jeudi 7 avril 2016

Defeat program

J’ai quitté l’institution militaire il y a un peu plus d’un an. Je suis donc rappelable jusqu’en 2020 en cas de « troubles » graves…enfin je crois, car personne ne m’a rien dit à ce sujet. En fait, je ne sais pas trop comment on me retrouvera, vu que personne n'a pris mes coordonnées. Comme je suis loin d’être seul dans ce cas, l’institution s’étant beaucoup plus employée à dégraisser qu’à préparer l’inverse, je suppose qu’en cas de problème on fera un grand appel télévisé. Je viendrai alors volontiers servir la Patrie mais je doute sérieusement que l’on ait anticipé une seule seconde ce qu’on pourrait me faire faire, déjà qu’on m’interdit d’être dans la réserve. Car il faut bien le savoir, pour la première fois depuis des siècles, la France a abandonné par facilité, mesquinerie budgétaire ou courte vue (ou un mélange de tout cela) toute possibilité de mobilisation de ses forces pour faire face à un défi stratégique majeur.

Pendant des siècles en effet, avec une accélération depuis la « levée en masse » révolutionnaire, il a enfin toujours été possible de renforcer le volume des forces disponibles, de quelques levées ou brevets royaux supplémentaires jusqu’à la mobilisation de plusieurs millions d’hommes lors des guerres contre l’Allemagne. Pendant des dizaines d’années, on a pu mobiliser des masses d'hommes formés pour compléter les forces d’active ou former des unités nouvelles, les équiper de matériels conservés dans des dépôts puis produits par des chaines de production prévues pour être militarisée, les moderniser avec des équipements nouveaux imaginés par les scientifiques mobilisés ou issus de la militarisation d’équipements civils ou encore pris sur un étagère de prototypes, les prototypes pouvaient également être des idées issues de multiples réflexions et expérimentations. On pouvait, comme en 1914, multiplier par 7 le volume de notre armée en quelques jours, disposer de suffisamment de stocks d’idées et de matériels pour s’adapter à grande vitesse de la bataille des frontières à celle de la Marne, alimenter ensuite pendant quatre ans le plus grand effort et la plus grande transformation de notre histoire. Lorsque cela a été mal organisé, comme en 1940, et très mal organisé, comme en 1870, cela a été désastreux mais cela a toujours permis au moins de faire face.

Paradoxalement, cela n’a pas toujours été le cas face d’autres défis pourtant moindres, la faute à la malheureuse expédition de 1895 à Madagascar où des milliers de conscrits métropolitains ont péri de maladie. Malgré l’évolution de la médecine tropicale depuis, on s’est toujours empêché d’utiliser des appelés pour une mission autre que la défense du sol français (dont l’Algérie jusqu’en 1962). Depuis il y a donc eu deux armées françaises et donc aussi deux processus de remontée en puissance. On a pu ainsi former des corps expéditionnaires lointains de 100 000 soldats professionnels, dans la guerre du Rif ou en Indochine par exemple.

Après la guerre d’Algérie, cette armée professionnelle a été drastiquement réduite. C’est pourtant cette branche secondaire qui a été la plus utilisée. Pour faire face à ce qui n’était pas prévu par la doctrine et le modèle de forces  (Tchad, Liban, Ex-Yougoslavie), on s’est adapté en professionnalisant un peu plus et en en recrutant  des « volontaires service long » (des appelés plus quelques mois), voire en faisant appel aux Américains pour nous prêter quelques capacités aériennes ou en louant quelques armes suisses pour ne pas être ridicules. On ne déployait pas plus d’une brigade mais cela permettait de réussir quelques opérations limitées. En 1989, le chef d’état-major de l’armée de terre me disait avec fierté qu’il n’y avait finalement que les Etats-Unis et la France à pouvoir mener des opérations de projection, à cette différence d’ailleurs que les nôtres réussissaient. Quelques mois plus tard, dans la guerre du Golfe de 1990-91, les Etats-Unis faisaient étalage de leur hyperpuissance. Quant à nous, considérant que des appelés destinés à combattre les divisions blindées soviétiques ne pouvaient affronter l’armée irakienne, nous étions incapables de déployer plus de 5 % des effectifs de l’armée de terre et 10 % des appareils de l’armée de l’air. Cette division Daguet, renforcée de deux brigades américaines pour faire bonne mesure, avait alors été reléguée aux marges du dispositif dans une mission de couverture. Cette humiliation nous avait permis néanmoins de découvrir un substitut éventuel à une capacité nationale de remontée en puissance : l’appel aux Américains.

