dimanche 13 mars 2016

Africa first

Publié le 2 juin 2015

« La guerre trouve son origine dans un but politique ; ce motif initial qui l'a provoquée 
doit faire l'objet de la plus haute attention pendant toute sa conduite. » 
Clausewitz

La stratégie, c’est en principe simple puisqu’il suffit d’accorder des méthodes et moyens à l’atteinte d’un objectif, face à un adversaire, actuel ou potentiel, violent ou non. La définition de l’objectif s’effectue à l’échelon politique, au  sens large, avec le conseil des représentants des différents instruments de puissance, dont les forces armées. Il s’agit ensuite, de la part de chacun de ces instruments de puissance de déterminer comme participer à l’atteinte de cet objectif avec  les moyens disponibles et ceux que peut fournir la nation. Cette réflexion stratégique est éminemment dynamique dans la mesure où elle s’exerce sur quatre ensembles – ennemi, nation, forces, exécutif politique – en perpétuel changement et interagissant selon des rythmes différents. Elle relève donc largement de la science complexe et, si les définitions paraissent simples, la mise en œuvre est beaucoup plus délicate.

Un bon exemple d’une stratégie cohérente est fourni par les Etats-Unis au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le 12 novembre 1940, un mémorandum est présenté au Président Roosevelt qui expose les différentes options d’engagement possibles : défense du continent Américain, offensive à travers le pacifique contre le Japon (Japan first) avant de se retourner contre l’Allemagne et l’Italie, effort simultanée sur les deux fronts, offensive en Europe (Germany first) avant de se retourner contre le Japon. C’est cette option D (baptisée Plan Dog) qui est finalement choisie même s’il sera possible de s’engager également contre le Japon surtout à partir de 1944. En parallèle de ces choix, les Etats-Unis construisent un instrument militaire à la fois remarquable de cohérence et d’efficacité face aux deux ennemis tout en étant fondé sur une économie suffisamment bien organisée pour ne pas épuiser le pays. Seul le design de l’US Army, privilégiant la standardisation et la permanence du potentiel des unités au détriment du nombre, s’est avéré un peu inadéquat. A la même époque, l’Allemagne fournit l’exemple contraire d’incohérence stratégique, dispersant des moyens limités dans des aventures et ne mobilisant vraiment les ressources de la nation qu’à partir de 1942 tout en les gérant souvent de manière féodale. L’Allemagne ne retarde le désastre final inévitable que par l’excellente tactique de ses troupes.

La France des années 1960 fournit aussi un bon exemple d’accord entre une vision stratégique et des moyens partagés, au sein d’une armée mixte appelés-professionnels, entre le corps de bataille métropolitain adossé à l’arme nucléaire et une force expéditionnaire organisée pour la défense des intérêts de la France en Afrique autour d’un double réseau de bases locales et d’unités d’intervention. Le système comprend des lacunes, le corps de bataille notamment est longtemps sous-équipé et il aurait pu être organisé de manière plus audacieuse, mais l’ensemble est cohérent jusqu’au début des années 1980.

L’époque est alors à la conjonction de la tentation de se servir de cet outil militaire, si facile d’emploi dans les institutions de la Ve République, et du refus de faire la guerre. On voit alors apparaître les premières « pseudo-opérations », engagements de force à vocation purement diplomatique et/ou de politique intérieure, niant la notion même d’ennemi et donc a-stratégiques. Cela ne porte pas à conséquence grave lorsqu’il n’y a effectivement pas d’ennemi, cela revient à de l’agitation meurtrière lorsqu’il y en a effectivement un. Lors de la confrontation souterraine avec l’Iran dans les années 1980, nous subissons des coups sévères, enlèvements et assassinats, attaques meurtrières contre nos « soldats de la paix » à Beyrouth, attentats à Paris en 1986 sans autre riposte que des raids aériens dans le vide, des petites attaques aussi secrètes que ratées et l’envoi de soldats garder les frontières de la France métropolitaine. Bilan de cette piètre stratégie, nous avons finalement négocié avec l’Iran (ce qui montre que c’est parfois possible avec ceux qui pratiquent le terrorisme) et rendu l’argent qu’on leur devait.  On peut s’interroger aussi sur la stratégie de la France en ex-Yougoslavie jusqu’en 1995, autre défaite dont nous partageons il est vrai la responsabilité.

