dans les territoires militaires du Haut-Sénégal et du Niger face aux nomades de Mauritanie.

mardi 1 octobre 2013

Afghanistan, Mali, laboratoires tactiques de la combativité-par Sébastien Chenebeau

Audace, surprise, volonté, rusticité, agressivité sont en grande partie Le socle de la victoire au Mali. Mais elle n'a été rendu possible que par l'assimilation des leçons des années de guerre en Afghanistan. Cet article met en lien les deux théâtres et trace les pistes pour maintenir le niveau de préparation optimal des forces françaises.

1. Un point de départ : l'Afghanistan

La part prise dans les combats par l'Armée française en Afghanistan a particulièrement augmenté à partir de 2008 quand le premier GTIA a été déployé en Kapisa sous commandement américain. Le 8èmeRPIMa inaugurait une nouvelle ère après deux décennies d'interposition et de règlement express de crises africaines. L'évacuation de ressortissants et  les missions sous chapitres 6 et 7 de l'ONU étaient la norme. Or la tournure de la crise afghane changeait radicalement la donne. La coalition faisait face à un adversaire déterminé, habitué au combat et prônant la résistance à un envahisseur. L'armée française n'était pas prête à reprendre immédiatement le combat ni à faire de la contre-insurrection.

C'est finalement un combat complexe et éprouvant qui a été mené là-bas. L'éloignement n'a pas facilité l'accomplissement des missions confiées par le commandement américain ni le soutien en demi-teinte de l'opinion publique française. Un paradoxe est rapidement apparu, celui de remplir une mission tactique en première approche assez simple (neutraliser les résistances en Kapisa) tout en ménageant une volonté politique floue et des objectifs stratégiques aux contours mal définis (la France avait une volonté propre mais n'était qu'un pion du dispositif général de la FIAS). Ce défi peut sembler surmontable mais la résistance opiniâtre des insurgés et même leur renforcement mandat après mandat ne plaidaient pas pour une victoire tactique. La mission n'a finalement pas été pleinement remplie sur le terrain et le départ des troupes françaises de Kapisa a sonné le repli, en cours, des autres contingents. 

La guerre en Kapisa se résume pour le contingent français une succession de micro-succès tactiques. Si les troupes françaises ne tenaient pas le terrain, elles ont toujours pris le dessus sur les insurgés dans les combats. Les raisons de l'accomplissement partiel de la mission sont donc ailleurs, il n'y a pas de faillite tactique. La physionomie asymétrique de la guerre, la résistance populaire, le soutien transnational à l'insurrection, l'observation de règles d'engagement différentes entre les belligérants, la faiblesse du gouvernement officiel afghan, les luttes intestines ethniques et religieuses, l'éloignement des bases sont autant de facteurs qui contrecarrent les résultats.

En dépit de ce tableau un peu noir que je dresse, tout n'a pas été perdu.

Les Armées ont consenti un effort considérable pour se préparer à cette difficile mission de guerre. Et c'est essentiellement au niveau tactique que l'on tire aujourd'hui les bénéfices d'une préparation opérationnelle longue et méticuleuse s'appuyant sur l'expérience des autres nations, principalement les Américains et les Britanniques, et sur l'exemple des jeunes "anciens" d'Afghanistan. Les six mois consentis à chaque bataillon pour se préparer ont permis à chaque unité d'aller dans le détail du combat qu'elle allait mener. Le tir a été remis au centre de toutes les préoccupations et de nouvelles armes ont été acquises. La manœuvre contre un adversaire évanescent et utilisant tous les moyens y compris la population a été travaillée. La coordination interarmes et interarmées a été confirmée et répétée dans les camps de manœuvres. Et surtout, la cohésion et la camaraderie ont été réaffirmées comme un facteur de succès et d'acceptation des pertes. Car l'acceptation des pertes avait été laissée de côté dans les dernières opérations. Il y en eut mais si peu et souvent par accident. Or, en Afghanistan, il s'agissait de pertes au combat dans des duels recherchés et consentis. 

Tout ce corpus d'entraînement a payé dans les vallées afghanes. La tactique a été renouvelée mais pas changée, les vieux schémas de la manœuvre sortent confortés de l'épreuve du feu. Les matériels, eux, n'ont pratiquement pas changé mais leur emploi a été adapté pour en tirer le meilleur parti. La chaîne de commandement tactique s'est rôdée rapidement pour se concentrer sur l'essentiel mais aussi intégrer les nouveautés (des appuis en plus grand nombre et variés, la prise en compte de l'environnement opérationnel, le partage du renseignement). Les PC sont bien des machines à produire et donner des ordres pour battre l'adversaire.

Enfin deux ans après, un imaginaire commun de la guerre en Afghanistan commence à apparaître. La fierté d'avoir combattu là-bas avec ses copains, pour sa compagnie et son régiment, fait oublier les mauvais moments passés sous le feu et transcende le sacrifice de ceux qui sont tombés au combat.

