dimanche 27 novembre 2011

Sang et or. La crise comme facteur de création de monstres

Comme dans Fondation, le roman d’Isaac Asimov, il arrive toutefois que les « lois » historiques soient violées par des « anomalies ».

Dans la période qui suit la Première Guerre mondiale, pour des raisons à la fois morales et économiques, la tendance est à la réduction drastique des armées et à la « mise hors la loi de la guerre ». La crise de 1929 accentue encore le phénomène de repli sur soi tout en stimulant les tensions sociales et politiques. Les politiques budgétaires du début des années 1930 tournées vers la défense de la monnaie (par rapport à l’étalon-or) et la réduction des déficits publics réduisent encore les capacités d’action extérieures tout en contribuant au marasme économique. Si on assiste à une radicalisation de la vie politique dans les démocraties, celle-ci ne débouche pas sur un aventurisme extérieur. 

En revanche, dans certains cas, comme en Espagne, par la voie des armes, ou en Allemagne, par les voies des urnes, ces tensions internes débouchent sur des transformations de sociétés. Le régime nazi, qui porte en lui la guerre, peut consacrer des ressources importantes à son outil militaire, d’autant plus qu’il constate que ces dépenses militaires relancent l’économie. Les puissances démocratiques européennes restent paralysées par la crise. Les politiques d’ « apaisement » ne font que stimuler l’agressivité d’Hitler et les relances des dépenses militaires, en particulier par le Front populaire, arrivent trop tard à la fois pour redynamiser l’économie (sauf aux Etats-Unis) et pour s’opposer à l’Allemagne.

La crise des années 1930 semble donc confirmer la théorie de l'apaisement externe des démocraties en situation de difficulté économique avec une réorientation de l'outil militaire, aux moyens réduits, vers la sécurité intérieure. Il semble au contraire que ces mêmes difficultés stimulent l'agressivité des régimes autoritaires et encore plus, totalitaires. Cette tentation de l'aventure militaire est encore accentuée par la vision de la faiblesse des démocraties et la supériorité (en situation de crise de la demande) des politiques de relance militaire sur celles de contraction budgétaire.

Qu'en pensez-vous ?

11 commentaires:

  1. Les périodes de dépressions, qu'elles soient économiques, morales ou politiques ou encore tout cela à la fois, sont propices à l'apparition de "'sauveurs". Ces sauveurs incarnent la solution unique qui permettra à la société de se sortir de l'ornière dans laquelle elle se trouve. L'histoire de France est pavée de ce type de personnage: de Jeanne d'Arc à de Gaulle en passant par Foch ou Pétain. Ce statut s'acquièrent soit au travers du passé de l'individu (Pétain, de Gaulle) ou alors d'idées qui flattent le peuple et lui font croire à la sortie radicale de la crise. Et au final en effet chacun est un monstre à son niveau: de Gaulle supporte le poids de la perte de l'empire colonial et de l'Algérie, Pétain celui de la collaboration.... Napoléon Ier n'échappe à la règle (pensez à la campagne d'Espagne).
    Quand tout semble perdu, chacun veut croire à un miracle et quand se présente un homme qui peut l'incarner, alors tout est possible, même le plus ignoble.

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  2. L'Allemagne d'Hitler,c'est la guerre et elle en avait besoin. En effet,dans un premier temps le miracle allemand nazi est condamné sans l'invasion (au début "pacifique" par notre faiblesse)et le pillage de l'Europe. Hitler va savoir profité d'un outil industriel important tourné vers la production alors que la France du Front populaire fait la grêve (mais à augmenter le budget de la défense contrairement au Maréchal Pétain).

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  3. [Actuel]

    Pouvez vous, si votre temps n'est pas trop compté, nous faire un bref historique des cas de non paiement des soldes au sein des armées et de leurs conséquences ?
    (même si ce sujet ne pose pas forcément de problématique...)

    Merci,

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  4. J'ai du mal à saisir votre billet sous un quelconque angle, mais je pense finalement en avoir trouvé un : "la supériorité (en situation de crise de la demande) des politiques de relance militaire sur celles de contraction budgétaire".

    Il y a pu y avoir une "supériorité" de la politique de l'investissement dans l'outil militaire, et toutes ses ramifications. Cependant, il conviendrait de noter que nous n'avons plus le même système financier depuis cet exemple. Dans les années 30, la monnaie est produite par une banque centrale. S'il faut prêter à l'Etat, alors la banque centrale peut le faire à un taux d'intérêt dérisoire, voir inexistant. Si l'Etat ne rembourse pas, alors il faut créer de la monnaie et cette dernière se déprécie. Dans l'état actuel de notre système monétaire, nous n'avons plus de Banque centrale en Europe. Enfin, si, nous avons une chose, mais qui est prisonnière de son péché originel et d'une usurpation de puissance par l'Allemagne. De sorte que, les Etats européens, ceux de la zone euro du moins, ne peuvent plus emprunter à une banque centrale mais aux marchés.