Cette guerre du Golfe coïncidait aussi avec l’heureuse disparition du Pacte de Varsovie et de l’URSS. Pour la première fois de son histoire, la France n’avait plus de menace majeure à ses frontières et devenait une « île stratégique » au sein d’une Europe pacifiée et d’une monde libéralisé troublés seulement par quelques « crises à gérer ». On se persuada rapidement que cette situation serait éternelle, de la même façon que Norman Angell pouvait écrire en 1910 dans La grande illusion que toute guerre mondiale était désormais impossible et pouvait même le réécrire à nouveau en 1933 (et obtenir ainsi le Prix Nobel de la paix). La conséquence immédiate de cette paix a été la réduction de l’effort de défense. Ce n’était pas illogique dans le nouveau contexte mais cela fut brutal et rapide d’autant plus que l’on conservait en l’état les grands et coûteux programmes industriels lancés pour combattre en Allemagne l’ennemi pourtant disparu. Cela a abouti au « big crunch » d’un contrat d’objectif de déploiement majeur post-guerre froide de 50 000 hommes et 100 avions à 15 000 et 45 avions en 2013. Malgré la professionnalisation complète, nous en sommes revenus à la division Daguet. Nous avons certes quelques équipements plus modernes, mais quelque chose me dit que face à des ennemis comme Daech, al-Mourabitoune ou AQMI, on pourrait faire plus de choses avec 50 000 hommes et matériels (avec la disponibilité technique de l'époque) de 1991 qu'avec le contrat opérationnel de 2013. On l'a un peu oublié mais une armée est plus faite pour faire face à des ennemis qu'à des concurrents commerciaux.

Dans cette gigantesque « fonte de muscles » (l’armée de terre, pour ne citer qu’elle, dispose désormais de trois fois moins de régiments, de six fois moins de chars de bataille et de pièces d’artillerie, de deux fois moins d’hélicoptères qu’en 1990), devenue presque une lutte pour la survie, la capacité de remontée en puissance a été immédiatement et discrètement sacrifiée. Plus de grands dépôts, plus de plan de mobilisation, plus réellement de réservistes (ils représentent actuellement, à un instant donné, 0,5 % des effectifs de l’armée de terre). Non seulement nous nous sommes affaiblis mais nous avons en plus sacrifié toute possibilité de redevenir forts. C’est peut-être encore plus inconséquent. Si nous conservons la possibilité de dissuader du nucléaire par notre force nucléaire, nous avons perdu la composante conventionnelle qui y était adossée et sans la possibilité de la reconstituer avant des années. Nous ne pouvons plus faire face à l’apparition d’une menace majeure sans appeler au secours.

Nous sommes tellement coincés avec notre petite force professionnelle que lorsqu’un groupe armé vient nous frapper en plein cœur de Paris, nous sommes incapables de faire autre chose que de faire passer les frappes aériennes de 1 à 2 par jour et de déplacer, sans réelle utilité pratique, des milliers d’hommes des camps d’entraînement ou des théâtres d’opérations vers les rues de France. Je ne parle  pas de l’arrêt des suppressions de postes, le sauvetage d'un suicide pouvant difficilement s'apparenter à un stage de remise en forme. Rien n’a bougé vraiment comme lorsque le chancelier de l’échiquier expliquait jusqu'en 1939 aux chefs d’état-major britanniques que l’instabilité financière était une menace plus importante que l’Allemagne nazie.

Il serait intéressant de savoir depuis quel moment dans notre histoire une attaque directe venant d'un ennemi extérieur et faisant 130 victimes à Paris ne provoque plus en retour une guerre à mort.

35 commentaires:

  1. au moyen age les """ mauresques barbares """ pratiquaient des "razzia" sur les cotes de la mediterrannee pillage viols et rafflant tout et les femmes en age de procréer dans les harem et trucidant les autres ,,, voila pourquoi tous les villages ont été établis sur des collines ,comme en corse ,

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    1. Et les anciens soldats de l'Armée Royale étaient reversés dans les corps de gardes côtes, ou ils servaient encore jusqu'à la fin, et les quelques uns qui vivaient vieux étant pensionnés, ayant atteint des âges canoniques...

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  2. Merci pour ce texte, tristement réaliste et déprimant. Imaginons que si demain arrivait une invasion comme en 1939, nous reprendrions une déculottée mais retrouverions nos esprits pour combattre.. Laissez moi l'espérer au moins ... Nicolas

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  3. Où est passé ce triangle stratégique incarné par les contrats ops (volant de forces pour les missions de souveraineté et d'intervention, dispo en protection du TN et réserve pour parer la "surprise stratégique") que tu m'avais expliqué et dont la clarté s'imposait alors...
    Comment... on nous aurait trompés?...
    Non, avec complaisance, je dirais que la surprise était dans le fruit mais qu'on ne peut plus lui lever notre verre... le ver anti alcool étant déjà en vigueur.
    Comment ca, "non"? Alors c'est que nous nous satisfaisons de ne pas vouloir voir la prochaine"non-surprise" : nous avons baissé notre slip, vrais sans culotte livrés sur l'hôtel des fous de Mossul au nom du respect d'un semblant de reste de paix sociale, achetée par nos politiques de contact ( les mères euh.. maires) vendus aux imams autoproclamés qui règnent sur les "quartiers"...
    Honte à la raie publique (cf vote des DSK sur la prostitution...) et "Vive la République" mais au seul cri de "Vérité, pas de quartier(s)!"

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  4. C'est marquant, récement, un instructeur Combat Zurb de Sissone me disait que ce qu'il constatait aujourd'hui c'est que le savoir-faire tactique avait drastiquement été perdu, même par des unités comme le 3e RPIMa ou le 8e RPIMa. Bien qu'elles soient toujours un clic au dessus physiquement, tactiquement c'est plus ça. De plus, il rajoutait que les moyens disponibles en compagnie étant de plus en plus ridicules, les combats étaient de moins en moins proches de scénarii de "guerre majeure".

