mardi 12 septembre 2017

Tempête rouge-Enseignements opérationnels de deux ans d’engagement russe en Syrie

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Deux ans après le début de l’intervention russe en Syrie, qu’on le déplore ou non (ce n’est pas le propos ici), il convient de constater que celle-ci est un succès et qu’il est possible d’en tirer quelques enseignements opérationnels. Cette intervention est un succès car elle a permis d’atteindre son objectif politique premier, qui était de sauver le régime syrien alors en grande difficulté, et même de contribuer à sa victoire probable. Le corps expéditionnaire russe a effectivement largement contribué à l’endiguement des forces rebelles à la fin de 2015 puis, en particulier avec la prise d’Alep, à la conquête presque définitive du grand axe de l’autoroute M5, centre de gravité du conflit, pendant l’année 2016 avant de lancer une campagne dans l’est désertique jusqu’au dégagement de l’aéroport de Deir ez-Zor, assiégé par l’Etat islamique.

La guerre est encore loin d’être terminée mais elle ne peut plus désormais être perdue par Assad. Il n’y a plus que deux pôles territoriaux rebelles arabes sunnites cohérents en Syrie : la partie de l’Euphrate syrien encore tenue par l’Etat islamique et surtout la province d’Idlib, aux mains d’une coalition de factions dominée par Hayat Tahrir al-Sham (ex-Jabhat al-Nosra). Les autres forces rebelles sont désormais éclatées et servent souvent de supplétifs à d’autres acteurs par ailleurs concurrents, comme la Turquie, le Parti de l’union démocratique kurde (PYD), la Jordanie, Israël ou les Etats-Unis. Encore une fois, cette évolution est largement le fait de l’intervention russe qui lui donne aussi un poids diplomatique particulier tant sur le théâtre lui-même, où la Russie sert d’intermédiaire avec quasiment tous les acteurs locaux ou extérieurs, que sur la scène internationale, où elle apparaît à nouveau comme une puissance qui pèse sur les affaires du monde et avec qui il faut compter.

Il est intéressant de constater d’abord que ces résultats ont été obtenus avec des ressources assez limitées, représentant par les forces engagées (4 à 5 000 hommes et 50 à 70 aéronefs comme force principale) et leur coût d’emploi  (environ 3 millions d’euros par jour) environ le quart ou le cinquième de l’effort américain dans la région (1). On peut comparer aussi cela avec l’action de l’opération française au Levant Chammal (1 200 hommes et environ 15 aéronefs, un million d’euros/jour) et qui, pour n’évoquer que le volet appui aérien, représente une moyenne de 6 sorties aériennes (dont une frappe)/jour pour 30 à 40 pour les Russes (2). Au regard des résultats obtenus, il est incontestable que les Russes ont une « productivité » opérationnelle (le rapport entre les moyens engagés et leurs effets stratégique) très supérieure à celle des Américains ou des Français. Cela tient à plusieurs facteurs.

L’intérêt stratégique de l’empreinte lourde

Le dispositif russe, engagé massivement et par surprise, a d’emblée été complet. Il n’a pas été précédé d’une phase déclaratoire, ni graduellement diversifié et renforcé comme celui de la coalition américaine ajoutant des moyens nouveaux (chasseurs bombardiers puis avions d’attaque, puis hélicoptères d’attaque, puis pièces d’artillerie, etc.) ou élargissant leur emploi, au fur et à mesure de la résistance de l’ennemi ou pour « montrer que l’on fait quelque chose » à son opinion publique. Cette stratégie du « poker » peut parfois avoir un sens face à un adversaire avec qui on négocie, elle s’avère beaucoup moins efficace face à un adversaire, comme l’Etat islamique, à qui on laisse le temps de s'implanter et de s’adapter.

Lorsque la France est intervenue au Mali, en janvier 2013, elle ne l’a pas fait graduellement mais a engagé le plus vite possible l’ensemble de son corps expéditionnaire. De la même façon, la Russie a déployé un dispositif complet et cohérent à la recherche de l’atteinte d’un objectif clair, ce qui, là-encore, n’est pas le cas de la coalition pro-rebelle en Syrie. Ce dispositif aurait pu être matériellement cédé à l’armée syrienne (ou armée arabe syrienne, AAS, selon la dénomination officielle) ou aurait pu être servi clandestinement par des Russes, comme pendant la guerre de Corée ou en Egypte pendant la guerre d’usure contre Israël (1967-1970). Il a été au contraire parfaitement assumé, au contraire de l’« empreinte légère » américaine, et cela change la donne opérationnelle.

La guerre en Syrie est une guerre « mosaïque », c’est-à-dire qu'elle n’engage pas deux camps mais plusieurs, à l’instar de la guerre civile au Liban de 1975 à 1990. Ces camps et leurs sponsors ont des objectifs différents qui les amènent à converger ou diverger selon les situations, ce qui rend le conflit à la fois complexe et stable, les reconfigurations politiques annulant souvent le succès militaires d’un camp. Un paramètre essentiel est qu’en général les sponsors rivaux, en particulier les Etats-Unis et la Russie, n’ont aucune intention de s’affronter directement et évitent donc, pour en limiter le risque, de « se rencontrer ». Par voie de conséquence, l’ « occupation éclair » du terrain par l’un empêche mécaniquement l’autre, placé devant le fait accompli, d’y pénétrer. C’est la stratégie du « piéton imprudent » qui traverse une route et oblige les conducteurs de voitures à s’arrêter, que l’URSS et la Russie ont pratiqué régulièrement. Dans la mesure où il est toujours possible de se tromper sur la réaction de l’autre, cela induit malgré tout une prise de risques. Les Soviétiques se sont, par exemple, trompés sur la réaction américaine après le déploiement de missiles nucléaires à Cuba en 1962 (pas assez rapide) ou sur celle des Afghans après leur intervention de décembre 1979 à Kaboul mais dans l’ensemble ils ont plutôt réussi. Les Russes sont ainsi parvenus à s’emparer de la Crimée sans même que l’armée ukrainienne ne combatte pour protéger son territoire. En Syrie, les hésitations américaines ont clairement réduit le risque d’un engagement.

A partir du moment où les Russes ont ouvertement planté le drapeau en Syrie et occupé l’espace, notamment aérien, les choses devenaient d’un seul coup plus compliquées pour les autres. S’il est possible de frapper l’AAS, comme le 18 septembre 2016, sans trop de dégâts diplomatiques, il n’en aurait sans doute pas été de même si les 62 morts avaient été russes (3). Il est significatif qu’un des premiers éléments du corps expéditionnaire russe à être déployé en Syrie ait été un dispositif antiaérien moderne avec quelques intercepteurs mais surtout, point fort russe, des systèmes sophistiqués de missiles sol-air ou mer-air, en particulier S-300 puis S-400. Il ne s’agissait pas de faire face à la menace aérienne rebelle, inexistante, mais bien d’imposer une « zone d’exclusion aérienne » aux autres acteurs extérieurs, en particulier les Etats-Unis, entravés de cette façon sur un théâtre d’opération pour la première fois depuis la guerre froide. Cela n’a pas empêché un appareil russe d’être abattu par l’aviation turque dès le 24 novembre 2015 (mauvaise anticipation et maladresse tactique), ni des frappes contre les forces et les infrastructures du régime de Damas, comme celle déjà évoquée ou encore celle du 8 avril 2017 par la marine américaine contre la base de Shayrat ou le 7 septembre dernier par l’armée de l’air israélienne contre le site de Mesayf. En juin 2017, deux drones d’origine iranienne ont été abattus ainsi que, et surtout, un avion Su-22 syrien au cours du premier combat aérien conduit par les Américains depuis 1999 (4).

Il faut cependant noter que les attaques du 8 avril et du 7 septembre ont été prudemment réalisées avec des missiles de croisière dans le premier cas et avec des missiles air-sol tirés depuis l’espace aérien libanais dans le second. Les accrochages de juin, de leurs côtés, sont survenues près des forces sponsorisées par les Américains, voire les forces américaines elles-mêmes placées à Tanf sur la frontière syro-irako-jordanienne, timide implantation des Etats-Unis en Syrie et désormais bloquée par les forces de la coalition de Damas. Ces actions témoignent certes de l’incapacité russe à interdire complètement politiquement et tactiquement le ciel ; par leur rareté et leur prudence, elles témoignent aussi et surtout que ce ciel est quand même dominé par les Russes.

Les Etats-Unis auraient pu jouer cette carte de l’exclusion du sol et au moins du ciel, par l’engagement de systèmes tactiques efficaces. Ils n’ont pas osé, hésitant longtemps à fournir du matériel sophistiqué aux factions rebelles, au moins jusqu’en 2014 pour les missiles antichars, et toujours pour les moyens sol-air. Ils ont encore plus hésité à engager ouvertement des unités de combat. Cela est devenu beaucoup plus difficile depuis l’intervention russe. L’« empreinte légère » est souvent aussi le témoin de la légèreté des objectifs politiques et de la motivation à s’engager pour les atteindre.

Le déblocage de la crise tactique

Par analogie avec la notion de crise économique selon Joseph Schumpeter, on peut définir la crise tactique comme la situation où les ressources dont disposent chacun des deux adversaires ne leur permettent pas de prendre l’ascendant sur l’autre. On assiste donc généralement à un blocage et une répartition rigide de l’espace (terrain difficile/terrain ouvert) et/ou du temps (le jour pour les uns, la nuit pour les autres par exemple). En Syrie, cela s’est manifesté par le découpage entre provinces contrôlées et espaces aux marges disputés mais bien délimités, en particulier le long de l’autoroute M5 qui court de la frontière turque à celle de la Jordanie. Phénomène aggravant, ce découpage ne s’est pas réalisé classiquement selon une fracture entre deux camps mais entre plusieurs en situation de coopération-compétition selon les circonstances, dont un camp rebelle arabe et (très majoritairement) sunnite lui-même très divisé. D’un point de vue tactique, ces espaces disputés sont essentiellement urbains, parfois montagneux, et toujours difficiles à conquérir surtout pour des forces disponibles pour la manœuvre offensive relativement peu nombreuses de part et d’autre. On a donc assisté à des opérations extrêmement fragmentées et des batailles d’autant plus lentes que la motivation des défenseurs était forte.

Selon Joseph Schumpeter, sortir d’une crise, et donc d’un blocage, suppose un surcroît très significatif de ressources et/ou une autre manière d’utiliser ces ressources afin d’augmenter la productivité. La guerre en Syrie a connu ainsi plusieurs phases où des innovations (parfois sinistres comme l’emploi terrorisant de l’arme aérienne par le régime de Damas ou celui des combattants suicide par al-Nosra) et surtout l’aide extérieure ont permis à un camp de prendre momentanément et partiellement le dessus mais où des phénomènes de réaction annulait rapidement cet avantage. En 2012, la tendance est plutôt favorable à l’armée syrienne. En 2013, c’est plutôt le cas des forces rebelles qui lancent plusieurs offensives victorieuses, avant l’intervention de l’Iran et du Hezbollah auprès de l’armée syrienne et le développement de l’Etat islamique sur les arrières. Au début de l’année 2015, ce sont à nouveau les rebelles du nord (L’armée de la conquête) et secondairement l’Etat islamique qui prennent le dessus sur l’armée syrienne et menacent fortement le régime, ce qui provoque l’intervention russe.

La particularité de cette intervention, ce surcroît de ressources et d’innovations, est que cette fois on va transcender, lentement mais surement, l’équilibre instable qui prévalait. Les moyens engagés et plus particulièrement la force d’appui, sont assez réduits mais bien adaptés et suffisants pour remporter plus facilement des batailles, elles-mêmes mieux intégrées dans le cadre de campagnes de plusieurs mois. On assiste ainsi à nouveau à un déblocage de la situation en faveur du régime d’Assad mais sans voir cette fois de réaction suffisante dans le camp rebelle et ses alliés pour la compenser. Un surcroît d’argent et d’armement léger n’est pas suffisant cette fois pour enrayer la tendance. La seule possibilité reviendrait à introduire des armements modernes qui permettraient de compenser la supériorité aérienne russe ou, au moins, de lui causer des pertes sensibles qui réduiraient son efficacité en lui imposant des modes d’action plus prudents. Or, on l’a vu cela est de fait beaucoup trop risqué et donc de fait impossible. Cela est d’ailleurs de moins en moins d’actualité que le périmètre des factions rebelles compatibles et susceptibles d’agir efficacement contre l’AAS s’est considérablement réduit. Si l’action contre l’Etat islamique reste évidemment d’actualité avec les Forces démocratiques syriennes, celle contre le régime de Damas est plus problématique que jamais.

Encore une fois donc, la présence physique des Russes, autant que l’engagement de leurs forces, a entravé le processus habituel de compensation et permis au « plan incliné » de rester du même côté pendant deux ans, ce qui ne s’était jamais vu, et d’obtenir ainsi plus d’évolutions dans cette même période que dans les quatre années précédentes.

