jeudi 6 février 2020

Comment neutraliser un pays sans le dire-Ukraine 2014

Publié dans Défense et Sécurité internationale n°144, décembre 2019

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine de février 2014 à février 2015 constitue la plus violente confrontation entre États européens depuis 1945. Pour autant, ce conflit n’a jamais atteint le seuil de la guerre «ouverte» ou «déclarée». Il aura suffi pour cela que le camp le plus puissant, la Russie, combine habilement trois opérations militaires «sous le seuil» et soit capable de nier qu’elle est en train de les réaliser. 

C’est ainsi que l’on parvient en un an et sans l’avouer à imposer sa volonté à un État de 45 millions d’habitants.

L’opération de saisie

La première opération est une opération de saisie, le grand classique de la culture stratégique russe. Rappelons que dans un contexte de dissuasion mutuelle où aucun des adversaires ne veut réellement combattre l’autre, l’opération de saisie consiste à s’emparer d’un point, ou de s’y positionner, pendant le délai de réaction de l’adversaire où à son insu. Lorsque ce dernier peut enfin prendre une décision, il est trop tard et il se retrouve bloqué dans la position initiale. C’est un pari risqué qui ne réussit pas toujours, comme à Cuba en 1962, mais parfois fonctionne parfaitement comme en Crimée.

En février 2014, la Crimée est défendue par 15000 soldats ukrainiens avec une forte escadre de chasseurs Mig-29 et une brigade blindée-mécanisée. Elle est pourtant conquise en une semaine par quelques milliers de soldats russes, sans combat ni pertes. L’opération commence par l’infiltration d’éléments légers depuis la base de Sébastopol qui, les 27 et 28 février, occupent ou investissent les points clés du territoire dont le siège du Parlement, les points d’entrée et les principales bases militaires. Cette première force légère est alors renforcée de miliciens locaux et de moyens plus lourds, une escadrille d’hélicoptères d’attaque d’abord puis une brigade motorisée qui traverse le détroit de Kertch par ferries et termine le bouclage au nord de la péninsule. Un processus politique local d’autodétermination est organisé alors même que la manœuvre militaire n’est pas encore terminée. Le 16 mars, le résultat de la consultation exprime sans surprise un désir ardent de la population de Crimée d’être rattaché à la Russie, proposition reçue favorablement à Moscou et mise en œuvre immédiatement.

Avec cette opération, on a pratiquement atteint l’idéal opératif russe de saisie simultanée de l’espace de bataille dans tous ses champs et sa profondeur. Cela a été facilité par la géographie, mais aussi une population réellement très favorable et surtout une absence quasi totale de réaction de la part des forces ukrainiennes. Cette absence a des causes conjoncturelles, les troubles de la révolution de Maidan et le changement de régime ont entraîné une grande confusion au sommet de l’État et ralenti son processus de décision. Elle a surtout des causes structurelles. L’armée ukrainienne est alors une armée creuse. Elle a totalement été négligée depuis l’indépendance du pays et celui paye désormais cette négligence. Il y avait dans cette armée aussi peu de matériels réellement disponibles (entre 6 et 8 Mig-29 sur les 45 de la base de Belbek, en Crimée) que de compétences tactiques et même de volonté de combattre, d’autant plus que de nombreux militaires ukrainiens étaient russophiles. L’amiral Denis Berezovski aura réussi la performance d’être en quelques jours désigné successivement comme commandant de la flotte ukrainienne, amiral de la très provisoire république indépendante de Crimée et enfin adjoint de la flotte russe de mer Noire. Au moment de l’annexion, la très grande majorité des soldats ukrainiens en Crimée décide d’y rester tandis qu’au même moment une partie du reste de l’armée et de la police rejoignait les séparatistes, voire la Russie.

Une fois la Crimée saisie, l’État ukrainien ne réagit pas, comme avait pu le faire le Royaume-Uni après la prise des îles Malouines en 1982. Il ne reconnaît pas l’annexion, mais n’entreprend aucune opération de reconquête. Face à un adversaire beaucoup plus puissant et menaçant, il est dissuadé d’agir. C’est l’opération de saisie parfaite.