    Je suis militaire, je suis fier de mon pays, de mes hommes, de mon armée. Mais Dieu! Que j'ai honte de ce que je fais. Je suis maintenancier, et j'ai l'impression de mettre du vert partout pour que les indicateurs (aux standards de plus en plus bas) soient satisfaisant.

    En réalité, mes hommes sont de moins en moins bien formés à la maintenance, mes anciens lâchent prise en comptant les jours avant la retraite, mes meilleurs éléments se partent, que je ne commande pas, ( je n'ai aucun outils de décision entre mes mains, je ne fais que transmettre une information à l'échelon compétant en y mettant mon avis), je fais du 5S, de la productivité industrielle, je veille à être iso 9001 (c'est mon effet majeur...), que mon processus R4 soit respecté et que le 40e RA, ou le 501RCC... Merde... Je voulais dire "mes clients" se déclarent satisfaits grâce à l'enquête de satisfaction déjà préorientée. Mon chef de corps c'est un peu le Hérode de Pilate et moi je suis sa p... surexploitée qui tente faire bonne figure pour pas que mes subordonnés coulent.

    Mais en fait, on s'en fout parce que tout va bien Madame la marquise et que je n'ai pas tous les éléments pour saisir le problème.

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    1. C'est un aspect, parmi les autres. Tout ne va pas si bien mais pas aussi mal non plus. Et puis les blogs et Hérode... bref.

      Afin de garder le moral :

      https://www.youtube.com/watch?v=ZlkqUjzxGss&nohtml5=False


      Bon courage ...

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    2. J'en profite pour saluer un de mes successeurs (ERM de Chalons 83-89) nous étions en pointe du soutien direct (pour l'époque :)
      Tu as raison d'être fier, soutiens tes hommes et l'essentiel est de pouvoir se regarder dans la glace..
      Bon courage

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  6. notre petite force professionnelle que lorsqu’un groupe armé, fort de l’équivalent de trois divisions d’infanterie soviétiques,
    ne faut il pas lire"notre petite force professionnelle,forte de l'équivalent de trois divisions d'infanterie soviétique,que lorsqu'un groupe armé"
    ce qui n'a pas du tout le même sens
    bien à vous

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    1. Je parlais de Daech mais visiblement ce n'est pas clair. Je corrige donc.

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  7. point de vue d'un fantassin8 avril 2016 à 03:31

    Mon colonel,

    Pour ceux n'ayant pas lu cet article: http://www.opex360.com/2016/04/06/larmee-de-terre-teste-la-disponibilite-de-ses-reservistes/,la BP a récemment effectué un exercice de rappel de ses réservistes.

    Dans votre article vous abordez l'équipement de nos réserves. Faudrait-il déjà être sûr de pouvoir équiper nos unités déjà existantes. Quand on voit les difficultés à équiper les compagnies, même en situation de sous-effectif, en armement individuel, on peut se poser la question de savoir si avec nos différents parcs on arriverait à trouver un engin blindé, canon ou mortier à chacun de nos groupes, équipages et servants.
    C'est le même constat en OPEX (où l'on pourrait se croire préserver, surtout quand il s'agit a priori d'un des théâtres majeurs de la mère patrie). Faire une OPEX avec un FAMAS ancienne génération alors qu'on est sensé être félinisé ce n'est pas trop embêtant (surtout quand on doit davantage commander que tirer), mais se retrouver avec une 12.7 HS sur trois VAB, pendant tout un mandat, tout de suite ça devient un peu moins drôle. Ca l'est encore moins quand on passe d'un EB à un GBC pour patrouiller (Cela dit la bâche du GBC a peut-être pour mérite de laisser passer les RPG pour exploser plus loin...) Bien-sûr la situation pourrait toujours être meilleure comme elle pourrait être pire. Il vaut peut-être mieux avoir une 12.7 HS par exemple (contrairement à nos anciens qui ont perçu quand le matériel était un peu plus neuf...) mais pouvoir parfois compter sur l'appui d'un tigre dans les airs, que d'avoir ses engins flambant neuf mais ne pouvoir compter sur aucune aide venue du ciel... Certaines choses s'améliorent, comme l'arrivée des tourelleaux télé-opéré ou le paquetage individuel perçu avant opex mais aussi maintenant lors des incorpos ou des recomplétements. Heureusement personne n'a eu à expliquer non plus à une famille que faute d'une pièce attendue depuis six mois tout le monde n'est pas rentré entier.

    Même avec le meilleur équipement du monde on ne pourra jamais de toute façon faire d'engagement "zéro mort".
    Il parait (peut-être que quelqu'un pourra confirmer) que faute de moyens de stockage nous avons détruit quantité de nos FSA et autres matériels jugés trop anciens qui aurait pu être utiles à l'équipement rapides de forces en cas de remontée en puissance, alors que nos ennemis n'hésitent pas, eux, à s'armer de Lee Enfield et autres pièces de collection ayant encore leur place sur nos champs de bataille.

    Le sous-entraînement de nos Armées et le manque de stimulation intellectuelle pour préparer et appréhender les conflits actuels et futurs (et en définir les objectifs politiques au passage...) sont peut-être les facteurs certainement les plus alarmant.