Au Rwanda, en revanche, nous sommes seuls à nous engager militairement en 1990 en soutien du régime d’Habyarimana contre le Front patriotique rwandais. L’objectif stratégique reste flou mais les moyens et méthodes de l’opération Noroit (soutien et appui à l’armée locale dans les combats) permettent de contenir l’ennemi à la frontière nord. Lorsque les forces françaises quittent le territoire à la fin de 1993, on ne voit pas très bien ce que la France a gagné mais elle n’y a pas perdu grand-chose. La suite est moins cohérente lorsqu’on décide de revenir en 1994 pour mettre fin aux massacres, objectif éminemment louable mais pour lequel les moyens engagés sont à la fois réduits en volume et employés de manière inadéquate. La mode (car il y a aussi des modes dans les opérations militaires) est alors à l’interposition et nous faisons donc de l’interposition comme si les gens que nous combattions quelques mois plus tôt allaient d’un seul coup ne plus nous considérer comme des ennemis. Nous avons payé cher, et payons encore, cette naïveté en prêtant le flanc à des attaques dans le champ médiatique, domaine que nous maîtrisons mal (preuve de l’incomplétude de l’outil). Le fait que vingt ans après on puisse encore accorder crédit aux accusations les plus délirantes contre la France et ses soldats est le signe d’une autre défaite stratégique. Au bilan, les présidences Mitterrand et Chirac ne sont guère riches en stratégies victorieuses.  

Alors que se tient en ce moment à Paris une conférence internationale sur la guerre contre l’Etat islamique, il faut bien constater que si nous avons fait des progrès dans l’emploi de l’outil en renonçant à certaines méthodes, nous avons aussi réduit les moyens ce même outil, sacrifiant une grande partie de l’ancien corps de bataille pour ne conserver qu’une force de frappe nucléaire a minima et sensiblement les mêmes capacités de projection qu’au temps de la Force d’action rapide. Pour autant, nous sommes toujours à la recherche d’une grande stratégie pour augmenter la puissance de la France dans le monde face à des rivaux, ou d’une stratégie particulière face à l’ennemi du moment, les groupes djihadistes. Il est vrai que cet ennemi à plusieurs têtes et que nous avons de nombreux alliés, raison de plus pour essayer de mettre un peu de cohérence dans cet ensemble.

Où en sommes-nous, nous Français, actuellement dans cette guerre ? Tout en poursuivant la guerre souterraine des services commencée dans les années 1990 et l’opération Vigipirate sur le territoire métropolitain, nous avons engagé une première opération militaire d’ampleur contre les djihadistes au Mali en 2013 que nous avons étendue l’année suivante à l’ensemble du Sahel.  Au même moment nous avons décidé d’intervenir en Irak, puis en janvier à nouveau sur le territoire métropolitain en développant considérablement le plan Vigipirate. Lorsque le groupe aéronaval était dans le Golfe persique, nous avons même atteint le niveau opérationnel prévu par le Livre blanc de 2013 pour un conflit majeur. Simultanément, nous sommes toujours engagés dans des opérations héritées, au sud-Liban en particulier, ou dans de nouvelles, en Centrafrique, qui n’ont rien à voir, au moins directement avec la guerre en cours. Celle-ci est donc la première de notre histoire que nous menons de manière aussi dispersée. De fait, nous sommes présents partout mais également faibles partout car nous n’avons pas d’axe effort ou, plutôt, nous en avons trop, diplomatiques, commerciaux, anxiolytiques, ce qui au bout du compte revient à la même faible efficacité globale contre l’ennemi.