La réaction la plus forte vient finalement de l’étranger. La Russie la craignait. C’est la raison pour laquelle l’opération de saisie a été camouflée en insurrection locale appelant à l’aide. Les soldats russes engagés en Crimée puis dans le Donbass ont été ainsi dépourvus de tout attribut national. Il n’y avait évidemment aucun doute sur l’origine de ces «petits hommes verts» qui fusionnaient avec les milices locales, mais le but n’était pas de cacher, mais de pouvoir nier. L’opération, comme pour l’ensemble de la confrontation avec l’Ukraine, a été aussi appuyée par une intense campagne d’«information» auprès de tous les sympathisants, mais aussi de tous ceux qui pouvaient ainsi justifier leur retenue. Au «caporal stratégique» dont le moindre fait et geste était censé être scruté par les médias, la Russie y répondu par le camouflage du caporal et le brouillage des médias.

L’opération de mobilisation

Dès le début de l’opération de saisie de la Crimée, la Russie procède à un grand exercice de mobilisation militaire de long de la frontière. Ces exercices sont alors suffisamment fréquents pour permettre de nier tout lien avec la crise ukrainienne, mais il s’agit là bien évidemment de concentrer une masse de manœuvre suffisante pour subjuguer les faibles forces armées ukrainiennes ou au moins de menacer de le faire.

Plus précisément, outre le groupement de forces en Crimée, le dispositif russe est structuré en deux groupements. Au sud, deux brigades motorisées et sept brigades ou régiments de Spetsnaz et de parachutistes sont placées face au Donbass. Au nord, ce sont six brigades blindées, mécanisées ou motorisées et trois brigades légères qui sont installées de Belgorod à la Biélorussie. L’ensemble représente un peu moins de 95000 dont un peu moins de 50000 dans les unités de combat, auquel il faut ajouter un groupement de réserve fort d’au moins une division parachutiste et une brigade de reconnaissance dans la région de l’isthme de Kerch ainsi que les forces russes en Transnistrie, l’équivalent d’une brigade seulement, mais assez pour encore fixer sur la frontière ouest une partie des forces ukrainiennes. Le dispositif aérien déployé est du même ordre et d’une supériorité encore plus importante vis-à-vis de son équivalent ukrainien. Le commandement russe ayant sélectionné les unités selon leur degré de professionnalisation, l’ensemble de cette force de manœuvre est formée de groupements ad hoc et assez disparate. Elle est néanmoins considérable. Pour un potentiel humain et budgétaire environ deux fois inférieur, la France ne pourrait déployer que peut-être l’équivalent en volume de quatre ou cinq brigades russes. En face, en 2014, il est possible que les forces ukrainiennes réellement opérationnelles ne dépassent pas 10000 hommes.

Il semble que l’option d’une offensive générale ait été sérieusement envisagée avant d’y renoncer au mois d’avril. Moscou privilégie une approche plus limitée dans ses objectifs et ses méthodes, utilisant plutôt cette force de manœuvre comme force de dissuasion, y compris pour les pays occidentaux, de fixation d’une grande partie de l’armée ukrainienne, détournée ainsi de la lutte contre les mouvements séparatistes, et de base arrière et réservoir de forces au profit de ces dernières organisations. Au milieu de l’été, la force de manœuvre russe est réduite de moitié, mais conserve ses effets stratégiques tout en étant rendue permanente par un système de rotation des unités.

L’opération d’appui à l’insurrection (APINT)

Pour le reste, la Russie agit en appui des mouvements de protestation qui se développent dès le mois de mars dans les provinces russophones de l’est de l’Ukraine, dans l’espoir de diviser encore plus le pays par un fédéralisme paralysant. Là encore, il s’agit d’obtenir des effets stratégiques sans dépasser un seuil de provocation. La ligne suivie est de rendre impossible la victoire du gouvernement de Kiev sur les séparatistes en répondant en permanence à l’escalade locale, tout en conservant toujours la possibilité de nier son implication.