2. Au mali, le retour sur investissement.

L'attaque éclair des djihadistes, pour prévisible qu'elle était, a un peu pris de court la communauté internationale qui préparait via l'union européenne un programme de renforcement de l'armée malienne. En France, un certain marasme menaçait de s'installer dans les Armées qui, avec la fin de l'opération Pamir, voyaient leur engagement largement réduit. Malgré tout, la période était plutôt favorable à une nouvelle intervention avec des troupes aguerries et un théâtre plus proche dans lequel les intérêts de la France étaient directement menacés. Reste la question des capacités disponibles, celles-ci étaient en revanche comptées avec de nombreux matériels toujours en Afghanistan ou en transit et un parc qui se réduit chaque jour un peu plus par sa vétusté ou l’arrivée retardée de nouveaux équipements.

Cependant, la physionomie géographique du Mali et les ambitions des rebelles djihadistes ne laissaient pas augurer une mission facile avec des résultats rapides. Le Mali est grand comme deux fois la France et le Sahara était la zone sanctuaire probable. C'est un milieu particulièrement hostile et la mission se compliquerait inévitablement des élongations opérationnelles et logistiques. De plus, si le Mali était surveillé depuis plusieurs années, il se trouve relativement loin des bases principales en Afrique, Dakar et Abidjan sont à plus de 4 heures de vol ou 3 jours de route au minimum.

Ajoutons pour finir de brosser le tableau de départ que si les troupes françaises bénéficiaient de leur expérience afghane, le niveau de préparation des forces en alerte n'avait rien de commun avec un bataillon prêt à partir pour la Kapisa. La préparation opérationnelle est toujours trop faible et ne garantit pas que tous les aspects d'un combat en milieu désertique soient maîtrisés. Il allait falloir faire avec l'existant et la motivation engendrée par une nouvelle opération. 

Cependant la contre-attaque vers le Nord du Mali est une véritable "success story".

L'audace a été la caractéristique majeure de la reprise de l'initiative. Cette audace prend forme au plus haut niveau, politique et stratégique. La reconquête du nord sonnait comme un défi que les états-majors impliqués ont relevé dès les premières heures. Ainsi toutes les hypothèses ont été étudiées et retenir le mode d'action combiné, à priori osé,  parachutage et raid blindé s'est avéré adapté au théâtre et à l'adversaire. Le tempo mis par les djihadistes a été inversé. Les troupes françaises conjointement avec les troupes maliennes ont relancé l'action vers le nord du pays en moins d'une semaine. La prise de risque était selon toute vraisemblance calculée pour éviter le syndrome Arnheim. La volonté politique clairement affichée est venue appuyer les plans échafaudés en quelques jours par l'état-major des armées.

Ces choses étant posées, le succès appartient ensuite aux troupes engagées. La clé de la réussite vient essentiellement de la réalisation tactique des plans d'opérations.

C'est dans ce domaine que l'expérience afghane vient appuyer efficacement les plans. En effet, la majorité des unités engagées étaient passées par le tamis de la Kapisa. Que ce soient le 2ème REP, le 1er RCP ou le 16ème BC renforcés de leurs interarmes, ces unités avaient peu de temps auparavant pris les réflexes du combat à tous les niveaux, du chef à l'exécutant. Bien entendu, de jeunes soldats et de jeunes chefs se trouvaient dans les rangs. Mais ils bénéficiaient de l'expérience des plus anciens et des retours d'expérience disséminés depuis plusieurs années dans les rangs des armées.

Les fondamentaux du combat interarmes se sont révélés précieux et bien assimilés. Les bataillons déployés au sol ont intégré sans délai les capacités génie, artillerie et surtout les appuis par la troisième dimension. On peut aussi ajouter que le passage d'un grand nombre de soldats, terriens et aviateurs, au Tchad donnaient un vernis utile sur le combat en zone désertique.

Quoi qu'il en soit, la reprise de Gao et le contrôle de la ville, notamment par le 16ème BC faisaient appel aux savoir-faire du combat en localité. Ceux-ci, travaillés dans le remarquable CENZUB et dans les combats en vallée d'Alasaï , ont permis une neutralisation du MUJAO efficace et durable. L'adversaire n'a pu que se replier et a dû se contenter d'actions asymétriques incapables de peser contre la force. Dans l'Adrar, c'est le combat interarmées sous toutes ses formes qui a eu raison des katibas d'AQMI et d'Ansar Eddine. Le choix du bataillon TAP d'attaquer à pied la vallée de l'Amététaï n'était pas seulement guidé par le manque de véhicules, c'était un choix délibéré pour neutraliser les combattants définitivement. Ce qui montre que la destruction physique de l'adversaire reste toujours nécessaire pour l'emporter.

Enfin la réussite de ce combat dans l'Adrar est aussi la résultante d'une exécution parfaite des actes élémentaires du combattant. Le chef du GTIA TAP avait demandé à son bataillon de faire preuve de la plus grande agressivité mais sans négliger la restitution à la lettre des actes réflexes. Ce qui fut fait. Observer s'est avéré payant pour déceler l'adversaire avant qu'il puisse réagir, se poster du mieux possible, se camoufler, s'orienter, porter un message, le détail a fait la différence. Et celle-ci s'est accrue grâce à la grande rusticité de cette infanterie qui a conservé les savoir-faire du combat à pied. La résistance aux longues marches sous un soleil de plomb, en portant des charges importantes a permis de conserver l'initiative en allant réduire les postes de combat d'AQMI dans les rochers de l'Adrar.