Revenons aux fondamentaux. Quel est vraiment l’objectif ? S’il s’agit de détruire les organisations djihadistes, soyons réalistes c’est hors de portée pour la France car cela supposerait d’agir, à l’intérieur même des frontières de pays arabes pour s’attaquer à des causes politiques, économiques, sociales et idéologiques profondes sur lesquelles nous avons peu de prises directes. Nous pouvons, en liaison ou non avec des forces étrangères, porter des coups, affaiblir, détruire des bases, éventuellement des réseaux mais il ne s’agit que de coupures de têtes d’hydre. La seule option raisonnable est d’endiguer cet ennemi, qui pour l’instant, reste plus une nuisance qu’une menace mortelle, en espérant, sa mort par contradictions internes à la manière de l’URSS. Dans ce contexte de guerre de trente ans (dont vingt sont en réalité déjà passées depuis les attentats de 1995), notre action doit s’efforcer d’abord de nous défendre et éventuellement de tirer parti de la situation et de ses opportunités, en veillant à ne pas introduire de contradictions entre ces deux éléments.

Comment utiliser notre outil militaire dans ce cadre-là ? Produire le maximum d’effets opérationnels en fonction des moyens dont nous disposons impose une plus grande concentration des efforts. De fait, les points d’application semblent limiter à trois : la France, le Moyen orient et l’Afrique.

L’option « France d’abord » pour les forces armées est peu efficace. Sur le territoire métropolitain, l’opération Sentinelle permet de déployer en permanence environ 20 soldats par département. Si ce déploiement a une utilité psychologique et a permis de défendre quelques ressources budgétaires, son impact opérationnel est très limité, au prix d’une réduction des capacités de projection ou d’entraînement et d’une pression supplémentaire sur nos soldats.  Hormis certaines missions spécifiques de police en mer ou dans le ciel, de protection de certains sites sensibles, ou ponctuellement pour faire face à une situation d’urgence, la protection des Français en métropole est bien mieux assurée par d’autres service, gendarmerie et police en premier lieu. La France a déjà des services de renseignement performants appuyés par, sans doute, la législation la plus favorable à leur action parmi les pays occidentaux. Tout cela est toujours perfectible et si on considère que ces moyens sont insuffisants, outre leur adaptation, on peut, comme dans d’autres pays envisager et dans un cadre strict, décider de faire appel à des sociétés privées, plutôt qu’à des soldats.

L’option « Moyen-Orient d’abord », présente un intérêt économique évident mais aussi des inconvénients politiques majeurs entre l’ambiguïté du soutien aux régimes sunnites archaïques et autoritaires de la région mais aussi, de fait sur le terrain, aux régimes chiites de Bagdad, indirectement de Damas et au bout du compte de l’Iran. Tout cela ne nous rend guère populaires chez les masses arabes qui sont, ou se sentent, menacées et frustrées par tous ces pouvoirs environnants, sentiment qui constitue le vrai centre de gravité des groupes djihadistes. Tout cela nous rends aussi assez complaisants sur notre propre sol vis-à-vis du prosélytisme religieux officiel ou privé issu des monarchies. Hormis dans un rôle de vitrine commerciale, l’action militaire dans la région est par ailleurs délicate du fait de l’éloignement géographique et surtout de la difficulté à envisager une opération directe et importante au sol. On se contente donc d’une action indirecte de frappes contre Daech et de soutien à la très corrompue armée irakienne. Huit mois après le déclenchement de l’opération Inherent Resolve contre l’Etat islamique, on constate globalement que cette approche, si elle l’a sans doute freiné, n’a pas vraiment empêché son expansion. Au sein de cette opération, le dispositif français n’a réalisé qu’environ 5 % des frappes, tandis que les 120 conseillers et les armes livrées ne représentent qu’une goutte d’eau par rapport aux besoins (si tant est que l’assistance militaire soit le seul besoin). Autrement dit, l’opération Chammal ne sert pas à grand-chose.

