Le
soldat en opération, et en particulier au combat, est un être plongé dans l’incertitude
par l’action contradictoire de l’ennemi et la présence d’un environnement
humain souvent complexe. Il est aussi porteur de mort. Un simple fantassin
porte sur lui de quoi tuer des centaines de personnes, un pilote d’hélicoptère
peut faire encore plus de ravages. Qu’un seul se trompe et la force légitime
devient massacre ou même ignominie engageant la réussite de la mission et même l’honneur
de la France. Ajoutons que ce soldat doit aussi souvent prendre ses décisions dans
l’urgence et sous une très forte pression psychologique et on comprendra toute
la difficulté qu’il a y bien souvent à décider de la vie et de la mort, comme
un juge qui n’aurait que quelques minutes et qui exécuterait lui-même la
sentence.
Le
premier mérite de L’éthique du soldat
français du général Benoit Royal, est de montrer que l’éthique n’est pas un
luxe philosophique, une simple spéculation intellectuelle, mais un cadre indispensable
pour l’action. Le second est de le faire de manière pragmatique, empirique même,
en partant de nombreux cas concrets qui sont autant de dilemmes pour en dégager
des lignes de conduite, loin de tout discours moralisateur
ou trop conceptuel. Paru en 2008, il en est aujourd’hui à sa troisième
édition très enrichie par de nouveaux témoignages, dont un chapitre entier
consacré aux pilotes d’hélicoptères de l’opération Harmattan, et une
comparaison très éclairante avec les cultures militaires américaine,
britannique et russe. La guerre d’Algérie y est également abordée, le livre est
d’ailleurs préfacé par Hélie de Saint-Marc.
Cet
ouvrage est indispensable pour tous ceux qui ont l’ambition de porter les armes
au service de la France. Indispensable aussi pour tous ceux qui, par leurs
décisions politiques, risquent de placer les soldats dans des situations difficiles.
Indispensable pour tous ceux qui veulent comprendre ce qu’être soldat français
aujourd’hui veut dire.
J’ajouterai
enfin qu’il rend encore plus fier de nos soldats.