Les chefs quant à eux, ont appliqué les schémas les plus classiques du combat de l'infanterie augmenté des capacités interarmes et interarmées. La manœuvre de réduction d'une position est toujours vraie et payante quand l'appui et la couverture sont bien en place. "Qui tient les hauts tient les bas" est un adage toujours aussi vivant. La liste est encore longue.

3. Capitaliser sur ces deux opérations.

En dépit de leurs différences, Pamir et Serval, sont aujourd'hui deux actions de référence pour les Armées et doivent servir à tracer le chemin qui maintiendra notre capacité de vaincre intacte. Le fait que les théâtres soient physiquement différents, que l'adversaire ne combatte pas exactement de la même façon et que les moyens consentis ne soient pas les mêmes peut permettre de définir les constantes. A ce prix, un entraînement efficace du combattant pourra prolonger longtemps les leçons parfois durement apprises au combat.

La base reste un entrainement réaliste fondé sur l'acquisition des réflexes individuels à tous les niveaux. Pour le grenadier voltigeur, le pilote d'engin ou le servant de mortier, il s'agit essentiellement de la maîtrise parfaite de ses armes ou matériels. Pour les chefs ce sera la connaissance fine des schémas tactiques simples et efficaces. Une telle appropriation n'est pas franchement demandeuse en moyens alors qu'elle est coûteuse en temps. Il faut remettre cent fois l'ouvrage sur le métier. Au combat ce sont les réflexes qui reviennent. On enfonce là une porte ouverte mais le quotidien des forces est trop souvent consacré à des tâches annexes sans beaucoup de rapport avec la finalité d'une unité combattante, quelle que soit son arme.

La rusticité et l'endurance doivent utilement venir compléter ce tableau. Aujourd'hui un soldat porte sur lui un gilet pare-balles, des munitions et de l'eau pour un total de 40 kilos. Il faut reproduire ce poids à l'entraînement. Et étant entendu que le fantassin termine immanquablement son combat à pied, parfois sur de longues distances, la marche doit rester au centre de l'entrainement.

Tout ceci est aisément faisable lors des périodes de préparation opérationnelle. La simulation ne permettra pas de s'aguerrir, la marche avec charge lourde, oui.

Partant de cet entrainement recentré sur des fondamentaux, la culture du "toujours prêt" doit compléter ce tableau. Et être prêt ne signifie pas simplement avoir bénéficié d'une mise en condition pour projection. Serval prouve bien que l'action est imprévisible. Il faut donc développer chez les chefs l'envie d'avoir une troupe maîtrisant en permanence les fondamentaux du combat. Cette envie doit toujours se traduire par l'exécution quotidienne des actes réflexes. Le corolaire de cet état de préparation est la capacité à se considérer de guépard toute l'année. Le réalisme pousse vers cette conclusion. Toutes les unités désignées pour Serval n'étaient pas d'alerte et celles qui ont répondu présent sur très court préavis n'avaient pas le droit d'être prises au dépourvu que ce soit tactiquement, logistiquement et moralement.  A ce titre, les cycles de vie de l'armée de terre peuvent être trompeurs. Etre de "préparation opérationnelle 1 ou 2" ne signifie pas que l'on n’aura pas besoin d'une unité supplémentaire pour faire face à une menace.  Encore une fois, la réactivité est un état d'esprit.

Le format des Armées aujourd'hui laisse penser que tout le monde est d'alerte permanente et doit donc se maintenir au meilleur niveau de combativité. C'est la plus grande leçon que l'on peut retenir de Serval en tant que prolongement de Pamir. "

mardi 2 avril 2013

Le Sahel peut attendre...un peu

2 avril 2013

Après deux mois et demi de combats, la mission prescrite par le chef des armées (rétablir la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire et y détruire les organisations terroristes) n’est pas encore accomplie que l’on peut déjà évoquer le repli du gros des forces françaises. 

Mission non encore accomplie

Après avoir stoppé l’offensive djihadiste, reconquis les villes du Nord et détruit le bastion d’AQMI dans le massif de Tigharghar, les forces alliées, et avant tout françaises, ont « planté le drapeau » sur la totalité des villes tenues par les rebelles depuis janvier 2012. La première partie de la mission peut donc être considérée comme atteinte même si avec seulement treize ou quatorze bataillons actifs  français ou africains on ne peut prétendre contrôler étroitement un territoire grand comme deux fois la France.

Sur les cinq organisations qui faisaient face au gouvernement malien, les deux organisations touaregs ont pratiquement disparu, comme Ansar Eddine, ou se sont associées aux forces françaises, comme le MNLA ; AQMI a subi des pertes sévères et semble désorganisé ; le MUJAO et sans doute aussi le groupe de Belmokhtar ont également subi des pertes mais dans des proportions moindres. Ces résultats militaires remarquables ne sont cependant pas décisifs et comportent plusieurs incertitudes.