L’option « Afrique d’abord », c’est-à-dire le maintien de la sécurité et la stabilité des pays des communautés économiques d’Afrique centrale et de l’ouest face aux organisations djihadistes,  est sans doute la plus rationnelle pour la France. L’action de l’ennemi y a des effets plus immédiats sur nos intérêts politiques, nos ressortissants (200 000 en Afrique), nos entreprises, notre territoire même, directement par les possibilités d’action à travers la Méditerranée ou indirectement par les phénomènes de trafics, de migrations. De ce fait et parce que l’ennemi y est plus faible en volume qu’ailleurs, c’est aussi là que notre action militaire est la plus rentable, c’est-à-dire que l’action d’un soldat, d’un appareil de combat, y produit plus d’effets stratégiques que partout ailleurs.  Pour autant, avec les 3 000 hommes, six avions, trois drones MALE et la vingtaine d’hélicoptères de l’opération Barkhane, nous ne pouvons actuellement guère faire autre-chose que des raids et frappes, ce qui est très utile mais pas complètement suffisant. Nous n’avons pas de réelles possibilités de contrôle de zone et notre structure d’assistance militaire a été réduite à la portion congrue. Quant à la coordination avec d’autres leviers d’action, elle est inexistante (15 millions d’euros seulement sont consacrés à l’aide à l’agriculture dans les pays du Sahel). En déployant au Sahel les six appareils actuellement en Jordanie, les 900 hommes de l’opération Daman au Liban et une partie seulement de l’opération Sentinelle, on doublerait déjà les capacités de Barkhane. Le dispositif de contrôle du Mali serait plus étanche, les points clé de la région plus facilement tenus. On pourrait même renforcer l’opération Sangaris en Centrafrique afin de lui donner un peu plus de moyens à la hauteur de ses besoins et d’accélérer sa conclusion. On pourrait également participer plus activement à la défense des pays alliés de la région contre Boko Haram et surveiller la région des trois frontières entre le Congo-la Centrafrique et le Sud-Soudan.

A plus long terme, si on maintient cette voie, il faudra certainement reconsidérer le design de nos forces pour les adapter à ce qui est devenu un vrai objectif stratégique. Il faudra, par exemple, renforcer les bases en Afrique et non les réduire, redévelopper la coopération militaire sous toutes ses formes (et la rattacher à nouveau au ministère de la défense). Afin de pallier le manque d’effectifs et de financement, il faudra peut-être imaginer des structures mixtes françaises et locales, éventuellement dans le cadre d’entreprises de sécurité. Il faudra surtout mieux intégrer les leviers d’action civils et militaires, en dépassant les barrières idéologiques des ministères et en les plaçant peut-être sous une direction unique. Il faudra également cesser cette pratique de sous-estimer systématiquement le surcoût des opérations, comme si le Congrès américain avait donné tous les ans le tiers de ce qui était nécessaire pour combattre l’Allemagne nazie pour corriger ensuite en fin d’année en ponctionnant sur le budget de fonctionnement des armées.

Celui qui ne se fixe pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre. Si nous voulons des résultats stratégiques, commençons par avoir une stratégie. 

15 commentaires:

  1. J'aime beaucoup votre article.
    Je suis très intrigué par le jeu des alliances au Moyen Orient et il semble évident que beaucoup de pays présentés comme alliés ne se comportent pas comme tels en réalité.
    Peut-on établir une stratégie sans alliés réellement solides ?

