mercredi 29 août 2018

Les vainqueurs-itinéraire d’un livre (attention spoilers !)


Je suis passionné d’Histoire depuis toujours et malgré mon ennui profond durant ma scolarité en Corniche militaire j’y obtenais une équivalence de DEUG d’Histoire (et une autre de Lettres modernes, qui ne m’a hélas pas servi à grand-chose).

Quelques années plus tard, alors à l’Ecole militaire interarmes (EMIA), cette équivalence de DEUG m'a permis, ainsi qu’à quelques camarades, de m’inscrire en Licence d’Histoire. Il fallut certes forcer un peu la main du commandement qui n’avait d’yeux que pour le diplôme de l’école, un DEUG après validation.

Dix ans plus tard grâce à cette Licence (étrangement ce diplôme universitaire était une condition nécessaire pour passer un concours militaire), je me présentais au concours de l’Enseignement militaire supérieure scientifique et technique (EMSST). A l’issue, j’ai réussi à obtenir une scolarité en Maîtrise/DEA d’Histoire contemporaine à Paris IV. C'était en 2001.

Il me fallait alors trouver un objet d’étude. Un de mes sujets de prédilection est la manière dont les armées évoluent. Je décidais de m’intéresser au cas de l’armée française pendant la Première Guerre mondiale. Les sources étaient accessibles et en langue française. Surtout, il y a avait là un exemple extraordinaire de transformation. La comparaison entre les photos de poilus au combat en 1918 et celle des Pantalons rouges de 1914 donnait l’impression de guerres dans deux siècles différents, alors qu’il ne s’était écoulé que quatre ans. 

A l’issue de ma scolarité à l’EMSST, je décidais de m’inscrire en Doctorat et de poursuivre mes recherches sur Le processus d’évolution tactique de l’armée française avant et pendant la Première Guerre mondiale, 1871-1918, titre de mon mémoire de Maîtrise. Quelques mois plus tard, et alors que j’avais intégré l’Ecole de guerre (alors Collège interarmées de défense), j’ai eu l’honneur de voir ce mémoire être récompensé du prix du Centre d’étude d’Histoire de la défense (CEHD). Ce travail récompensé attira l’attention des Editions Tallandier (merci à Laurent Henninger alors à la fois directeur de collection et membre du CEHD). Le regretté général André Bach avait déjà écrit le remarquable Fusillés pour l’exemple, on me proposa d’écrire ce qui allait devenir La chair et l’acier.

La chair et l’acier sortait donc à la fin de l’année 2004, pour les 90 ans de la guerre. C’était mon premier livre et j’en étais évidemment très fier malgré ses insuffisances. J’y décrivais donc les moteurs et les freins internes de l’évolution de l’armée française de la fin d’une guerre à la fin d’une autre. Au passage, si j’y parlais beaucoup d’innovations, j’y parlais moins de technique que de sociologie des organisations ou de culture, voire de psychologie. C’était apparemment trop original pour certains qui s'obstinaient à le décrire comme un ouvrage sur l'industrie de guerre. Le slogan de l’éditeur en 4e de couverture était d’ailleurs « De la baïonnette au char d’assaut ». Pour la petite histoire, un critique littéraire qui n’avait lu que cette 4e de couverture (où le titre La char et l’acier n’était pas rappelé) avait écrit qu’il avait trouvé De la baïonnette au char d’assaut très bien et qu’il fallait le lire.

La chair et l’acier a finalement plutôt plu puisque l’ouvrage a été réédité plusieurs fois et notamment dans la collection Texto sous un nouveau titre : L’invention de la guerre moderne. Il sera même publié fin octobre en langue anglaise (Flesh and Steel) par Pen & Sword Military. Pour autant, il me laissait un goût d’inachevé. Contrairement aux usages, j’avais publié mon travail de thèse… avant de l’avoir soutenue. En réalité, je ne soutenais ma thèse qu’en 2008, quatre ans après la publication de La chair et l’acier. Durant ces quatre années, et même si j’étais quand même un peu pris par ailleurs, j’ai évidemment enrichi mon propos. Je me retrouvais ainsi avec la frustration d’avoir appris des choses et accumulé beaucoup de matériau historique sans pouvoir les présenter autrement qu’à mon jury de thèse.

Je gardais donc dans ma tête l’idée d’écrire un nouveau livre sur l’armée française pendant la Grande guerre en me concentrant plutôt sur l’année 1918, l’année de la victoire, en grande partie parce que c’était sur cette période que j’avais le plus travaillé après 2004. J’avais intégré notamment tous les aspects de la « petite guerre » parallèle aux grandes batailles, très peu décrite, et beaucoup mieux compris les tactiques employées dans les derniers mois de la guerre.

Le centenaire de la Première Guerre mondiale était l’occasion qui convaincrait un éditeur. J’échangeais un contrat que je ne pouvais plus assurer contre cette description des combats de 1918 qui sortirait bien évidemment… en 2018.

Bien évidemment aussi je procrastinais. Ecrire un essai est un tel effort et il y a tant de choses également intéressantes et urgentes à faire ailleurs. A la fin de l’été 2017, l’apparition d’une échéance claire, la fin du mois de février 2018, m’obligeait à repartir aux combat, où plutôt aux combats de la Grande guerre.

