samedi 9 janvier 2016

L'art de la guerre dans Dune


Publié le 29 mai 2013

L’univers de Dune est un univers d’une grande richesse, mélangeant dans un ensemble baroque mais très cohérent des éléments de sociétés humaines passées et des éléments de pure imagination. La guerre s’y exerce de manière particulière mais elle reste la guerre avec sa grammaire propre.

Comment détruire une grande maison

Le système politique de Dune est issu d’une Grande convention (de type Magna Carta) qui régit les rapports entre la Maison impériale, les grands féodaux réunis dans l’assemblée du Landsraad et la Guilde des navigateurs qui dispose du monopole du vol spatial. La guerre y est tolérée dans la mesure où elle ne perturbe pas cet équilibre des pouvoirs. Elle s’exerce en premier lieu entre Maisons et parfois, dans certaines conditions, entre le Trône et une Maison. La Guilde est normalement neutre.

Ces guerres sont limitées par trois facteurs. Le premier est la fragmentation des pouvoirs et le souci d’éviter qu’un acteur (la Maison impériale Corrino en premier lieu) devienne hégémonique. Toute Maison qui devient trop puissante voit ainsi se liguer les autres contre elles. La deuxième contrainte est celle des coûts et particulièrement des coûts de transport. Les opérations s’effectuant généralement d’un monde à un autre doivent passer par l’intermédiaire de la Guilde et la projection spatiale coûte très cher. La dernière enfin est la présence des armes atomiques. L’emploi de celles-ci est prohibé par la Convention mais, contrairement aux machines pensantes, pas leur existence. On peut donc considérer (en admettant que les principes de la dissuasion nucléaire s’appliquent de la même façon aux familles qu’aux Etats-nations) que les « atomiques » conservent un intérêt en emploi en second, peu probable, ou comme ultima ratio.

Les guerres prennent donc une forme large puisque tout ou presque peut être utilisé contre l’adversaire - sabotages économiques, corruption, pression diplomatique, raids, assassinats, etc.- mais peu profonde du fait de ces limites à une montée aux extrêmes. Elles ne se terminent donc normalement pas par la destruction de l’adversaire. Deux facteurs peuvent toutefois conduire à pousser ces limites voire même à les dépasser : la haine, comme celle que se vouent les Atréides et les Harkonnens, et une menace sur la circulation de l’épice, élément indispensable du fonctionnement de la Guilde et donc aussi de l’Empire.

La recherche de la destruction totale d’une grande Maison, comme celle des Atréides, sans l’emploi en premier d’atomiques, est complexe. Une stratégie de  première frappe conventionnelle contre les atomiques de l’ennemi est difficile surtout avec l'emploi des champs de force. La seule solution est de foudroyer l’adversaire par une attaque suffisamment rapide et massive pour obtenir un résultat décisif avant même que la décision d’emploi de l’arme ultime puisse être prise. C’était le scénario d’ engagement dans la « marge d'erreur » de la dissuasion que décrivait par le général Hackett en 1979 dans La troisième guerre mondiale. C’est évidemment le choix qui est fait par le baron Vladimir Harkonnen. 

La difficulté est que le coût de la projection de forces et l’efficacité des champs de force Holtzman (que l’on peut comparer aux murailles des châteaux forts) privilégient la défense sur l'attaque. Pour obtenir un rapport de forces écrasant, il faut donc réunir une masse considérable (et donc ruineuse) et si possible bénéficier d’une « cinquième colonne ».

La masse est obtenue en réunissant toutes les forces Harkonnens et en bénéficiant de l’aide d’une ou deux légions de Sardaukar de l’Empereur, apport autant qualitatif (un seul Sardaukar vaut plusieurs combattants « réguliers ») que quantitatif. Pour Vladimir Harkonnen, c’est une double prise de risque, militaire d’abord car il se découvre par ailleurs, et financière, puisque l’expédition est ruineuse. Un échec pourrait être fatal à la Maison Harkonnen. C’est un risque politique pour l’Empereur Shaddam IV, que le Landsraad peut considérer comme ayant rompu les équilibres et contribué à détruire-qui plus est par trahison-une grande Maison. La révélation de cette intervention peut déclencher une guerre générale contre la maison Corrino. Aussi les Sardaukar, à la manière des « volontaires » de certaines époques combattent sous la livrée des soldats Harkonnens. La quantité est une qualité en soi et la masse utilisée pour l’opération, dix fois supérieure à celle estimée par le mentat des Atréides, Thufir Hawat, contribue à la surprise stratégique. Elle intervient par ailleurs avant que les Atréides aient pu eux-mêmes se renforcer considérablement grâce à l’alliance avec les Fremen.