    RépondreSupprimer
  2. intervention alliée en urgence pour toute réponse et un bilan plus que mitigé, il serait utile de constater que les armées les plus sophistiquées au monde avec leurs moyens ISR, leurs satellites, leurs chasseurs bombardiers et qui ont conçu une armée irakienne bâtie sur le modèle américain, n'arrivent pas à stopper les offensives de barbus en Toyota appartenant à Al-Nosrah ou à Daesh. Ce serait d’ailleurs simplifier l’étendue du problème à le réduire à une solution militaire qui serait la seule suffisante. Nous le savons, l’étendue du chaos est tel que notre paradigme de représentation du monde, sans faire de pléonasme, en a pris un vieux coup, nous sommes, nous, qui nous considérons comme des modèles de vertus et d’intelligence, remis en question puisqu’au-delà de l’aspect « militaire des choses » ( et celui de la surprise stratégique), nous sommes contraints à faire face à une remise en cause de l’ensemble de nos valeurs, y compris celle de la valeur fondamentale que nous prêtons au respect de la vie….
    Au risque de choquer certains experts, et d’être en accord avec d’autres, un constat s’impose, celui de souligner que les Américains n’ont jamais remporté aucune victoire militaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à l’exclusion de la guerre froide qui est probablement une victoire à la Pyrrhus.
    Le combat contre l’EIIL qui est désormais le nôtre tout autant que le leur, nous impose de nous interroger sans concession sur l’étendue de nos faiblesses. Sue le plan militaire, nous avons atteints les limites de notre polyvalence…
    Au risque de faire grincer des dents, force est de constater que les interventions récentes ou plus lointaines de l’Occident et des Etats-Unis se sont toutes traduites par des échecs (Viêt-Nam, Afghanistan, Iran, Irak, Libye, Syrie, Maghreb, Machrek et…. Afrique ou on ne cesse de rouler le rocher de Sisyphe) et pourtant on continue de faire semblant de croire que la pensée stratégique des Etats-Unis et ses choix en terme de norme et d’équipement sont les meilleurs (voir le surcoût du F35). Il y a là une contradiction majeure.Leur pensée est la meilleure pour leurs intérêts, l’est-elle pour les nôtres ?

    Notre supériorité technique est désormais devenue un handicap lorsqu’elle s’allie à la lourdeur de notre système décisionnel et c’est désormais le cas conjugué à un manque évident de volonté politique, tout simplement parce que l’on a peur de déstabiliser le fragile équilibre de nos sociétés et singulièrement en France. Nous sommes face à une guerre chaotique celle de cette troisième guerre mondiale dans laquelle nous nous sommes engagés les yeux bandés. Face à la surprise stratégique de Daech nous ne ferons pas l’impasse d’un engagement terrestre direct, car l’option régionale apparaît génératrice d'autres conflits à venir. Le déclencheur sera après la chute de Bagdad si elle intervenait ou une menace directe de Daesh sur le Liban et la Jordanie. Mais cette guerre risque entre temps de nous être imposée, chez nous, là où il sera le plus difficile de la gagner, car elle prendra le visage d’une guerre civile où s’affronteront des communautés…

    RépondreSupprimer
  3. Bonjour
    J'ai du mal à comprendre que l'état islamique aitpu se déployer avant l'assaut sur Palmyre sans attirer l'attention des membres de la coalition.
    Je conçois qu'on ne peut pas frapper quand les islamistes sont retranchés dans des villes, mais ils ont bien dû avancer à découvert avant l'assaut final
    Ils devaient donc faire une cible facile
    Pourquoi cette absence de frappes massives qui auraient pu aider l'armée syrienne ?
    Parce que les islamistes ont un armement anti aérien performant ?
    Parce que Bachar Al Assad étant le Méchant, il était impossible de l'aider ?
    J'aimerais bien qu'on m'explique

    RépondreSupprimer
  4. Excellente phrase de conclusion de ce billet, qui donne par ailleurs une bonne vision de la situation.
    Sauf objection de votre part (auquel cas je la changerai) je la recommande comme "petite citation" de la semaine à cette adresse:
    http://petitecitation.blogspot.fr/2015/06/celui-qui-ne-se-fixe-pas-dobjectifs-ne.html