Je décidais, comme prévu, de concentrer mon propos sur l’armée française et l’art de la guerre en 1918. L’art de la guerre est un des grands oubliés de l’historiographie française de la Grande guerre, sinon de tous les conflits. Le poilu a été décrit abondement dans sa vie quotidienne dans les tranchées ou à l’arrière, dans son rapport à la violence, à l’art, au sexe ou toutes autres choses relevant souvent de la sociologie ou plus encore de l’anthropologie. Cet effort a été indispensable et généralement intéressant mais il tendait à occulter un élément essentiel : les soldats n’étaient pas là par hasard et juste pour souffrir. Ils étaient aussi des participants conscients et actifs d’une action politique visant à imposer sa volonté à un ennemi et cette action se décline en stratégie, art opératif et tactique, termes qui désignent à la fois les échelons de la force et les manières dont on l'emploie. 

J’ai eu mon grand-père comme source primaire et étrangement c’était l’angle qu’il choisissait aussi pour parler de sa guerre, soixante ans après les faits. Loin des Sentiers de la gloire, cet ancien sous-officier de la coloniale ne parlait pas de la vie dans les tranchées, il parlait de ses combats contre les Allemands et surtout de ses victoires. C’est à cet effort de recherche de la victoire, cette discipline à tous les sens du terme, que je m’intéressais exclusivement. On me le reprochera sans doute.

L’année 1918 est aussi un peu une oubliée de la Grande guerre. En 1983, j’avais adoré La Grande guerre de Pierre Miquel, une première tentative de décrire à nouveau le conflit dans sa totalité et sa globalité. J’y étais surpris par la part finalement réduite qu’il accordait aux combats de 1918, moins de pages que pour ceux des premiers mois de guerre en 1914 et deux fois moins de pages que pour les évènements de 1917. Je retrouvais ce décalage dans plusieurs autres récits y compris sur d’autres conflits, comme s’il y a un destin des guerres a été plus rapidement brossées à leur fin qu’à leur début.

Il est vrai aussi que les opérations militaires sont souvent plus larges, plus grandes, et plus difficiles à décrire après des années de mobilisation des forces et de complexification de leur emploi. C’est typiquement ce qui se passe en 1918. En France, si on demande de citer des batailles de la Première Guerre mondiale, on entendra La Marne et surtout Verdun, éventuellement la Somme ou « Le chemin des Dames ». Pour 1918, c’est souvent le trou noir. Or des batailles où intervient au moins une armée française, comme à Verdun ou sur la Somme, il y en a douze sur le front Nord-Ouest et une dans les Balkans, sans parler de participations dans d’autres fronts. Ces batailles s’enchaînent cependant à un tel rythme et une telle échelle qu’elles sont difficiles à distinguer.

L’analyse, la plus claire possible, de ces combats constituait le cœur de mon livre. Avant cela, il fallait présenter la situation générale. Je consacrais donc logiquement mon premier chapitre à cette présentation stratégique. Trois grandes armées étaient alors en mouvement pour l’affrontement final : celle des Allemands venant du front oriental finissant, celle des Américains qui ne pourra vraiment avoir une influence sur le front qu’à la fin de l’été 1918 et enfin l’armée des machines à moteur qui vient renforcer massivement l’armée française. Il restait à déterminer comment les nations comptaient gagner la guerre avec elles.

Après cette description stratégique, je m’efforçais dans un autre chapitre de descendre au niveau de l’emploi des forces terrestres, en décrivant l’évolution des doctrines et des méthodes. Au début de 1918, on perçoit qu’avec le déséquilibre momentané des forces et les moyens nouveaux dont on dispose, il sera enfin possible de sortir du blocage des tranchées. On diverge cependant dans les deux camps pour déterminer ce qu’on va faire ensuite et surtout ce que va donner cette confrontation de nouvelles idées.

Dans le chapitre suivant, je m’appliquais à faire la même chose pour les opérations dans les espaces où l’homme ne vit pas, traditionnellement la mer et depuis la Première Guerre mondiale, également l’air. Je consacrais plus spécifiquement ce chapitre à la manière dont on essayait encore en 1918 d’utiliser ces espaces pour surmonter le blocage des fronts terrestres et l’emporter directement en affectant les sociétés, par le blocus ou la peur des bombardements.

Je profitais de ce troisième chapitre pour décrire l’évolution de la marine française. Dans le suivant et en entier, je décrivais cette fois l’armée française qui se préparait pour l’affrontement final, une armée qui avait beaucoup changé depuis la bataille de Verdun deux ans plus tôt et qui était alors la plus moderne du monde.

Ces préliminaires effectués, je consacrais neuf chapitres aux différentes campagnes de 1918, deux pour celle contre la British Expeditionary Force (la BEF et non « le » BEF comme je l’ai écrit dans tout le livre), avec les batailles de Picardie puis de Flandres, première grande confrontation entre la nouvelle capacité des Allemands à percer les fronts et celle des Français à les renforcer. La campagne s’achevant par la prédominance des seconds, Ludendorff s’acharne alors jusqu’à l’irrationalité stratégique, contre cette réserve mobile française qui l’empêche de vaincre les Britanniques. Le désastre français sur l’Aisne, peut-être le plus important après la bataille des frontières en août 1914, constitue à cet égard un succès tactique mais aussi un piège opératif. Trois chapitres ont été consacrés à cette obstination de plus en plus stérile. Dans la dernière tentative, les Français ne se contentent pas de résister. A la stupéfaction des Allemands, ils contre-attaquent le 18 juillet, première étape vers la victoire finale.

