Dans un contexte budgétaire
contraint qui devrait voir le budget de la défense « faire des efforts », avec une évaluation du retour de la
France dans le commandement intégré de l’OTAN, le format des armées pourrait à
nouveau évoluer alors même que la situation internationale est instable. Les «
printemps arabes », les tensions latentes avec l’Iran, ou la déstabilisation du
Moyen Orient et du Sahel pourraient pourtant nécessiter, si ce n’est des
interventions, le maintien de capacités de projection de forces ou de «
puissance ».
Ces enjeux, politiques ou
financiers, peuvent être antagonistes d’où le regain des réflexions sur la mutualisation des moyens au niveau
européen, le retour sur expérience des OPEX passées et en cours, la recherche
d’économies ne remettant pas en question le format des forces. Par exemple, si
l’on dépasse le débat local sur la surface économique de la présence d’une
unité, débat plus politique que réellement militaire, on pourrait imaginer un
regroupement massif des unités en fonction de leurs commandements et
complémentarités.
Si cela permettrait de
réaliser des économies d’infrastructures, de transports et d’approvisionnements, sans parler d’éventuelles synergies
opérationnelles, cela remets d’une certaine manière en question le lien
armée-nation. Au-delà de l’abandon de garnisons, historiques ou héritées de la
guerre froide, cela réduirait encore la visibilité des armées vis-à-vis d’une
population qui a déjà parfois du mal à comprendre et adhérer aux missions
extérieures et intérieures. Un autre lien qui participait à cette visibilité
était le service militaire.
Il ne s’agit pas de
réactiver le service militaire en tant que tel mais de créer un « service
citoyen », la
professionnalisation ayant montré ses avantages. Aujourd’hui entre les JAPD et
l’engagement il n’y a plus de niveau intermédiaire, la réserve elle-même
subissant l’attrition de sa ressource de base et le contexte budgétaire. Les JAPD
ne permettent pas par leur format de sensibiliser les nouvelles générations à
la défense. Les enseignements ou les réflexions et centres de recherche sur la
défense sont trop rares et s’adressent le plus souvent à un public déjà
convaincu.
Un service citoyen de un à
trois mois, s’il aurait un coût certain, ne devrait pas être uniquement
militaire : autour d’un
tronc commun sur les concepts et organisations mêmes de la défense, il pourrait
correspondre aux classes initiales de l’ancien service militaire ou à une
période de missions citoyennes au sens propre, voire à une préparation aux
missions humanitaires ou aux « missions économiques » (actuels VIE et VIA). Ces
différentes composantes auraient un socle et un esprit commun, adaptés à leurs
parcours et à leurs objectifs.
Mais se pose alors la
question de l’encadrement de ce nouveau service, son organisation et son
financement, à l’heure
où les armées sont concentrées sur leurs missions premières. L’objectif d’un
service citoyen, au-delà de la transmission de l’esprit de défense, serait bien
de créer un vivier, sensibilisé voire préparé, prêt à s’engager dans les
forces, d’active ou de réserve. Ce vivier porterait cet esprit dans d’autres
secteurs ou pays, pour répondre au besoin de puissance d’influence de la
France, servant de soutien aux opérations.
La réserve pourrait enfin
être renouvelée, grâce à une base de recrutement plus large, et renforcée pour
répondre aux enjeux actuels.
Si elle participe déjà aux OPEX, OPINT et à Vigipirate, la réserve n’existe que
par ses unités d’affectation, pas en tant qu’unité constituée comme c’est le
cas dans d’autres pays. Si cela était le cas, avec une structure similaire aux
unités d’active, la réserve pourrait être mobilisée en fonction des besoins,
non pas comme simple « complément » mais comme « supplément » autonome au coût
contrôlé et à l’efficacité connue.
Il s’agit d’une part de
conserver une capacité d’intervention modulable à la situation tout en
maitrisant le budget. Le
débat sur la réduction du format des forces tourne souvent autour du seuil
minimum en dessous duquel il n’est plus possible de garantir intervention et
transmission des savoirs faire. Une réserve maintenue en condition
opérationnelle mais dont le coût n’impacte le budget qu’en période d’activation
» serait une solution à cette problématique si elle était totalement intégrée à
tous les échelons des forces.
La réserve opérationnelle
actuelle possède sa propre expertise, ses structures, ses missions, ses écoles. Si elle encadrait un service citoyen, elle
aurait de plus accès à un vivier de recrutement qui lui serait propre, pour
renverser l’actuelle pyramide des grades. La réserve citoyenne poursuivrait sa
mission de rayonnement tout en encadrant les composantes strictement
citoyennes, en parallèle des nouvelles « préparations militaires ». Une réserve
renouvelée, au plus prés de ses composantes et en synergies avec ses
employeurs, serait une force rentable, visible et opérationnelle.