    Pour terminer et sans vouloir faire dans la sédition (manquant peut-être de hauteur de vue ou de recul): quand certains de nos grands chefs affirment par exemple:
    « Pour ma part, je n’ai pas le temps d’écrire grand-chose d’autre que des notes opérationnelles… Je suis donc surpris qu’un général ‘quatre étoiles’ ait le temps d’écrire des livres » (Il reste à savoir si c'est agréablement surpris ou non...) on peut comprendre nos difficultés actuelles et cerner un réel problème de répartition des tâches. A moins qu'ils soient du seul ressort de nos capitaines de penser l'avenir ou de celui de certains officiers supérieurs qui ont, hélas, quitté trop tôt l'institution... Mais qui, toujours tourmentés par le service des armes de la France, continuent à écrire et à publier des livres ou des articles sur internet pour tenter de faire avancer les choses (car le partisan Nadejda est immortel).

    Respectueusement,

    LTN

    PS: on pourrait se poser la même question au sujet du Drakkar à Beyrouth.

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    1. "Le plus grave défaut de notre armée actuelle, c’est qu’elle travaille trop ! Tous les bureaux sont noyés sous la paperasse ! Nos chefs, trop absorbés par des questions secondaires, n’ont plus le temps de réfléchir et de penser aux questions importantes. Ils ne dominent plus aucun problème. En dépit des déclarations officielles, on est partout sur la défensive. Malgré nos grands moyens, nous parons simplement les coups comme nous pouvons, mais toujours à courte vue, dans l’immédiat." Général Salan répondant au lieutenant-colonel Trinquier s'étonnant de l'absence de stratégie en Algérie (1955, je crois).

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    2. point de vue d'un fantassin8 avril 2016 à 09:26

      La situation n'a donc pas évolué. Quand on voit ce qui passent dans les mains de nos chefs de corps comme dossiers qui ne devraient même pas quitter le bureau du commandant d'unité voire du chef de section... J'ai découvert récemment qu'en l'absence du commandant d'unité, seuls les C2 ou chef de corps pouvaient faire signer une deuxième communication de sanction. C'est un peu dommage de faire monter un jeune à la kommandantur pour avoir oublié à plusieurs reprises de mettre ses protections auriculaires...
      Il semble que chacun d'entre nous travaillons un clic en dessous de nos responsabilités nous empêchant de ménager du temps pour réfléchir ou pour simplement s'entretenir en tactique par exemple.

      Je ne sais plus où je lisais que la révolution française avait profité d'une période de légère prospérité pour germer car les Français n'étant plus concentrés sur le seul besoin de survivre avaient pris le temps de penser. Au delà de la pertinence et de la véracité de cette explication ça rappelle un peu la pyramide de Maslow... Et tant qu'on continuera à courir après des GBC sans avoir de temps pour s'entraîner on n'arrivera pas à l'étage supérieur de la pyramide à savoir si mes instructions sont pertinentes, puis le suivant, si mes hommes ont bien intégré leur formation et instructions, ensuite si la section est capable de restituer collectivement ses savoir-faire puis peut-être pour terminer si nos doctrines ne sont pas perfectibles (pour apporter un peu d'innovation et pourquoi pas éviter, comme ce fut le cas je crois, d'utiliser des B1Bis le jour j comme de simples véhicules d'accompagnement de l'infanterie par exemple et avoir au contraire trop peu de divisions cuirassées...)

      Dire que nous arrivons à dégouter une partie de nos hommes d'un métier que les civils font avec le plus grand plaisir et en déboursant des centaines et des centaines d'euros (course à pied, randonnée, airsoft ou paintball, reconstitution historique, spartan race, jeux de simulation...) On se rend compte alors qu'on a peut-être loupé le coche de la professionnalisation...

      Comme vous l'évoquiez dans un de vos récents articles sur 14-18, même en temps de guerre nos chefs avaient compris l'importance de ménager du temps pour l'entraînement. En attendant nos postes Sentinelle sont autant de forts Bastiani...

      Respectueusement,

      LTN

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    3. Mon colonel, C'est ce que je disais plus haut: mes conditions sont bonnes. Je ne me plainds pas du tout sur mes conditions mais sur la manière de travailler et la paperasse lorsque je parlais de la maintenance. Un terrain aujourd'hui, toute paperasse confondue, c'est 3 cm d'épaisseur (120 hommes sur 10 jours).

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  8. "Cela a abouti au « big crush » d’un contrat d’objectif de déploiement majeur de 50 000 hommes et 100 avions post-guerre froide à 15 000 et 45 avions en 2013."

    Le big crunch, peut-être ? En anglais, avoir un big crush sur une personne c'est avoir le béguin pour cette personne.

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    1. C'est un lapsus. Merci de cette remarque.

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  9. Je viens d'intégrer la réserve opérationnelle de l'armée de terre, démarche entreprise suite aux attentats de l'année dernière. J'ai découvert que derrière les discours alarmistes du monde de la défense, la réalité était assez différente... c'est en fait bien pire que ce que je pensais ! Mis à part la justice (désormais à l'agonie), je ne connais aucun service public dans une situation aussi dramatique, sachant qu'il est vitale (compétence régalienne par excellence) et sur-utilisé.
    Je fais partie de la classe d'âge qui a effectué les 2 ou 3 dernières années de la conscription. A l'époque, le message était très clair : "rentrez chez vous ! l'URSS s'est cassée la gueule, la guerre c'est terminé, profitez des dividendes de la paix et boujou-bien". Même pas 20 ans plus tard, le pays est désarmé à force de coupes budgétaires et de coupures entre l'armée et sa nation. Dans le même temps, le monde est devenu épouvantablement instable et dangereux. J'ai 40 ans, 4 enfants et un pays à défendre, mais on m'a désarmé. J'en veux énormément aux "décideurs" de tous bords qui ont laminés les fonctions régaliennes de l'Etat au profit de politiques ruineuses (traitement social du chômage, éducation quantitative...) qui ont démontré de manière éclatante leur totale inefficacité. Tout se paye un jour et j'espère vraiment que ce sont ceux qui nous ont mis dans cette panade, et non le pays tout entier, qui passeront à la caisse...