Les trois chapitres suivants ont été consacrés aux offensives alliées sur le front Nord-Ouest. Le découpage s’imposait facilement. Le premier chapitre décrirait les opérations de dégagement des zones conquises. Le second serait consacré à la bataille sur ce que les Alliés appelaient la ligne Hindenburg. Cette formidable barrière défensive avait permis aux Allemands de résister pendant toute l’année 1917. Leur surprise est alors immense lorsque ce bouclier est conquis en deux semaines. C’est le tournant de la guerre sur ce front. Au-delà, c’est l’objet du troisième chapitre, l’armée allemande se désagrège progressivement jusqu’à ne plus constituer une organisation structurée. Contrairement à la scène initiale du beau film Au revoir là-haut, on ne se bat plus dans les tranchés dans les derniers jours de la guerre, on ne se bat plus vraiment beaucoup en fait.

Il fallait évidemment évoquer l’offensive alliée dans les Balkans, celle qui a abattu la Bulgarie et ôté définitivement tout espoir aux empires ottomans et austro-hongrois. Je ne savais pas comment l’inclure dans l’ensemble des grandes offensives alliées. Je décidais de lui consacrer un chapitre complet, cela méritait au moins cela, où j’incluais les contingents oubliés français, minuscule en Palestine, conséquent et au rôle important en Italie.

Les deux derniers chapitres étaient consacrés à l’armistice et son après, fictif avec la question de l’ « offensive qui n’a jamais eu lieu » en Lorraine et réel avec la continuation des opérations. Car l’armistice du 11 novembre n’est pas l’arrêt de la guerre. On l’ignore mais il y a encore en moyenne un millier de morts par mois dans l’armée française… après le 11 novembre 1918. Tout en démobilisant progressivement, les combats continuent dans les Balkans et surtout en périphérie de la Russie. Les mouvements continuent aussi jusqu’à l’occupation de la Rhénanie jusqu’au traité de paix et son entrée en vigueur le 10 janvier 1920, fin officielle de la guerre contre l’Allemagne.

Le dernier chapitre m’a posé problème. Je comptais initialement faire une simple conclusion-ouverture sur l’avenir immédiat de la situation stratégique. Mon éditeur a insisté cependant pour que je prolonge mon propos jusqu’en 1939. J’estimais que cela devait plutôt faire l’objet d’un autre livre, rejoignant d’ailleurs une littérature abondante sur la question, mais je m’exécutais. Au lecteur de juger.

Le premier manuscrit était remis en février 2018. Le dernier, après avoir allégé mon propos de la moitié de ses chiffres (j’aime les chiffres) et de ses éléments les plus techniques, plusieurs mois plus tard. En parallèle, j’effectuais tout le travail périphérique des index, abréviations, cartographie (essentielle), chronologie et enfin des choix bibliographiques, un exercice qui relève autant de la diplomatie (ne fâcher personne) que de la science historique. Je fournissais aussi la 4e de couverture et les éléments de langage (arguments de vente). Ce n’est pas la partie du travail que je préfère ni celle que je fais le mieux mais elle est indispensable. 

Je recevais le projet de couverture au printemps, il me plaisait beaucoup. Le titre variait encore un peu. J’avais proposé Les vainqueurs, qui fut accepté. Le sous-titre m’échappait en revanche. J’avais pensé à L’armée française et les combats de 1918, ce qui correspondait le plus à mon projet. Cela est devenu Comment la France a gagné la Grande guerre et sans la mention 1918, ce qui à mon sens peut prêter à confusion mais est sans doute plus accrocheur et donc plus vendeur.

Il était décidé de le publier le 30 août, un peu avant la rentrée littéraire et surtout deux mois avant le dernier 11 novembre centenaire de la Grande guerre. Je suis maintenant dans la position de celui qui a intensément travaillé et qui attend avec angoisse de voir comment l'aboutissement d'un projet de 17 ans est perçu. 

24 commentaires:

  1. Monsieur Goya
    "J’ai eu mon grand-père comme source primaire et étrangement c’était l’angle qu’il choisissait aussi pour parler de sa guerre, soixante ans après les faits. Loin des Sentiers de la gloire, cet ancien sous-officier de la coloniale ne parlait pas de la vie dans les tranchées, il parlait de ses combats contre les Allemands et surtout de ses victoires."
    J’ai eu aussi un grand-père comme source primaire mais il ne me parlait pas de victoire, il me parlait surtout des misères des tranchées.
    Il était réserviste et connut la Grande Guerre du début à la fin. Des allemands, il disait "des pauvres diables comme nous". Il parlait surtout de la puanteur (des cadavres), des bombardements, des rats, des poux...
    J'ai compris ce qu'il me racontait beaucoup plus tard, au Liban, "Paix en Galilée"...