La brigade aérienne mixte et son emploi

Ce déblocage a été obtenu essentiellement grâce à la brigade aérienne mixte d’aviation. Si son volume a varié selon les évolutions stratégiques, déclinant en mars 2016 pour remonter au mois de septembre suivant, il n’a jamais dépassé les 70 aéronefs, chiffre finalement très faible pour une armée qui en aligne théoriquement près de 2 000. 

Outre un très faible de taux de disponibilité dans ce parc pléthorique, il faut sans doute voir dans ce faible nombre la volonté de maintenir cet engagement au loin dans un volume soutenable logistiquement et organisationnellement (avec la nécessité notamment de n'y engager que des professionnels ou, peut-être, des conscrits volontaires). Il s'agit aussi de limiter les coûts humains et financiers alors que le pays est dans une situation économique difficile. Sa composition, très variée, a également évolué avec le temps en combinant toujours avions et hélicoptères en privilégiant plutôt ces derniers avec le temps. A côté de quelques matériels modernes, comme les bombardiers tactiques Su-34, les chasseurs multirôles Sukhoi 30 et 35 ou les hélicoptères Mi-28N et Ka-52, la brigade comprend aussi beaucoup d’appareils de technologie ancienne comme les bombardiers Su-24, les avions d’attaque Su-25 ou les hélicoptères Mi-24. Il faut ajouter à cette force, au moins une batterie de la 120
e brigade d’artillerie, dotée notamment de lance-roquettes multiples, plusieurs drones de type Dozor 600 ou Altius, similaires aux MQ-1B Predator américains et un avion de reconnaissance électronique Il-20 M1. Il faut également y ajouter plusieurs compagnies de forces spéciales dont la mission principale reste le renseignement et l’action opérationnelle en profondeur.

Car l’élément clé de la doctrine russe reste l’opération combinée, que l’on pourrait définir comme la concentration de moyens afin de réaliser une série d’actions tactiques (batailles) au sein de campagnes successives. La forme des combats prise depuis septembre 2015 semble par ailleurs témoigner de l’influence des Russes, présents dans les états-majors, dans la conduite des opérations. Dans ce cadre-là le rôle de la brigade aérienne est, en conjonction avec l’artillerie, de coopérer avec les forces terrestres afin de les renseigner et surtout de neutraliser les forces ennemies devant elles. Menées malgré tout par des forces réduites en volume, ces opérations combinées visent surtout à s’emparer de points clés, de disloquer des dispositifs ennemis et pour certaines factions avec qui il est possible de négocier d’exercer une pression suffisante sur elles et les populations environnantes pour les amener à céder, quitte à accepter, particularité du conflit, des transferts de combattants. La principale modification du dispositif russe a d’ailleurs été, en février 2016, la création d’un Centre de réconciliation destiné à la diplomatie de guerre (admettant donc que la fin la plus courante d’un conflit est la négociation et non la destruction totale de l’ennemi), la protection des transferts de combattants et, avec les autorités civiles, les ONG et les Nations-Unies, l’aide à la population. Ce centre de réconciliation est aussi très clairement un organe de renseignement pour les forces russes.

La brigade aérienne a donc été engagée dans plusieurs dizaines d’opérations combinées, à un rythme très élevé (1 000 sorties mensuelles en moyenne) rendu possible par la proximité des bases de la ligne de contact, Hmeimim en premier lieu (à 25 km au sud de Lattaquié) mais aussi les bases avancées de Shairat ou de Tiyas près de Palmyre. Il est important de souligner la complémentarité des moyens mis en œuvre depuis les chasseurs-bombardiers, plus aptes à la destruction de cibles lourdes et fixes, jusqu’aux hélicoptères et avions d’attaque, susceptibles de détruire on neutraliser les « petites » cibles et le tout en coordination avec une manœuvre terrestre, sans parler des effets de saturation des lance-roquettes ou des tirs de précision. L’ensemble reste d’une technologie assez ancienne, avec un emploi important de munitions non-guidées, d’où un faible taux de coups au but par rapport aux normes occidentales mais aussi initialement des pertes civiles sensiblement plus importantes que pour des actions équivalentes de la coalition américaine (5).

Selon le site Airwars, plus de 2 000 civils syriens auraient ainsi été tués dans les cinq premiers mois de la présence russe. Les pertes civiles ont cependant nettement diminué par la suite, en fonction des fluctuations de l’engagement mais aussi de l’acquisition d’expérience des pilotes et l’emploi de matériels plus sophistiqués, en particulier les hélicoptères d’attaque Mi-28N et Ka-52 qui ont de plus en plus remplacé les Su-25 dans les missions d’appui. Les opérations de 2016 et surtout de 2017 sont la preuve de l’excellente maîtrise désormais acquise dans l’organisation des opérations combinées. On est désormais très loin des cafouillages survenues lors de la guerre de 2008 contre la Géorgie. Les pertes civiles ont eu tendance également à diminuer même si elles restent élevées. Airwars les estime à ce jour entre 4 000 et 5 400 au total, à comparer au 5 300 à 8 200 attribuée à la coalition américaine, agissant il est vrai depuis août 2014 mais avec bien plus grande proportion de munitions guidées et affichant, contrairement à la doctrine russe qui l'évoque beaucoup moins, le souci de préserver la population(6)

Les pertes totales de la brigade aérienne sont, à ce jour, de trois avions, un abattu par l’aviation turque et deux par accidents d’appontage sur le porte-avions Amiral Kustnetsov ainsi que cinq hélicoptères, détruits par les tirs ennemis (ou peut-être, pour l’un, par un tir fratricide) surtout dans les phases critiques de décollage et d’atterrissage ou dans les bases (7). Les pertes humaines dans ces destructions s’élèvent à 11 hommes sur un total officiel de 17, en réalité sans doute entre 36 et 48, ce qui reste très faible au regard de l'ampleur des opérations (8).

La campagne de démonstration

L’intervention a été également l’occasion de raids de bombardements à longue portée, notamment le 7 octobre 2015 lorsque les quatre navires de la flotte de Caspienne ont lancé 26 missiles de croisière 3M14 Kalibr, dont 22 ont atteint leur cible, ou le 17 novembre 2015 avec un raid de 23 bombardiers à long rayon d’action Tu-22M3, Tu-95 et Tu-160 utilisant à leur tour des missiles de croisière KH-555 et KH-101. Depuis les frappes venues de l’extérieur du territoire syrien ont été ponctuelles mais régulières. La Marine a encore frappé cinq fois à partir de sous-marins ou de frégates en Méditerranée avec des Kalibr. L’aviation à long rayon d’action est intervenue aussi régulièrement, en juillet 2017, par exemple avec des Tu-95 MS et des missiles KH-101.

Ces frappes n’ont, la plupart du temps, pas d’intérêt tactique en Syrie. Elles sont évidemment très puissantes mais aussi extraordinairement coûteuses avec des munitions à plusieurs millions d’euros et des coûts d’emploi des vecteurs très élevés. La seule tournée du vieux porte-avions Amiral Kustnetsov, aurait coûté à elle-seue environ 150 millions d'euros (et causé la perte de deux avions). La majeure partie des cibles visées auraient pu être « traitées » avec des moyens locaux bien moins onéreux. Mais clairement, il s'agit d'une campagne superposée à la campagne syrienne et dont les vraies cibles sont ailleurs.

Cette première campagne russe de bombardement en profondeur vise d’abord bien sûr à tester un certain nombre d’armements et d’équipements modernes mais elle vise surtout à les montrer. Un raid de bombardiers à long rayon d’action ou une salve de missiles tirés depuis des frégates ou sous-marins sont d’abord des « évènements », c’est-à-dire que, au contraire de l’emploi de la brigade mixte, ils seront médiatisés. Ils sont donc avant tout des messages adressés à tous les publics de la guerre, syriens et surtout extérieurs, russes, alliés et OTAN, en réponses à d’autres évènements comme la salve du 23 juin 2017 quelques jours seulement après la destruction d'un avion syrien par les forces américaines, en avertissement aussi. Ces raids témoignent de ce que les Russes sont capables de faire s’ils sont menacés mais aussi de ce que seraient capables de faire ceux à qui la Russie fournit de tels équipements, comme l’Iran. 

Connaître l'existence d'armements et même leurs performances théoriques n'est pas tout à fait la même chose que de les voir en action. L'armée israélienne « savait» que le Hezbollah disposait d'armes antichars russes modernes et même de missiles anti-navires moins modernes mais dangereux. Elle n'a pas pour autant vraiment appréhendé ce que cela signifiait et l'a payé cher en juillet 2006. Maintenant tout le monde sait que la Russie peut frapper conventionnellement fort, précisément et sans parade sur de vastes espaces, et entrevoit ce qui pourrait se passer si on s'attaquait à des alliés qui disposeraient, par exemple, de missiles Kalibr.

La non-intervention terrestre

La principale surprise concerne finalement l’absence d’engagements d’unités terrestres au combat. La Russie dispose de solides unités blindés-mécanisées, comme la 6brigade de chars, et surtout une excellente infanterie légère, notamment aéromobile. La présence des premières dans les combats urbains et d’une brigade d’assaut par air dans la partie désertique du pays auraient consisté des plus-values très importantes et des accélérateurs opérationnels. La Russie a sans doute voulu limiter les coûts et les risques estimant les forces de l’AAS et des milices chiites suffisantes pour les opérations au sol, ce que la suite des événements a effectivement confirmé.

Outre, encore une fois, la force antiaérienne et le soutien logistique, la force terrestre engagée en septembre 2015 se limite donc volume d’un bataillon de la 810e brigade d’infanterie de marine renforcé d'une petite compagnie de neuf chars T-90, d’une batterie d’artillerie dotée d’une quinzaine d’obusiers et de lance-roquettes multiples, et équipé d’une quarantaine de véhicules de combat d’infanterie, des BRT-82A semble-t-il. Cette force sert essentiellement à la protection des bases navales de Tartous et aérienne de Hmeimim et ne semble pas, hormis l’artillerie et peut-être ponctuellement la compagnie de chars, avoir été engagée au combat. Elle est de toute façon insuffisante pour mener seule des opérations offensives d’envergure, et encore moins pour contrôler une zone un tant soit peu peuplée.

Des unités de police militaire ont en revanche été déployées dans les zones dites de désescalade afin de surveiller le respect des accords d’Astana en mai 2017. On évoque aussi beaucoup la présence de sociétés militaires privées russes, en réalité présentes depuis plusieurs années afin de protéger les installations pétrolières mais semble-t-il beaucoup plus active dans les combats depuis l’intervention officielle russe. Le groupe « Wagner », du surnom de son chef, aurait été engagé activement dans certains combats notamment à Palmyre. Pour la première fois sans doute dans l’engagement d’une force expéditionnaire, les pertes des nationaux membres de sociétés privées sont supérieures à celles des membres de l’armée régulière.

Trois explorations

L’intervention en Syrie est évidemment l’occasion pour les forces armées russes d’apprendre et d’expérimenter matériels et méthodes. Il est utile de noter qu’à cette occasion elles renouent aussi avec une tradition de concepts originaux. Trois paraissent particulièrement intéressants.

Le premier est le SVP-24 (pour Special Computing Subsystem) est un système utilisant le système de navigation satellitaire russe GLONASS afin de comparer la position d'un aéronef et de sa cible tout en prenant en compte tous les paramètres de vol et de l’environnement aérien afin de déterminer l’enveloppe optimale de largage, automatique, d’une munition « lisse » (9). Avec ce système les  Russes revendiquent une précision proche de celles des munitions guidées tout en tirant à une altitude de sécurité. Autrement dit, il s’agit sensiblement du concept JDAM (Joint Direct Attack Munition) que les Américains avaient développé dans les années 1990 sur les munitions mais appliqué au vecteur, ce qui est évidemment encore plus économique. Le SVP-24, peut être adapté pratiquement sur tous types d’avions, bombardiers, chasseur-bombardiers et même avions d’entraînement. Il permet, ou permettra car il est encore peu déployée, à moindre coût de disposer avec une flotte rustique dotée d’un stock de munitions lisse d’une capacité de frappes proche d’une force plus sophistiquée et bien plus coûteuse. C’est un exemple d’innovation radicale, et peut-être même « discontinue » (c’est-à-dire qui induit un changement profond de structure), où la technologie augmente très sensiblement la « productivité » tactique au lieu de la réduire, lorsque, par effet d’éviction, son coût très élevé siphonne des ressources rares.