Si AQMI a subi des coups sévères avec la perte de sa base locale, de plusieurs centaines de combattants et de son principal leader, cette organisation possède encore des ressources et surtout la volonté de combattre la France. L’ex Groupe salafiste pour la prédication et le combat (CSPC) n’a accédé au label Al Qaïda à la fin de 2006 qu’avec la promesse de mener le djihad contre la France. Incapable de porter le combat en Europe, AQMI s’est attaqué aux ressortissants français dans le Sahel, y trouvant même une source importante de financement. Avec l’opération Serval, nous lui donnons un véritable front, à la manière des Américains en Irak. Il faut donc s’attendre très probablement à des actions offensives de sa part. Celles-ci peuvent encore avoir lieu au Mali, s’il reste à AQMI des forces dans l’adrar des Ifoghars et s’il est possible de les renforcer ou les renouveler. La surveillance aérienne, la tenue des villes de la région par les forces alliées, le quadrillage accru de l’armée algérienne dans le Sahara et la coopération des Touaregs réduisent néanmoins les possibilités de manœuvre dans ce secteur. Le mode d’action le plus probable pour AQMI consiste donc plutôt dans des opérations contre les Français hors du Mali, au Niger ou en Mauritanie par exemple, avec peut-être l’espoir d’y attirer à nouveau des forces françaises et de multiplier les « Mali » comme Che Guevara voulait multiplier les« Vietnam » pour épuiser les Américains. Par ailleurs, AQMI détient toujours six otages français après le décès probable et encore non clairement expliqué de l’un d’entre eux. Ces otages sont désormais probablement hors du Mali.

La deuxième incertitude concerne les organisations armées des Touaregs. Nous coopérons ouvertement avec le MNLA alors que celui-ci, déclencheur des évènements en janvier 2002 est toujours en guerre contre le gouvernement malien. Ansar Eddine a disparu mais ses combattants n’ont pas tous été éliminés, loin s’en faut. Certains ont rejoint le MNLA ou le nouveau Mouvement islamique de l’Azawad, d’autres poursuivent sans doute le combat, peut-être avec AQMI. Avec cette alliance avec le MNLA, on touche certaines difficultés du « combat couplé ». La coopération des Touaregs est un des clés de la sécurisation du Nord Mali et même de la région mais outre que cela suppose de s’associer avec d’anciens ennemis (beaucoup d’entre eux ont combattu avec Kadhafi), dont des Islamistes radicaux, cette alliance irrite les gouvernements alliés de la région.

Le point le plus préoccupant reste la résistance active du MUJAO qui, au contraire d’AQMI, poursuit un combat asymétrique dans la région de Gao, combat fait de multiples actions d’éclat combinant attaques suicide, infiltrations et tirs de harcèlement. Ces attaques ponctuelles témoignent à la fois de la motivation des membres du mouvement, assez éloignée de l’image de groupe de bandits parfois présentée, de la persistance de leur présence et donc aussi de l’incomplétude de l’opération Serval. Classiquement, le MUJAO mène une campagne de communications appuyée par des actions de combat, là où nous faisons l’inverse. De recrutement local, y compris dans les ethnies Songhaï et Peul, et régional, notamment en Mauritanie, le MUJAO peut prétendre au leadership régional à la place des Algériens d’AQMI. Le MUJAO détient aussi un otage français.

L’action du groupe de Mokhtar Belmokhtar, indépendant d’AQMI depuis la fin 2012 est floue dans ce paysage tactique. Proche du MUJAO, il combat peut-être à ses côtés mais certains témoignages tendent à montrer que non seulement Belmokhtar est toujours vivant mais qu’il se serait réfugié en Algérie. Une organisation qui a été capable d’organiser la prise d’In Aménas est capable de surprendre à tout moment.

Qui pour combattre les djihadistes ?

Face à ces groupes encore très actifs, la force Serval fait encore basculer son centre de gravité sur le fleuve Niger et combine ses actions offensives (l’opération Doro) non plus avec les Tchadiens et les Touaregs comme dans le Nord mais avec l’armée malienne et la MISMA.

Or, ces deux forces sont faibles. Les contingents de la MISMA sont arrivés rapidement sur le territoire malien mais le plus souvent sans équipement et sans un financement suffisant. Le bataillon logistique de la force n’arrivera pas avant la fin du mois d’avril. De fait, l’action de la MISMA se limite au contingent tchadien à Kidal- lui aussi en recherche de financement et rattaché depuis peu à la MISMA- au contrôle de Ménaka par le bataillon nigérien et d’une présence sur les axes routiers du Sud. Quant aux forces armées maliennes (FAMa), elles sont désorganisées. Tout au plus peuvent-elles mettre en œuvre huit petits bataillons très mal équipés et mal encadrés. Sans appui français, les FAMa sont clairement incapables de sécuriser le fleuve Niger sans même parler de l’Adrar des Ifoghas. La Mission européenne de formation de l'armée malienne, EUTM Mali, a commencé son travail de quinze mois de formation de quatre bataillons de 650 hommes. Avec une Union européenne au moins aussi réticente à financer et armer l’opération EUTM que la CEDEAO avec la MISMA, la reconstitution de l’armée malienne risque de prendre beaucoup de temps.