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  10. "Depuis quel moment dans notre histoire une attaque directe venant d'un ennemi extérieur et faisant 130 victimes à Paris ne provoque plus en retour une guerre à mort?"
    Sans doute depuis que le libéralisme, faux pragmatisme et véritable idéologie, est devenu le seul horizon de l'ensemble de nos dirigeants. Le libéralisme, et son relativisme culturel qui nous amène à tolérer puis à accepter l'inacceptable; le libéralisme et sa volonté de désengagement constant de l'état (abordé comme une abomination rétrograde dont il faudrait se débarrasser au plus vite) pour ne plus avoir d'autres régulations que le commerce et le droit; le libéralisme et son culte de l'individu roi, qui ne saurait s'intéresser et encore moins s'investir ailleurs que dans ses seules affaires privées. Etc ad nauseam.

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    1. Le libéralisme n'a sans doute que peu à voir avec tout ça. Les USA sont on ne peut plus libéraux économiquement, mais ont toujours une armée digne de ce nom.

      Non, en France, il s'agit tout simplement du mépris et de la méconnaissance qu'à la classe politique pour la chose militaire dans son ensemble...

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  11. La levée en masse a également eue des effets oubliés... En effet, l'institution du statut des généraux en 2° section (1870) et puis, le terme '' limogé ''; inventé dans les premiers mois de la Grande Guerre où les autorités ont mis quelques dizaines "d'étoilés" en garnison à Limoges (loin du front).
    L'anecdote sur le Gal Salan ne correspond pas à la manière de travailler de ce sybarite...Car durant son commandement en Algérie, il prenait régulièrement deux heures pour se promener avec son épouse.

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  12. Merci mon Colonel, comme citoyen je partage complétement le constat, nous avons un potentiel énorme, mais pas d’outil de mobilisation, et même si ! Pas d’arme à donner, une armée exsangue, des citoyens sans défense. Beaucoup de point commun avec l’armée de VICHY sur un plan opérationnel. Nos Brigades sont des agences intérimaires chargé de faire « des agglutinages » sur de petit projet.
    Pas de stratégie, pas de volume donc pas d’opératif, amnésie tactique, organique économique….
    La guerre de cent ans a peut-être commencée en 2001 !plus nous avançons dans le temps, plus nous nous dégradons et sans aucune action de l’ennemie, aurons-nous le temps du sursaut ?? Je pense qu’une Jeanne d’Arc serait le bienvenu mais trop tôt.
    2020 Implosion de l’Algérie, déstabilisation des états voisins faibles ou vermoulus, contagions à l’ensemble du moyen orient et proche orient exode massif de population via des débarquements, mélangée à des combattants, abcès intérieur, quelque Saint Barthélémy Régionale, nous arrivons à les contenir sur la Loire (exode massif des Français au nord de la Loire) citoyen préparez-vous….
    Je souhaite aussi bon courage à « un Officier » j’espère que tout le monde sera ISO le jour il devra former dans l’urgence une compagnie de marche avec tout ce qui marche. J’ai bien aimé « point vu d’un fantassin » très lucide, il faut le rester et se préparer à combattre avec ce que l’on a ou pas….
    Quand à Hill oui ils devront passer à la caisse….

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  13. " L'humour est comme le café : meilleur très noir ". Bertrand Cèbe cité par Marc Pierre
    Bonjour,
    le grand scientifique Albert Einstein a lancé un jour cette formule tragi-comique : " Je ne sais pas comment se fera la troisième guerre mondiale, mais je sais que la quatrième se fera avec des cailloux et des bâtons ". Au train ou vont les choses et si l'armée française parvient, non sans encombre, à ce dernier conflit, elle sera au standard moyen d'équipement des belligérants. Mais ça, cela aura été après ...
    Bon week-end à tous.

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  14. 1870 lignes enfoncées,1914 idem,1940 idem, Indo idem, Algérie une main devant une derrière, et la liste n'est pas exhaustive parce que j'en ai encore sous le pied.

