Un entretien avec Philippe Chapleau de Ouest France
http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2012/07/13/afghanistan-ni-honte-ni.html
samedi 14 juillet 2012
vendredi 13 juillet 2012
BH-Pour une stratégie de puissance
Le général
Desportes aime à répéter que la stratégie consiste à accorder un but, des voies
et des moyens. De fait, selon que l’on privilégie un de ces piliers on peut
distinguer plusieurs grandes approches stratégiques. Dans son remarquable Traité de l’efficacité François Jullien
décrit ainsi une approche centrée sur un but précis que l’on va s’efforcer d’atteindre
à force de volonté. C’est la vision classique et occidentale de la politique de
puissance qu’il oppose à une vision chinoise centrée sur les voies, conçues
comme des tendances porteuses à déceler et dont il faut profiter pour accroître
sa puissance mais sans forcément avoir un « état final recherché »
très clair. Dans le premier cas, l’action crée l’ « événement »,
dans le second, elle le conclut. Logiquement, il existe donc aussi une
troisième approche qui estime que le simple développement des moyens suffit à
atteindre le but. C’est, en particulier, le fondement de la dissuasion
nucléaire. La possession de l’arme ultime suffit à la protection de la vie de
la nation.
La question qui
se pose ensuite est celle de l’adversaire. Une stratégie est-elle
intrinsèquement liée à la confrontation avec la stratégie inverse d’un
adversaire, c’est-à-dire quelqu’un qui a une vision antagoniste à la nôtre ou
peut-elle se déployer sans opposition ? L’organisation d’une expédition humaine
vers Mars relève-t-elle d’une stratégie ou d’un management (ou programmation si on préfère le terme d’Edgar Morin) ?
Ce n’est pas aussi clair qu’il n’y paraît. Pour reprendre le thème de l’exploration
spatiale, la conquête de la Lune par les Américains s’est faite dans un
contexte de compétition avec les Soviétiques. Autrement dit, il a bien fallu
tenir compte des actions d’un rival dans la programmation de ses propres
actions pour atteindre le but fixé. Il en est finalement de même des deux
autres voies stratégiques définies plus haut qui peuvent s’exercer face à un
ennemi, un rival ou sans opposition.
Ces différences
de nature introduisent des différences de complexité. Pour reprendre un exemple
développé par Edward Luttwak dans Le
paradoxe de la stratégie, sans opposition le chemin le plus rapide est
forcément le plus court. En présence d’un ennemi en revanche, le chemin le plus
court est aussi le plus prévisible et donc le plus tentant pour y tendre une
embuscade. Le chemin le plus rapide est alors peut-être le plus long. Tout est
dans le peut-être, car l’ennemi peut aussi tenter de suivre le même
raisonnement et placer l’embuscade sur le chemin le plus long. La dialectique
est un multiplicateur de complexité qui fait passer la stratégie du
déterminisme à l’imprévisible.
En ce qui
concerne la France contemporaine, les choses étaient relativement claires lors
de la période gaullienne. Les buts étaient la sauvegarde de l’indépendance nationale en
particulier face à l’Union soviétique ; la participation de la protection de l’Europe
occidentale face à ce même ennemi et la défense de nos intérêts dans le reste
du monde. Les moyens de la France n’autorisant pas une stratégie volontariste à
l’encontre de l’URSS, celle-ci est remplacée par une stratégie des moyens
rendue possible par le caractère extraordinaire de l’arme nucléaire. La
stratégie volontariste reste néanmoins de mise pour la défense de nos intérêts.
La notion de dialectique est pleinement acceptée dans cette vision réaliste des
relations internationales. Autrement dit, la France considère qu’elle a des
ennemis, permanents ou ponctuels, et lorsque cela est nécessaire elle emploie
la force contre eux et de manière autonome.
A partir de la
fin des années 1970, la stratégie volontariste de préservation des intérêts fait
de plus en plus place à une stratégie des moyens en parallèle d’un refus
croissant de la dialectique. Le simple déploiement de forces est de plus en
plus considéré comme suffisant pour résoudre les problèmes, ce qui revient à laisser
l’initiative à des organisations qui persistent à croire à la notion d’ennemi
et développent des stratégies volontaristes. C’est ainsi qu’en octobre 1983, le
Hezbollah tue ainsi 58 soldats français à Beyrouth quelques semaines après que
le Président de la République ait déclaré publiquement que la France n’avait pas
d’ennemi au Liban.