Quant à la force ONU envisagée pour remplacer la MISMA, son intérêt principal, outre d’élargir le champ des contributeurs, est surtout de transférer aux Nations Unies le financement des opérations. Ce soulagement financier se paierait d’une moindre efficacité tactique, les forces ONU étant incapables de mener des opérations offensives. On voit mal, même avec mandat de chapitre VII et un volume de plus de 11 000 hommes (qu’il reste à réunir), résister longtemps à un adversaire résolu. On peut espérer qu’AQMI se détourne d’un adversaire aussi peu gratifiant mais ce ne sera surement pas le cas du MUJAO. Le secrétaire général des Nations Unies a d’ailleurs admis implicitement l’inefficacité de cette force en demandant la présence d’une force parallèle, qui en l’occurrence ne peut être que française. Nous avons accepté. 

Les djihadistes ne sont forts que parce que les Etats sont faibles

Avec un peu de recul sur les événements, on voit bien avec ces atermoiements que la vraie force des organisations non étatiques armées réside surtout dans la faiblesse des Etats qu’elles affrontent. Ceux-ci ne sont pas faibles parce que leurs armées le sont, c’est l’inverse qui est vrai et les tendances ne sont pas favorables.

Autant AQMI et ses alliés bénéficient des réseaux sombres de la mondialisation (armes légères en abondance, parasitage des trafics en tous genres) sans, pour l’instant, en subir vraiment la corruption, autant les Etats locaux, tous ou presque en situation de désendettement, ont vu leurs moyens d’action publique se réduire. Cela vaut pour les instruments de sécurité mais aussi pour une action sociale qui laisse le champ libre aux organisations privées islamiques. Pire, les financements extérieurs, licites (aide du FMI) ou non (drogue), ont tendance à accroître nettement une corruption endémique qui, par contraste, rend l’offre des organisations islamistes, dure mais honnête, de plus en plus séduisante.  Dans une zone sahélienne sous pression écologique et où la population risque de doubler d’ici à vingt ans, les recruteurs du MUJAO ou de tous les groupes qui sont amenés à naître ou se transformer n’auront aucun mal à trouver des volontaires. Le coup d’état militaire de mars 2012 au Mali doit se voir aussi comme une tentative locale de réaction contre cette dérive générale.  

Pour autant, ces pays du Sahel, Mali compris, disposent de ressources importantes dans leur sous-sol. Leur exploitation, par des compagnies étrangères, peut être la chance de ces pays à condition de parvenir à en dériver une partie notable des revenus dans des Etats solides et des administrations honnêtes.

A court terme, et sans préjuger des évolutions du monde arabe tout proche, l’apaisement des tensions avec les Touaregs est une condition sine qua non de la victoire contre les djihadistes. A long terme, recensements, plans cadastraux, systèmes de retraites, éducation, juges et administrateurs suffisamment bien payés pour être honnêtes, élections transparentes, sont les meilleurs instruments pour couper les racines de mouvements que l'action de l'armée et de la police pourront mieux affronter en surface grâce à de vraies rentrées fiscales et une meilleure organisation. Dans l’incapacité de créer ce cercle vertueux et sans Etats forts, la guerre contre les djihadistes sera une guerre de Sisyphe.

La France est-elle suffisamment endurante pour mener le combat ?

Le combat initié au Mali, s’inscrit dans un affrontement de longue haleine. Dans des conditions assez proches, il aura fallu trois ans d’engagement au Tchad de 1969 à 1972 pour y rétablir provisoirement la sécurité .

A l’époque, la force de la France reposait sur une intégration assez réussie de tous ses moyens d’action sous un commandement unique. La diplomatie ne se focalisait pas sur le repli le plus rapide possible des forces françaises mais sur la manière de réunir les pays de la région dans un même combat, de dissocier le mouvement local de ses sponsors et d’aider à la résolution des problèmes ethniques locaux. Elle participait, avec les militaires qui, de fait, fournissaient la quasi-totalité du personnel engagé, à la restructuration parallèle de l’administration et de l’armée locale. De son côté, un contingent moyen de 2 500 hommes a conduit le combat jusqu’à ce qu’on soit certain que l’armée locale soit capable de prendre le relais et pas avant. Cela se passait quelques années seulement après la guerre d’Algérie, bien plus traumatisante pourtant que le « syndrome » afghan. L’opinion publique était alors beaucoup plus réticente à ce type d’engagement qu’aujourd’hui, où, malgré une chute rapide qui interroge, une majorité de Français soutient toujours l’opération. 

Avec l’intervention du 11 janvier, nous avons retrouvé les vertus de la réactivité qui faisait une partie de notre force à l’époque des interventions nationales françaises. Puisque nous avons décidé de rester, il reste à retrouver celles de l’endurance en accompagnant l'action de l'Etat malien jusqu'au moment délicat où il faudra admettre ce qui suffit et se retirer, à condition bien sûr qu'il y ait cette action de l'Etat malien. 

mardi 5 mars 2013

La victoire du Tigharghâr



Une bataille importante, peut-être décisive sur le théâtre d’opérations malien, est en train de se terminer dans le massif de Tigharghâr, partie ouest de l’Adrar des Ifoghas. Ces combats sont les plus violents que l’armée française ait eu à mener depuis 1978.