    Il convient de relever qu'il y a ceux qui ont une banque centrale ayant tout pouvoir sur la monnaie : Chine, Etats-Unis, Japon, Angleterre, etc... et ceux qui ont abandonné cet attribut de puissance.

    Cependant, il me vient à l'esprit deux exemples historiques où l'on a conjugué l'aspiration à l'assainissement des finances de l'Etat avec l'aventure militaire, ou presque :
    - la destruction de l'ordre des Templiers par le Roi Philippe Bel ;
    - La conquête d'Alger et de ses trésors financiers (et accessoirement du Consulaire, dont on entend à nouveau parler).

    Dans les deux cas, nous ne sommes pas en présence d'une démocratie. Mais face à un Etat qui se trouve dans une situation financière inextricable.

    "Dans la période qui suit la Première Guerre mondiale, pour des raisons à la fois morales et économiques, la tendance est à la réduction drastique des armées."

    Je ne suis pas tout à fait d'accord. Je vais peut être prendre une seule partie de l'équation de l'époque, mais cela me paraît nécessaire. Nous parlons de quoi ? De l'outil militaire ? Manifestement, cette expression désigne ce que l'on nomme aujourd'hui l'Armée de Terre. Des années 20 aux années 30 il y a bien eu une contraction de cet outil, tant pour des raisons financières que diplomatique. Cependant, tout les outils "militaires" n'ont pas eu à se plaindre de cet état. La Marine nationale a pu se reconstruire durant les années 20. Les dépenses ne lui ont pas été refusé, et ce qui a pu gêner sa reconstitution (puisque les constructions ont été gelées entre 1914 et 1918) ce sont les mêmes traités de désarmement qui ont plombé la remise en route de l'Armée de Terre.

    "Qu’il constate que ces dépenses militaires relancent l’économie."

    Finalement, je suis plus tout à fait d'accord avec cette affirmation. Ce qui a pu, notablement, relancer l'économie allemande, ce serait le détricotement du traité de Versailles sur ses conséquences financières. D'autre part, c'est le fait que l'industrie allemande ne fut pas détruite pendant la guerre. La crise de 1929 toucha particulièrement durement l'Allemagne puisque les Etats-Unis retireront leurs capitaux. Cependant, toute contraction rapide permet, normalement, de se relever plus rapidement.

    "La faiblesse des démocraties"

    Ces dernières années, entre l'éclatement de deux bulles, les régimes "totalitaires", ou tyranniques, n'ont pas vraiment eu le temps de souffler. Ce qui inverserait la situation.

    Je suis navré de ne pas rédiger une réponse mieux construite, mais j'avoue que votre texte m'intrigue autant qu'il me bloque !

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  5. Bonjour,

    Merci d'abord pour ce blog fort intéressant, qui permet de s'agiter un peu les neurones.
    Par ailleurs, je m’aperçois, en lisant ce billet, que je ne me suis jamais vraiment posé la question des origines du financement de la remilitarisation de l’armée allemande (ou, si je l'ai su, je l'ai oublié...). Évidemment, on sait le rôle des industriels et banquiers allemands, mais leur puissance financière venait-elle des exportations de produits, de la consommation intérieure, etc. ? A part eux, y a-t-il eu des sources étrangères (prêts, etc.) Peut-on avoir un éclairage un peu plus détaillé sur ce sujet ?
    Merci d'avance

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  6. d ou venait l argent!! seul les noms en façade ont changer,voir le livre de Kurt Gossweiler,'hitler l irresistible ascencion'

