Le ministère de la Défense, ou désormais des Armées, est un ministère
particulier sous la Ve République. Le chef des armées est le
Président de la République et c’est lui qui décide des engagements militaires,
conseillé par son chef d’état-major particulier et le chef d’état-major des
armées, le chef de soldats. De fait, le ministre se retrouve normalement
cantonné à la gestion organique du ministère. Cela reste un poste prestigieux car
régalien mais il offre peu d’occasions de briller lorsqu’on a des ambitions. De
grands serviteurs de l’Etat comme Pierre Messmer et Michel Debré l’ont occupé de 1958 à 1969, à une époque de profonde transformation de la fin de la guerre d’Algérie à la mise
en place du nouveau modèle de forces. Et puis on a commencé à « euphémiser » les choses, le
ministère des armées est devenu de la « défense » en 1974 un peu
avant que l’Ecole de guerre ne devienne un Collège de défense. Le poste a
surtout été proposé soit à des techniciens, comme André Giraud en 1986
remarquable dans ce rôle, soit à des fidèles discrets que l’on veut récompenser.
Cet équilibre peut cependant être rompu. Par le
Président lui-même qui peut déléguer une partie de ses pouvoirs au ministre, comme
cela a été le cas avec Jean-Yves le Drian, à la manœuvre dans les opérations,
en contraste flagrant avec les ministres précédents invisibles pendant les guerres. Il peut tenter d’être rompu aussi par le
ministre lorsque celui-ci (ou celle-ci notamment) se sent à l’étroit et dans l’impossibilité
de montrer son excellence aux futurs électeurs. Exister semble alors ne pouvoir
se faire qu’au détriment des militaires et notamment du chef d’état-major des
armées dont on va s’efforcer de réduire le périmètre. Il y a quelques années on
a même vu certains ministres (et les cabinets) ne pas hésiter à alimenter la presse d’informations destinées à montrer que la guerre était vraiment une chose trop sérieuse pour
être confiée aux militaires plutôt qu’à eux.
La difficulté n’est pas seulement interne au ministère. Il faut lutter, c’est
traditionnel, contre Bercy pour qui le « Mindef » est un « poulet
rôti ». Il faut lutter aussi, lorsqu’on a la direction des opérations, avec le
ministre des affaires étrangères. Une opération extérieure est à la fois une
opération militaire et un acte de politique étrangère. Il est donc commun d’avoir
à rivaliser avec le MAE lorsqu’il faut partager
les lauriers, comme au Mali en 2013, et de se retrouver beaucoup plus seul lorsque les
choses sont plus délicates, comme en République centrafricaine. Depuis peu, l’opération Sentinelle,
excellent moyen d’être visible sans risque d’échec puisqu’il n’y a pas de risque
de succès non plus, est l’occasion d’une autre lutte de périmètre, contre le
ministre de l’Intérieur cette fois.
Il faut donc souhaiter bonne chance et bon courage à la nouvelle Ministre des Armées, que rien ne préparait à ce poste, et qui se retrouve dans le même gouvernement que son prédécesseur, placé à la tête des Affaires étrangères après avoir géré les opérations extérieures pendant cinq ans. Le retour à l’ancienne appellation participe de la « déseuphémisation », comme simplement le retour il y a quelques années de la guerre sur le fronton de l'Ecole militaire et surtout dans le discours politique. Avec quelques autres actes symboliques du Président le 14 mai, il pourrait indiquer une posture plus assumée de chef des armées. Il peut aussi, et ce n'est pas incompatible, signifier le retour à ce qu'on appelait ironiquement de « ministère désarmé » et le retour au cantonnement à la gestion organique. Ce n’est pas forcément inutile, les opérations et les exportations c’est bien mais la résolution de la désorganisation des armées depuis dix ans, sans même parler de la crise de financement vieille de vingt-cinq ans, fait aussi partie de la fiche de tâche. Le chantier est suffisamment vaste pour faire œuvre utile et méritoire.
Il faut donc souhaiter bonne chance et bon courage à la nouvelle Ministre des Armées, que rien ne préparait à ce poste, et qui se retrouve dans le même gouvernement que son prédécesseur, placé à la tête des Affaires étrangères après avoir géré les opérations extérieures pendant cinq ans. Le retour à l’ancienne appellation participe de la « déseuphémisation », comme simplement le retour il y a quelques années de la guerre sur le fronton de l'Ecole militaire et surtout dans le discours politique. Avec quelques autres actes symboliques du Président le 14 mai, il pourrait indiquer une posture plus assumée de chef des armées. Il peut aussi, et ce n'est pas incompatible, signifier le retour à ce qu'on appelait ironiquement de « ministère désarmé » et le retour au cantonnement à la gestion organique. Ce n’est pas forcément inutile, les opérations et les exportations c’est bien mais la résolution de la désorganisation des armées depuis dix ans, sans même parler de la crise de financement vieille de vingt-cinq ans, fait aussi partie de la fiche de tâche. Le chantier est suffisamment vaste pour faire œuvre utile et méritoire.