En mars 2014, le mouvement séparatiste n’est d’abord qu’une protestation générale. La Russie se contente alors d’appuyer leurs revendications face au gouvernement ukrainien en jouant sur l’intimidation militaire et la pression économique, en jouant sur le prix du gaz par exemple. La réponse ukrainienne à la protestation est alors sans doute plus vigoureuse qu’anticipée, en partie avec l’apparition de bataillons de volontaires nationalistes formés spontanément en jouant sur toutes les possibilités des réseaux sociaux ou par des oligarques, qui apparaissent par ailleurs et de tous les côtés comme des acteurs majeurs du conflit. Dans les deux cas, il est démontré ainsi la facilité nouvelle de «lever des troupes» dès lors que l’on dispose d’argent et d’un espace vide ou faible d’autorité étatique. Cette levée en masse citoyenne aide la police à rétablir l’ordre dans les grandes villes de Kharkov et Marioupol, et de reprendre le contrôle d’une partie du Donbass.

Menacé, le mouvement de protestation se durcit et se militarise grâce à l’action de nouveaux leaders plus proches des Russes. Durant le mois d’avril, on voit apparaître de ce côté aussi des bataillons de volontaires armés, qui s’équipent localement ou de plus en plus avec l’aide de la Russie. Igor Girkin, dit Strelkov, proclame la République de Donetsk, bientôt suivie par celle de Louhansk. Strelkov prend le contrôle total de la ville de Slavyansk et en fait le symbole de la résistance.

Le gouvernement répond en mai par une offensive baptisée «antiterroriste» qui s’efforce d’étouffer la rébellion. Grâce à la réintroduction de la conscription, les forces de la police et de l’armée sont renforcées et engagées dans des opérations de plus en plus importantes, visant à tenir les points clés comme les aéroports de Donetsk et Louhansk, à couper la frontière avec la Russie, puis à s’emparer progressivement de tous les bastions rebelles. Tous les moyens militaires sont employés. La Russie répond par une aide accrue en «volontaires», mercenaires et surtout en équipements lourds, toujours sous la fiction de l’équipement volé aux Ukrainiens. Les combats sont de plus en plus violents. Le ciel fait notamment l’objet d’une bataille inédite où la moitié de la flotte d’attaque au sol et d’hélicoptères est, ainsi que le vol civil commercial Mh-17, abattue par le système de défense antiaérien rebelle. À la fin du mois d’août, l’offensive gouvernementale ukrainienne semble malgré tout sur le point de l’emporter.

La Russie ne pouvant accepter cette victoire franchit alors un nouveau seuil. Les forces ukrainiennes le long de la frontière sont écrasées sous le feu de l’artillerie russe puis percées par l’engagement de quatre groupements tactiques interarmes (GTIA) sous le drapeau des républiques séparatistes. Tactiquement, ces GTIA combinent la puissance de choc des chars de bataille et la puissance de feu de la combinaison drones-artillerie à longue portée. Ils sont irrésistibles pour les forces ukrainiennes qui sont écrasées à Iloyansk, ouvrant ainsi la route vers Louhansk, Donetsk et Marioupol. L’aéroport de Louhansk est repris après un écrasement des défenses au mortier de 240 mm et des combats de chars. Le gouvernement ukrainien cède et signe le protocole de Minsk le 5 septembre.

Le 17 janvier une nouvelle offensive russe est lancée avec six groupements et autant d’axes d’attaque. L’aéroport de Donetsk est à son tour pris par les forces russo-rebelles selon les mêmes procédés qu’à Louhansk. Les combats majeurs se déroulent cependant autour de la poche de Debaltseve au centre du Donbass. La poche tenue par 6000 hommes est assaillie par des forces d’un volume double, regroupant typiquement deux brigades irrégulières, Prizark et ses volontaires internationaux ainsi que la brigade cosaque, mais surtout cinq GTIA russes. Après un mois de combats, dont des affrontements importants de chars, c’est un nouveau désastre ukrainien qui oblige à un repli catastrophique.

Placé dans une situation difficile et sans réelle implication concrète des puissances occidentales, le gouvernement ukrainien est obligé d’accepter le 12 février 2015 les accords dits de Minsk II qui consacrent la victoire de la Russie en actant la partition de l’Ukraine et de fait sa neutralisation stratégique.