    Si effectivement l'Armée de 1918 n'était plus celle de 1914, le haut commandement était le même : un FSA était sorti en 1917, transformé en répétition manuelle après guerre puis abandonné sous prétexte d'économie de munitions
    http://armesfrancaises.free.fr/FSA%201917.html
    Le politique non plus n'a pas changé : "l'Allemagne paiera!"
    En proie à la guerre civile, chômage, dévaluation de la monnaie; nous connaissons la suite.
    Mais pour l'instant (1918) tout va bien, la victoire est à nous, comme l'Alsace-Moselle.

    Souhaitant à votre livre un franc succès
    Cordialement

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    1. Cher anonyme, je vous remercie. Si ça se trouve nos grands-pères se connaissaient,le mien était appelé et il a également fait la guerre d'un bout à l'autre. Je vous conseille la lecture La chair et l'acier (L'invention de la guerre moderne) si vous voulez d'autres arguments que le FA-17.
      Cordialement.

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  2. Je n'ai jamais compris pourquoi les batailles de 1918 sont aussi négligées dans la mémoire et dans l'Histoire. On trouve pléthore d'ouvrages, de romans et autres oeuvres sur Verdun, le Chenin des Dames, la Somme... très peu de choses sur 1918. Pourtant en 1918, l'armée française remporte sa dernière grande victoire stratégique. On a vraiment un problème avec les victoires et une obsession malsaine pour les défaites.
    Ouvrage commandé !

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    1. Cher monsieur,
      Tout est dit dans votre post : l'obsession de l'échec et le ressassement ad nauseam de nos défaites caractérise depuis quelques lustres l'ethos français, comme s'il fallait exorciser tout ce qui a fait que la France a été grande dans le passé, et comme s'il fallait s'ingénier à prouver qu'elle ne peut plus l'être dans le présent.
      Une anecdote entre mille pour le prouver : la marine nationale fut diligentée par le président Chirac pour commémorer avec éclat le bicentenaire de Trafalgar alors que le même Chirac et sa sycophante Alliot-Marie (dont le fait d'armes principal fut de préparer dans le secret de son cabinet ministériel, juste avant d'en partir, les plans de déflation d'effectifs de la Défense, qui mirent à mal nos armées sous le règne de Sarkozy- avec le fantoche Morin dans le rôle de syndic de faillite-) alors que les mêmes refusèrent hautement qu'une délégation officielle de notre pays commémore le bicentenaire d'Austerlitz...

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    2. Oui, je me souviens de cet épisode consternant. Ne pas fêter les victoires napoléoniennes pourrait se comprendre, après tout, le projet de Napoléon pour l'Europe était discutable. Mais ne pas les fêter ET fêter les défaites est du masochisme pur (ah oui, il y avait Alliot-Marie, alors ajoutons en sus le facteur aggravant de la crétinerie).
      Ne pas fêter 1918 en revanche est indéfendable. Il s'agit de la victoire des démocraties sur les autocraties, le tout porté nationalement par une stratégie brillante (il nous faudrait un binôme Clemenceau - Foch à chaque guerre...). D'un stricte point de vue militaire, l'armée française est au zénith, tant au niveau de l'opératif, de la tactique, de la logistique, de l'aviation... Le chemin parcouru entre 1914 et 1918 est prodigieux, il me rappelle (toutes proportions gardée) celui parcouru par l'armée rouge entre 1941 et 1945.

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    3. Complètement d'accord. Ces français, animés par la Haine de Soi, et qui jouissent des humiliations nationales devraient d'ailleurs lire La chair et l'acier, et être édifiés par les fulgurants progrès de nos armées tout au long de la Grande Guerre (malheureusement payés de tant de nos morts) .

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  3. Mon Colonel,
    Je partage absolument votre point de vue sur l'importance décisive des batailles de 1918 dont on parle peu. Déjà en Corniche ces faits m'avaient beaucoup intéressé. Il y a Montdidier et aussi Château-Thierry où les Allemands sont à 75 kms de Paris et c'est bien pour cela qu'on l'a appelé la 2ème bataille de la Marne. J'ai eu le plaisir de lire dans le dernier numéro du Casoar (numéro 230 de juillet 2018)de très bons articles sur cette année 1918 qui à mes yeux est négligée dans le souvenir.
    Je vous souhaite un beau succès de librairie pour votre ouvrage.

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  4. Bravo pour votre ouvrage, je le lirai et en recommanderai l'achat à ma bibliothèque municipale.

    Pour votre lecteur qui reprend le slogan "l'Allemagne paiera" :

    En 1871, la France a payé une indemnité de guerre de 5 milliards de franc-or, soit 4,25 milliards de mark-or, avec un PIB 3 fois plus petit que celui de l'Allemagne de 1919 (population double, progrès technique en 40 ans).

    Dans l'entre-deux guerre, l'Allemagne a payé 20 milliards de mark-or, dont 10 à la France, 5 à la Belgique et à l'Angleterre (dégâts à la flotte de ce pays).