Ces opérations sont importantes car nous abordons là sans doute le centre de gravité du dispositif d’AQMI au Mali. Il n’y a rien là de très surprenant. La zone administrative de Kidal constitue la base opérationnelle d’AQMI et de son allié touareg Ansar Eddine, dont plus personne ne parle. Dans cet ensemble, le djebel Timetrine à l'Ouest est isolé et le Tamesna à l'Est est aride et peu propice au camouflage. La vallée du Timlési est un axe logistique essentiel entre le fleuve Niger et l’Algérie, mais elle peut difficilement être défendue face aux forces françaises. L'adrar des Ifhogas présente les caractéristiques inverses. Logiquement donc, sa partie Ouest et notamment la zone des massifs de Taghlit et de Tigharghâr, soit un rectangle d’environ 1 000 km2, combine la proximité des points d’eau et des pistes du Timlési, la protection du terrain et la possibilité enfin de se replier vers l’Est. C'est la position défensive la plus favorable de la région et le fait que les combattants djihadistes y acceptent le combat est bien la preuve de son importance, plus grande à leurs yeux que celles des villes du fleuve Niger. Il y a là une stratégie cohérente qu’AQMI a eu le temps de préparer pendant des mois.

La mission de l’opération Serval est, rappelons-le, prioritairement de restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire, secondairement de détruire les forces djihadistes au Mali et autant que faire se peut de contribuer à la libération de nos otages. Dans ce contexte, après une première phase, complexe logistiquement mais relativement aisée tactiquement du fait de l’absence de résistance, l’effort français s’est scindé en deux avec une opération de stabilisation le long du fleuve Niger et une opération de destruction dans le Nord.

L’opération de stabilisation, à laquelle la France consacre son Groupement tactique interarmes n°2 (GTIA 2) s’effectue en liaison avec la MISMA et l’armée malienne et a, pour l’instant, pour front principal la région du Gao. Face au MUJAO, qui mène une guérilla active depuis le 5 février combinant attaques suicide et infiltrations dans Gao, les forces alliées ont mené des opérations offensives aux alentours à Ménaka, Bourem, l’île de Kadji et surtout depuis le 2 mars à Imenas, où plus de cinquante rebelles ont été éliminés au prix de la vie d'un soldat français. La zone est encore loin d’être définitivement pacifiée.

L’opération de destruction réunit maintenant le plus gros des forces de Serval (ce qui va bien au-delà des quelques éléments des forces spéciales, systématiquement mises en avant par les médias) avec deux GTIA  (GTIA 3 et GTIA TAP) et un sous-groupement aéromobile basés à Kidal et surtout de Tessalit, à l’extrême nord, où se concentrent 1 200 soldats français. La force Serval est renforcée efficacement par les forces armées tchadiennes en intervention au Mali (FATIM) dont 800 hommes sont à Tessalit et, plus discrètement, des combattants Touaregs issus du MNLA, du MIA et même sans doute transfuges d’Ansar Eddine. Quelques « éléments » de l'armée malienne sont là pour l'habillage politique. La MISMA est absente. Cette force s’est mise en place en deux temps correspondant à la sécurisation des deux points d’appui de Kidal, occupé le 30 janvier, et Tessalit, pris le 8 février par un poser d’assaut du 1er RCP et un raid du 1er RIMa depuis Gao.

Les opérations Panthère de nettoyage des massifs de Taghlit et de Tigharghâr par les forces françaises et tchadiennes commencent le 18 février et consistent en une série de reconnaissances en force à partir de trois axes où les résistances rencontrées, souvent à partir de positions préparées,  sont fixées et réduites par le feu tandis que les caches et dépôts sont détruits.

Les combats sont d’emblée très violents car l’ennemi, ou au moins une forte partie de celui-ci (au moins le tiers des forces estimées d’AQMI soit entre 200 et 300 hommes), a décidé d’accepter le combat. Cette acceptation, qui détruit la théorie de la réduction des groupes djihadistes à de simples gangs de bandits, s’explique d'abord par l’espoir d’infliger de lourdes pertes aux « Croisés » à partir de positions favorables. Certains se contentent sans doute aussi de la possibilité d’une mort glorieuse au combat, à l’instar des rebelles retranchés dans Falloujah encerclés en 2004.

Les combattants d’AQMI ne disposent pas de l’arsenal sophistiqué parfois décrit. Ils possèdent certes des matériels lourds (quelques lance-roquettes, pièces d’artillerie et véhicules blindés BRDM), par ailleurs plutôt issus de l’armée malienne que de celle de Kadhafi. Ceux-ci, comme les missiles anti-aériens SA-7b et SA-14, sont rarement en état de fonctionner. L’ossature de l’équipement reste donc le pick-up, des mitrailleuses lourdes 12,7 et 14,5 mm et de l’armement léger soviétique dont par ailleurs ils se servent plutôt bien, faisant preuve, outre de courage, d’une compétence tactique certaine fruit en partie de la campagne irakienne d'AQMI. Pour beaucoup de vétérans français, ils constituent un adversaire plus redoutable que ceux rencontrés en Kapisa. Comme ces derniers, ils disposent de la capacité « attaque-suicide », le missile de croisière du pauvre, mais à l'inverse de ceux-ci, ils ont développé la fonction de tireurs d'élite. Ces deux dernières armes sont les plus efficaces. Elles sont largement responsables des pertes tchadiennes survenues lors des très violents combats du 22 février.