Le deuxième est l’idée de renouer avec l’« infanterie motorisée ultra légère », autrement-dit une infanterie dotée de véhicules tous terrains légers et rapides (10). Dans les conflits « asymétriques », l’asymétrie est presque toujours recherchée (en admettant qu’il ait même le choix) par le camp le plus faible, souvent dans le sens de la « fluidification » du combat terrestre (dissimulation, mobilité). Il est donc souvent utile pour le « fort » de rechercher à rétablir le plus possible la symétrie, concrètement en imitant l’ennemi en constituant des forces aussi fluides que les siennes (de l’infanterie légère le plus souvent) mais bénéficiant de capacités d’appui dont l’ennemi ne dispose pas. Les Toyota « technical » sont utilisés dans les milieux désertiques ou semi-désertiques africains ou moyen-orientaux depuis les années 1970 (11). Ils arment les groupements mobiles de l’Etat islamique qui les a utilisés remarquablement dans ses opérations offensives, posant même de grandes difficultés d’acquisition et de frappes aux forces aériennes engagées. Par mimétisme, l’armée syrienne a fini par former des unités similaires pour les opérations dans le désert. Les Russes viennent de faire de même en formant un bataillon d’infanterie équipé de véhicules UAZ-3163 Patriot au sein de la 30e brigade motorisée de Samara. L’infanterie motorisée mobile ne constitue évidemment pas une nouveauté. Depuis les Jeeps armées de la Seconde guerre mondiale, les forces spéciales occidentales utilisent des véhicules de combat légers. Les unités parachutistes et aéromobiles aussi, toujours à la recherche de la mobilité et de moyens d’appui une fois déposées au sol. L’US Army a développé aussi dans les années 1980 quatre divisions complètes essentiellement dotées de HMMWV Humvee. L’expérience a toujours buté sur le problème de la vulnérabilité, surtout face à des forces régulières largement dotée d’armes antichars. Elle est sans doute à reconsidérer par son rapport coût-efficacité face à des adversaires irréguliers très mobiles dans un espace très ouvert.

Le dernier est le « véhicule d’escorte », aperçu en Syrie depuis cet été (12). L’idée n’est pas neuve et remonte à l’observation, dès les combats de la guerre du Kippour, en 1973 de la déconnexion entre chars et infanterie mécanisées, cette dernière, que ce soit par son armement de bord ou son infanterie débarquée, s’avérant souvent incapable d’appuyer efficacement les premiers dans leurs progression, en particulier face à de l’infanterie. Le phénomène est devenu sensible pour les forces soviéto-russes en Afghanistan et surtout dans les combats urbains de Grozny. L’idée est donc venue de disposer d’un véhicule intermédiaire disposant d’une très grande puissance de feu de saturation, complémentaire donc d’un char de bataille avec son canon principal lourd. La plate-forme antiaérienne ZSU a d’abord rempli ce rôle avec ses 4 canons de 23 mm mais avec néanmoins de fortes limitations et surtout une grande vulnérabilité. Puis ont été développé une plate-forme dédiée, avec un châssis de char T-90, finalement lourde et coûteuse, puis de manière beaucoup plus économique avec le BMPT-72 (dit Terminator 2) utilisant des vieux châssis de char T-72. Pour le prix d’un VBCI et sans doute pour la moitié du prix d’un futur Jaguar, le BMPT-72, bien protégé et doté d’une optronique moderne, dispose de 4 lance-missiles Ataka-T (AT-9 Spiral-2) à longue portée, de deux canons mitrailleurs de 30 mm et d’une mitrailleuse de 7,62 mm. Il constitue une remarquable arme « anti-antichars » (mais aussi antiaérienne et peut-être antidrone) et, selon sa fonction première, favorise l’emploi des chars de bataille, notamment en milieu urbain. Avec seulement un véhicule et trois hommes d’équipage, il est peut-être aussi efficace qu’un peloton d’appui direct complet des régiments Leclerc, avec ses trois VAB canons de 20 mm. Il constitue également un excellent moyen d’appui direct de l’infanterie.

Avec des moyens limités, quelques dizaines d’aéronefs et quelques conseillers, la Russie a donc, au moins pour l’instant obtenu des résultats stratégiques importants, et en tous cas très supérieurs à ceux des puissances occidentales, Etats-Unis en premier lieu mais aussi la France dont on ne parvient même pas à mesurer les effets stratégiques qu’elle a bien pu obtenir en Syrie. Cela est dû en premier lieu à une vision politique certainement plus claire et une action plus cohérente avec des prises de risques opérationnelles et tactiques que les Etats-Unis ou la France n’ont pas osés. La présence même des Russes en première ligne, si elle a induit mécaniquement des pertes humaines, a permis aussi par son caractère dissuasif vis-à-vis des acteurs extérieurs et son surcroît de puissance vis-à-vis des forces locales permis de débloquer clairement la situation tactique. Avec une meilleure concentration des efforts et l’acceptation de la négociation, les évolutions ont été plus rapides, en faveur du régime de Damas, que pendant les quatre années précédentes, témoignant une nouvelle fois qu’on obtient plus de résultats par une action cohérente sur le terrain que par une action à grande distance et sans objectifs clairs.

Notes

[1] TASS : Russia's Syria operation cost over $460 million — Putinhttp://tass.com/politics/863079 http://tass.com/politics/863079Lydia Tomkiw, How Much Has The Syrian Civil War Cost Russia And The US? http://www.ibtimes.com/how-much-has-syrian-civil-war-cost-russia-us-2336199.
[4] Ryan Fishel and Aaron Stein, Self-Defense and Strategic Direction in the Skies Over Syria https://warontherocks.com/2017/09/self-defense-and-strategic-direction-in-the-skies-over-syria/
[5] Arnaud Delalande, Forces aériennes russes-Quel engagement en Syrie ?, Défense et sécurité internationale n°121, janvier-février 2016.
[7] Chef de bataillon Pierron, Etude sur l’emploi des hélicoptères par les forces armées russes en Syrie, Centre de Doctrine et d'Enseignement du Commandement, Cahier du retex/Recherche, septembre 2016. http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/precedentes-parutions/emploi-des-helicopteres-russes-en-syrie
[8] Maria Tsvetkova, Les pertes russes en Syrie plus lourdes que le bilan officiel https://www.challenges.fr/monde/les-pertes-russes-en-syrie-plus-lourdes-que-le-bilan-officiel_491151 ;   Russian Armed Forces casualties in Syria https://en.wikipedia.org/wiki/Russian_Armed_Forces_casualties_in_Syria
[10] J. Hawk, Daniel Deiss, Edwin Watson, Lessons of Syria : Russia creates super light motorized infantry https://southfront.org/lessons-of-syria-russia-creates-super-light-motorized-infantry/
[11] William F. Owen, The Toyota Horde http://smallwarsjournal.com/jrnl/art/the-toyota-horde
[12] Alex Gorka, Russia Deploys Terminator-2 in Syria: Unique Weapon with no Analogues in the World https://www.strategic-culture.org/news/2017/07/18/russia-deploys-terminator-2-syria-unique-weapon-no-analogues-world.html

67 commentaires:

  1. J'arrête de faire de la pub en commentaires: C'est trop bien écrit, ça décourage les autres... :-)
    Belle fiche à relire calmement, à copier dans un coin pour plus tard au besoin parce qu'il y a foule de détails intéressants qui certainement vont réapparaitre et se recouper.
    J'ai noté la place des SMP, j'ai relevé le BMPT-72... il y a bien plus à mémoriser et ce n'est pas uniquement à usage "militaire". Bravo.

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  2. Il serait intéressant d aborder la complémentarité et le renfort par les troupes d infanterie apportées et entraînées par les iraniens. Les russes n ont pas agi seuls. Sinon, a discuter bien sûr, mais il me semble que les russes ont repris et adapte le concept de stratégie opérative qui leur a si bien réussi lors de la seconde guerre mondiale (ne pas rechercher la bataille stratégique mais plutot mener des actions qui affaiblissent progressivement les capacités opérationnelles de l ennemi ). En ce sens on peut effectivement confirmer que les russes ont aujourd'hui une pensée militaire de tout premier ordre et probablement supérieure à celle des américains (et tout cas obtenant des résultats supérieurs avec des moyens moindres).

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  3. Bonjour
    Dans les moyens essayés par la Marine,on ne peut pas écarter l'usage des missiles Kalibr lancés par les sous-marins du projet 06363 Improved Kilo.
    Ce missile équipe le Yasen et ses suivants à venir, tout comme il devrait remplacer les P-700 Granit sur les Oscar II. Bien entendu en plus grands nombre.
    Ce qui va donner une nouvelle dimension à la capacité de frappe anti-terre à cette marine.
    Superbe article en tout cas.Merci.

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    1. Merci. J'ai jouté quelques mots à ce sujet. Maintenant, en quoi le Kalibr constitue-t-il une rupture ?

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    2. Bonsoir
      C'est la première fois dans la marine russe que ce tandem missile anti-terre non nucléaire et sous-marin Diesel électrique fait son apparition. Jusqu'alors, on était plutôt dans l'action contre les groupes de porte-avions US. C'était l'unique mission des Oscar II par exemple. Même si on a assisté récemment à des tirs de missiles Granit contre des cibles terrestres, une fois en flotte du Nord le 18 octobre 2016 et une fois dans le Pacifique en juillet 2017.
      La modernisation annoncée des Oscar II inclut aussi le missile Kalibr.
      En espérant avoir répondu à votre question.
      PS: sept Kalibr-PL lancés ce jour contre des cibles de l'"EI"

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    3. Bonjour,

      Version anti navire et système de lancement conteneurisé ce qui ouvre quelques perspective pour détruire les flottes adverses, par exemple.

      Wikipedia:
      La société Concern Morinformsystema-AGAT développe le Club-K Container Missile System (CMS). Un système d'arme comprenant 4 missiles de croisière à capacité antinavire et antisurface 3М-54ТE, 3М-54ТE1 OU 3М-14ТE lancé depuis un conteneur standard de 40 pieds pouvant être installé sur des plates-formes non militaires comme des camions, des trains ou des cargos civils6,7.

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  4. Bonjour,

    Excellent article !
    Je pense que l'efficacité des Russes est également due à des règles d'ouverture du feu bien plus permissives que celles des USA et surtout celles des Français. La réduction des dommages collatéraux sur les population civiles n'étant pas (et n'ayant jamais été) au coeur de la doctrine soviétique puis russe... Cet aspect m'a beaucoup frappé à Alep où des installations ennemies "protégées" par des boucliers humains ont été bombardées sans hésiter. Encore un facteur qui réduit l'asymétrie, à mon avis.
    La question que je me pose est : est-il préférable d'accepter ces dommages collatéraux importants pour accélérer les opérations et donc d'avoir un ratio efficacité / pertes civiles élevé mais sur une courte période ? ou bien, à l'instar des armées occidentales de chercher à réduire à tout prix les pertes civiles quitte à voir les opérations se prolonger presque indéfiniment et au final causer davantage de pertes civiles ? Si l'on suit une logique cyniquement comptable, il n'y a pas photo ! Les Russes, en faisant usage d'une violence importante sur un laps de temps court ont atteint leurs objectifs stratégiques avec moins de dégâts collatéraux (total) que la coalition occidentale. Si l'on se place sur le plan moral, considérant que la fin est aussi dans les moyens, c'est évidemment une toute autre histoire... Je ne sais pas trancher ce débat, même si évidemment mes conceptions morales m'interdisent de viser sciemment des populations civils sous couvert d'efficacité... tout en acceptant in fine d'infliger des pertes globales supérieures. C'est un vrai dilemme.
    La protection des populations est au coeur du code du soldat français (soit dit en passant, pas du tout dans celui du soldat américain...) et fait partie de l'ADN de la doctrine française. C'est évidemment tout à notre honneur et en tant que soldat, c'est un élément d'une extrême importance pour moi. C'est ma façon à moi de clore ce débat interne.

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    1. Bonjour,
      fort de cette conception "à la française" du rôle du soldat, revendiquée il me semble au plus haut niveau, se pose clairement la question de l'envoi de ces soldats : s'il est important au plus haut point de protéger les non-combattants - position que je soutiens sans réserves - pourquoi déployer des soldats dans des zones où leur action sera dans le meilleur des cas symbolique?
      Je ne suis pas directement concerné et ne peux qu'imaginer (ou lire par ailleurs) ce que ressent le soldat ainsi placé face à cette contradiction, sa frustration. Et en tant que "civil de l'arrière", j'ai du mal à soutenir une opération qui ne peut qu'être un échec stratégique et politique, voire humain si on prend en compte le vécu des soldats engagés.
      "Quand on peut pas faire, on fait pas".

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    2. Oui, vous avez raison. J'y avais pensé, je vais ajouter quelques mots sur cette question.

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    3. Si je peux me permettre de tempérer un tout petit peu vos propos sur la réduction des dommages collatéraux absente du cœur de doctrine Soviétique/Russe contrairement à la France.

      Juste pour rappel, ayant été en Yougoslavie dans les années 90, de ce que j'ai vu, ce que les avions de l'OTAN - dont français - balançaient sur les civils, ce n'était pas vraiment des plaques de chocolats (si les militaires français pensent qu'un fourgon blanc immatriculé dans les Hauts-de-Seine constitue une menace ou une cible, alors il y a un problème.)