31 commentaires:

  1. Bonjour Michel,

    Toujours aussi clair et convaincant, bravo et merci !
    Pour compléter la partie militaire, une présentation des conditions politiques ayant conduit à cette situation eût été bienvenue, en particulier le rôle de l'Union européenne dans la déstabilisation d'un gouvernement démocratiquement élu, entraînant l'intervention des forces pro-russes.
    Amitiés

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  2. mon Colonel,
    la Russie n'a pas seulement neutralisé l'Ukraine, elle ne pouvait pas se permettre de perdre un allié au profit de l'OTAN. et pour la Crimée la Russie ne pouvait pas perdre Sebastopol. impensable, imaginerait on perdre Brest ou Lorient ?

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    1. 100% d'accord! La Crimée et Sébastopol font partie de l'histoire de la Russie depuis quelques siècles. Sébastopol a été le théâtre de combats sanglants contre les Allemands durant la Seconde guerre mondiale, combats épiques qui sont devenus légendaires dans la mémoire du peuple russe. Voir la Crimée ukrainienne passer sous contrôle OTAN? Voir la flotte US mouiller dans le port militaire de Sébastopol? Impensable!

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    2. Plus prosaïquement, la base de Sébastopol faisait l'objet d'une location à la Russie pour une durée de 40 ans, bail qui s'est achevé en 2012 et qui a fait l'objet d'une transaction de la part du président Ianoukovitch en 2014, un nouveau bail jusqu'en 2040 contre un renouvellement de l'approvisionnement de gaz russe à bas prix. Les autorités issues du renversement de Ianoukivitch ont proclamé dès les premiers jours leur intention de remettre en cause ce bail et d'interdire l'usage de la langue russe pour tous les actes administratifs (bref, faire des ukrainiens russophones des citoyens de 2ème classe et priver la Russie de sa principale base sur la mer Noire). D'où l'agitprop russe contre les autorités ukrainiennes (couramment traitées de fachistes et pro-nazies, entre autres) et finalement l'action militaire (l'Ukraine n'a plus rien pour faire chanter la Russie, même le passage du gaz se fait maintenant via la Baltique et la Turquie).

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  3. Cher Colonel

    Votre explication detaillee sur la prise de la Crimée par les russes est excellente, et donc en fin de lecture on en retient que les russes sont les méchants et d'excellents manipulateurs.J'aurais bien aimé quelques lignes d'explications sur la decision des Russes d'effectuer cette opération d'envergure.

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    1. Les Russes sont des méchants et d'excellents manipulateurs, mais ce ne sont pas les seuls.
      Cet article, limité précisément à 12 400 signes, entre dans la catégorie Art opérationnel chez DSI pas dans celle de l'histoire politique.

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  4. Mon Colonel,
    Merci pour cet article. C'est toujours un plaisir de vous lire et de partager vos articles avec mes camarades.
    A-t-on idée d'une éventuelle influence des USA dans ce conflit ?

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  5. Un véritable talent d'écrivain de récit de guerre. Quel dommage qu'il ne se focalise que sur les Russes et n'étudie pas non plus la façon dont Israël s'est emparé progressivement des territoires palestiniens ; dont les Serbes ont annexé la région autonome du Kossovo ; dont l'OTAN s'est emparé de la Bosnie et du même Kossovo ; dont les Américains ont pris possession du pétrole syrien, etc. etc. Il est assez succulent d'observer à quel point l'adhésion massive des Ukrainiens de l'Est aux opérations russes auxquelles ils participent est considérée comme un épiphénomène. Mépris du droit des peuples ?

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    1. " Il est assez succulent d'observer à quel point l'adhésion massive des Ukrainiens de l'Est" et vous vous basez sur quoi pour affirmer une telle affirmation ??? Parce que le gros des troupes c'étaient des troupes russes.
      "Mépris du droit des peuples ?" Heu le droit des peuples n'implique nullement le droit à envahir un état voisin.
      Et pour rappel, le droit des peuples a été respecté quand il y a eu un référendum pour savoir si l'Ukraine devait être indépendante. Bizarrement, toutes les régions (y compris la crimée) ont voté en favteur de cette indépendance.