    Donc, l'indemnité payée par la France aurait été de 12,75 milliards de mark-or (à taille de PIB égale), celle payée par l'Allemagne de 20 milliards de mark-or. En dépit des dégâts considérables sur le sol français, à la fois les tranchées mais aussi la destruction délibérée par l'Allemagne de mines, usines, terrains agricoles pour affaiblir un concurrent dans l'après-guerre.

    On voit donc que cette indemnité, et même les 132 milliards initialement demandés, n'avait en fait strictement rien de déraisonnable.

    On peut d'ailleurs faire la même comparaison, avec les mêmes résultats, pour les indemnités demandées par l'Allemagne lors de ses guerres au Danemark (1864), en Autriche (1866) et en Russie (1917).
    Sans parler du pillage de la France par les nazis pendant la deuxième guerre, qui aurait atteint les montants de l'indemnité de 1919 dès fin 1941, sans pourtant donner lieu à un équivalent français du nazisme.

    Ce slogan, l'Allemagne paiera, comme symbole d'injustice, est donc en fait de l'enfumage (propagande allemande bien sûr, mais aussi anglo-saxonne vu leurs investissements dans ce pays, à rentabiliser). Il ne faut pas s'y laisser prendre.

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  5. Je partage complètement vos vues, qui tranchent singulièrement avec le préchi-précha pseudo-historique qui tend à faire de l'Allemagne, pourtant pays agresseur en 1914, la grande victime de cette Grande Guerre.

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  6. Grenadier de la Garde31 août 2018 à 21:48

    Mon colonel,

    Votre ouvrage "la chair et l'acier" a été pour beaucoup d'entre nous un révélateur. Il a revisité (comme on dit) la tactique et les techniques de la 1ère guerre mondiale. Pour une fois, quelqu'un parlait mili, sans nier les cruautés de la guerre, mais aussi en y montrant l'extraordinaire résilience française. Pour une fois, on sortait des lamentations habituelles du cinéma et de la littérature française sur "laguèrcepabien""et "lépoilusondèvictims" ou "onafusillélésoldakivoulèpasebattre" ....Sans rien nier des erreurs, des fautes et parfois des crimes, vous nous avez montré une armée française, capable de s'adapter, de surmonter ses échecs (l'attaque des chars au chemin des dames en avril 1917), et de vaincre les Allemands (qui auraient dépecé notre pays en s'emparant des régions minières) car c'est bien eux qui ont voulu et préparé cette guerre (les thèses de von bernhardi sur le caractère nécessaire de la guerre). Votre livre (si imparfait soit-il selon vous) est un livre qui a fait date.

    Tous mes vœux accompagnent le nouveau.

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  7. Je note: "les soldats n’étaient pas là par hasard et juste pour souffrir. Ils étaient aussi des participants conscients et actifs d’une action politique visant à imposer sa volonté à un ennemi et cette action se décline en stratégie, art opératif et tactique, termes qui désignent à la fois les échelons de la force et les manières dont on l'emploie."
    Parfois au détour d'un billet de blog on trouve une belle définition d'un métier.

    "Les vainqueurs" que j'ai acquis et commencé à lire hier me donne un peu cette impression de la mine d'or dans laquelle on va être autorisé à piocher (avec modération, pour ne pas épuiser le filon) afin de faire connaître à nos contemporains ce qu'est une pensée militaire moderne.

    Loin des caricatures réductrices de la grande presse.
    Simplement la réflexion de ceux qui font la guerre quant on ne les bloque pas dans l'administratif et la logistique de la gestion de leur unité (ce qui fait partie de la guerre, aussi).

    Bravo pour avoir mené à bien cette réflexion, du moins pour ce que j'en vois dès les premiers chapitres.

    Bonne fête aux Troupes de Marine en ce 31 août qui commémore Bazeilles.
    Et au Nom de Dieu...

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  8. ...Vive la Coloniale!

    Messieurs
    "Pour votre lecteur qui reprend le slogan "l'Allemagne paiera""
    En attendant, avec ce slogan nous avons eu droit à un "2è service" en 1939.
    Je voyais cela du soldat à soldat, genre : "si on arrêtait de se f....e sur la gu.le et qu'on passait à autre chose?" Genre "paix des braves"...
    Le Kaiser avait abdiqué et l'Allemagne devenue une république, n'était-ce pas une bonne base pour prendre un nouveau départ?

    "Je vous conseille la lecture La chair et l'acier (L'invention de la guerre moderne) si vous voulez d'autres arguments que le FA-17."
    Non Monsieur, je n'ai pas lu ce livre. Je mentionnais le FSA juste pour l'exemple; j'aurai pu citer aussi le PM, la capote, les bandes molletières, les radios dans les chars, etc. pour illustrer l'inertie du commandement et du politique.
    D'ailleurs à ce propos, sauriez vous répondre à une simple question : à votre connaissance lors de la fermeture de la cartoucherie du Mans et de la MAS, un quelconque haut gradé a-t-il protesté?
    Merci d'avance et avec toutes mes amitiés

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    1. "En attendant, avec ce slogan nous avons eu droit à un "2è service" en 1939."

      Non, nous avons eu droit à un deuxième service en 1939 parce que les anglo-saxons ont fait pression, jusqu'à la mi 1934 au moins, pour que l'Allemagne réarme (ce qui était interdit par le traité de Versailles) et que la France désarme.

