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dimanche 24 février 2013

Mali : Veni, Vidi, Vici ! par Hervé Pierre


    Huit bonnes raisons pour parler de victoire 

   V… comme VICTOIRE. L’action des forces armées françaises au Mali est unanimement saluée. Saluée pour la cause défendue : la libération d’un territoire que l’obscurantisme religieux porté par un terrorisme prosélyte menaçait d’occuper. Saluée pour l’efficacité dont ont fait preuve les unités engagées au combat: la situation sécuritaire, désespérée début janvier, s’est renversée en moins d’un mois. Saluée enfin pour avoir obtenu la victoire : victoire tactique contre des terroristes qui n’ont eu d’autre choix que de fuir ; victoire politique en permettant au gouvernement malien de reprendre le contrôle de la partie nord du pays.

I….comme INTERVENTION. Cette victoire mérite d’autant plus d’être soulignée qu’à l’annonce du retrait d’Afghanistan, d’aucuns – entonnant les couplets éculés de «la guerre à distance» ou de «la guerre zéro mort » – chantaient un peu rapidement la fin des interventions armées à terre. « Ce n’est pas avec des troupes au sol qu’on fait progresser un modèle de civilisation », entendait-on encore en août dernier. D’autres, plus idéalistes encore, réactivaient les vieux poncifs de la «fin de l’Histoire» à voir poindre, après les printemps arabes, l’aurore resplendissante de la paix perpétuelle…. mais, à oublier les leçons du passé, il faut se préparer à en recevoir d’autres.

C….comme CADRE D’ACTION. Or en cette période d’intense réflexion stratégique, de la cacophonie générale émergent des hypothèses d’emploi des forces armées qui, parfois, ne manquent pas de surprendre. Certes, les menaces sont pléthore: de l’expansionnisme conquérant de la Chine à l’isolationnisme inquiétant de la Corée du Nord en passant par l’irrationalité présumée de l’Iran nucléaire. Mais peut-on encore avoir peur de tout ? Car, à trop et tout évoquer, on perd l’essentiel, l’immédiat, l’évidence. L’opération au Sahel nous rappelle – s’il fallait – que l’espace méditerranéen reste dangereux : les explosions de violence s’y multiplient sans que leur caractère contagieux soit aisément prévisible.

T…..comme TERRESTRE. L’opération SERVAL c’est d’abord plusieurs milliers de soldats engagés à terre à bord de plus de 200 engins de combat, de l’hélicoptère TIGRE au char AMX 10 RC, en passant par toute la gamme des équipements blindés à roues. La manœuvre aéroterrestre est au cœur de la victoire qui se construit jour après jour à mesure que les forces amies progressent vers le nord. Cette dimension tellurique matérialise les effets concrets de la victoire : foules en liesse pour accueillir les « libérateurs », administrateurs de l’Etat malien qui reprennent possession de leurs prérogatives, réouverture de commerces….

O….comme OPERATIONS. La conquête au sol, notamment la libération des villes, s’est faite en occupant physiquement les points clefs du terrain. C’est tout l’art de la manœuvre qui combine reconnaissance blindée, hélitransport, poser d’assaut ou aérolargage avec pour objectif de contrôler l’espace dans lequel vivent les populations. L’engagement de l’armée de Terre a drastiquement inversé le rapport de forces au sol ; aux petites équipes de forces spéciales se sont substituées des compagnies de combat aux effectifs permettant de « saturer » l’adversaire. Libérées de leurs positions initiales, ces équipes ont pu être redéployées et utilisées à remplir les missions «spéciales » qui sont, comme leur nom l’indique, leur raison d’être.

I…comme INTERARMEES. Bien entendu, les opérations ne peuvent aujourd’hui n’être qu’interarmées. Le BPC DIXMUDE embarquant un groupement terrestre et disposant de moyens pour agir dans la 3ème dimension en offre une illustration modèle réduit. Sur l’immense théâtre d’opérations, cette combinaison aussi intelligente qu’efficace de l’ensemble des moyens disponibles dans les trois dimensions est parfois plus difficile à saisir. Commandos des forces spéciales, pilotes de chasses de l’armée de l’air, équipages de l’aéronavale, soldats du soutien... tous participent d’une même manœuvre, unique, fluide et dynamique.  L’éclairage médiatique est pourtant parfois sélectif et le champ de la caméra évacue nécessairement une part de réalité en cadrant son sujet : il est juste de rappeler que tous – les forces terrestres en font partie – participent pleinement du succès final.

R…. comme REACTIVITE. L’opération n’aurait pu être possible sans la réactivité avec laquelle l’armée de Terre s’est engagée: les forces prépositionnées et le dispositif  d’alerte Guépard en métropole ont démontré toute leur pertinence. En deux semaines, les forces terrestres ont projeté, en bon ordre, un effectif supérieur à celui déployé au plus fort de l’opération en Afghanistan. Sans cette réactivité - sur laquelle le ministre lui-même a récemment insisté, la brèche n’aurait sans doute pas pu être comblée : brèche spatiale, pour tenir dans la durée les accès à Bamako ; brèche temporelle entre la détérioration brutale de la situation et l’arrivée de l’EUTM ou des premières unités africaines de la MISMA.