A la fin de la
guerre froide et alors que les buts stratégiques de la France deviennent plus
flous, la tendance à la négation de la dialectique et à la concentration sur
une stratégie des moyens ne fait que s’accentuer, troublée seulement par le
suivi plus ou moins volontaire des guerres américaines dans la Golfe, le
Kosovo et l’Afghanistan. L’aboutissement de cette tendance est le Livre blanc
de 2008 où l’intérêt national fait place à la sécurité et les ennemis, actuels
ou potentiels, font place aux menaces. La réflexion stratégique se limite à un
contrat d’objectifs, c’est-à-dire à une simple liste, par ailleurs de plus en
plus réduite, de moyens à déployer. Même lorsque la force est employée contre
des ennemis presque déclarés, en Kapisa-Surobi à partir de 2008 ou en Libye en
2011, les limites à son action sont telles, qu’on peut se demander s’il s’agit
d’une stratégie volontariste.
Alors que se
préparent les travaux du nouveau Livre blanc, on voit apparaître, comme en
2008, des études sur « La France face
à la mondialisation », là où des Chinois écrivent sans doute « La Chine dans la
mondialisation », ainsi que de nouvelles listes de menaces à
contrer (qui sont toujours les mêmes depuis vingt ans), là où des Américains
définissent leurs intérêts à défendre dans le monde. Il serait peut-être donc temps
d’en finir avec cet appauvrissement progressif et de revenir aux fondamentaux
de la politique : que veut la France ? Comment accroître sa puissance ?
Quels sont ses ennemis, adversaires, rivaux que notre politique va rencontrer et
comment leur imposer notre volonté ?
mardi 10 juillet 2012
BH-Pour le combat en couple
Cela s’appelle
le combat couplé et le principe est en simple qui consiste à associer ses
forces à celle du pays dans lequel on intervient. De nombreuses formules ont
été pratiquées depuis les petites équipes de conseil et de liaison au
sein d’unités régulières ou non jusqu’aux brigades complètes placées sous
commandement étranger, en passant par le « jaunissement » des
bataillons d’Indochine ou les compagnies tchadiennes du début des années 1970
encadrés par des Français.
On connaît les
inconvénients de ce mode d’action. Les alliés locaux ont leur propre agenda
politique qui ne correspond pas forcément au notre, ils ne respectent pas obligatoirement les canons de la démocratie et des droits de l’homme, ils ne sont pas
non plus toujours très compétents et enfin certains choix simultanés peuvent être
contradictoires comme par exemple celui de l’armée régalienne ou des forces
locales. On restera pudique aussi sur les situations où on s'est crû obligé de les abandonner à leur sort.
Ces
inconvénients ne doivent pas occulter les énormes avantages de cette solution,
les principaux étant la connaissance du milieu des alliés locaux et l’apport
numérique ou qualitatif qu’ils apportent à nos petites armées professionnelles
et de haute-technologie. Rappelons que la seule grande victoire récente contre
des organisations non étatiques dans le grand Moyen-Orient a été le
rétablissement de la sécurité en Irak en 2007, et que celle-ci a été le fruit
de l’association de la connaissance du milieu des miliciens irakiens du Sahwa et des soldats de l’armée
régulière avec la puissance et la technologie des Américains. On peut imaginer
également que les cours des deux conflits de Bush auraient été différents si
les armées irakienne et afghane avaient été organisées bien plus tôt.
Il ne faut pas
oublier enfin qu’à partir du moment où nous intervenir quelque part sans avoir
l’intention d’y maintenir des unités combattantes, il faut bien à un moment
donné faire quelque chose avec des forces locales ne serait-ce que leur passer
le relais. La coordination, la formation, l’encadrement de troupes étrangères
sont des obligations du combat moderne et il ne s’agît pas de choses qui s’improvisent.
On utilise parfois pour cela les forces spéciales mais en dehors du caractère
confidentiel que peut revêtir ce genre de mission, il n’y a pas là de
compétence qui en relève spécifiquement. Qui plus est le forces spéciales sont
limitées par la contradiction avec leur mission principale : le raid à
haute valeur ajouté, et de toute façon leur nombre est insuffisant pour le
couplage avec un grand nombre.
Plutôt que les
structures ad hoc qui ont cours pour armer l’opération Epidote (formation de l’armée
nationale afghane) ou les équipes de mentoring
(OMLT), longues à se mettre en place, je propose la création d’un régiment d’assistance
militaire. Cette structure permanente, bras armé de l’Ecole militaire de
spécialisation de l’Outre-mer et de l’étranger (EMSOME), serait la laboratoire tactique
du combat couplé et de l’assistance technique avec une direction des études et
de la prospective (DEP) dédiée, des compagnies spécialisées dans certaines
régions du monde et où les équipes en attente apprendraient de celles qui
reviennent, sans parler des facilités pour l’apprentissage des langues ou de la
géographie. On disposerait ainsi de plusieurs dizaines d’équipes de liaison et
d’assistance immédiatement disponibles pour la guerre de corsaires ou l’AMT
classique.
La parole est à
la critique.
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