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    2. le Kosovo a toujours été Serbe (depuis le 14ème siècle au moins).

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  6. Bonjour mon Colonel,

    Je souhaiterais vous faire parvenir un document.
    Pourriez vous, dans ce but, me communiquer une adresse courriel à association-euromed-ihedn@wanadoo.fr ?
    Merci par avance
    Cordialement
    Jean François Coustillière

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  7. Hors sujet.
    A la lecture de ce texte, il apparaît que Les russes n'auraient pu gagner sans un soutien résolu des populations locales. Ces mêmes populations ont pu exprimer ensuite leur rejet d'un Kiev en proie à ses démons intérieurs.
    On voit donc que les Russes sont les maîtres quand il s'agit de peser sur des élections dans son étranger proche et bien plus loin, par delà les mers.

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    1. [daniel]
      Mes excuses, mon Colonel. J’aurais dû d’abord signer.
      C’est hors sujet dans la mesure où l’élément civil a produit le principal du travail pour gagner leurs parties, locales et russe. Notons que l’Ukraine était, et est toujours, une république unitaire. Cependant,la Crimée bénéficiait de structures lui assurant une autonomie interne certaine. Dans ces conditions, le référendum de sécession-rattachement a bénéficié d’une organisation valable. On peut en dire autant de ceux -sécession et indépendance- du Donbass.

      La dernière ligne est évidemment ironique. Le Maréchal Pétain disait que l’ironie descend la chaîne hiérarchique mais jamais l’inverse. C’est au nom de ce principe que je vous renouvelle mes excuses.

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  8. Bonjour, je découvre votre site et j'apprécie beaucoup votre prose
    N'étant pas du tout militaire il y a beaucoup de choses que je dois apprendre...

    mais vous dites que des soldats russes ont combattu l'Ukraine au côté des séparatistes ?
    On disait pourtant dans les millieu
    àde reinformation dissident (la dissidence française) à l'époque qu'ils n'étaient pas envoyé par le gouvernement russe mais que ces soldats avaient demandé à leurs supérieurs des jours de congés et étaient partis se battre pour défendre leurs familles en Ukraine.
    Donc c'est faux ?

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    1. [Daniel]
      Je ne suis pas vraiment compétent pour répondre à votre question. Cependant,regardez les 2 reportages vidéo ci-dessous. Ces info concernent surtout les combats à Debaltsevo. Mais j’ai malheureusement négligé ou oublié les références précises:

      https://www.youtube.com/watch?v=2zssIFN2mso
      Il me semble que ce journaliste particulièrement astucieux, Simon Ostrovsky, a montré sans l’ombre d’un doute que les Russes y étaient en unités constituées. Son reportage concerne un bataillon blindé. C’est tout ce que l’on peut en dire quant au nombre d’unités.

      Un second reportage est moins convaincant mais toujours utile :
      https://www.youtube.com/watch?v=C66mAkS1ZfM
      Ces unités russes ont été positionnées lors des combats de la poche de Debaltsevo, comme sécurité en dernier ressort. Elles ont subi des pertes. C’est conforme à la promesse russe de ne pas laisser écraser les 2 républiques, ni aucune communauté russophone dans son étranger roche. Ces unités ont retourné en Russie quand la victoire a été acquise.

      Par ailleurs, je me souviens d’un reportage vidéo, lui aussi,(Doni-Presse, je crois).
      Ce reportage montre un très jeune ex-Lieutenant-Colonel, artilleur retraité de l'armée russe. Il a été recruté à Saint-Pétersbourg. Son contrat était de commander un groupe de 6 mortiers de 120 mm à Debaltsevo. Organisation parfaite : liaisons radio avec observateurs au plus près des combats, équipes de service des pièces bien entraînée, logistique sans faille, travail en 3*8. Il avait un adjoint local. Il dit avoir envoyé environ 40 tonnes d'obus sur les Ukrainiens en 72 heures. Il est retourné à ses affaires en Russie après la bataille.