Le combat est évidemment asymétrique dans la mesure où les forces franco-tchadiennes bénéficient de puissants appuis-renseignement et feux (avec une mention particulière pour les hélicoptères Tigre, terriblement efficaces sur tout espace un peu ouvert) qui leur permettent de mener un combat de type « traque et frappe », là où nos adversaires sont condamnés à rechercher le combat très rapproché pour espérer infliger des pertes.  Cette supériorité des feux peut s’exercer beaucoup plus facilement qu’en Afghanistan du fait de la quasi-absence de la population. A cet égard, un combat dans Tombouctou aurait été plus délicat quant à l’emploi de la puissance de feu, mais n’aurait laissé aucune échappatoire aux rebelles. Ceux-ci ont donc préféré, soit de sauvegarder la population, soit, plus probablement, de conserver la possibilité de se replier.

Deux semaines après le début des combats, le principal bastion d’AQMI au Mali est sur le point d’avoir été complètement nettoyé.  De nombreuses caches et dépôts ont déjà être détruits. Les pertes ennemies sont estimées à environ 150 hommes, avec une marge d’erreur de plusieurs dizaines, avec très peu de prisonniers, ce qui témoigne de leur détermination. Il est très possible qu’Abou Zeid, le principal émir d’AQMI au Mali fasse partie des victimes. La mort de Belmokhtar, chef autonome et proche du MUJAO, revendiquée par le Tchad, paraît en revanche moins probable. Il n’y a aucune trace des otages qui, et c’est heureux, n’ont pas été utilisés comme bouclier dans ces combats, ni sacrifiés en représailles. Enjeu de grande valeur et très mobiles, il est probable qu’ils aient été transférés soit dans une autre zone des Ifhogas, soit à l’étranger plutôt que maintenus au plus près des forces françaises. Ce succès a été obtenu au prix de la vie de deux soldats français et de celle de 26 soldats tchadiens, de très loin nos alliés les plus combatifs.

Compte tenu des pertes déjà subies par AQMI avant le 18 février, par raids aériens essentiellement mais aussi par défections, ce succès ne suffit pas à proclamer la destruction d’AQMI au Mali mais il est certain que son potentiel de combat est très sérieusement entamé. Cette organisation a sans doute la possibilité de mener encore un combat de cet ampleur mais pas plus. Les opérations dans les Ifhogas ne sont pourtant pas terminées. Elles se déplaceront peut-être vers la frontière avec l’Algérie dans le triangle Abeibara-Boughessa-Tin Zaouatêne, avec un rôle accru des Touaregs. Elles risquent de se ralentir ensuite fortement avec la saison des pluies en juin. Il ne faut pas exclure également la possibilité d'un renforcement à partir des autres secteurs d'AQMI.

Le bastion d'AQMI réduit, l'effort français peut être maintenu dans le Nord ou revenir vers la région de Gao ou la lutte contre le MUJAO s'avère aussi délicate, sinon plus si ce mouvement peut s'appuyer sur une assise populaire locale même réduite. Dans tous les cas, on reste encore loin d’une victoire complète et ceux qui imaginent une relève rapide de Serval par une force ONU ne comprennent pas les réalités militaires. AQMI ou le MUJAO humilierait toute force de Casques bleus qui se présenterait à court terme.


On s’étonnera pour conclure de la faible médiatisation, et ce qui est lié, de la faible compréhension par le public, de cette bataille. Cette sous-exposition et cette sous-explication qui prolongent en l’accentuant celles des opérations de reconquête de Tombouctou et Gao, ne sont peut-être étrangères à l’érosion du soutien de l’opinion publique (qui reste malgré tout très élevé) et à certain nombre de déclarations naïves ou incongrues. On notera aussi qu'elle se trouve en décalage avec celle de nos alliés tchadiens et peut constituer une source de friction. 

dimanche 24 février 2013

Mali : Veni, Vidi, Vici ! par Hervé Pierre


    Huit bonnes raisons pour parler de victoire 

   V… comme VICTOIRE. L’action des forces armées françaises au Mali est unanimement saluée. Saluée pour la cause défendue : la libération d’un territoire que l’obscurantisme religieux porté par un terrorisme prosélyte menaçait d’occuper. Saluée pour l’efficacité dont ont fait preuve les unités engagées au combat: la situation sécuritaire, désespérée début janvier, s’est renversée en moins d’un mois. Saluée enfin pour avoir obtenu la victoire : victoire tactique contre des terroristes qui n’ont eu d’autre choix que de fuir ; victoire politique en permettant au gouvernement malien de reprendre le contrôle de la partie nord du pays.

