Huit
bonnes raisons pour parler de victoire
V…
comme VICTOIRE. L’action des forces armées françaises au Mali est
unanimement saluée. Saluée pour la cause défendue : la libération d’un
territoire que l’obscurantisme religieux porté par un terrorisme prosélyte
menaçait d’occuper. Saluée pour l’efficacité dont ont fait preuve les unités
engagées au combat: la situation sécuritaire, désespérée début janvier, s’est renversée
en moins d’un mois. Saluée enfin pour avoir obtenu la victoire : victoire
tactique contre des terroristes qui n’ont eu d’autre choix que de fuir ;
victoire politique en permettant au gouvernement malien de reprendre le
contrôle de la partie nord du pays.
I….comme
INTERVENTION. Cette victoire mérite d’autant plus d’être soulignée qu’à
l’annonce du retrait d’Afghanistan, d’aucuns – entonnant les couplets éculés de
«la guerre à distance» ou de «la guerre zéro mort » – chantaient un peu
rapidement la fin des interventions armées à terre. « Ce n’est pas avec des troupes au sol qu’on fait progresser un modèle de
civilisation », entendait-on encore en août dernier. D’autres, plus
idéalistes encore, réactivaient les vieux poncifs de la «fin de l’Histoire» à
voir poindre, après les printemps arabes, l’aurore resplendissante de la paix
perpétuelle…. mais, à oublier les leçons du passé, il faut se préparer à en
recevoir d’autres.
C….comme
CADRE D’ACTION. Or en cette période d’intense réflexion stratégique, de la
cacophonie générale émergent des hypothèses d’emploi des forces armées qui,
parfois, ne manquent pas de surprendre. Certes, les menaces sont pléthore: de
l’expansionnisme conquérant de la Chine à l’isolationnisme inquiétant de la
Corée du Nord en passant par l’irrationalité présumée de l’Iran nucléaire. Mais
peut-on encore avoir peur de tout ? Car, à trop et tout évoquer, on perd
l’essentiel, l’immédiat, l’évidence. L’opération au Sahel nous rappelle – s’il
fallait – que l’espace méditerranéen reste dangereux : les explosions de
violence s’y multiplient sans que leur caractère contagieux soit aisément
prévisible.
T…..comme
TERRESTRE. L’opération SERVAL c’est d’abord plusieurs milliers de soldats
engagés à terre à bord de plus de 200 engins de combat, de l’hélicoptère TIGRE
au char AMX 10 RC, en passant par toute la gamme des équipements blindés à
roues. La manœuvre aéroterrestre est au cœur de la victoire qui se construit
jour après jour à mesure que les forces amies progressent vers le nord. Cette
dimension tellurique matérialise les effets concrets de la victoire : foules en
liesse pour accueillir les « libérateurs », administrateurs de l’Etat malien
qui reprennent possession de leurs prérogatives, réouverture de commerces….
O….comme
OPERATIONS. La conquête au sol, notamment la libération des villes,
s’est faite en occupant physiquement les points clefs du terrain. C’est tout
l’art de la manœuvre qui combine reconnaissance blindée, hélitransport, poser
d’assaut ou aérolargage avec pour objectif de contrôler l’espace dans lequel
vivent les populations. L’engagement de l’armée de Terre a drastiquement
inversé le rapport de forces au sol ; aux petites équipes de forces spéciales se
sont substituées des compagnies de combat aux effectifs permettant de « saturer
» l’adversaire. Libérées de leurs positions initiales, ces équipes ont pu être
redéployées et utilisées à remplir les missions «spéciales » qui sont, comme
leur nom l’indique, leur raison d’être.
I…comme
INTERARMEES. Bien entendu, les opérations ne peuvent aujourd’hui n’être
qu’interarmées. Le BPC DIXMUDE embarquant un groupement terrestre et disposant
de moyens pour agir dans la 3ème dimension en offre une illustration
modèle réduit. Sur l’immense théâtre d’opérations, cette combinaison aussi
intelligente qu’efficace de l’ensemble des moyens disponibles dans les trois
dimensions est parfois plus difficile à saisir. Commandos des forces spéciales,
pilotes de chasses de l’armée de l’air, équipages de l’aéronavale, soldats du
soutien... tous participent d’une
même manœuvre, unique, fluide et dynamique.
L’éclairage médiatique est pourtant parfois sélectif et le champ de la
caméra évacue nécessairement une part de réalité en cadrant son sujet : il est
juste de rappeler que tous – les forces terrestres en font partie – participent
pleinement du succès final.
R….
comme REACTIVITE. L’opération n’aurait pu être possible
sans la réactivité avec laquelle l’armée de Terre s’est engagée: les forces
prépositionnées et le dispositif
d’alerte Guépard en métropole ont démontré toute leur pertinence. En
deux semaines, les forces terrestres ont projeté, en bon ordre, un effectif
supérieur à celui déployé au plus fort de l’opération en Afghanistan. Sans cette
réactivité - sur laquelle le ministre lui-même a récemment insisté, la brèche
n’aurait sans doute pas pu être comblée : brèche spatiale, pour tenir dans la
durée les accès à Bamako ; brèche temporelle entre la détérioration brutale de
la situation et l’arrivée de l’EUTM ou des premières unités africaines de la
MISMA.
E….comme
EXCELLENCE. Enfin, « j’interviens
en premier donc je suis! » écrivait récemment fort justement un
journaliste. Si d’aucuns, à l’occasion des travaux de préparation du nouveau
Livre blanc, n’hésitaient pas à s’interroger sur la nécessité de conserver les capacités d’entrée en premier
et d’être « nation cadre », les évènements ont répondu à leurs
questions. L’opération Serval a confirmé l’aptitude à ouvrir un nouveau
théâtre, dans l’urgence, avec une entrée en premier et dans un cadre pour
l’instant (presque) strictement national. Condition de l’excellence,
« l’entrée en premier » est un gage de crédibilité vis-à-vis de nos
alliés, la reconnaissance explicite qu’il faut toujours compter avec la
puissance française.