      Enfin, L'Ukraine orientale, Donetsk mais pas seulement, était le lieu d'implantation des installations de réparation lourde et de stockage du groupe de divisions russes en Allemagne de l'Est. Cela nécessitait des ateliers bien équipés et des personnes compétentes.
      Un reportage photo (Guardian, 2015 je crois) a montré un entrepôt à Kharkov avec 400 chars T64/T72 et 700 groupes motopropulseurs, tous à entretenir ou à réparer. 8 anciens combattants comme gardiens. L'armée ukrainienne ne semble pas avoir utilisé ces chars.
      Ces installations ont été abandonnées lors du retrait soviétiques.Il semble (?) que les ateliers à Donestk et sa région ont été repris par les services d'entretien des mines de charbon.

      Les troupes de la LPR/DPR ont déstocké des armes dont l'année de fabrication remontait à 1942 (fusils antichars et mortiers, par exemple).

      Pendant et après la défaite ukrainienne à Debaltsevo, les troupes de la LPR/DPR ont récupéré environ 200 véhicules blindés de tous types, plusieurs dizaines de tonnes de munitions et d'équipements, dont un ou plusieurs radars de contre-batterie américains. Les véhicules blindés les moins touchés étaient réparés le plus rapidement possible et renvoyés au combat, même incomplets ( radio pour les chars ukrainiens et briques de protection).

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  9. Malgré les remous politiques internes les services de renseignements ukrainiens n'ont pas été à la hauteur. Certainement absorbés par les conflits politiques nationaux. Même prévenus à l'avance je ne crois pas que les européens seraient intervenus sur le sol ukrainien pour se retrouver face aux "néo-russes". Seule attitude pouvant faire reculer ces derniers.

    Il ne fallait pas jeter de l'huile sur le feu en laissant croire que l'Ukraine pouvait rejoindre l'OTAN. Le chiffon rouge agité ne pouvait que faire réagir les russes intraitables sur la préservation de leur "glacis" . MAS 36.

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    1. Le principal service de renseigment, le SBU bien qu'ayant de grands effectifs est notoirement inefficace. En fait, cela ressemble plus à une organisation mafieuse qu'a un service de renseignement.

      Le problème des russes c'est qu'ils considèrent les anciennes républiques d'URSS comme leurs colonies. Et non ce n'est pas tant la menace que l'Ukraine puisse rejoindre l'OTAN qui a motivé cette intervention que le fait qu'ils ne supportent pas que l'Ukraine leur échappe et puisse aller dans le camp occidentale.
      Le pire c'est que si leur intervention a eu comme effet tout le contraire: l'Ukraine est définitivement passé dans le camp occidentale, la Russie a perdu toute son influence dans le pays (mis à part dans les régions qu'elle contrôle militairement).
      (Et l'Ukraine fait tout pour se rapprocher de l'OTAN maintenant qu'elle est agressé.
      Personnellement cela ne m'étonnerait pas qu'à terme, le pays rejoigne l'OTAN. Chose qui était impensable avant l'agression russe).
      Sur le terrain, la victoire de la Russie est totale. Sur le plan politique sur le long terme, j'ai de sérieux doutes que cela puisse être considéré comme une victoire: l'Ukraine est maintenant membre du camp occidentale et la Russie a perdu son influence dans le pays.

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    2. L'Ukraine ne peut pas rejoindre l'Otan tant qu'elle est en guerre civile. Le règlement de l'Otan l'interdit. Les Russes ont la partie belle; ils tiennent les clés du calendrier. Mais aussi les 'dirigeants' ukrainiens qui s'obstinent à refuser tout accord avec les républiques actuellement irrédentistes. Les 2 parties refusent d'un même élan la fédéralisations de l'Ukraine. Kiev, parce que ce serait reconnaître leur défaite, essentiellement politique. Ils ne conçoivent, à Kiev, qu'une capitulation qu'ils sont incapables d'obtenir par la force des armes. Ceux des républiques refusent tout autant simplement parce qu'ils ont trop soufferts de l'opération anti-terroristes, et continuent à souffrir des exactions à visée anti-civiles des forces de Kiev (30 morts par mois, très variable) La haine est trop grande et trop justifiée. Ils n'ont d'espoir que de rejoindre la Russie.

