jeudi 22 septembre 2011

De la liberté de proposer et de son influence sur la victoire


Sous le Second Empire, le maréchal de Mac Mahon rayait de l’avancement « tout officier qui a son nom sur un livre ». En 1935, le général Gamelin imposait son imprimatur à toute publication d’article ou de livre par un militaire. Dans les deux cas, dans les années qui ont suivi, la France a subi un désastre militaire qui, à chaque fois, a été qualifié de défaite intellectuelle.


La Grande armée du Premier Empire, celle de 1918 ou de la Libération, jusqu’à l’armée du plan Challe qui écrase l’ALN, ont toutes été précédées d’un bouillonnement intellectuel né d’une grande liberté de réflexion et d’expression accordée aux militaires. Il est vrai qu’il a fallu à chaque fois un choc- la guerre de Sept Ans, 1870, Dien Bien Phu-pour obtenir cette liberté.

Où nous situons-nous en ce moment ?

6 commentaires:

  1. Personnellement, j'avoue m'être posé la même question.
    D'un côté, nous avons le Ministre de la Défense, qui rappelle que l'Armée doit rester une "grande muette" (expression sur laquelle il n'est d'ailleurs par revenu depuis, dommage, car j'y vois plusieurs définitions qui auraient mérité d'être éclaircies).
    De l'autre, force est de constater que de nombreuses publications d'Officiers supérieurs parviennent aujourd'hui à atteindre les rayons des librairies et même de la Fnac du coin (vous ouvrages figurant sur la bande droite de votre blog en sont un exemple, Mon Colonel). Les interventions se font aussi plus visibles, grâce au nombre croissant de blogs spécialisés "Défense" qui donnent la parole à ces mêmes Officiers.

    Malheureusement, il demeure pourtant un parfum de malaise et de décrédibilisation lorsqu'un de ces penseurs militaires se risque à une critique (pourtant généralement constructive et appuyée d'arguments, à la différence de certains politiques)un peu trop sévère. On s'empresse alors de rappeler qu'il s'agit généralement d'un Officier sur le départ, proche de la retraite, profitant de la fin pour "balancer" toute sa rancœur accumulée durant ses années de service et dont il faut alors se méfier.

    Je pense donc que oui, la parole est aujourd'hui plus facilement prise par les penseurs et analystes militaires et quel plaisir de pouvoir accéder à tous ces travaux de longue haleine et d'en tirer quelques idées fortes. Mais ce qu'il manque encore serait une certaine reconnaissance, une crédibilité, un appui officiel des plus hautes instances pour les travaux menés. Cela pourrait passer par l'inclusion de ces ouvrages récents dans les lectures recommandées des élèves Officiers (et pas que), par exemple.

    N'étant pas militaire, ce n'est là que mon impression. Si je suis dans l'erreur, n'hésitez pas à m'éclairer!

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  2. En contre-exemple, la Jeune Ecole dans la pensée navale française a elle aussi conduit à une déroute ...

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  3. Excellente question ;o) Petite réplique cependant à Mac-Mahon : ce n'est pas la Jeune Ecole en tant que telle qui a conduit à la défaire. Ses principes étaient d'ailleurs excellents (et sont suivis par un certain nombre de marines aujourd'hui), c'est leur application qui a fait défaut.

    JE ou pas, le problème de la marine française a justemment résidé dans une vision trop restrictive des notions inérantes à l'innovation, tactique, opérative ou technique...

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  4. il me semble que "la chair et l'acier" fait parti des ouvrage à lire pour les candidats à l'école de guerre.
    il me semble que nos armées remettent les pieds dans les bonnes baskets.
    récemment,on rappelait la nécessite de faire preuve de bon sens et d'adaptation voir d'intelligence de situation et cela jusqu'au plus bas de l'échelle,alors que l'obéissance au chef et la discipline régnaient en maître depuis la fin de la guerre d’Algérie.
    Comme toujours,ce mouvement vient de la base,de ces jeunes officiers qui acceptent de se faire former puis épaulés par des sous-officiers expérimentés et bienveillants.
    je pense ,hélas,que cette liberté d'expression offerte récemment,traduit la gène de nos hauts responsables militaires à ne pas avoir été suffisamment courageux pour hisser nos armées et principalement l'armée de de terre au niveau des engagements actuels.
    nos mise en conditions opérationnelles ressemblent à des cours de rattrapages,en six mois on apprends à un soldats à tirer autrement que debout au pas de tir,on lui confie des équipements acquis précipitamment (les premier contingents pour l’Afghanistan partaient équipés comme pour la yougoslave des années 1995) etc.
    nous avons donc deux camps,l'un confronté dans sa chair au retard accumulé et qui poussent pour se mettre au niveau,l'autre acculé à ce même retard et qui tente souvent de faire effacer sa responsabilité .
    j'imagine que les deuxièmes regardant le bout de leurs chaussures concèdent un ou deux ouvrages aux premiers.
    bravo pour la revue.
    pour la revue.

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  5. Je ne sais pas s'il vaut voir la chose comme cela. J'opposerais plutot les armées du temps de paix à celle du temps de guerre :
    * l'armée de l'empire c'est l'armée de la révolution avec 10 années de conflits ;
    * 1918 : l'armée française avec 4 années d'expériences. Idem pour 1944.
    * la guerre d'Algérie succède à celle d'indochine et ce ne sont pas les troupes de secteurs (appelés) qui font gagner mais les troupes professionnelles qui ont déjà connu l'Indo.
    Les maréchaux de l'Empire ne brillaient pas par leur réflexion personnelle. Foch était prof à l'école de guerre avant 1914, commandant un CA en 1914. Juin, Delattre étaient déjà des divisionnaires en 1940 et issus de l'infanterie. Je ne vois rien dans leurs campagnes de la Libération qui puissent faire croire qu'ils ont appris la "Blitzkrieg" à la différence de Leclerc. De surcroit, ces périodes de conflits ne sont pas trop propices à une réflexion profonde et on essayait tout dès fois que cela fonctionnerait. En 1918 les Allemands ont essayé les troupes d'assaut et ils ont failli réussir. On les a eu avec les chars, les avions et les Américains. 20 ans après ils ont réessayé en additionnant tout, sauf les US, et cela a fonctionné.
    Je crois plutot que c'est celui qui apprend le plus vite de ses erreurs qui gagne. On était à deux doigts de pouvoir gagner en 1870, on a quand même bien failli perdre en 1914 et on a pas eu le temps de comprendre en 1940. L'algérie vient après l'Indo qui ne fut pas une victoire.

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  6. Bonjour,

    Question de béotien : existe-il une étude quelque part sur le lien entre "succès militaire" et liberté de proposition / expression des officiers ?

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