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    1. Dans le genre de vos propos ironique: Dois-je investir chez les futurs contractants privés responsables des radars (vol en réunion), ou des fournisseurs en arme des agents de la SNCF?(Esbroufe de Pépy, car les agents SNCF n'ont pas le droit d'être armé, ou alors je vais offrir un M16 à ma p'tit soeur pendant qu'on y est.). Je me demande si placer mon argent dans un cloaque de proxénètes protégés par des ripoux de la brigade des moeurs (voulez-vous des noms? Comptez pas sur moi, je respect trop les putes, même si c'est pas du tout mon dada.), ne serait pas l'idéal plutôt?! Vive la France est son intelligence si évidente (contre-nature)...Je vais prendre un acteur du parquet de Paris pour en frapper un autre, et sans potion magique MONsieur! On peut toujours faire comme si de rien n'était, pour la dignité de la France bien-sûr... Ou les pulvériser pour l'exemple, histoire d'instaurer la terreur comme au bon vieux temps en réglant "CES" problèmes à coup de guillotine. TCHAK! mdr.
      Ceci est de l'humour au second degré, et si cela peut blesser ou égratigner quelqu'un, je lui fais mes plus plates excuses. Non je plaisante encore, TCHAK!
      Tiens? Mr Squarcini? Vous aussi?!..TCHAK!
      (sic)Quand on voulait défier une personne en duel, on lui envoyait de l'eau gazeuse, d'où l'expression avec l'eau plate pour excuse.
      Bonne manif à tous. EliotM

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  15. Les guerres ne sont jamais commencées par des gens intelligents;elles sont commencées par des idiots.
    Général Piotr Grikorenko,héros de l'Union Soviétique

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  16. Mon colonel,

    Vous soulevez un point majeur faisant suite l’effondrement du bloc soviétique, le « big crunch » incohérent généré par la baisse bien trop brutale de notre effort de défense. Incohérent car nous avons maintenu sur leur lancée - certes en les étalant dans le temps mais au final pour un coût supérieur - tous nos grands et coûteux programmes d’armement guère adaptée à la nouvelle donne géostratégique .

    La poursuite de cette politique d’équipement qu’on pourrait qualifier de passéiste, a eu indéniablement des répercussions majeurs lors de la professionnalisation de notre armée. Certes les incohérences de cette dernière - suppression de X régiments, désintérêt et le mot est faible pour nos reserves, base de défense ubuesque, etc… - ne sont pas les seuls facteurs. Mais à budget en régression, le maintien de cette politique d’équipements coûteux s’est faite au détriment la professionnalisation.

    A quoi nous servent et serviront dans aux moins les 10 prochaines années nos « merveilleux » Leclerc fort sophistiqués, mais d’un coût de fonctionnement et maintenance prohibitifs même avec un budget de défense porté à 2,5 %. Cette sophistication outre des failles, ne les met pas à l’abri des missiles anti-chars de dernière génération : d’un coût unitaire dérisoire au regard de celui d’un Leclerc.

    Avoir quasi tout axé en matière de défense et appui feu aérien, sur le binôme Rafale et Tigre était fort séduisant …. mais à quel prix ( achat, heures de vol et maintenance) !…. Sans même parler des trous criants en matière d’hélicoptères gros porteurs que cela a généré, alors que ces derniers nous seraient indispensables dans nombre d’opérations.

    Est il pertinent en matière d’efficacité opérationnelle, coût d’heure de vol et la maintenance que cela génère, d’utiliser des Rafales pour détruire des 4 x 4 Toyota et similaires ? Surtout face à des ennemis disposant aux mieux, que de missiles anti-aériens datant de 30 ans !….. Nombre de ces missions effectuées par nos Rafales et Tigres, auraient et pourraient être effectuées à cout bien moindre et efficacité opérationnelle quasi similaire, par des A 10 ou leurs équivalents.

    Inutile de parler de ce scandale qu’est l’A 400 M, incapable après 20 ans de gestation de ravitailler en vol des d’hélicoptères, et dont on est loin d’être certain qu’il pourra larguer des parachutistes en OA, etc….. Alors que des solutions alternatives existaient, mais certainement trop « rustres » pour nos brillants ingénieurs de l’armement !….

    J’arrête là cette liste non exhaustives qui à largement contribué a assécher notre budget de défense, mais à contrario on n’a pas voulu pour des « économies de bout de chandelle » modernisés-remplacés la majorité de nos FAMAS !…

    Comparaison certes n’est pas raison, mais tout cela rappelle fâcheusement notre magnifique flotte de 1939. D’une vélocité remarquable, mais souffrant de graves défauts : blindage très insuffisant, fragilité à la mer, autonomie limitée, absence de sonar et quasi inexistante de DCA. Là encore et ce dans les années 30, on a investit sans compter de manière peu cohérente dans une arme qui se révélera de peu d’utilité. Cela en partie au détriment des chars, et encore plus d’unités type commandos parachutiste : un truc de cascadeurs sans intérêt militaire !….

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    1. pour la flotte de 1939, petit rappel, l'absence de sonar, de DCA, la plupart des flottes à la même époque avait les mêmes carences.
      Quant au blindage insuffisant, le Dunkerque a pu résister à des obus de 381 mm britanniques alors que ce navire avait été prévu comme réponse aux 3 "cuirassés de poche" allemand équipé de pièces de 280mm.
      L'erreur que nous avons fait avec la marine fut une modernisation très voire trop limité des 3 cuirassés de la classe Provence, dont 2 seront perdus à Mers El Kébir (Bretagne et Provence).
      La marine a participé a plusieurs opérations et sur des théatres d'opérations sur lesquels elle n'était pas prévue comme la Norvège, théatre sur lequel elle a combattu dans des conditions "non prévu dans le manuel" mais de façon honorable. La campagne de Norvège a vu des combats sur l'ensemble du spectre de la guerre navale (amphibie, ASM, surface, mine, AA, aéronavale).