      Quand il s'agit d'avoir des comportements peu recommandables - viols y compris sur mineurs, tortures... certains éléments de l'armée française savent et ont toujours su faire (les autres armées aussi d'ailleurs, pas l'armée française uniquement), mais bon, ce n'est pas là le sujet principal de mon propos.

      Revenons donc à la Syrie. Vous oubliez la présence d'hôpitaux de campagne russes en Syrie, la présence d'aide humanitaire russe en Syrie.

      Une amie très proche a fait partie d'une des très rares ONG présente en Syrie, et bien que la plupart des membres soient des suicidaires voulant "mourir utile" tout est fait pour garantir leur sécurité autant que possible, même quand ils se trouvent dans des zones "grises"

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  5. Petite coquille, TU-160 pas TU-16...

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    1. Merci, s'il n'y que celle-là je serai content.

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  6. Excellent article sur les nouvelles capacités russes.... et ça fait froid dans le dos ! avec la Géorgie, la Crimée le Donbass et la Syrie, l'armée russe va devenir solide et très expérimentée. nouveau défi pour l'OTAN !

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    1. Un défi, vraiment ? Que va faire l'Otan? Que peut-elle faire? quels sont ses moyens?
      Je suis sûr que les réponses sont toutes consternantes. Un constat de carence sans appel...
      Et c'est tant mieux. L'Europe doit vivre.
      En revanche, pensons à Reagan, qui par des moyens politiques élaborés -y compris tromperie, induction en erreur, et quelques mensonges- a fait reculer le système moscoutaire, a vrai dire déjà bien faisandé, avant qu'il ne s'écroule pour de bon.
      La Russie s'ouvrira à la liberté individuelle et à la démocratie, c'est inéluctable; seule la date est inconnue. C'est un long chemin. Les pantalonnades de l'Otan n'y changerons rien, sauf peut-être créer une prévention contre ce que nous représentons, bref contre-productrice. Nous sommes l'avenir, nous sommes dépositaires d'armes irrésistibles à technologie fragile, à commencer par la démocratie, ne les mésusons pas!

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    2. je pense que c'est un défi pour l'OTAN dans le sens où l'Occident a, depuis la fin de la guerre froide, regardé l'armée russe avec condescendance voir mépris. Il est vrai que les deux guerre en Tchétchénie ont montré une image déplorable de l'armée russe. Or l'armée russe a beaucoup appris de ses erreurs depuis son intervention en Géorgie en 2008 (rappelons quand même que les Russes ont gagné cette guerre...). Et que l'OTAN s'est un peu reposée sur ses lauriers et son arme aérienne....

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    3. Daniel, la Russie n'est pas notre ennemi et les Etats Unis bien souvent agissent en Europe plus en occupant qu'en partenaire -rappelons nous le celebre F*** the EU. L'Europe aurait beaucoup a gagner de se rapprocher de la Russie et de se distancer un peu des Etats Unis, tan en politique exterieure, economique ou militaire -et cela apres avoir fait de vrais efforts pour construire una petite armee europeene. De plus je crois que la guerre en Syrie a aussi ete perdue sur le plan politique, il est dur d'expliquer a nos concitoyens que nous devons appuyer (meme par accident) les operations de Daesh o de Al Nusra. Article passionant de Mr Goya, que je suis sur Guerre et Histoire.

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    4. @ Dominique Charriere14 septembre 2017 à 09:01 : je partage votre avis ; je pensais que ma première réponse à Anonyme (13 septembre 2017 à 11:20) allait dans ce sens.
      Aucune idée de confrontation. Le mot de Cheysson reste d’actualité : « Bien entendu, nous ne ferons rien ». Mais nous avons des devoirs/responsabilités envers nous-mêmes.

      Si Reagan ne convainc pas, faisons appel à un autre:

      La géographie et la géopolitique -de Gaulle, 1966- nous condamnent à l’entente et certes à la vigilance -de Gaulle encore- Mais encore une fois, nous serons gagnants, jamais pour l’éternité bien entendu. Parce que la liberté, la démocratie et toutes ces choses qui relèvent de l’Esprit sont invincibles. Nous les leur injecterons et ils en feront une synthèse proprement slave. Nos devoirs sont évidents : nous rendre attractifs. Travail, patience et longueur de temps...

      Ceci dit, je ne peux m'empêcher de relever que la performance du Amiral Kustnetsov au large de la Syrie a été rien moins que convaincant : 2 avions à la baille et un remorquage ; et quelle fumée ! devait marcher au charbon, obligé (!). Ils se rééquipent, probable, mais c’est lent.

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  7. Merci, mon Colonel. Absolument passionnant. Ajoutons un détail,incertain et calculé sur un coin de table: le système d'acquisition d'armes US est dispendieux au-delà du raisonnable. Sa fonction économique pro-keynésienne, si elle a jamais existé, est confisquée par des actionnaires d'une voracité suicidaire. On peut donc chiffrer le coût d'une arme russe de 1/5 à 1/10 du cout d'une arme US à fonction équivalente. C'est conforme,à peu de chose près, au rapport entre les 2 budgets militaires (officiels). Bien entendu, l'étendue de "responsabilité" n'est pas la même.
    Autre détail, je vois beaucoup de vidéo d'emploi du RPG7. J'ai bien connu les LRAC de 73 et 89 mm. Je suis absolument étonné par la facilité d'emploi du RPG7. En gros le tireur s'assure qu'aucun obstacle arrière n'est à moins de 5m. Des femmes tirent au RPG7. Sa balistique semble correct. L'effet de la tête anti-personnel ou sur béton semble dévastateur, pas moins que le LRAC 73mm. Pour les jeunes qui n'ont pas connu ces armes, je dirais que le 73 mm était raisonnablement inutilisable, sauf tendance suicidaire, et lourd d'emploi. Quant au 89mm, je dirais simplement que j'ai vu un Colonel américain tirer avec, après une courte instruction et avec les précaution d'usage. Le mieux à dire est qu'il en est ressorti traumatisé , sonné et traumatisé et cible à 300 m manquée...

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    1. Pour la petite histoire, mon premier tir au 89 mm s'est fait sans bouchons (je l'ai avais oublié et mon instructeur a voulu me punir ainsi). 4 tirs successifs sans bouchon, j'ai mis deux jours à m'en remettre complètement. Alors oui, les Russes sont (ou ont été) capables de concevoir (ou d'adapter)des armes à la fois performantes et simples d'emploi comme le RPG ou simplement l'AK47, et une fois qu'ils ont un bon concept de le faire évoluer graduellement.Ils ne sont pas forcément pas poussé vers le toujours plus high tech.

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    2. Un triple ban pour vos oreilles et votre courage! et 5 pains au moins à votre instructeur. Directeur et officier de tir doivent veiller à ces détails, lors de tirs d'instruction, avant pour l'un d'autoriser le tir et pour l'autre de le commander. De tête et sans garantie TTA109. C'est si vieux. En tout cas, j'y veillais. Pour rien au monde, je n'aurais voulu "casser" un de mes jeunes si enthousiastes et ardents. Tirs d'accoutumance ou tirs de combat sont une autre affaire...

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  8. Bonjour,
    Vous mettez en opposition les opérations Russes et occidentales en Syrie, toutefois, si les Russes soutiennent un acteur unique, clairement identifié et structuré (l'état syrien),les occidentaux soutiennent un myriade de groupes peu fiables ce qui limite l'éventail de leur possibilités tactiques. Selon moi, d'un point de vue militaire, il aurait été plus pertinent de comparer l'opération russe en Syrie avec l'opération occidentale en Irak,ou ces derniers supportent l'état Irakien. Or dans le cas Irakien, on remarque que l'intervention occidentale a été au moins aussi efficace que l'action russe en Syrie, et est similaire en de nombreux points. Par ailleurs, depuis que les Américains se sont recentrés sur l'aide aux Kurdes en Syrie, leu action a été beaucoup plus efficace.
    Dès lors, je pense que la meilleure action des Russes en Syrie est avant tout lié à un choix politique de Poulin plus pertinent que celui des occidentaux.
    Enfin, la différence de prix des opérations est avant tout liée à la faible valeur de la monnaie russe et n'est donc pas réellement significative, il faudrait plutôt mesurer le poids de cette opération dans les budgets respectifs de ces pays.
    Sinon, comme d'habitude, article très intéressant !

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    1. Tout à fait d'accord...
      La Russie a fait le choix assumé de défendre Assad et de l'empêcher de sombrer alors que la coalition veut se contenter de "geler" l'avancée des "terroristes".
      celà change évidemment la donne en matière d'efficacité des armes en Syrie.
      Disons qu'à la fin tout le monde sera content et sortira du bourbier la tête haute !

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  9. Mon colonel, tout d'abord félicitations, vous avez été repris sur lemonde.fr

    Sinon, je pense que votre article, quoique juste, sous-estime trois aspects doctrinaux majeurs. Et ce même si contrairement à vous je ne suis qu'un civil curieux de la chose militaire

    1/ l'importance de l'attaque au sol en tant que mission aérienne PRINCIPALE. Le SU-25 est un avion d'attaque au sol à même de remplir des missions de soutien proche à l'infanterie. Ces missions sont cruciales, et furent correctement accomplies. Peu importe que le SU-25 soit au niveau des coucous à hélice de la seconde guerre mondiale en terme de combat aérien, ce n'est pas son **** de job. A l'heure où des stratèges en chambre américains rêvent de remiser le A-10 Thunderbolt au garage malgré l'opposition des fantassins, cela compte. Les avions d'attaque au sol sont un des outils décisifs dans l'obtention d'une victoire stratégique, là où les avions de supériorité aérienne avec lesquels on nous rebat les oreilles sont un outil technique dont le seul but est de rendre possible l'actions des appareils d'attaque au sol (ou de barrer la route à ceux d'en face). L'idée que les avions de chasse sont l'"aristocratie" d'une force aérienne me semble donc un regrettable héritage de la propagande nazie

    2/ Les Russes ont su opérer avec une impressionnante efficacité une guerre de coalition en appui avec deux forces de combat au sol : des Syriens locaux motivés mais épuisés et des troupes de volontaires Hezbollah ou iraniens certes motivés mais sans écrasante technologie et susceptibles d'être perçus à tout moment comme une troupe étrangère par les civils Syriens. Un tel niveau de coordination et de capacité à combiner les forces spécifiques de chacune de ces trois troupes est un fait d'arme remarquable à mettre au crédit des état-majors russes ET syriens.

    3/ Si l'on observe leur performance récente (résistance au Liban en 2006, victoire en Syrie en 2017) les guerriers du Hezbollah sont une force miliaire très impressionnante. Et quoique cet armée soit équipée avec des moyens financiers et technologiques incomparablement inférieurs à ce que peuvent aligner les meilleures armées occidentales, la valeur globale de leurs soldats et de leurs commandants en font un force régionale redoutable et extrêmement affûtée. Dans la guerre Syrienne, le rôle des Russes a été majeur mais celui du Hezbollah me semble considérable. En terme qualitatifs, leurs fantassins n'ont pas grand chose à envier à qui que ce soit.

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  10. Bonjour,
    En quoi le SVP-24 est-il si différent du mode de larguage CCRP, qui équipe déjà les conduites de tir des avions de combat depuis quelques eons ?

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    1. de ce que je comprends CCRP est acronyme qui pourrait donner calcul constant de la position du largage, sans de soucier de la technologie utilisée pour obtenir les positions relatives des cibles et de l'avion 5une systeme de positionnement satellite, un radar, etc.) et du mode d'action largage automatique ou information délivrée au pilotes qui prennent la décision finale de tir. Du coup le SVP-24 est un CCPR à localisation satellitaire et à mode de largage automatique, toujours si j'ai bien suivi. Et effectivement en utilisant un système de localisation satellitaire, on réduit les coups fortement (j’imagine que les radars du rafale sont capable de réaliser du CCRP mais le coup n'est pas le même), à condition de ne pas utiliser le GPS que les américain "dégraderons" quand ils le voudront. Raison de plus pour déployer le plus efficacement possible le réseau gallileo.

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  11. Grenadier de la Garde13 septembre 2017 à 22:20

    Encore une fois bravo pour cet article qui apporte réellement quelque chose aux réflexions sur les modes d'action possibles.
    L'emploi des engins de type BMP T n'est pas incompatible avec l'emploi d'une infanterie mécanisée sur un engin très protégé. Sans infanterie ou génie à pied, ce genre d'engins est insuffisant. En ville, c'est la complémentarité qui maximise les qualités respectives des engins. Le manque d'infanterie débarquée protégée au contact (et surtout sachant bien manœuvrer) est le gros PB tactique de l'armée d'Assad, d'où l'emploi des renforts venus de l'étranger. L'emploi des RPG 29 (le successeur infiniment plus performant que le RPG 7 mais toujours aussi simple à mettre en oeuvre) est typique des armes russes rustiques et efficaces.
    Enfin, même si ce n'est pas mon domaine, cette stratégie russe démontre l'inutilité du porte avions quand on va vraiment à la guerre...Tant que c'est pour faire de la diplomatie ou taper un objectif faiblement défendu, ok, sinon vaut mieux oublier Buck Danny...
    Encore bravo pour vos analyses

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    1. Le role capital du porte-avions a ete prouve a maintes reprises (Coree, Viet-Nam...). La derniere en date est l'operation de reconquete des Malouines par les britanniques en 1982, ou il a constitue un centre de gravite de niveau operatif ; i.e. sana porte-avions, pas de reconquete !
      Donc pas de conclusions hatives au regard des conflit actuels sur ce que seront les conflits a venir. Il est en effet tres rapide de perdre un savoir-faire (operations aeronavales dans ce cas) qui necessite des decennies pour etre acquis.