      Nous avons eu droit à un deuxième service parce que les US ont connu une crise majeure en 1929, propagée au reste du monde :

      https://www.youtube.com/watch?v=4F4yT0KAMyo

      avant cette crise le parti nazi était insignifiant dans les urnes, après cette crise il est parvenu au pouvoir.

      Roosevelt a régulé le capitalisme américain, il n'y a plus eu de crises pendant 50 ans, Reagan l'a dérégulé, et il y en a régulièrement depuis.

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  9. acheté ce jour ! à lire après celui de cochet/porte. amitiés

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  10. Quelques réflexions pêle-mêle.
    M. Pierre Miquel n'a accordé qu'une place modeste à l'année 1918, par rapport à 1914 et à 1917. Si l'on cherche à comprendre son parti pris, 1914 paraît essentielle en ce qu'elle consacre un phénomène inédit, à savoir la mondialisation de la guerre. Ainsi, nous passons d'une troisième guerre balkanique, du fait de la participation du royaume de Serbie, après celles de 1912 et 1913, respectivement contre l'empire ottoman et le royaume de Bulgarie, à une guerre européenne, en raison du jeu des alliances (L'empire ottoman remplaçant le royaume d'Italie du côté des Centraux), puis à une guerre mondiale par la mobilisation des ressources humaines et matérielles des puissances coloniales que sont alors le Royaume Uni et la République française et par la présence du Japon du côté allié (Par exemple, une bataille navale peu connue a eu lieu dans les eaux chinoises entre des unités de la Kriegsmarine et de la Royal Navy). 1917 est non moins primordiale en ce qu'elle constitue le tournant du conflit. Elle est caractérisée par des tentatives de paix séparée entre des membres des deux camps épuisés après trois années de conflit et par le chassé-croisé, du côté allié, entre l'empire russe en proie à une guerre civile et les Etats-Unis d'Amérique accédant en peu de temps au rang de puissance militaire mondiale. 1918 ne serait donc que la consécration du tournant de 1917 en faveur des Alliés, à la lueur de la survenance en cascade des armistices passés à l'automne 1918, successivement avec le royaume de Bulgarie, l'empire ottoman, l'empire austro-hongrois, la jeune République de Hongrie et l'empire allemand. Néanmoins, 1918 marque une rupture stratégique, tactique et opérative, grâce à une meilleure coordination entre les armées alliées et à l'emploi croissant des chars de combat et de l'aviation de reconnaissance et de bombardement qui permettent aux Alliés, principalement sur le front Ouest, de reprendre l'initiative dans le cadre d'une guerre de mobilité dans la profondeur.
    Le titre Les vainqueurs renvoie à la formule du président américain Woodrow Wilson qui a engagé son pays dans le conflit dans une perspective initiale d'une " paix sans la victoire ". Si les Alliés ont incontestablement et définitivement pris le dessus sur le champ de bataille, peut-on parler de victoire dans tous les sens du terme ? En effet, il n'a pas été rare de voir des unités allemandes rentrer au pays en bon ordre avec armes et bagages et, parfois, sous les ovations du public venu les saluer. De plus, une menace chassant une autre, la révolution bolchévique en Russie et ses répliques européennes ont rapidement pris la place des agressions centrales dans les préoccupations en hauts lieux alliés. Ainsi, des forces armées allemandes d'ordre public ont pu paraître, politiquement parlant, des alliés de circonstance, pour contrer cette dernière menace que combattaient par ailleurs des unités alliées en Europe centrale et orientale, de même qu'en Russie.
    Bon week-end.

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    1. Il convient à mon sens de nuancer l'affirmation : "il n'a pas été rare de voir des unités allemandes rentrer au pays en bon ordre avec armes et bagages".
      Cela a été le cas dans tous les pays belligérants, malgré leurs pertes respectives. En revanche, fait curieusement peu documenté (à l'inverse de la Russie, pour des raisons évidentes dans ce dernier cas) mais avéré, l'armée allemande détient, après la Russie, la "palme" des mutinerie, en 17 et surtout en 18 (bien plus qu'en France) , ce que l'historiographie nationaliste et pangermaniste s'ingénia à occulter, car il fallait maintenir le mythe d'une Allemagne invaincue, mythe qui semble perdurer d'ailleurs encore aujourd' hui...