      Cette Marine ne s'est pas faite au détriment des chars, étant donné que l'Armée de Terre disposait quasimment d'autant de char que les Allemands. Ici, c'est surtout notre doctrine d'emploi qui a été deffaillante.

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  17. Il n'a fallut qu'un petit biplan et d'une torpille pour rendre HS le Bismarck. Comme il n'a fallut qu'un homme pour aller à Marathon et sauver Athènes. Suffit donc parfois d'un homme pour faire échec à une armée. Autant le stratège que le simple fantassin, la guerre se joue parfois à peu de chose. Le cas du U-boat à Scapa Flow est aussi un cas intéressant, les nageurs de combat italiens innovant le sabotage de gros navires également, voir même la souris qui va dans la trompe de l'éléphant, sont autant de cas où le grain de sable vient enrayer la plus magnifique des machine.
    C'est par le talon, qu'Achille fut trempé dans le Styx, ce qui a fait malgré tout de lui, un être perfectible que l'on pouvait anéantir définitivement, comme une méchante moral de l'histoire, où le plus grand des héros ne survie pas tel un Dieu, mais périt alors que tout portait à croire qu'il était immortel. Titanesque qui coule, Golem qui fond, les géants aux pieds d'argile sont le rappel à l'ordre de l'égo humain, comme la guêpe qui viendrait bourdonner à nos oreilles, alors que l'on dormirait la bouche ouverte...
    Bah quoi? Je fais ce que je peux, tout le monde n'a pas fait hypocagne mince!
    Je reprend: Et puis avoir décrypté Enigma, n'est-il pas "le" cas, qui a changé profondément le cour de la guerre? Je pense que oui, et beaucoup plus qu'on ne le dit. Si on tape là où il faut, on peut faire vaciller l'avantage du nombre; et la technologie moderne, renforce encore un peu plus ce phénomène. L'adversaire a toujours un point aveugle, un angle mort, où le stratège doit concentrer son action.
    Bon voilà, c'était juste un petit essai de réflexion, histoire de rester humble devant les plus grosse difficultés de la vie, et de dire contrairement à la fable "Du loup et l'agneau", que la loi du plus fort n'est pas toujours la meilleur, même si les paries londoniens donnent nabab-musclé, gagnant à 2 contre 1. :) EM

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  18. C'est toujours la même complainte : on incrimine les hommes politiques, le système economique libéral, la décrépitude de nos "services publics", la voyoucratie et j'en passe...Mais bon sang, nous sommes en démocratie, bien imparfaite sans doute, mais démocratie tout de même. Personne n'envisage de prendre le pouvoir par la force et ce serait bien difficile pour qui aurait une telle velléité. Face à la veulerie de beaucoup, cachée derrière l'hypocrisie des "bons sentiments", il ne faut pas se satisfaire des complaintes, mais y aller et là où nous sommes agir et oser au risque de bousculer bien évidemment. Pour ma part, j'ai rencontré au cours de ma vie bien des feignasses crasses, des "cons" car c'est souvent la meilleure définition. J'ai toujours accordé de l'importance à ceux qui en valaient vraiment la peine, quelque soit leur niveau de compétence initial et j'ai toujours trouvé de la satisfaction. Laissons les branques dans leur coin et comptons sur ceux qui ont un peu de tripes et de jugeotte. C'est par la mobilisation des gens de bonne volonté que les choses changeront : les "élites" suivront ou pas.

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    1. Derrière la grogne, qui est bien française, se cache souvent l'inquiétude. Et derrière l'inquiétude, les gens attendent des réponses à ce qui les inquiète. C'est humain. Je ne pense pas que la tonalité des opinions soit vraiment intéressante, mais plutôt leurs contenus, car de toute façon chacun voit midi à sa porte, et seul un sujet précis peut nous amener à débattre avec cohérence, au lieu de tirer dans les pattes de celui avec qui on est pas d'accord. Le pédigrée de chacun n'est ici pas en question, c'est plutôt celui de la guerre en général, par le prisme que nous propose Mr Goya, et de ce que certain français ou autres étrangers, pensent également de la guerre en commentant ici, selon leur propre perception. Ce qui à pour but de nous enrichir mutuellement, le patriotisme étant peut-être notre seul point commun. L'autorité ne se prend pas, elle se gagne, c'est le paradoxe de l'élite auto-proclamé, et que les défaillance peuvent venir du bas, comme du haut. Artiste marginal ou militaire psycho-rigide, la société est ainsi faite, plein d'esprits très différents, du génie au malade, en passant par l'inepte ou le fou... Alors faire en sorte que tout le monde y trouve son compte avec parcimonie, relève peut-être de l'indicible, mais pourtant, c'est bien le but de la démocratie. Je suis peut-être d'une nature trop tolérante, mais ça serait oublier que je suis en vie pour apprendre et progresser, pas pour engendrer le conflit. Même si je trouve notre combat à mort contre l'ennemi de l'extérieur, trop évanescent... EM

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    2. @ Mr Goya
      Après vérification, le sens de l'expression que j'ai mis plus haut, sur la vision de la guerre à travers le prisme que vous nous proposer, est dans le sens métaphorique espagnol. Cet-à-dire que le prisme ne déforme pas la réalité du sujet comme dans l'expression commune, mais que tout les individus voient à travers un prisme par nature. Qu'à l'espagnol, le prisme est la vision unique à chaque individu. Et non en rapport avec une déformation quelconque de la réalité.EM
      +Précis: http://voir-a-travers-des-prismes.blogspot.fr/2012/05/lexpression-figuree-voir-quelque-chose.html

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    3. @ EM,

      Et dire que je croyais avoir une pensée abstraite... J'ai trouvé mon maître.