    RépondreSupprimer
  5. "commençons par avoir une stratégie" : très juste, mais concrètement ceci est du ressort de ceux qui nous gouvernent et nous les avons élus pour cela. Que je sache, nous sommes une démocratie et ils n'ont pas pris le pouvoir par la force : nous les avons choisis. Ils sont le reflet de notre société et nous ne pouvons maintenant pas prétendre qu'ils ne sont que des menteurs qui nous ont bernés : c'est trop facile de se dédouanner de cette manière. Regardons la Grêce : les élections ont porté au pouvoir Syriza qui n'est composé que de "bébés papandréou". Quelle surprise ! On pouvait attendre autre chose d'un pays qui très majoritairement considère comme un sport national que de ne pas payer ses impôts. En France, nous ne valons guère mieux : je n'ai jamais guère cru au prétendu "angélisme" de telle ou telle tendance politique, j'ai surtout constaté l'immense HYPOCRISIE de beaucoup. Il est vrai qu'il vaut mieux être taxé d'angélisme que de lâcheté. On brandit à qui mieux mieux "les droits de l'homme, les droits des femmes, des minorités sexuelles" et j'en passe avec force manifs, pétitions..."Parole, parole, parole" comme dit la chanson. Dans la réalité des enquêtes montrent que les femmes majoritairement ont peur dans la rue et je ne parle pas de certains quartiers. Qu'on propose donc à madame le maire de Paris de faire passer le cortège de la gay pride dans certains quartiers sensibles de la capitale, puisqu'il n'y aurait pas d'espace perdu de la République : ce serait cela aussi l'égalité et la "fraternité". Les hommes politiques responsables ? Vous imaginez un candidat à la magistrature suprême faire campagne en disant la vérité aux Français et en leur proposant une perspective (pas "du sang et des larmes" comme Churchill, ce qui provoquerait une fuite éperdue). Qui peut penser sérieusement qu'il ait la moindre chance d'être élu ? Notre société est éclatée, courtermiste, égoïste et ceux qui seraient prêts à vouloir changer vraiment les choses sont et resteront malheureusement minoritaires. Seules des circonstances exceptionnelles donneraient des possibiltés de changement et encore. Nore histoire l'a montré, mais sans enlever les ambiguïtés : tous résistants en 1944, n'est -ce pas ? Il a fallu le génie de De Gaulle pour tenter de recoller les morceaux, mais cela n' a guère duré.

    RépondreSupprimer
  6. Pour rester dans le sujet, il faudrait plus redonner un intérêt et des notions propre à la Défense à notre classe politique. La majorité ne connaisse que la géostratégie sous l'angle de l'économie et de la diplomatie, et pas les enjeux propre à la Défense. Songez que de moins en moins on connu l'institution en son sein, en l'ayant pratiqué de prêt ou de loin lors du Service National. Et cela va aller de pire en pire.
    Au mieux, certains résonnent en terme de défense-citoyenne cantonné au strict cadre du territoire nationale.
    Tout cela passe par l'éducation d'une part, des élites certes, mais de la population (il y a clairement un déficit dans ce pays en terme d’Éducation Civique et de connaissances des différentes institutions), et d'autre part par la communication. Les articles du niveau de ce blog et d'autres devrait être lecture de plus d'Homme politique. Nos chefs devraient clairement trouver une parole plus libre pour poser certains sujets sur la table.
    Certes il y a un passif lourd entre la France et son Armée, peut-être faudrait-il commencer à s'émanciper de cette gangue et redevenir un acteur vivant institutionnel.

    C'est à ce prix là que peut-être enfin le politique et le militaire pourront enfin travailler en bonne intelligence et dégager...une stratégie !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est bien gentil tout cela, mais on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif. Certains chefs d'EM ont parlé clair devant nos hommes politiques : cela a changé fondamentalement quoi ?

      Supprimer
    2. Je ne renie pas une parole qui se libère ces dernières années.
      Je parlais plus d'un travail de fond vis à vis de toute la classe politique, et pas seulement de ceux en charge du pays à un moment x.

      Supprimer
  7. Nous sommes le 7 juin la tête de pont est consolidée depuis le 6 au soir, 150 000 hommes ont été débarqués avec 1400 blindés, l’ennemi dispose de 80 000 hommes bien retranchés avec 200 blindés, de nombreux renforts doivent les renforcer…… Nous ne sommes pas en Normandie (hommage à tous) mais en Algérie …. Bouteflika est mort depuis 3 ans et daech contrôle les 3/4 du pays, nous soutenons des poches de résistances Berbère et Touareg ; le chaos est total. Il y a un an nous avons replié en catastrophe le dispositif BARKHANE sur le fleuve Niger comme espace avancé (15 000 hommes) que nous maintenons avec difficulté et l’aide de 60 drones Armés.
    Je rigole !!! Oui très bonne évaluation de l’absence d’analyse stratégique et donc de plan opérationnel ; et encore vous n’avez pas évoqué les gros nuages à l’est, notre corps mécanisé avec ces 6 DB (snif) seraient un élément d’argument certain pour des négociations avec Poupou…. Bientôt nous irons chercher un AMX 30 et un Leclerc au Musé de Saumure pour les faire manœuvrer en Pologne.