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    2. @Unknown15 septembre 2017 à 14:21
      -Le porte-avion Ark Royal a dû s'éloigner du périmètre d'action des Exocet argentins, à leur retour de mission les Harrier devait atterrir en mode VTOL sur une piste caché par les containers..d'un porte-containers.

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  12. Bravo. Enfin l'analyse bien pensee, detaillee et politiquement independante sur l'action de Russie en Syrie

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  13. Mon colonel,

    Merci beaucoup pour votre article très riche et précis. Je me permets néanmoins d'y ajouter quelques corrections et remarques concernant la dimension aérienne.

    L'aviation israélienne a frappé des positions syriennes, jusqu'à l'intérieur de Damas, bien plus d'une seule fois (de tête j'en dénombre 5+ rien que depuis 2015). Je vous rejoins sur le fait que la Russie n'est pas capable d'interdire totalement le ciel à ses opposants, mais dans le cas d'Israël, elle n'est capable de rien du tout. Je pense là que la raison est simple : ils ne prendraient pas le risque politique d'abattre un appareil de ce pays causant une crise diplomatique conséquente. Par ailleurs, je vous laisse juger de la position de Masyaf sur une carte, mais la cible n'a surement pas été touchée depuis l'espace aérien libanais comme le dit la propagande russo-syrienne sur le sujet.

    Enfin, les drones Dozor-600 et Altius-M n'ont jamais été employés par l'armée russe en Syrie. Ce ne sont pour le moment que des prototypes qui ne volent pour le moment qu'au-dessus de de la région de Saint-Pétersbourg et de Kazan respectivement. La Russie a par contre utilisé des drones tactiques Forpost et Orlan-10 (entre autres). Aucun drone similaire aux Predator américains. Le Forpost est une construction sous licence du Searcher Mk II israélien et l'Orlan-10 est beaucoup beaucoup plus petit.

    Quelques coquilles se sont glissées : il s'agit du système Gefest SVP-24 et non SVP-14 et du Tu-160 et non Tu-16

    La Russie compense la faible présence de son armée régulière au sol par l'utilisation massive de ces SMP. Elles disposent de l'ensemble des équipements du combattant russe standard y compris de certains véhicules légers. Ce sont plusieurs centaines, si ce n'est milliers de leurs personnels qui sont engagés en Syrie. Ces derniers sont très souvent d'anciens des guerres auxquelles a participé la Russie (Tchétchénie, Géorgie, Ukraine...) voire des militaires d'active attirés par un salaire plusieurs fois supérieur à leur solde. Subtilement, la Russie change les règles du jeu de l'emploi d'une force armée, mais sur le fond, il s'agit pratiquement d'unités régulières russes, seul manque l'armement lourd, j'en conviens. L'emploi de ces forces paramilitaires présente un double avantage : à l'extérieur celui de ne pas afficher une trop grande présence régulière russe sur le terrain, à l'image de ce qui se fait notamment dans l'Est de l'Ukraine ("c'est pas nous c'est des patriotes ou des privés"), intérieurement, de ne pas avoir à déclarer les contractuels tués...et ils sont nettement plus d'une centaine à l'avoir été depuis qu'ils sont déployés. Cela limite l'impact sur la population russe, qui rappelons-le est loin d'approuver unanimement l'implication russe dans le conflit...et ce, même quand le sondage est réalisé par un institut qui roule pour le Kremlin.

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    1. Merci Ansierra117 de ces précisions et de ces corrections. Le Dozor-600 est cité quand même dans de nombreuses sources (ce qui n'en fait pas un critère de vérité, j'en conviens). Sinon le calcul du surcoût de l'engagement russe vient d'un article du Jane's. Il ne me paraît pas choquant au regard de l'ensemble des "prestations" fournies.

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    2. Je vous présente mes excuses pour mes propos un peu durs et pouvant paraître virulents, aussi bien ici qu'ailleurs (démasqué). Votre article est d'excellente facture et remet parfaitement en perspective les tenants et aboutissants de l'intervention russe. J'étais mal luné lorsque j'ai rédigé mes précédents commentaires.

      Pour réagir à nouveau, Southfront se trompe totalement et j'en mets ma main à couper. En fait les gens qui ont filmé le "Dozor-600" en Syrie l'ont confondu avec un Shahed 129 iranien. L'Altius-M n'a jamais été déployé j'en suis certain à 100% (pas plus que les drones terrestres Platform-M).

      Le coût de leur intervention est moindre sur le plan financier, je me range maintenant du côté de votre explication. Sur le plan humain, je modérerais mes précédents propos en disant que le degré de résilience est propre à chaque nation. En l'occurrence les pertes russes (incluant les contractors) sont importantes si l'on se place sur les standards français actuels. Cependant, le fait que Poutine ait promulgué une loi plaçant sous le sceau du secret les pertes en temps de guerre, laisse entendre que le Kremlin craint leur conséquences possibles sur la société russe.

      Enfin, concernant le BMPT-72 Terminator-2, un seul exemplaire a été déployé par les russes sur le sol syrien à des fins d'expérimentations opérationnelles. L'engin a été notamment observé près d'Hama en juillet. Il n'a pas (pas encore ?) été construit en série pour l'armée russe.

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  14. Merci pour cet article.
    Si je puis me permettre, l'opération russe en Syrie est un succès parce que les "alliés" des rebelles syriens n'ont pas cherché à la faire échouer (comme en Afghanistan entre 1979 et 1989).
    J'ai mis alliés en guillemets parce que finalement, les rebelles n'ont pas d'alliés prêts à fournir ne serait ce que la moitié du niveau d'engagement (ou de soutien) que le régime syrien reçoit de la part de ses alliés.
    Dans les faits, les rebelles (y compris laïques) ont été seuls façe au régime et ses alliés. Ni l'Arabie Saoudite ni le Qatar ni la Turquie n'ont osé braver le veto posé par l'administration Obama sur la fourniture d'armement sophistiqué aux rebelles. Obama a même préféré se séparer de son propre secrétaire à la défense quand celui-ci a préconisé une intervention significative à la suite des attaques chimiques en août 2013.

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  15. Mon Colonel,

    Votre analyse est très appréciable pour évaluer la capacité opérationnelle de l'actuelle armée russe et la pertinence stratégique de son action. Marsouin dans ma vingtaine, j' appartient à une génération de soldats qui s' entraînaient face à un ennemi générique sous équipé et la lutte anti aérienne, même passive, était systématiquement négligée. Dans l' hypothèse d' un affrontement, si l' on met en perspective nos capacité de défense sol air face à celles de l' aviation russe, serions nous en mesure de contrer efficacement cette menace, notamment dans l' espace de champ de bataille?
    J' en doute personnellement.

    Votre anecdote sur votre 1er tir au LRAC m' a rappelé avec une douce nostalgie mes classes. En effet un de mes camarades a connu la même mésaventure avec un RAC 112. Son casque F1 en avait porté les stigmates du chef de section.

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  16. Article remarquable. Bravo à vous.
    Alain Rodier (CF2R)

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  17. Un article dense et bien renseigné qu'il faudra lire et relire avant d'en faire pleinement son profit. J'ai bien compris qu'il était axé sur l'aspect purement opérationnel et ne prenait pas en compte l'ensemble des mesures liées de près ou de loin au succès de l'opération. Néanmoins, il me semble que cette "efficacité" russe découle surtout de toute la préparation en amont. Et elle n'est pas que militaire. Loin s'en faut.

    On pourrait également s'interroger sur la finalité réelle de ce déploiement et les gains obtenus ou non par Moscou. Une fois tout compté, on s’aperçoit que cette opération n'a été qu'une "false target" (désolé pour l'anglicisme) ou encore ce que j'appellerais plus exactement, en bon français, un pseudo-projet.

    Parmi tous les pseudo-projets annoncés par V. Poutine pour épater ses adversaires, aucun n'a fonctionné à plein. Idem lors de l'intervention russe en Syrie, dont le but n'a jamais été de frapper Daesh, mais d'obtenir carte blanche en Ukraine en échange d'un "coup de main" aux Occidentaux. Poutine est un homme du passé qui considère toujours la chute de l'Urss comme "la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle". En ce sens, dominer à nouveau l'Ukraine et en tirer profit sur tous le plans possibles, demeure pour l'ancien kaguébiste la condition préalable à la restauration de l'empire. Or plus il l'agresse, plus il la perd. Et ce malgré 15 ans de patiente préparation. L'agression hybride passe notamment par ce genre de pseudo-projets.

    Or ce coup d'esbrouffe n'a pas vraiment fonctionné, les frappes russes ayant surtout touché la Résistance syrienne (sans parler des pertes civiles...). Mais Moscou a tout de même tiré profit de sa déstabilisation de la Syrie en perturbant l'exportation d'hydrocarbures transitant par la région et concurrençant les siennes. Maintenir Bachar au pouvoir et entretenir l'anarchie sur place est pratiquement une manière de sauver le budget fédéral de Russie.

    Mais l'opération n'a pas modifié grand chose à la position des Occidentaux sur la Crimée ni le Donbass, et Poutine a définitivement perdu l'Ukraine, pays de transit énergétique unique au monde. La Russie doit donc financer des projets de contournement très coûteux (Nord Stream, South Stream) et faire des concessions aux Turcs, ce dont elle se serait bien passée!

    L'intervention en Syrie révèle la fragilité de la Russie, dont le budget dépend à plus de 50% des exportations d’hydrocarbures. En Russie, les questions militaires et énergétiques s'en trouvent donc fortement imbriquées. Or personne n'en parle jamais en France. Le président russe le confessait lui-même le 28 août 2003 : les ressources énergétique de la Russie sont un instrument géopolitique. (v. la 1ère édition de la doctrine énergétique de la Russie à l’horizon 2020.)) Aucune réaction de l'Occident en général. Assez étrange quand on pense à l'importance des énergies fossiles dans les échanges mondiaux depuis plusieurs décennies.

    Il me semble que cet aspect de la question méritait plus d'attention, le but de l'intervention russe n'ayant jamais été de vaincre Daesh. Au contraire. L'efficacité russe (sujet discutable!) reste donc a prouver. Moscou a voulu par cette opération s'intégrer de nouveau dans la communauté internationale, mais son coup d’esbroufe ne lui a rien apporté de ce point de vue.

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    1. Vous devriez travailler pour un organe de propagande. En tous cas, vous reprenez tous les cliches de la propagande officielle de nos media, alors que l'article veut justement montrer une réalité objective sur le terrain purement guerrier.
      Et puis allez faire un tour en Russie, ca vous ouvrira sans doute les yeux quant au niveau de vie reel des habitants. La Russie ce n'est pas que les hydrocarbures !

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    2. @Pan Doktor
      Il m'avait semblé que la russophobie polonaise s'était un peu calmée, apparemment ce calme ne vous a pas encore atteint. Je ne vais pas répondre à tous vos points, mais juste à un seul, qui montre que vous connaissez mal la réalité de la Russie/URSS.

      En effet, vous mentionnez avec forte condescendance le fait que Poutine considère toujours la chute de l'Urss comme "la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle".

      Vous ne connaissez pas l'URSS, vous ne savez donc pas de quoi il parle (bien qu'il se soit expliqué sur le sujet, pour ceux qui n'avaient pas compris) ; laissez-moi vous expliquer :

      l'URSS était un immense pays, une mosaïque de peuples, dans un seul et même pays. Cela veut dire que les gens y étaient mélangés : il y avait des russes, des biélorusses, des ukrainiens, des ouzbeks au Kazakhstan, dans les pays baltes, en Moldavie, etc. bref imaginez toutes les combinaisons possibles dans toutes les républiques de l'URSS.

      Du jour au lendemain, le pays est disloqué, on met des frontières. Du jour au lendemain, un russe ou un ukrainien installé au Kazakhstan ou en Ouzbékistan devient un étranger, et coupé du reste de sa famille s'il décide de rester dans son nouveau pays.

      Dans les pays baltes, la situation était encore pire, puisque dès 1990, les autorités de ces pays signaient de nouvelles lois n'autorisant que les personnes présentes sur leur territoire depuis deux générations à obtenir la citoyenneté ; les autres se trouvaient avec une "citoyenneté indéfinie" (Alien's passport), euphémisme pour dire qu'ils sont apatrides. Bien entendu les droits de ces "citoyens indéfinis" étaient très limités.