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  7. Est-il judicieux, en période de crise financière et morale, de réduire ses ressources militaires et de focaliser l’outil sur la sécurité intérieure, alors que la potentialité de danger augmente ?
    Sur le constat, il est évident que nous sommes en période de contraction, et il est fort probable qu’un prochain train de mesures aboutira à une baisse capacitaire (NB : il se dit que les commandeurs n’accepteront plus un échenillage du soutien et souhaitent mettre l’équation missions/moyens au centre de la discussion en mettant les politiques face à leurs responsabilités en proposant une réelle baisse capacitaire ; cf les discussions sur le bien fondé de maintenir une capacité blindés lourds). Il est également probable que le prochain Livre blanc fera coïncider baisse capacitaire et réorientation de l’outil défense vers la sécurité intérieure, avec quelques mesures d’accroissement en matière de renseignement et d’actions spéciales pour parer à la menace visible dans l’arc de crise, et certainement une poursuite de la civilianisation et de l’externalisation du soutien
    La réorientation du MINDEF vers la sécurité intérieure est également un fait, pas seulement terminologique (SGDSN au lieu de SGDN, MINDAC au lieu de MINDEF, …) mais aussi organisationnel (La PODEC au lieu de « préparer la ou une guerre » est bien ressenti comme « l’entraînement du pauvre ; cf le blog du CEMAT).
    Pour autant, ces mesures amputent l’outil ou le réorientent sans débats (quid des programmes électoraux pour 2012 ?) et sans texte fondateur. Aussi La réécriture du Livre blanc sera structurante et ne devra pas seulement mettre en adéquation moyens et missions ( dans cet ordre précis …).
    Je cite à cet effet le seul actuel ministre d’Etat : « L’explosion de la zone euro serait celle de l’Union Européenne elle-même. Dans cette hypothèse là, tout devient possible. Même l e pire. Nous nous sommes flattés pendant des décennies d’avoir éradiqué tout danger de conflit à l’intérieur de notre continent, mais ne soyons pas trop sûrs de nous. La montée du populisme, des nationalismes, des extrémismes en Europe rend la construction de l’Union Européenne plus vitale que jamais. » (A. Juppé, entretien à L’Express du 30 novembre 2011) et je laisse mesurer le fossé avec le « Engrangeons les dividendes de la paix »

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  8. Le Monde semble encore plus dangereux aujourd'hui que dans les années 30. Ce n'est plus seulement l'Europe (et ses empires...) qui sont concernés, mais également tous les pays, sur tous les continents: mondialisation oblige! L'arc de crise (en fait la croix de crise) s'allonge aujourd'hui vers l'Est et rejoint le Pacifique via le Pakistan, la Chine et la Corée... Qu'en résultera-t'il?
    Par ailleurs, nous assistons à un réarmement inquiétant en matière navale et aéronautique tout au long de cet arc de crise. Il est urgent de renforcer les capacités aéronavales fançaises et la logistique à long rayon d'action. Pour celà un redéploiement des finances publiques s'imposent, si l'on ne veut pas, comme en 37-38 faire trop peu, et trop tard... Pour les US, un Porte-Avions c'est 90.000 t de "diplomatie". C'est ce que ne comprennent pas nos politiques... On peut acheter à l'étranger des chars lourds dans l'urgence, mais plus de nos jours, un P.A. et ses systèmes d'armes... ni des hélicos ou des avions, comme les anglais viennent d'en faire l'expérience!
    Réarmer la France, renforcer l'Europe militaire, même si elle ne reste qu'un pilier de l'Otan, c'est aider l'industrie et donc créer des emplois à forte valeur ajoutée en France. C'est en plus augmenter son prestige à l'international et donc peut-être favoriser les exportations...
    A ce propos, quelqu'un peut-il expliquer pourquoi il y a encore dix ans, lorsque l'on livrait 1 Airbus à l'étranger cela nous rapportait beaucoup, et pourquoi maintenant, lorsqu'on les livre par dizaine çà ne redresse aucunement notre balance commerciale, encore moins celle des paiements?

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  9. L'Histoire aime à se répéter ! Les situations des années 30 et d'aujourd'hui se ressemblent beaucoup : crise économique, affaiblissement des démocraties par l'intérieur. Recherche de l’apaisement social par le renforcement des mesures de sécurité intérieure. Crise identitaire en Europe, renforcement des systèmes totalitaires (Russie, intégrisme) ou "forts" (Chine). Il faut espérer que nos politiciens, dont le rôle est de prendre des décisions et de préparer l'avenir mais qui ne pensent qu'à court terme actuellement, ne s'aveuglent comme l'on fait une grande partie des politiques de l'époque (Chamberlain). Réarmer l'Europe serait un moyen de renforcer notre voix dans les affaires "globales". Seul l'Europe peut encore, avec les Etats-Unis, intervenir dans le monde. Ni la Chine, ni la Russie, ni l'Inde, ni le Brésil ne peuvent le faire. Pas encore, mais la nature n'aime pas le vide. Pour cela, il faudrait que l'Europe parle d'une même voix. Là aussi nos politiciens se doivent de prendre leurs responsabilités.

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  10. Pour ceux qui veulent un aperçu historique de la question : http://lespoir.jimdo.com/2011/10/31/le-lib%C3%A9ralisme-%C3%A9conomique-a-t-il-enfant%C3%A9-hitler/

    Bien cordialement.

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  11. Pour formuler la chose d'une façon très générale :
    1° Une crise économique tend à conduire un régime pacifique à sacrifier l'effort militaire.
    2° Elle peut aussi amener au pouvoir un groupe belliqueux, enclin à l'effort militaire.
    3° Un régime belliqueux, en cas de crise économique, peut être tenté par la fuite en avant : la guerre.

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