L’attaque massive des Harkonnens est considérablement facilitée par la « cinquième colonne » présente sur place, constituée des agents maintenus sur Arrakis après le départ des Harkonnens, et surtout par le traître Yueh qui non seulement abaisse les champs de force Holtzman d'Arrakeen mais neutralise également le duc Léto. C’est un cheval de Troie, cette fois opposé aux Atréides, qui permet à la fois d'ouvrir les portes à l'assiégeant et de tuer le chef adverse, le centre de gravité clausewitzien de ces acteurs politiques. Lorsque certains individus ont une importance démesurée, il faut leur opposer d’autres individus, seuls à même de les approcher pour les frapper.

Dans ces conditions, le plan des Harkonnens ne pouvait que réussir mais comme tous les plans complexes, il ne pouvait réussir en totalité.


Achille et Holtzman

Dans Dune, les combattants disposent apparemment de tout l’armement classique des space opera, les faisceaux laser et les champs de force en particulier, mais avec cette subtilité qui change tout que lorsque les deux se rencontrent cela provoque une explosion d’intensité variable mais pouvant aller jusqu’à celle d’une petite arme atomique. Cela pourrait donner naissance à des tactiques suicide intéressantes (assez facile à réaliser avec la conception de la vie humaine qui règne dans cet univers) notamment contre les grands boucliers protecteurs mais Frank Herbert les exclue tacitement. De fait, une des deux technologies, le laser, est peu utilisée sauf lorsqu’il n’y a aucun risque de présence de boucliers dans le camp adverse, ce qui est le cas notamment dans le désert d’Arrakis. Notons au passage que cela aurait pu être l’inverse-le bouclier considéré comme trop dangereux-ce qui aurait évidemment changé les conditions du combat mais aussi l’ensemble de l’univers de Dune tant le combat fait l’armée et l’armée fait l’Etat.

Le champ de force Holtzman ressemble aux armures de chevaliers par la quasi-invulnérabilité qu’il procure à ses porteurs avec toutefois deux différences notables : il est infiniment plus maniable qu’une armure, ce qui annule l’avantage de mobilité qui aurait pu exister au profit de léger non-porteur, et surtout il est apparemment peu coûteux, ce qui rend son emploi très courant. Sa seule faiblesse est de pouvoir être percé par des objets lents, ce qui impose une pénétration à l’arme blanche. La haute technologie impose donc paradoxalement de revenir à des formes ancestrales d’affrontement. Herbert exclue les tactiques collective de type phalange, qui devraient pourtant être possibles, au profit d’un combat purement homérique fait d’une collection d’affrontements individuels ou en petites équipes (peu développées par l’auteur alors qu’on voit tout de suite l’intérêt qu’il pourrait y avoir à s’attaquer à deux à un porteur de bouclier). Le combat dans Dune oblige à l’excellence individuelle obtenue par un mélange de vertus guerrières -le courage et l’agressivité en premier lieu- et de maîtrise de l’escrime. L’acquisition de cette excellence demande du temps et impose une professionnalisation de fait ainsi que la constitution d’une aristocratie guerrière. Cette aristocratie développe ensuite une culture spécifique qui lui assure le monopole de la violence, ce qui explique peut-être en retour le refus de toute tactique de masse mais la rend également vulnérable à l’apparition de cette même masse sur le champ de bataille. Les civils-amateurs sont exclus d’un champ de bataille où ils n’ont aucune chance de survie, mais aussi largement des guerres elles-mêmes.

Dans l’Illiade, il y a les héros, qui ont un nom, et les guerriers anonymes qui servent de faire valoir aux premiers. Dune possède son lot de héros-escrimeurs comme Duncan Idaho, Gurney Halleck ou le comte Fenring et ses soldats ordinaires qui font leur chair à épée. Duncan Idaho peut ainsi se vanter d’en avoir tué plus de 300 pour le compte du Duc Léto. Mais les héros sont rares et s’ils sont flamboyants ils ne font guère la différence au sein de batailles qui sont des agrégations de milliers de micro-combats. Frank Herbert introduit donc une catégorie intermédiaire qui associe le nombre et la qualité : les combattants d’élite , comme les Sardaukar, les Fremen et certains Atréides. Les Fremen ont les plus fortes qualités guerrières, les Atréides sont d’excellents techniciens et les Sardaukar associent les deux caractéristiques dans des proportions moindres. Chacun de ces hommes est capable de vaincre plusieurs soldats ordinaires et leur présence décide du sort des batailles. C’est tout l’intérêt de la présence des Sardaukar (10 à 20 % des effectifs seulement) dans la force d’attaque déployée par Vladimir Harkonnen contre les Atréides, avec cette crainte toutefois que ces quelques brigades puissent être utilisées par l'Empereur pour la balayer lui-même. L’intérêt de ces combattants d’élite, évident au niveau tactique, est encore plus flagrant au niveau opératif lorsqu’on considère le coût de projection interplanétaire d’un seul homme.