      Sur le plan économiques, l'Ukraine est dévastée et pillée. Elle a une dette vis à vis du FMI insoutenable. Le FMI est très accommodant pour prêter mais inflexible sur les solutions: privatisations et vente des bijoux de famille, en particulier la vente aux étrangers des terres agricoles riches. Le pays se dépeuple. Environ 2 à 3 millions ont fuit en Russie, en 5 ans. La Russie était son partenaire commercial naturel. Les liens sont coupés et sans contre-parties occidentales.
      Question morale, l'Ukraine est au nadir.

      Pour finir une plaisanterie bien connue:
      Pourquoi l'Ukraine ne reconquiert pas le Donbass? Parce que les Russes...
      Pourquoi l'Ukraine ne reconquiert pas la Crimée? Parce que là il y a vraiment les Russes.

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  10. vous avez parfaitement raison,la déstabilisation des gouvernements démocratiquement élus (,fussent ils corrompus et autres joyeuseté) par les Us est devenue une habitude;ils ont voulu faire le coup de Cuba à l'envers ,il y avait peu de chances que ça passe avec Poutine,il faut dire que ces méchants Russes ont pris la détestable manie d'implanter leurs bases au plus près des forces Us

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  11. Bonjour et merci pour cette description qui est un peu trop théorique à mon goût, mais qui relie tout de même assez bien les observations entre elles. ceci dit pour faire dans le cru, lorsque les russes décident d'un "regime change" sur un territoire, à leur profit, le résultat est : 0 morts en Crimée. Si l'Ukraine avait envahi la Crimée pour la "protéger"... contre l'écrasante majorité de sa population russophone, russophile et ... russe tout court, le tout soutenue par l'OTAN, alors n'aurions nous pas assisté à un massacre façon Yougoslavie ? Je joins cet article très éclairant (titre trompeur, dommage pour sa diffusion) sur les fondements juridiques de la réunification de la Crimée (et non pas son annexion selon pas mal de monde aussi) : https://www.les-crises.fr/l-ineptie-des-sanctions-economiques-par-arnaud-dotezac/

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  12. Il y a du nouveau concernant les Etats-Unis et l'Europe:
    https://forcesoperations.com/leuropean-deterrence-initiative-perd-encore-des-plumes/

    Si vous ne voulez pas vous contenter de la soupe servie par les médias aux ordres:
    http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/02/dernieres-nouvelles-des-stream.html

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  13. Bonjour mon colonel,

    Je suis pas militaire mais j'ai beaucoup de question

    La Crimée et Sébastopol sont des enjeux stratégiques pour la Russie, c'est pas nouveaux 1854-1856...
    Les ukrainiens ont du se mordre les doigts d'avoir rendu leur tête nucléaire dans les années 90, les russes auraient ils osé si ces armes faisaient encore partie de l'arsenal ukrainien...?
    (est ce que cela aurait été dissuasif ? A mettre en perspective avec le discours de M Macron sur la défense européenne et la dissuasion française)
    Où trouver des informations "fiables" sur les pertes dans chaque camp et un descriptif des engagements majeurs
    sur ce conflit ?
    L'armée ukrainienne a t elle évoluée depuis (matériels ? doctrine ? entrainement ?)
    Les russes peuvent ils agir de même avec la Biélorussie (cf actualité sur propositions us de vendre de l'énergie moins cher que les russes..?
    Votre avis m'intéresse
    Cordialement
    DAMIEN

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  14. Bonjour,

    Merci pour votre intéressant article. Avez-vous en tête des références bibliographiques sur ce sujet ainsi que les événements précédents (type Euromaïdan).

    Cordialement

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    1. J'oubliais le "?" à la fin de ma phrase...
      Merci !

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  15. Finalement, les russes ont fait la même chose que les USA en 62. La Crimée, c'est la baie des cochons, sauf que ça a réussi.

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  16. Mon Colonel,
    Pourquoi n'abordez-vous pas le volet de la brigade Tatars en Crimée ?

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