      Enfin, n'oubliez pas que la chute de l'URSS a mis à terre tout le système qui existait : du jour au lendemain les ex-soviétiques ont perdu leurs systèmes médical, scolaire, social... gratuits.

      Donc pour vous, trouver que la chute de l'URSS est une grande catastrophe géopolitique se limite à de la nostalgie sordide, mais vous n'avez pas connu le chaos que ces pays ont connu dans les années 90, visiblement vous ne pouvez/voulez pas comprendre.

      J'espère que je vous aurai amené à réfléchir un peu plus en profondeur, que ce soit sur ce sujet précis, ou sur les autres.

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    3. Le simple fait de contester la politique du Kremlin n’est pas plus « russophobe » que n’est antisémite le fait de contester la politique d’Israël. Je me suis borné à la politique russe décidée en haut lieu, dans des sphères qui ne touchent ni le peuple russe ni les « russophones de l'étranger proche », ‒ si ce n'est à leur détriment. Je parlais de cette caste issue du KGB, de cette nouvelle « noblesse » comme dirait l’ancien patron du FSB Nikolaï Patrushev, qui de la Grande et Sainte a fait son gagne-pain mirifique pendant que le reste des moujiks restaient sur le carreau. Mais je descendrai « inter homines » un peu plus tard. Si le débat l’exige. Ce n’est pas le sujet pour le moment. Du reste je connais bien les Russes de la classe moyenne et ils sont loin d’être aussi poutiniens qu’on voudrait le croire, mais c’est un autre sujet…

      Je me suis juste permis de remettre en cause la version russe officielle en apportant des faits et des chiffres qui ne circulent que rarement dans l’espace francophone. Comme je viens de le dire, toute personne qui conteste les « bonnes intentions » du Kremlin n’est pas forcément un « Polonais russophobe » ni même un « propagandiste » a priori. Ce serait le juger un peu vite et faire grossièrement soi-même preuve d’apriorismes vis-à-vis d’une personne qu’on ne connaît qu’à travers quelques phrases jetées en vrac. Au nom du pluralisme dans le débat, attendez donc que cette personne s’en prenne aux Russes si sympathiques avant de la traiter de… « Polonais » ! )) Et affûtez un peu votre propre sens critique avant de parler de « propagande ».

      Quoi ? Nous ne sommes plus en démocratie et seule la voix du Kremlin a droit au chapitre ? Je regrette, mais nous n’en sommes pas là encore. Par conséquent j’exercerai mon droit d’expression sans répondre à la provocation par la provocation. Après cette mise au point, j’espère trouver des interlocuteurs respectueux d’eux-mêmes et d’autrui.

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    4. Tout d’abord, ne nous égarons pas dans l’exégèse des phrases soviéto-nostalgiques de Poutine : ce qu’il a voulu dire, ce qu’il fallait comprendre, ce qu’il fallait deviner, ce qu’il n’a pas dit, etc. Ni vous ni moi ne sommes son interprète pour commencer. Mais voir la place qu’a pris ce discours dans le jeu global entre pays de l’Otan et une Russie sur le retour est indispensabme néanmoins. Nous savons tous que ces phrases n’ont aucune valeur morale quoi qu’elles disent ou ne disent pas. Elles ne reflètent pas une pensée intime ou une conviction. C’est juste un élément de la politique extérieure russe, par nature menaçante pour les voisins immédiats, surtout après cette phrase-là. Contre l’Otan, ce sera un peu plus tard, en 2007, durant le fameux discours de Munich. Vladimir Poutine revendiquera durant le forum du Wehrkunde dédié à la Sécurité, l’avènement d’un leadership mondial pour la Russie et une alternative au modèle démocratique anglo-saxon issu de la Guerre froide.

      Mais Poutine peut tout dire. De toute façon qui le croit vraiment ? Un jour il affirme qu’il n’a pas envahi la Crimée, un autre il affirme que c’était bien lui. Et le tout à quelques mois d’intervalle. Compte tenu de cette pauvre valeur et la crédibilité quasi nulle des phrases poutiniennes, merci de reprendre votre argumentaire en tenant compte cette fois de la stratégie langagière déployée par Poutine, c'est à dire au sens politico-militaire. Car cette "manie" est tout sauf spontané, au contraire, tout est bien calculé et s’insère parfaitement dans un contexte d’agression hybride. En l’occurrence, en 2005 nous étions encore dans la phase de tests. Poutine se sentait personnellement humilié par l’apparition en Ukraine, en Géorgie et dans les Pays Baltes d’une société civile aux opinions à la fois européennes et « nationalistes » (au sens d’anti-soviétiques et quoi qu’il en soit anti-Kremlin) pas du tout parce que c’était une marque d’ingratitude pour les bien-faits du colonialisme russe, -- mais parce qu’elle remettait en cause la part de leadership mondial que revendiquait Poutine malgré ses moyens fort limités et le pauvre état de son armée.

      En sortant son « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe s… » Poutine pensait effectivement aux populations russophones des républiques soviétiques, mais uniquement pour désouvrainiser les États dans lesquels ils vivaient. Toutes les coupures de gaz, de livraisons de pétrole, etc, sont de ces années-là. Elles sont consubstantielles de ce discours.

      Du reste, juste avant la seconde guerre du gaz contre l’Ukraine en janvier 2009, la Douma et le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie avaient convenu de l’importance des régions du sud et de l’est de l’Ukraine pour l’intégration de l’Ukraine (de fait soumise à Moscou) via l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et la Communauté économique eurasiatique, dite « Union douanière ». Quelques semaines plus tard commençait une campagne médiatique en Russie laissant entendre que Moscou soutiendrait le « séparatisme » du sud-est de l’Ukraine (régions les plus russophones) si un signe lui était donné. Les déclarations de K. Zatouline, persona non grata en Ukraine, sur la révision des frontières héritées des républiques soviétiques en demeurent l’exemple le plus agressif.

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    5. Je parlais, dans mon premier commentaire, de pseudo-projets. L’exemple sans doute le plus pernicieux de pseudo-projet hybressif (c’est-à-dire annoncé dans le cadre d’une agression hybride) concerne justement le secteur gazier, domaine indissociable de l’expansionnisme russe, -- c’est fondamental.

      En pleine guerre du gaz russo-ukrainienne, et quelques mois seulement après l’invasion de la Géorgie, Moscou fit en janvier 2009 une offre à l’ancien héros de la Révolution orange, le président ukrainien Victor Youchtchenko, offre qu’il ne risquait pas d’accepter. Livrer du gaz russe dans les Balkans en puisant dans les réserves ukrainiennes était déjà risqué en soi. Mais vu le contexte russo-ukrainien, derrière cette généreuse proposition se cachait forcément un piège mortel. Sous un prétexte quelconque, Moscou pouvait à tout moment fermer les vannes et accuser le gouvernement issu de la Révolution orange d’avoir spéculé sur le gaz « russe » au détriment des « pauvres populations rusophones » d’Ukraine tant aimées. Et cela aurait été d’autant plus facile à expliquer que Youlia Tymochenko n’avait eu cesse d’accuser le président Youchtchenko de corruption dans l’affaire RosUkrEnergo (un consortium mafieux russo-ukrainien lié au Kremlin du reste, eh oui, les milliards de Poutine proviennent bien de quelque part…).

      Laisser par grands froids le sud et l’est du pays sans autre moyen de chauffage risquait de provoquer de larges protestations que Moscou aurait alors « interprétées » comme une volonté de rejoindre la Russie. Les protestations de la population en colère à Odessa ou Donetsk auraient alors été exploitées à des fins d’intervention armée sous ombre de « protection des russophones » si persécutés.

      L’échec de cette grossière manœuvre aurait peut-être pu être évité si Moscou avait eu les bonnes personnes au bon endroit. Après le départ de Youchtchenko en 2010, le Kremlin allait donc insister sur la désatlantisation et la déseuropéisation de l’appareil d’Etat ukrainien tout en plaçant ses « insiders » aux postes adéquats. Parallèlement, en avril 2009 au sommet de l’OTAN à Strasbourg-Kehl, la coopération avec la Russie (interrompue après la guerre de Géorgie) avait été rétablie.
      Ce n’est donc pas l’Otan en soi qui dérange Poutine, mais le fait que les nations européennes rescapées de l’Urss choisissent un autre chemin que la nostalgie pour papa Joe et la recomposition de l’empire eurasiatique. 38% des Russes considèrent Joseph Staline comme le plus grand personnage de l’histoire mondiale d’après un sondage du Levada Center mené en avril 2017. Sa popularité a plus que triplé depuis les dernières années de l’URSS, quand sa cote ne dépassait pas 12% en 1989.
      Vladimir Poutine talonne le « petit père des peuples » avec 34% et fait un bond de 12 points depuis la guerre en Ukraine et l’annexion de la Crimée. Suivent des personnages de l’histoire russe et soviétique comme Lénine, Pierre 1er, Catherine II, ou bien de la littérature russe comme Pouchkine et Tolstoï. Le premier étranger n’apparaît qu’en 14e position et s’appelle Napoléon 1er (9%) juste devant... Brejnev. En conclusion, les Russes peuple bon et généreux, sont très ouverts au monde et apprécient les hommes d’Etat modérés. 😊

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    6. Belle tirade pour nous sortir une théorie d'un nouveau complot.

      Votre raisonnement, qui doit avoir certainement quelques éléments de vrais - vue la quantité fournie, ce doit être le cas - fait pourtant abstraction de plusieurs faits avérés :

      - Le fait que l'Ukraine n'était pas nécessairement bon payeur pour le gaz russe, ce qui a été confirmé par un tribunal londonien, et qui de toute manière est un fait assumé par les ukrainiens eux-même ; et que se passe-t-il quand on ne paie pas son gaz ?

      - Le fait que l'Est et le Sud de l'Ukraine sont actuellement sans gaz (toute l'Ukraine en fait), et ce n'est pas du fait de la Russie.

      - Le fait que Kiev préfère acheter du charbon US plutôt que du charbon... ukrainien

      Ah oui, le problème de Poutine ce sont les nations qui choisissent un chemin occidentaliste... elle est belle celle-là.

      En suivant ce raisonnement, on se demande alors pourquoi il a accepté l'installation de bases OTAN en Ouzbékistan, au Turkmenistan... ? Ce n'est pas logique.

      En suivant ce raisonnement, la pression sur la Moldavie devrait être beaucoup plus forte, non ?

      En suivant ce raisonnement, cela ferait longtemps que les pays baltes auraient été envahis par la Russie.


      - Quid des gesticulations en Suède et en Finlande ? Poutine veut les récupérer aussi, parce qu'ils sont trop proches de Washington ?

      Ça ne tient pas...

      Quant à votre russophobie, si votre premier post était plutôt poutinophobe, vous avez tout de même fini par révéler votre russophobie. Ne vous en faites pas, c'est à la mode en ce moment.

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    7. Je ne comptais pas vraiment sur votre courtoisie à vrai dire ; vous pouvez donc rester en mode « loop » si cela vous chante ; cela ne me dérange pas, au contraire ! Vos lectures qui se limitent à RT et Spoutnik me donnent exactement le support que je cherchais ; car ce que j’écris ici s’adresse moins à vous qu’à des tiers ayant succombé aux mêmes « médias ».

      Ah… cette « génération Gazprom », tout un programme ! 😊 Pratiquement 10 à 15 ans d’intox quotidienne. Les hausses des cours gaziers et pétroliers au début des années 2000 ont directement permis l’exportation de la corruption russe dans nos réseaux médiatiques et politiques. Les Français intoxiqués entre-temps ne pourront être sevrés qu’après la baisse des cours, et donc l’extinction de cette corruption. Ce sera alors la fin de la Pax Putiniana. Et cela peut arriver d’autant plus vite que la globalisation accélère les processus.

      Donc le gaz russe, oui, bien sûr que c’est « le » sujet. C’est l’alpha et l’oméga de la question russo-ukrainienne pour commencer, et plus généralement européenne dans le cadre de l’hybression russe (l’agression hybride). Et puis vous êtes le premier à lier le gaz russe aux conflit russo-ukrainien. Vous me parlez du procès de Londres, alors qu’il n’a aucun rapport direct avec Gazprom. Vous comparez l’Ukraine à une simple ménagère, une cliente donc, et la Russie comme un fournisseur lambda. C’est là que vous vous trompez. Tous les pays européens n’ayant pas obéi à telle ou telle injonction de Moscou, même les pays de l’UE, ont subi des pressions et des coupures de gaz ou de livraison de pétrole, soit à titre de punition, soit à titre « préventif », juste pour l’exemple. Le gaz russe, c’est une arme énergétique et une matraque au-dessus de nos têtes. Il a fallu que la Russie entre dans la phase militaire de l’hybression pour que l’UE réagisse enfin.