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  11. Bonsoir,

    Maintenant que les témoins directs de cette période sont disparus, les livres qui sortent sur la Grande Guerre se tournent résolument vers l'analyse. Analyse des opérations, analyses des stratégies, analyse des sociétés, j'en passe et des meilleurs, afin de comprendre pourquoi et comment l'Europe s'est ainsi suicidée. Je vais prendre le temps de lire votre ouvrage car il me semble, au vu de ce que vous en dites et de vos écrits passés, que votre livre appartient aux meilleurs crus.
    Comme vous l'indiquez, l'armée française, en 1918, est très certainement la meilleure armée au monde. Loin des erreurs dramatiques de 1914 (le 22 août) et des lubies de l'état-major, elle a analysé ses erreurs, elle en a tiré les bonnes conclusions (plus facile à dire qu'à faire) et elle les a mises en œuvre. En deux mots, elle a tout compris de la guerre moderne, celle qui mêle terre, mer et air. D'ailleurs, et vous pouvez le confirmer, en 1918, on est loin des hécatombes des premières années. Les états-majors et leurs chefs sont de très grandes qualités et la planification d'opérations complexes n'est plus un obstacle. Pardonnez à l'amoureux de l’aviation que je suis de considérer la création et l'utilisation de la division aérienne du Gal Duval au cours des combats de 1918 comme la meilleure preuve de cette excellence.
    En 1918, les brillants officiers supérieurs qui animent ces états-majors et qui construisent le succès des alliés sont semblables à des lames de couteau extrêmement affûtées. Ils sont tout simplement excellents et ont à leur tête des officiers généraux de grandes valeurs. Vingt ans plus tard, ils seront nombreux à arborer leurs étoiles et à conduire le pays dans la plus humiliante défaite qu'il ait connu. Comment et pourquoi de si brillants esprits ont-ils ainsi pu gâcher les enseignements dictés par les circonstances d'une guerre terrible et les talents qu'ils possédaient et qu'ils avaient faits fructifier ? Comment ceux qui savaient combiner les opérations terrestres, aériennes et maritimes de si belle manière (exemple: offensive aérienne pour contrer l'offensive allemande en Picardie fin mars 1918) ont-ils pu oublier ces enseignements et aboutir à la tragédie de mai-juin 40: "Que voulez-vous que je fasse de votre aviation, j'ai déjà tous les canons qu'il me faut!" aurait déclaré je ne sais plus quelle baderne. Autres exemples de l'impéritie qui régnait dans les armées françaises de mai 40, l’incrédulité puis le scepticisme quand ce n'est pas la fatuité qui ont accompagné, à la deuxième et neuvième armée, les informations des deux équipages de reconnaissance ayant détecté les blindés allemands à Givet ou traversant la Semois à Bouillon. Un des observateurs, après son compte rendu téléphonique a déclaré: "Il m'a pris pour un fumiste!". Il y a là une énigme qui perdure et bien que de nombreuses explications aient été avancées, il est à souhaiter que l'ouverture de nouvelles archives nous permettent d'appréhender mieux ce fiasco.

    Merci encore pour vos billets. Bonne soirée.

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    1. "Et vive la chasse, bordel !".. Tout à fait d'accord avec vous, ne négligeons pas la contribution de l'aviation aux efforts de nos armées.

      J'ai le souvenir qu'un Comanfor en RCI, alors chef de corps d'un régiment Tdm (bientôt général sans aucun doute) avait blagué à sa table sur les marins" qui avaient toujours perdus depuis Trafalgar", et cette armée de l'air "qu'on n'a pas vu en 40"... Tant d'idiotie laisse pantois au vu des sacrifices de nos avions en 40 (30 % de pilotes tués à l'ennemi).

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  12. Mon colonel,

    Auteur d'un récit historique en deux tomes intitulé "Alger 24 janvier 1960. Genèse et mythes du suicide de l'Algérie française", dont la publication a débuté début juillet dernier, consacré au service d'ordre et à la fusillade du 24 janvier 1960 à Alger - le service d'ordre le plus meurtrier, et de très loin, de l'histoire de la gendarmerie mobile - je souhaite vous en adresser un exemplaire de presse à titre gracieux. Néanmoins, je ne parviens pas à rentrer en contact avec vous via votre messagerie goyamichel@gmail.com, malgré l'absence de rejet de mes messages...peut-être un anti-spam trop rigide ?


    Par conséquent, pouvez-vous m'indiquer à quelle adresse je peux vous envoyer mon ouvrage ? J'ai envisagé de vous l'adresser à la rédaction du magazine Science et Vie Guerres et Histoire...Vous pouvez me contacter par courriel : francis.mezieres@wanadoo.fr.

    Dans ce récit, après avoir consulté et exploité les archives du SHD de Vincennes, des ANOM d'Aix-en-Provence et des minutes du procès des barricades conservées aux Archives nationales de Pierrefitte-sur-Seine, j'ai abordé l'étude de la fusillade du 24 janvier 1960 à Alger avec une focale large, en présentant les conditions en Algérie de l'exercice du maintien de l'ordre à l'occasion des manifestations, mais également les parcours individuels des principaux protagonistes de cette journée :

    * les 64 chefs opérationnels des 15 escadrons de gendarmerie mobile engagés lors de la charge sur le boulevard Laferrière et le Plateau des Glières (lieutenant-colonel Georges Debrosse, 5 chefs d'escadron commandants de sous-groupement, 15 capitaines commandants d'escadron et 43 commandants de peloton dont 23 officiers et 20 gradés supérieurs) ;

