On l’ignore souvent mais lors de la drôle de guerre, la France, indignée
par l’agression soviétique contre la Pologne puis la Finlande et estimant sans
doute que l’Allemagne seule n’était pas un adversaire assez redoutable, n’hésita
pas à envisager (avec le Royaume-Uni) aussi une guerre contre l’URSS.
Le gouvernement Daladier avait au préalable été conseillé par l’état-major
général qui l’avait assuré que la destruction des champs pétrolifères de Bakou suffirait
à paralyser à la fois l’URSS et les colonnes motorisées allemandes alimentées
par son allié. Quant aux moyens nécessaires à ce plan RIP (Russie Industrie
Pétrolière), la France disposait de tout ce qui était nécessaire. La
planification indiquait par ailleurs que l’action de six groupes de bombardement agissant
depuis la Syrie pendant dix semaines serait suffisante, en liaison avec une
action similaire de la part des Britanniques depuis l’Irak.
Le premier petit problème est que malgré les assurances de l’Etat-major,
il n’y a alors encore aucun appareil vraiment apte pour cette mission. Les Léo 45 sont encore en cours de
validation opérationnelle, les Glenn-Martin sont modernes mais de trop faible
rayon d’action et quant aux vieux Farman 221, ils ont l’allonge nécessaire mais
aussi une vitesse ridiculement faible. Tous sont également en nombre insuffisant. Le deuxième problème, alors un peu négligé, est qu’il y a aussi un
ennemi, pas moins de quatre groupes de chasseurs I-15 et I-16 et d’une centaine
de pièces de DCA dans la zone de Bakou. Le troisième problème est, comme le prouvera la suite de la guerre,
les calculs de l’Etat-Major sont alors plus qu'optimistes.
Au bilan, en mai 1940, après des mois de préparation il n’y a au
Levant qu’un seul groupe de Glenn-Martin qui ne disposera de lance-bombes qu’à
la mi-juin et qu’il est prévu de lancer bravement à l’attaque à la fin du mois.
L’Allemagne s’est chargée entre temps de nous empêcher de lancer cette
opération ridicule et de nous priver d’un autre adversaire géant.
Bien entendu, tout cela est heureusement du passé. Ce n’est pas
aujourd’hui que l’on verrait un général parler de « promenade tactique »
avant d’engager seulement 2 000 hommes pour sécuriser un pays plus de 5
millions d’habitants ou un amiral assurer devant une auditoire prestigieux que la France dispose
de tous les moyens militaires nécessaires pour faire face aux enjeux
internationaux, en Irak comme ailleurs dans le reste du monde.