      En avril 2015, après une enquête ouverte en septembre 2012, la Commission européenne accuse officiellement Gazprom d’abus de position dominante, de surfacturations et d’entrave à la concurrence. Cinq pays européens payent des prix inéquitables de 40% supérieurs à ceux pratiqués ailleurs : comme par hasard, c’est la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. Gazprom force également plusieurs de ses clients européens à cloisonner leur marché, bloquant la concurrence transfrontière. Et vous me parlez de « mauvais payeurs » en parlant des Ukrainiens ? 😊
      L’Ukraine est un pays de transit unique au monde, elle assure pleinement la sécurité du transit gazier vers l’UE, alors que les routes la contournant par mer sont vulnérables et coûteuses. L’Ukraine, même en cas d’avarie sérieuse sur un de ses gazoducs, possède un réseau dérivatif, ce que n’ont pas Nord-Stream et les autres pseudo-projets uniquement destinés à enfoncer l’Ukraine et pas du tout à améliorer la distribution. Qui plus est, ces pseudo-projets divisent les Européens et les rendent donc d’autant plus vulnérables.

      L’Ukraine a une capacité de stockage souterrain de 31 milliards de m3, ce qui empêche toute interruption de livraison ou pénurie due à des incidents techniques. Quant aux attaques hybrides, il faudrait frapper simultanément le réseau ukrainien en 39 endroits différents pour parvenir à le paralyser. Seule une guerre totale pourrait rendre la chose théoriquement possible. Des tests ont été opérés par les forces spéciales russes ; il y a eu aussi des cyberattaques – mais 39 c’est beaucoup... 😊

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    9. Bon, mais revenons au procès de Londres. Il s’agit en fait du « prêt Yanoukovitch » contracté avec la Russie, c’est un rachat de dette et non une facture Gazprom, bien que ce prêt va servir à payer Gazprom. Bref, la Russie aide l’Ukraine en lui mettant des % en plus sur les factures de gaz en quelque sorte.

      Le 17 décembre 2013, les Accords de Moscou avaient mis fin au cap européen choisi par l’Ukraine. Yanoukovitch acceptait les 15 milliards « offerts » par Poutine. Le prix du gaz russe était réduit à $268.5 le m3. C’était la capitulation finale de l’Ukraine « prorusse ». Le 20 décembre 2013, la Russie rachetait donc une part de la dette ukrainienne à hauteur de 3 milliards de dollars sous forme d’euro-obligations au taux modéré de 5% et au nom d’un fonds de pension russe. Le fameux « Prêt Yanoukovitch » fut immédiatement englouti par Gazprom.

      Le 20 janvier 2014, le cabinet des ministres demandera à Moscou une tranche supplémentaire de 2 milliards, mais elle lui sera refusée après le changement de gouvernement. En juin 2014, le nouveau gouvernement s’acquittera du premier remboursement de la « dette Yanoukovitch » à la date prévue. C’est ensuite que les choses s’enveniment, car les Ukrainiens considèrent ce « prêt » comme une dette privée de Yanoukovitch, et pas une dette souveraine ukrainienne. Or le FMI exige l’inverse, et en octobre la Russie exige le remboursement du « prêt Yanoukovitch » avant toute restructuration de la dette ukrainienne. Elle propose au FMI d’accorder un nouveau prêt de 3 milliards à l’Ukraine de sorte à être remboursée. Le FMI qui statutairement ne peut accorder de prêt à un pays se trouvant dans l’incapacité de rembourser sa dette souveraine, fait alors exception et permet à l’Ukraine d’accéder à d’autres prêts.

      Le Premier ministre Yatseniouk demande alors une restructuration de la dette souveraine à hauteur de 20% remboursable sur 4 ans avant de rembourser le prêt Yanoukovitch. Refus de la Russie. En novembre 2014, elle tente de bloquer d’autres tranches du FMI destinées à l’Ukraine. En décembre, l’Ukraine propose à la Russie une solution alternative sous forme d’un moratoire incluant le remboursement de la dette Yanoukovitch.

      En février 2015, la Russie assigne l’Ukraine en Justice pour le « prêt Yanoukovitch ». L’Ukraine, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères Klimkine, déclare que le tribunal de Londres reconnaîtra ce prêt comme un POT-DE-VIN VERSÉ DANS LE SEUL BUT D’ACHETER LE CHOIX « EURASIATIQUE » DE L’UKRAINE au détriment de l’Europe. Un tribunal ukrainien en août 2016 gèlera à titre conservatoire les 3 milliards demandés par la Russie, en attendant les compensations pour l’agression russe et la guerre en cours. Sans parler de l’exploitation illégale du gaz ukrainien en Crimée ou du charbon ukrainien dans le Donbass. Du reste, 80% des mines ont été détruites. Du beau travail cette guerre hybride...

      Pour conclure, le procès de Londres dans un tribunal de commerce, n'a considéré cette affaire que sous l'angle strictement commercial. Le jour où le procès de la Russie et de Poutine s'ouvrira, on en reparlera.

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    10. Ah, le fameux argument RT/Sputnik, impossible de faire sans quand on ne connait pas son sujet et que l'on a pas d'autres angles d'attaques. C'est comme pour les hackers russes : quand on ne sait pas quoi dire c'est la faute des russes (on faisait pareil auparavant avec les juifs qui étaient la cause de tout).

      Revenons au sondage Levada que vous avez mentionné : loin de moi l'idée que vous avez essayé de tromper votre public, les lecteurs de RT/Sputnik versions françaises, j'imagine que vous avez juste fait un raccourcis maladroit, dû à votre méconnaissance de la langue russe (ou alors vous êtes allé chercher votre info depuis une source plus ou moins honnête... ça arrive, même en dehors de Sputnik/RT°

      Bref, la question posée par le centre de sondage était la suivante : "citez le nom de 20 personnes ayant selon vous le plus marqué l'histoire et les peuples" (remarque : le mot vydayushesya peut être pris positivement ou négativement). Mais je comprends que votre façon de tourner la question vous arrange mieux.

      Ensuite vous essayez de passer pour un spécialiste de la question gazière : prenez-vous vos infos chez les décodeurs du monde ? (ce genre de question doit vous faire plaisir, vous qui m'avez accolé l'étiquette Sputnik/RT)

      Des inepties pareilles, on n'en trouve que dans Le Monde, New York Times, WashPost, Fox... d'ailleurs, c'est dommage, j'attendais que me ressortiez "l'attaque des hackers russe sur le réseau électrique américain" (encore plus drôle que les fameux hackers nord-coréens avec Sony Pictures)

      Mais j'apprécie votre timide tentative avec les cyberattaques : c'est bien connu qu'on branche les réseaux gaziers, électriques, militaires etc. sur internet. Ben oui, on a vu ça au cinéma, donc ça doit être vrai.

      ne revenons pas sur le gaz, votre logorrhée est assez pénible, à charge et mal documentée.

      En revanche, c'est quoi l'histoire du charbon ukrainien exploité illégalement dans le Donbas ?

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  18. Merci mon colonel pour cet article très instructif, que ne manqueront pas de lire vos camarades encore sous l'uniforme en charge du RETEX :)!
    Il est curieux de voir certains commentateurs s'ingénier à discréditer systématiquement ce que fait la Russie, pour se sortir, et nous avec, d'une unipolarité destinée à l'échec. Des trolls du Centre d'excellence Stratcom de l'OTAN, peut-être?

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  19. Bonjour,
    Je me permets de vous féliciter pour la rédaction de cet article qui va nettement plus en profondeur que bon nombre de choses que l'on peut lire dans les médias traditionnels. Dans un but de compléter l'image du succès russe, il faudrait encore mentionner trois points. Je espère que vous les trouver pertinents:
    1) Le "vieux" Kuznetov n'est pas tellement plus ancien que certains bâtiments de l'US Navy (p. ex. USS Nimitz, Eisenhower ou Vinson), mais contrairement à ces derniers, il n'a subi que peu de modernisation. Or depuis son retour d'opération, il subit une refonte quasi totale. Son emploi en opération réel (le premier) aura sans doute permis d'identifier quelles sont les améliorations les plus pertinentes à apporter. Le théâtre d'opération syrien, bien que plus coûteux pour ce type d'équipement, aura néanmoins servi de laboratoire sans commune mesure pour tester l'état actuel des équipements de ce navire. L'investissement aura donc été utiles pour mettre en valeur celui qui est fait maintenant. Ce théâtre d'opération aura également permis d'enregistrer les premiers engagements en condition réel d'autres matériels qui ne manqueront pas d'être améliorés à posteriori comme les antiques Tu-95 ou les Tu-160 (dont la production devrait par ailleurs être relancée sous peu)
    2) À l'inverse du point précédent et comme mentionné dans votre article, du matériel extrêmement récent a été mis en œuvre. Bien que quelque peu macabre, l'opération en Syrie constitue une formidable vitrine pour l'exportation de ce matériel, secteur important de l'économie russe. Selon certains médias russes, le succès opérationnel rencontré et la communication qui y est liée aurait dopé les ventes. En effet, il est reconnu que du matériel éprouvé en situation réel se vend mieux que celui qui n'a jamais servi.
    3) En neutralisant ce conflit servant de terreau fertile à l’extrémisme religieux non loin des frontières territoriales russes, cela démontrera que la position du Kremlin reste forte sur ces questions. Il ne faut pas oublier que la stabilité de la Russie est questionnée par certains groupes dans le Caucase, groupes ayant fournis des combattants, tel que le fameux Omar al-Chichani dit "Omar le Tchétchène". Cette campagne permet indirectement de verrouiller ces éléments de politique interne et ainsi de contribuer à assurer la sécurité dans cette région, en liquidant un espace où des combattants auraient pu se former et acquérir de l'expérience avant de retourner au pays.
    Je ne saurai dire si ces éléments faisaient partie intégrante du plan initial russe. Néanmoins et même s'il ne s'agit que de retombées annexes, ceci ajoute encore au succès russe.

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    1. Très bonnes remarques. Je reste quand même étonné de voir toujours cette tendance occidentale (de moins en moins nette il est vrai) qui consiste à voir la Russie et ses moyens militaires avec condescendance. Et ce n'est pas anodin, dans la mesure où on nous tanne à longueur de journée avec l'agression russe en Europe (très théorique) alors qu'on cache encore soigneusement la poutre qu'on a dans son oeil (l'organisation d'un coup d'Etat en Ukraine, la volonté manifeste de ceinturer la Russie avec des bases américaines, pardon de l'OTAN mais c'est pareil) et que la montée en puissance d'un risque de guerre ne s'amenuise pas (voyez les réactions hystériques concernant les manoeuvres Zapad). Or, l'histoire nous montre ce que peut donner le fait de sous-estimer "l'adversaire".

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    2. Vous remarquerez que l'on parle beaucoup plus de Zapad 2017 que d'Aurora 2017 qui regroupe l'OTAN, la Finlande et la Suède, puisque les politiques de ces deux derniers pays, formés aux États-Unis, sont paniqués à l'idée d'une invasion russe (dans quel intérêt ? sans doute pour s'emparer des stocks de saucisses au fromage)

      Autant (ceci n'est pas un jeu de mots) je comprends l'intérêt des Pays Baltes de crier au loup, vu leur contribution à l'OTAN et ce que cela leur rapporte (protection par les autres membres à prix cassé), ils auraient tort de se priver, autant pour les deux rives du Golfe de Botnie je comprends moins

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  20. Merci Pour cette analyse intelligente ; cela change des Clausewitz et autres Patton médiatiques

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  21. Bonjour, j'ai aperçu quelques petites coquilles qui nuisent un peu à la fluidité du texte, je me permets de les signaler.

    "Depuis les frappes venues de l’extérieur du territoire syrien ont été ponctuelles mais régulièrement.": régulières.

    "Elle ne pas pour autant vraiment appréhendé ce que cela signifiait et l'a payé cher en juillet 2006.": Elle n'a pas.

    "La seule tournée du vieux porte-avions Amiral Kustnetsov, aurait coûté à elle-seul environ 150 millions d'euros (et causé la perte de deux avions).": à elle seule.

    "L’ensemble reste d’une technologie assez ancienne, avec un emploi important de munitions non-guidées, d’où un faible taux de de coups au but par rapport aux normes occidentales mais aussi initialement des pertes civiles sensiblement plus importantes que pour des actions équivalentes de la coalition américaine (5)." : un faible taux de coups au but.

    Et sinon j'ai noté que vous êtes cité par le journal Le Monde, c'est bien ça va peut-être vous amener plus de lecteurs (mais aussi mécaniquement plus de trolls!).

    Mon commentaire n'ayant pas d'intérêt autre que technique, ça ne me dérange pas si vous ne le publiez pas.
    David V.