      Pour ma part, relativement au post de Michel Goya, je me posais le problème comme ça:

      Je pars d'un vieux principe d'interprétation selon lequel ce qui est important, c'est le début et la fin.

      Au début, Michel Goya nous dit qu'il a quitté l'institution militaire, qu'il est rappelable jusqu'en 2020, mais il se demande bien comment vu que personne ne lui a demandé son adresse et qu'on lui a rien expliqué.

      Donc ça pose un problème sur le plan de ce qu'on appelait jadis la "concentration" et qui recouvre en gros les processus par lesquels un Etat passe du pied de paix au pied de guerre en mobilisant des forces, et dans le cas de Michel Goya des réservistes.

      Son idée, si j'ai bien suivi, est que la France a perdu cette capacité de mobilisation des forces.

      La fin du texte est une interrogation: "Il serait intéressant de savoir depuis quel moment dans notre histoire une attaque directe venant d'un ennemi extérieur et faisant 130 victimes à Paris ne provoque plus en retour une guerre à mort."

      En fait ça porte sur la définition du casus belli: dans la guerre contre une entité stratégique proto-étatique comme Daesh ou non étatique comme Al-qaida, c'est quoi un casus belli?

      Là, on peut avoir plusieurs idées, par exemple:

      - Un changement de nature de la guerre a une incidence sur la nature du casus belli. Oui, mais dans quel sens? On ne sait pas trop.

      - La société française, peut-être par mimétisme, copie les Etats-Unis et déclare la guerre non pas à un ennemi, mais au terrorisme en général. Or le terrorisme est une modalité de la lutte (c'est la poursuite de la guerre par d'autres moyens). L'angle d'attaque intellectuel comme le concept utilisé nous éloignent de l'idée qu'on fait la guerre à un ennemi donné, en chair et en os. L'idée d'ennemi devient diffuse.

      D'où votre sentiment:"je trouve notre combat à mort contre l'ennemi de l'extérieur, trop évanescent"

      Évanescent: qui disparait par degré, qui s'efface peu à peu (une brume évanescente)

      A comparer avec le concept de concentration, qui est inverse: il se renforce par degré, se densifie progressivement.

      Il y a donc un parallélisme: plus on perd ses capacités de concentration, plus l'ennemi lui-même devient évanescent. Pour répondre à BT, à qui vous-même répondiez, il ne s'agit pas d'une complainte, mais de prendre conscience d'un phénomène de bascule.

      Si j'ai bien tout compris.

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    4. @ Tchok
      A peu près ça oui.
      La mobilisation à l'extérieur contre l'EI, opex, est ce qui parait le plus évanescent, sauf en Afrique où là on concentre les regards. Mais allez chopper l'EI dans la BSS, c'est un comte pour enfant, même si le djihad y est bien présent sous d'autres formes...
      Les commanditaires terroristes se réclament bien d'un état, territoire géographique bien défini entre la Syrie et l'Irak: l'Etat Islamique, appelé également Daesh.
      Alors quand la mobilisation principal et donc médiatique en France, se situe surtout au niveau du territoire national, 10000 soldats, on est bien là dans une dichotomie, où la mobilisation des forces n'est pas au bon endroit.
      On pourrait aussi un peu + médiatiser les quelques forces spéciales françaises en combat direct avec Daesh sur le terrain, à l'image anglo-saxonne, même si on subodore qu'il y en a déjà qui font du Jtac, histoire d'être en phase avec la tactique de base air-terre-mer, car le bombardement n'est psychologique pas suffisant pour rassurez les français, mais surtout, n'est pas suffisant non-plus pour empêcher Daesh de revenir après avoir reçu des bombes. L'EI à la capacité de se régénérer comme un hydre, tachons de couper les bonnes têtes, où quelles soient, et de les empêcher de revenir faire leur prosélytisme macabre. EM

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  19. "Il serait intéressant de savoir depuis quel moment dans notre histoire une attaque directe venant d'un ennemi extérieur et faisant 130 victimes à Paris ne provoque plus en retour une guerre à mort."
    Quelle conclusion .... !!
    Bon sujet d'article en tout cas.

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  20. Comme souvent dans les billets de ce blog, le ton soutenu et le rythme de l'écriture font esbroufe pour cacher une pauvreté sur le fond.

    La question que MG ne creuse pas est "combien de temps faudrait-il pour que cette armée, réduite à 35000 hommes, monte en puissance ?" Et cela serait-il compatible avec le temps que mettrait une menace (aujourd'hui non identifiée) à se concrétiser ?

    Faut-il 20 ans pour multiplier par 10 la taille d'une armée ? 10 ans? 2 ans ? 6 mois ? Et en combien de temps une nouvelle "menace" viendrait-elle à frapper ?

    Il est facile de trouver des exemples historiques. Vous avez dit les USA de 1941 à 1943? L'Allemagne de 1935 à 1939? ou encore le Canada passant de 4500 hommes à plus de 120 000 entre 1940 et 1944.

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