I….comme INTERVENTION. Cette victoire mérite d’autant plus d’être soulignée qu’à l’annonce du retrait d’Afghanistan, d’aucuns – entonnant les couplets éculés de «la guerre à distance» ou de «la guerre zéro mort » – chantaient un peu rapidement la fin des interventions armées à terre. « Ce n’est pas avec des troupes au sol qu’on fait progresser un modèle de civilisation », entendait-on encore en août dernier. D’autres, plus idéalistes encore, réactivaient les vieux poncifs de la «fin de l’Histoire» à voir poindre, après les printemps arabes, l’aurore resplendissante de la paix perpétuelle…. mais, à oublier les leçons du passé, il faut se préparer à en recevoir d’autres.

C….comme CADRE D’ACTION. Or en cette période d’intense réflexion stratégique, de la cacophonie générale émergent des hypothèses d’emploi des forces armées qui, parfois, ne manquent pas de surprendre. Certes, les menaces sont pléthore: de l’expansionnisme conquérant de la Chine à l’isolationnisme inquiétant de la Corée du Nord en passant par l’irrationalité présumée de l’Iran nucléaire. Mais peut-on encore avoir peur de tout ? Car, à trop et tout évoquer, on perd l’essentiel, l’immédiat, l’évidence. L’opération au Sahel nous rappelle – s’il fallait – que l’espace méditerranéen reste dangereux : les explosions de violence s’y multiplient sans que leur caractère contagieux soit aisément prévisible.

T…..comme TERRESTRE. L’opération SERVAL c’est d’abord plusieurs milliers de soldats engagés à terre à bord de plus de 200 engins de combat, de l’hélicoptère TIGRE au char AMX 10 RC, en passant par toute la gamme des équipements blindés à roues. La manœuvre aéroterrestre est au cœur de la victoire qui se construit jour après jour à mesure que les forces amies progressent vers le nord. Cette dimension tellurique matérialise les effets concrets de la victoire : foules en liesse pour accueillir les « libérateurs », administrateurs de l’Etat malien qui reprennent possession de leurs prérogatives, réouverture de commerces….

O….comme OPERATIONS. La conquête au sol, notamment la libération des villes, s’est faite en occupant physiquement les points clefs du terrain. C’est tout l’art de la manœuvre qui combine reconnaissance blindée, hélitransport, poser d’assaut ou aérolargage avec pour objectif de contrôler l’espace dans lequel vivent les populations. L’engagement de l’armée de Terre a drastiquement inversé le rapport de forces au sol ; aux petites équipes de forces spéciales se sont substituées des compagnies de combat aux effectifs permettant de « saturer » l’adversaire. Libérées de leurs positions initiales, ces équipes ont pu être redéployées et utilisées à remplir les missions «spéciales » qui sont, comme leur nom l’indique, leur raison d’être.

I…comme INTERARMEES. Bien entendu, les opérations ne peuvent aujourd’hui n’être qu’interarmées. Le BPC DIXMUDE embarquant un groupement terrestre et disposant de moyens pour agir dans la 3ème dimension en offre une illustration modèle réduit. Sur l’immense théâtre d’opérations, cette combinaison aussi intelligente qu’efficace de l’ensemble des moyens disponibles dans les trois dimensions est parfois plus difficile à saisir. Commandos des forces spéciales, pilotes de chasses de l’armée de l’air, équipages de l’aéronavale, soldats du soutien... tous participent d’une même manœuvre, unique, fluide et dynamique.  L’éclairage médiatique est pourtant parfois sélectif et le champ de la caméra évacue nécessairement une part de réalité en cadrant son sujet : il est juste de rappeler que tous – les forces terrestres en font partie – participent pleinement du succès final.

R…. comme REACTIVITE. L’opération n’aurait pu être possible sans la réactivité avec laquelle l’armée de Terre s’est engagée: les forces prépositionnées et le dispositif  d’alerte Guépard en métropole ont démontré toute leur pertinence. En deux semaines, les forces terrestres ont projeté, en bon ordre, un effectif supérieur à celui déployé au plus fort de l’opération en Afghanistan. Sans cette réactivité - sur laquelle le ministre lui-même a récemment insisté, la brèche n’aurait sans doute pas pu être comblée : brèche spatiale, pour tenir dans la durée les accès à Bamako ; brèche temporelle entre la détérioration brutale de la situation et l’arrivée de l’EUTM ou des premières unités africaines de la MISMA.

E….comme EXCELLENCE. Enfin, « j’interviens en premier donc je suis! » écrivait récemment fort justement un journaliste. Si d’aucuns, à l’occasion des travaux de préparation du nouveau Livre blanc, n’hésitaient pas à s’interroger sur la nécessité de  conserver les capacités d’entrée en premier et d’être « nation cadre », les évènements ont répondu à leurs questions. L’opération Serval a confirmé l’aptitude à ouvrir un nouveau théâtre, dans l’urgence, avec une entrée en premier et dans un cadre pour l’instant (presque) strictement national. Condition de l’excellence, « l’entrée en premier » est un gage de crédibilité vis-à-vis de nos alliés, la reconnaissance explicite qu’il faut toujours compter avec la puissance française.