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  22. Excellent article, et il aurait été encore "plus excellent" peut-être si il s'était encore plus focalisé sur l'aspect "économico-financier" de cette intervention, en otant tous les filtres et obstacles "intellectuels" liés à la vision que chacun a du "russe" (rustre, inhumain, sans moyen)...
    Tout comme pour vos formidables analyses du conflit au Sud Liban en 2006, ou vous pointez que cela aurait été sans doute plus efficace pour Israël de 1° donner 5 millions de $ à chaque combattants du Hezbollah plutôt que de commencer une guerre, 2° d'acheter 2 ou 3 F16 de moins (sur plus de 50) pour avoir une infanterie Israélienne complètement équipée et entrainée.
    Ici mon Colonel, vous nous montrez comment avec 4 à 5.000 h (une capacité que 15 à 30 armées dans le monde peuvent normallement atteindre, sans trop de problème) 50 à 70 aéronefs "normallement" modernes sans plus, et un coût de 5 à 10x inférieur aux sommets Etatsuniens, l'on peut obtenir des résultats très tangibles. La guerre devient un aspect financier, comment obtenir l'effet voulu en dépensant de 3 à 8x moins ....En utilisant des appareils éprouvés, modernisés simplement (par ex. des Super Pumas qui existent depuis 30 ans plutôt que des NH90 jamais optimisés), au lieu d'avoir la précision à 1.000 %, on se contente de celle à 150 % en acceptant la part de risque ... Si en plus on modernise une artillerie terrestre sans trop de coût, on obtient là une formidable combinaison d'effciacité

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  23. Bonjour,

    Article remarquable qui je trouve fait écho aux livres de Mériadec Raffray sur le RETEX des Soviétiques en Afghanistan...

    Je me permets de prendre part à la réflexion avec quelques idées :
    - le succès de la stratégie russe repose notamment sur la définition d'objectifs relatifs et donc réalisables, le maintien au pouvoir d'Assad. L'expérience américaine a montré que la définition d'objectifs absolus, propre à une certaine forme de messianisme (refondre le Grand Moyen Orient, créer une démocratie de toutes pièces) est vouée à l'échec.
    Ces objectifs relatifs ont aussi l'avantage de pouvoir être remplis par la seule force militaire.
    L'exemple français est à cet égard intéressant. Serval fut un franc succès grâce au libellé de sa mission, détruire les groupes terroristes (objectif "relatif" et éminemment militaire), tandis que Barkhane piétine par l'ampleur et le côté multidimensionnel et "OSS 117" de l'objectif fixé (stabiliser la Sahel en gros!)

    - le dimensionnement et la nature de la force russe déployée est également pertinent dans le sens où la "composante terrestre" est assurée par des locaux appuyés par des capacités ciblées mais efficaces. Cela permet d'assurer la pérennité de la stabilisation avec des forces locales qui ont pris part à tous les combats lors de la phase d'intervention et qui ont donc gagné crédibilité et légitimité....
    Envoyer une force complète envoie au contraire un signal négatif : puisque vous ne pouvez pas faire le job tout seul, c'est à nous de le faire! L'inanité des armées iraquienne, afghane et de certaines armées africaines (pas toutes loin de là, j'ai pu le constater!) ont par la suite grevé la stabilisation de ces pays.

    - Enfin, la nature des capacités utilisées par les russes traduit des évolutions majeures pour la suite. L'utilisation des missiles de précision (Kalibr, KH 101) renvoie directement aux propos/écrits du maréchal Ogarkov dans les années 1980 (qui a d'ailleurs théorisé la RMA avant les Américains!). Sa thèse était en gros la suivante : en cas de conflit majeur conventionnel, l'URSS, de par son retard croissant dans le domaine conventionnel (et notamment des missiles de croisière et de précision) n'aura le choix qu'entre l'inaction et le "full option" (nucléaire...)! Il faut donc investir massivement dans ces missiles de précision pour se donner les moyens d'agir de façon graduée et de participer à des conflits limités (c'est précisément le cas syrien...).
    Parallèlement, cette interdiction relative de l'espace aérien syrien que vous mentionnez démontre la pertinence des capacités A2/AD (Anti Access, Area Denial) qui sont la hantise des EM américains!! L'objectif des russes (comme des chinois ou des iraniens) n'est pas de rivaliser avec les Américains en termes de capacités (objectif totalement illusoire) mais de limiter voire paralyser leurs capacités (notamment aériennes) par ces moyens défensifs, beaucoup moins coûteux!
    Et ce ne sont pas seulement quelques "assets" (comme disent les US!) (S300/S400) mais bien un système complet d'interdiction aérienne via le réseau IADS.


    Cordialement,



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  24. Bonjour

    Excellent article. Il faudra que je le relise une ou deux fois pour en apprécier toute la richesse.

    D'abord une petite coquille je crois: "L’idée est donc venue de disposer d’un véhicule intermédiaire disposant d’une très puissance de feu de saturation, complémentaire donc d’un char de bataille avec son canon principal lourd" : disposant d'une très grande puissance de feu.

    Un premier complément ensuite, concerne me semble t il l'important effort de rééquipement de l'infanterie loyaliste, qui, au début de cette guerre, évoluait avec un standard proche de celui du Pacte de Varsovie dans les années 80. Les livraisons de gilets de protection balistique 6B45, de fusils automatiques AK-74M ou AK-104 avec lunette de visée et lance-grenade ont considérablement accru son efficacité, de même que les livraisons de munitions thermobariques.

    Ensuite, au niveau de l'analyse stratégique et politique russe qui est comme souvent très pertinente, l'intervention russe a aussi été réussie car elle avait un objectif positif, c'est à dire la victoire d'un camp (le régime de Bachar, aussi contestable soit il). Les Occidentaux, eux, n'avaient que des objectifs négatifs, c'est à dire la défaite de certaines factions (d'abord le régime, puis en plus l'EI, et peut être en plus maintenant Hayat Tahrir al Cham). On sait qui il veulent voir perdre, mais ils ne savent plus qui ils veulent voir gagner.

    Enfin, au niveau de la gabegie financière, on peut rappeler les aveux du général Austin - le CENTCOM - en septembre 2015, qui reconnaissait que malgré un budget de 500 millions $, il n'y avait que "4 ou 5 rebelles" qui combattaient sur le terrain. On pourrait réécrire le livre de Jean Lartéguy "100 millions de $ le milicien"... La seule différence est qu’au Vietnam, les Etats-Unis dépensaient en moyenne 1 million de $ pour tuer un ennemi. En Syrie, ils en dépensent 100 millions pour former un milicien, qui ne tuera d’ailleurs peut être pas d’ennemi.

    Merci encore pour cet article

    Bien cordialement

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  25. Merci mon Colonel pour votre article. Ironiquement, j'ai repensé à votre article publié dans DSI: "Pour une guerre de corsaires contre Daesch", qui reprenait sur certains points ce que les Russes ont visiblement appliqué ici, en particulier le combat couplé et une force "rustique" (pas trop quand même) capable de "mordre" l'ennemi et ne pas lui laisser de temps de repos. Mais il me semble quand même que la situation politique pour la Russie était aussi plus simple: le but n'était pas de détruire une faction (comme en France) mais d'en faire gagner une autre, ce qui simplifiait aussi les règles d'engagement: pas de compte à rendre à ceux qu'on veut "délivrer". Par ailleurs, les USA sont allés dans cette guerre à reculons: Obama avait promis de mettre fin à la guerre en Irak, il était très compliqué pour lui de justifier une nouvelle intervention, surtout avec des troupes au sol, et encore moins en soutient à un dictateur utilisant des armes chimiques contre ses opposants. Bombarder et espérer, tout en soutenant les factions hostiles à l'EI comme les Kurdes, était sans doute la seule action possible, surtout au moment du désengagement du Moyen-Orient pour le "pivot asiatique".
    Reste toutefois des questions en suspens: que va devenir le régime de Bachar al-Assad, visiblement très affaibli par la guerre, et discrédité pour de bon aux yeux du monde et de sa population, dans un pays ruiné par les destructions ? En fait, il est probable que la guerre ne reprenne à la première faiblesse du régime, qui ne tient que parce qu'il est provisoirement le plus fort. Faute d'une réforme en profondeur du système politique, il faudra alors une nouvelle intervention pour le soutenir. De même, que va-t-il se passer au Kurdistan (irakien et syrien), alors que les Kurdes ont retrouvé une efficacité militaire redoutable et surtout une légitimité totale par leur combat contre l'EI? Comme vous l'avez souligné dans votre article sur le "Septembre rouge", la Russie peut avoir très bien réussi à ce moment, mais se retrouver ensuite coincé par son soutien à un régime affaibli à choisir entre retrait ou implication totale.
    Enfin, concernant le rôle de la France, cette intervention aurait pu amener à des réflexions, en particulier sur l'équipement. Effectivement, un vrai véhicule de combat d'infanterie serait utile (je ne suis pas sûr que le Jaguar soit une réponse, il semble plus être un AMX 13 modernisé: un véhicule de raids), mais la France semble faire une allergie aux véhicules chenillés et surtout lourds. Et où trouver un chassis capable de faire l'affaire? Un vrai avion d'appui-feu, à réaction ou turbopropulseurs, serait aussi utile car l'emploi d'un Rafale est vraiment dispendieux et dangereux pour cette mission. Mais avec les coupes successives imposées par Bercy, on peut toujours "attendre et espérer".

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  26. Qu'est-ce qu'il faut pas lire! "que va devenir le régime de Bachar al-Assad, visiblement très affaibli par la guerre, et discrédité pour de bon aux yeux du monde et de sa population". Sortez un peu de la lecture du Monde ou de Libération. Le "régime" de Bachar Al Assad, qui quoi qu'on en dise est le seul légitime, sort bien sûr renforcé de cette guerre, et il n'est discrédité (pour des raisons géopolitiques, vous n'avez qu'à voir combien il était "sortable" il y a plusieurs années pour ne plus l'être soudain alors qu'il se libéralisait) qu'aux yeux du monde occidental, c'est-à-dire un monde de plus en plus réduit (ce qui ne m'enchante pas pour ce qui est de l'avenir). Quant à être discrédité, je vous parie une once d'or que s'il se représente pour être président de la Syrie il sera réélu avec 90 % des voix au moins (évidemment nos trolls éternels diront qu'il y a fraude comme à chaque fois qu'une élection ne leur plaît pas). Il y aurait beaucoup à dire aussi sur vos remarques relatives aux Kurdes.

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  27. Remarquable article, outre son aspect exhaustif et non passionnel sur les opérations en Syrie conduite par les russes, il démontre que leurs forces armées et état-major en 2014-2017 sont fort éloignés de ce qu'elles étaient dans les années 2000. Comme quoi la débauche de moyens technologiques hyper sophistiqués et fort coûteux, c'est loin d'être un gage de victoire. Notre Président, Ministre chef des armées, CEMA et DGA, sauront ils tirés les enseignements de l'engagement russe en Syrie ?... J'ose me permettre d'en douter car entre leur tropisme pour tout ce qui est OTAN (donc US), et leurs illusions d'intégration militaire européenne....

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  28. Un article complémentaire de celui-ci; complémentaire parce que politique:
    " Can Russia claim ‘victory’ in the Middle East?" en anglais malheureusement.
    http://ekurd.net/russia-victory-middle-east-2017-09-13

    A noter:
    "Et en ce qui concerne la Syrie, je sais par des sources à Damas que le président syrien Bashar Al-Assad et son entourage ne sont en réalité que des «accessoires»: les véritables décisions incombent aux Russes et les paroles d'un Officier russe a beaucoup plus de poids que celles de l'un des hauts fonctionnaires du régime d'Assad. La suprématie russe en Syrie est le prix payé par le régime d'Assad pour assurer sa survie après plus de six ans de conflits internes, de participation extérieure et de guerre civile."

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  29. Bonsoir,
    Bien qu'ignorant de la chose militaire, votre article m'a fort intéressé à la fois sur le plan tactique et opérationnel de l'intervention russe. A la fin de la lecture on se demande, quid des dispositifs de la coalition et en premier lieu des moyens américains? Puis comme vous l'avez si bien montré pour les russes, comment analyser vous les buts de guerre américains depuis 2011?
    Bien à vous

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  31. Bonsoir ,
    Superbe article , dense et précis .
    Il est d'autant plus intéressant que le " story-telling " qui a couru les rédactions pendant au moins quatre années , en fait jusqu'au mois de décembre 2016 , était que le gouvernement Russe allait " lâcher " Assad en échange de concessions économiques . C'est la" linkage diplomacy " chère à Kissinguer dans les années 70 pour éviter des révolutions et des interventions Soviétiques .
    Le drone Dozor-600 est à l'origine un drone scientifique qui a été " récupéré " par les militaires , ce qui fait qu'il utilise pas mal de composants électroniques , optroniques " sur étagère " et " Made in Asia " .D'ou un prix de revient assez bas pour des performances honorables .
    Son moteur est à l'origine un Rotax 914 ( Environ 30 000 Euros pour un Rotax 914 UL3 de 115CV disponible sur le marché civil , de mémoire ) . Les dernières sanctions feront que les cellules suivantes seront très probablement équipées d'un moteur développé localement , voir d'un clone Chinois .

    Daniel BESSON

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