    RépondreSupprimer
  8. Vous digérez pas le Rwanda. Accusations délirantes? On accuse pas la France d'avoir commis le génocide mais d'avoir soutenu militairement le régime qui le commettait. Au nom de quoi, pourquoi?
    Un génocide n'est pas une "explosion spontanée de violence", c'est quelque chose qui nécessite une organisation et une préparation. On a combattu pour un régime immonde, et au final le FPR a conquis le pays non?
    On soutenait le gouvernement légitime du Rwanda? Ces types qui on pris le pouvoir après avoir assassiné l'autre ordure, ils étaient légitimes? De toute façon quand ils organisent cette saloperie, ils ne sont plus légitimes (cygne noir, là). Après il y a les manipulations classiques sur ce genre de sujet genre "Ce sont les arméniens qui se sont soulevés et ont assassinés des milliers de turcs". On s'imagine pas qu'on puisse juste massacrer des gens comme ça.

    https://www.youtube.com/watch?v=nzoxz_-vulQ
    https://www.youtube.com/watch?v=GDhYwVWMJ1g

    RépondreSupprimer
  9. Une strategie se construit contre des adversaires ou des competiteurs qui pourraient devenir des ennemis. On ne combat pas avec des armees contre des ideologies ou des individus. Si on souhaite (le souhaite t'on ?) une strategie il faut designer des adversaires comme l'Allemagne ou le Japon pour les USA pendant la ww2. Qui sont nos ennemis potentiels ? La Russie, la Chine... Pour cela il nous faut une solide defense du territoire d'un cote (Dissuasion) et des navires, des avions et un corps expeditionaire interoperable avec nos allies de l'autre. Pour le terrorisme en Afrique la seule solution est dans le renforcement des structures regaliennes (police, justice) des pays souverains, la creation d'enclaves autour de nos interets economiques ou des actions ponctuelles (drones, FS) pour faire du 'containement'....On definit l'outil (forces armees) en fonction de la strategie au lieu de chercher une strategie pour justifier d'un outil revé !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Une intervention sur le terrorisme de Xavier Moreau lors du colloque organisé par le RISI
      https://www.youtube.com/watch?v=jWh38XgAyRk
      Celui dont la pensée ne va pas loin verra ses ennuis de près. (Confucius)

      Supprimer
  10. Bonjour,
    Permettez-moi de faire part de mes remarques pêle-mêle, de Marc Pierre
    Si l'on vous entend, à quoi servent les Livres Blancs, de brillants exposés théoriques, les lois de programmation militaires, jamais complètement exécutées, et le budgets militaires, variables commodes d'ajustement des dépenses publiques en France, si personne, au sommet de notre Etat ne se préoccupe sérieusement de stratégie militaire ?
    En réalité, il paraît plus aisé de définir une stratégie militaire lorsque nous sommes en guerre que quand cette dernière est officiellement interdite. Le cas des Etats-Unis en la matière est exemplaire. Si la Seconde guerre mondiale est un exemple de stratégie payante, la guerre du Viet Nam, un demi-siècle plus tard est un exemple de stratégie calamiteuse. A l'époque, il s'agissait des fournir aux autorités du Sud une aide politique, économique et militaire en vue contenir l'ambition et l'action du Nord d'unifier le pays sous la direction du pouvoir communsite d'Hanoï. On sait ce qu'il en est advenu ...
    Quelle victoire pouvions nous chercher en ex-Yougoslavie où les forces locales centrifuges se sont jouées à merveille des médias et opinions publiques occidentaux pour faire valoir leurs revendications ? D'un côté, au nom des grands principes, nous avons prétendu traiter également les belligérants, tandis que sur le terrain, de guerre lasse, nous nous sommes contentés d'entériner les redécoupages territoriaux obtenus à la Kalachnikov. A titre personnel, je prétends toujours que notre présence entre Pančevo, Zagreb, Sarajevo et Priština a permis d'éviter que les guerres infra-yougoslaves ne dégénèrent en un bain de sang, comme cela a été le cas là-bas au cours de la Seconde guerre mondiale ou au Ruanda il y a plus de vingt ans.
    Pour terminer, cette phrase de Lénine semble encore d'actualité : « qui tient l'Afrique tient l'Europe et qui tient l'Europe tient le monde ».
    Bonne semaine à tous