    * les officiers de l'armée de Terre, tant les responsables du maintien de l'ordre (général d’armée aérienne Maurice Challe, général de corps d’armée Jean Crépin, général de brigade Germain Coste, colonel Jean-Julien Fonde) que les officiers impliqués à des degrés divers aux côtés des activistes Algérie française (généraux de division Jacques Massu et Jacques Faure, colonels Yves Godard, Antoine Argoud et Jean Gardes), les officiers de la 10e division parachutiste (général de brigade Jean Gracieux, colonel René Mayer, lieutenant-colonel Roger Ceccaldi, lieutenant-colonel Joseph Broizat, lieutenant-colonel Henri Dufour, chef de bataillon Pierre Lafargue), ainsi que le chef de bataillon Paul-Alain Léger, témoin oculaire de premier plan du dispositif d’embuscade ayant pris pour cible les escadrons de gendarmerie mobile et dont le témoignage objectif est capital pour identifier les auteurs de la fusillade qui a duré 37 minutes ;

    c) enfin, les activistes Algérie française qui ont joué un rôle de premier plan le 24 janvier 1960 : Joseph Ortiz, chef du Front national français (FNF), Pierre Lagaillarde, député d’Alger-Centre, Marcel Ronda, Serge Jourdes, Bernard Mamy, ou encore le chef de bataillon en retraite Victor Sapin-Lignières.


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  13. (Suite)

    Comme vous le savez sans doute, le 24 janvier 1960 parmi les acteurs militaires nombreux étaient officiers des Troupes de Marine - 10 sur les 16 officiers supérieurs et généraux cités plus haut - à commencer par les deux responsables du maintien de l'ordre dans Alger, le colonel Jean-Julien Fonde commandant du secteur Alger-Sahel, ancien commandant de la 7ème compagnie du RMT de septembre 1943 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et son chef direct le général de brigade Germain Coste, 10 citations à l'ordre de l'armée, commandant de la zone Nord-Algérois et ultérieurement commandant de l'EAI de Saint-Maixent puis inspecteur des TDM , tous deux légalistes à l'égard de la volonté d'autodétermination des populations d'Algérie annoncée par le général de Gaulle quatre mois et demi auparavant, dans son discours du 16 septembre 1959. Ainsi, ce sont ces deux officiers, totalement oubliés des mémoires aujourd'hui, qui ont ce jour-là au cœur d'Alger imposé la volonté politique du général de Gaulle face à l'insurrection armée des activistes Algérie française, en donnant l'ordre d'engager 15 escadrons de gendarmerie mobile, manoeuvre préalablement proposée et validée par le général Challe, commandant en chef des Forces en Algérie, fait le plus souvent occulté 58 ans plus tard afin de donner cours à l'un des nombreux mythes créés pour altérer la réalité des faits liés à la fusillade du 24 janvier 1960.

    Dans l'attente de votre contact, je vais dévorer "Les Vainqueurs".


    Francis Mézières

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  14. Mon colonel,
    Que vous dire ? J'ai dévoré votre livre, passionnant, nouveau et combien rafraîchissant dans son approche. Enfin nous parlons, voyons et vivons la victoire !
    Saint Cyrien de la Gal Callies, je connais bien le sujet des coups de main que vous décrivez dans un de vos textes, notre parrain en était un des spécialistes reconnu.
    J'ai commandé la 2° compagnie du 15.1, qui, comme toutes les unités ou j'ai servi, a disparu. Ma compagnie avait gagné entre autres une citation lors de la libération de Soissons en 1918 et par le JMO, j'avais perçu les changements de tactique au niveau des régiments d'infanterie ; avec pas mal de recherche, j'ai transformé cela en sujets de formation historique de la compagnie puis du régiment. Il est facile de faire comprendre et sentir les chose et notamment cette transformation profonde de notre infanterie entre 14 et 18.
    Mais je n'avais pas du tout perçu l'ensemble des changements, la Division aérienne en étant une majeure. Cela n'a à ma connaissance été mentionné nulle part.
    Alors franchement merci, vous pouvez être fier de votre oeuvre.
    B de Saint Seine

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  15. Livre commandé... et fini hier soir !

    Cela a été une lecture passionnante pour l'ancien marin que je suis. J'ai enfin compris l'origine profonde de certains fondamentaux du combat terrestre moderne, pris pour des acquis qu'il faut transmettre dans les classes mais qui prennent maintenant pour moi tout leur sens à la lumière du rude apprentissage par l'expérience de la première guerre mondiale que vous décrivez : l'origine du dogme du groupe de combat comme unité élémentaire, la culture de l'infanterie "polyvalente" (maintenue de facto en France malgré la diversité apparente des unités aujourd'hui), l'importance de rester sous le couvert de l'artillerie et plus généralement l'importance des appuis, l'utilisation de l'aviation dans toutes ses dimensions (bombardement tactique, mitraillage au sol, chasse...), l'origine des divisions Panzer (héritières motorisées des divisions d'assaut).

    Même l'épilogue finalement assez triste (le chapitre décrivant ce qui s'est passé après et la décadence de l'armée des vainqueurs de 1918) est porteur d'enseignement, sur l'impasse que représente le concept d'armée défensive (piège dans lequel l'Allemagne s'est embourbé à notre époque), la facilité avec laquelle une organisation peut perdre son efficacité lorsqu'elle n'est plus dirigée avec une vision claire ou est aveuglée par son arrogance (comme les US aujourd'hui ?), la nécessité d'avoir une politique d'armement cohérente et orientée sur le long terme.

    Félicitations, très bon bouquin à mon avis, sur une période méconnue finalement de notre histoire militaire, que je recommande chaudement aux autres lecteurs de ce blog !

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