E….comme EXCELLENCE. Enfin, « j’interviens en premier donc je suis! » écrivait récemment fort justement un journaliste. Si d’aucuns, à l’occasion des travaux de préparation du nouveau Livre blanc, n’hésitaient pas à s’interroger sur la nécessité de  conserver les capacités d’entrée en premier et d’être « nation cadre », les évènements ont répondu à leurs questions. L’opération Serval a confirmé l’aptitude à ouvrir un nouveau théâtre, dans l’urgence, avec une entrée en premier et dans un cadre pour l’instant (presque) strictement national. Condition de l’excellence, « l’entrée en premier » est un gage de crédibilité vis-à-vis de nos alliés, la reconnaissance explicite qu’il faut toujours compter avec la puissance française.

mardi 29 mai 2012

Paix 1- Guerre 13- par Hervé Pierre


La guerre n'est pas morte....
N'en déplaise aux apôtres de la contagion de paix par fraternisation des peuples, force est de constater que nos journaux quotidiens sont loin de décrire un monde qui tendrait peu ou prou vers l'idéal kantien de "paix perpétuelle". L'éloignement de la menace à nos frontières et le faible impact des opérations extérieures sur la vie quotidienne de nos concitoyens ont certainement pu contribuer à alimenter l'illusion d'un monde que le progrès en marche conduirait assurément vers toujours plus de bonheur. Une illusion d'autant plus facile à défendre, argumente le néoconservateur Robert Kagan, que les "colombes" européennes, si promptes à dénoncer le bellicisme d'outre-Atlantique, bénéficient sans vergogne de la protection offerte par les "faucons" américains, de facto en charge de la basse besogne.

D'autres - experts patentés en polémologie - peuvent jouer sur les mots et s'arcbouter sur les définitions classiques pour démontrer que le nombre de conflits entre deux états - guerres "homologuées" avec date de début et date de fin - ne cesse de diminuer. Imaginer qu'elles puissent finalement disparaître pour être jugées "hors la loi" par le droit international relève d’une « self-fulfilling prophecy » qui ne peut, à terme, s’avérer que bénéfique. Faut-il pour autant se réjouir quand, dans le même temps, la masse des morts par violence "toute catégories" écrase monstrueusement celle des "morts au champ d'honneur", pour reprendre la formule consacré ? Peu importe pour un soldat de tomber à Waterloo ou dans une escarmouche, rappelait à juste titre Kipling ; peu importe pour un enfant de mourir au combat à Stalingrad ou une pierre à la main en manifestant à Homs.

...et elle a de l'avenir !
L'instantané n'est en effet pas très réjouissant. L'avenir l'est encore moins, si à l'instar des recommandations formulées par le philosophe Jean-Luc Marion, il se lit moins dans le marc de café des analyses prospectives que dans l'étude du passé envisagé en séries historiques les plus étendues possibles. Pacifiste convaincu, le sociologue Jacques Novicow n'a cessé, sa vie durant, de dénoncer La guerre et ses prétendus bienfaits, titre ô combien explicite d'un de ses travaux majeurs publié en 1894.

S'appuyant sur des faits et des constations historiques pour démontrer que les conflits sont à éradiquer pour n'avoir aucun effet positif sur le développement de l'espèce humaine, il n'arrive rien de moins qu'à conclure à la prédominance absolue de la guerre sur la paix, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes pour un pacifiste convaincu ! En 3 357 années – entre 1 496 avant J.C et 1861, il y aurait eu, selon lui,  227 années de paix pour 3 130 années de guerre. Le ratio de 1 pour 13 - 1 année de paix pour 13 de guerre - ne semble guère engageant pour envisager l'avenir d'autant que l'auteur ajoute que, de 1500 avant JC à 1860, 8000 traités de paix ont été signés, tous censés subsister éternellement mais pour une durée réelle moyenne de deux ans.  A sa question sur l'utilité à déclarer une fois encore la guerre, son lecteur contemporain, attentif au paradoxe de la démonstration, n'a certainement pas manqué de l'interroger sur celle d'un 8001e traité de paix..... 

Le lecteur de 2012 relit ses lignes, malgré tout teintées d'un optimisme positiviste devant l’avenir radieux que le progrès semblait annoncer, avec tristesse et non sans un certain effroi. Tristesse à constater l'échec cuisant d'un appel pacifiste à la "der des der", vingt ans avant le déclenchement de la première des guerres mondiales…. Effroi quant à ce que la prolongation naturelle de la série statistique laisse entrevoir pour les 3 000 prochaines années…. L'homme se distingue de l'animal - notamment - par sa capacité à guerroyer, écrivait Edgar Morin, pourtant peu suspect de bellicisme.... Comment dans ces circonstances ne pas être enclin à se préparer au pire même s'il n'est jamais certain?