    RépondreSupprimer
  11. Mon colonel excellent article , mais c’est un quasi pléonasme concernant vos publications.

    Juste une divergence avec vous, cela au sujet de notre intervention au Rwanda dans les années 90 - 93. Il ne faut pas omettre qu’elle avait débuté à « bas bruit » dans la fin des années 70, et qu’en 90 on était face à un dilemme : nous replier ou continuer avec des moyens à hauteur des enjeux. L’objectif stratégique était bien là et clair en 90-93, entre autre aussi bien au niveau diplomatique, politique, et militaire: faire passer progressivement à la démocratie le régime alors en place, s’efforcer de mettre en place les structures régaliennes d’un état digne de ce nom (armée, gendarmerie et justice) et contenir les agressions venant d’Ouganda par le FPR. Si celles-ci ne cessaient pas, toute évolution du régime n’auraient été qu’illusoire.

    L’objectif stratégique était quasi atteint lors des accords d’Arusha, signés par tous les protagonistes dont le FPR, qui prévoyaient entre autre des élections libres à court terme. Hélas l’attentat contre l’avion présidentiel et le ou les génocides qui suivirent mirent fin à cette solution.

    La seule erreur François Mitterrand et des ministres concernés, fut d’avoir fortement sous-estimé la profonde hostilité des anglo-saxons à une solution française qui empiétait dans leur pré-carré. Sans l’appui politique et indirect militaire desdits anglo-saxons, le FPR ne serait pas risqué à une telle opération (attentat contre l’avion présidentiel) qui était son seul moyen de s’emparer du pouvoir : on omet souvent le fait que les Tutsis ne représentent qu’environ 20 % de la population du Rwanda, et tous n’étaient pas acquis au FPR avant ces tragiques événements.

    A contrario, je suis totalement d’accord sur votre analyse de notre intervention ultérieure visant à mettre fin aux massacres : opération trop tardive, avec des moyens limités et employés de manière inadéquate. Vous avez raison de souligner que nous allions immanquablement être, pour le moins soupçonnés de partialité par le FPR. A mon sens cette opération aurait du être menée par l’ONU, et cela avec des «casques bleu » non français. Mais ne pas oublier qu’il y a eu pendant au moins trois mois une indécision - mot faible - de l’ONU, que quasi aucun pays ayant les moyens militaires pour cela ne voulaient s’impliquer, et que nous étions en période de cohabitation (Mitterrand - Balladur). Même la nouvelle majorité était alors fort divisée sur l’attitude à tenir au Rwanda, ce qui influa fortement sur cette intervention-interposition française : le consensus gouvernemental fut aussi laborieux que celui au sein de l’ONU, et avec les conséquences que l’on connait.

    RépondreSupprimer
  12. Je partage globalement votre analyse notamment sur Africa first. juste une petite remarque lorsque vous écrivez: Il faudra, par exemple, renforcer les bases en Afrique et non les réduire, redévelopper la coopération militaire sous toutes ses formes (et la rattacher à nouveau au ministère de la défense). OK pour le renforcement mais je n'ai pas souvenir (et nous sommes de la même génération) que la coop militaire ait été un jour aux ordres de la défense. Je me souviens plutôt d'une MMC, disparue il y a 18 ans, totalement autonome et dépendante du ministère de la coopération.

    RépondreSupprimer