Au passage, Frank Herbert insiste beaucoup sur l’importance des milieux extrêmes comme le désert d’Arrakis ou l’oppression de la planète prison Salusa Secundus, pour développer des qualités guerrières. Il pense certainement aux bédouins arabes du VIIe siècle qui constituent son modèle pour le Fremen. Cette théorie est très discutable, les milieux extrêmes sécrétant surtout des sociétés adaptées mais figées voire piégées. Les Inuïts ou les Indiens d’Amazonie n’ont par exemple jamais constitué d’armées de conquérants. En creux, cette théorie suppose aussi que les sociétés riches et agréables sont amollissantes et que leurs armées sont faibles. L’Histoire, et notamment la Seconde Guerre mondiale, montre que les choses sont nettement plus complexes.

Les Fremen constituent un cas particulier dans l’univers militaire de Dune puisqu’ils sont à la fois parfaitement adaptés à leur milieu, très durs au combat et nombreux. Ils introduisent ainsi la masse à une échelle inconnue dans l’équation. L’attaque Harkonnen, considérée comme considérable, a mobilisé 10 légions, soit 100 brigades soit quelques centaines de milliers d’hommes, là où le mentat Thufir Hawat s’attendait à un raid d’au maximum quelques dizaines de milliers, ce qui semble constituer la norme des batailles. Tous ces chiffres paraissent par ailleurs assez faibles dès lors qu’il s’agit de contrôler une planète entière mais il est vrai que les populations ne semblent pas considérables non plus. Avec une population de culture guerrière de dix millions de Fremen, on passe à un potentiel de deux à trois millions de combattants masculins adultes et d’autant de combattants secondaires. Cela change évidemment la donne comme l'arrivée des piquiers Suisses dans la deuxième moitié du XVe siècle ou la levée en masse révolutionnaire de 1792 ont changé le visage de la guerre menée jusque-là en Europe avec de petites armées professionnelles. On peut penser aussi aux contingents professionnels occidentaux face aux 10 millions de Pashtounes en âge de porter les armes en Afghanistan ou au Pakistan. L’attitude et l'allégeance des Fremen constituent donc une donnée essentielle de la géopolitique de l’Empire.


Opération de stabilisation sur Arrakis

Hormis les cas, très rares, d’extermination de l’ennemi, une victoire militaire ne devient victoire politique que s’il y a acceptation de la défaite par celui qui a perdu le duel des armes. Dans le schéma trinitaire clausewitzien, c’est le pouvoir politique qui constate la défaite et accepte la paix, le peuple ne pouvant que suivre les décisions de son gouvernement. Si l’action militaire ne se contente pas de vaincre l’armée adverse mais a également pour effet de détruire le pouvoir politique, on se prive d’un interlocuteur et on prend le risque d’en voir apparaître un ou plusieurs autres qui vont continuer la guerre d’une autre manière.

Les Américains ne sont pas les Harkonnens (la Maison impériale peut-être) et Paul Muad’dib n’est ni Oussama Ben Laden, le mollah Omar ou Saddam Hussein mais la situation sur Arrakis en 10191 après la prise d’Arrakeen présente quelques similitudes avec celle de l’Afghanistan en 2001 et surtout de l’Irak en 2003, mais un Irak qui serait le seul producteur au monde de pétrole.

La guerre des assassins ne se termine pas en effet avec la mort du duc Léto, elle se transforme simplement. Les survivants Atréides se joignent à la guérilla endémique des Fremen contre les Harkonnens, qu’ils détestent, pour constituer une forme très efficace de « combat couplé » entre une puissance extérieure et des combattants locaux. Les Fremen apportent le nombre, leurs qualités de combattants et leur parfaite adaptation au milieu désertique ; les Atréides apportent les atomiques de famille, une « assistance militaire technique » et surtout un leader charismatique, mélange de Lawrence d’Arabie, de Prophète Mahomet et de Mahdi soudanais. Ce n’est plus une réaction d’anticorps à une présence étrangère hostile mais un véritable djihad.

Face à cette opposition qui se développe progressivement, se pose systématiquement le problème du diagnostic initial avec presque toujours la tentation de le minimiser et de le modeler en fonction de ses besoins. Pour le gouvernement français de 1954, les attentats de la toussaint rouge en Algérie sont le fait de bandits et pour le commandement américain de 2003, les attaques de guérilla qui se apparaissent dans le triangle sunnite irakien en mai-juin sont les derniers feux du régime déchu et de son leader en fuite. Cette appréciation initiale conditionne une réponse dont il est difficile par la suite de s’affranchir. S’écartant de la politique traditionnelle de pure exploitation (dans tous les sens du terme) économique de la planète Arrakis, et peu gênés par des considérations humanitaires qui n’existent, au mieux, que dans le cadre des signataires de la Grande Convention, les Harkonnnens et les Impériaux qui reprennent le contrôle d’Arrakis voient les Fremen comme une nuisance qu’il faut éliminer par l’extermination.

Tactiquement, on se trouve là encore dans le cas classique d’une force de technologie supérieure face à une guérilla protégée par son adaptation à un milieu particulier et protecteur (jungle, montagne, population locale des rizières ou des cités de l’Euphrate). Les Fremen ne bénéficient pas en revanche de la protection de boucliers Holtzman, qui ont par la particularité d’énerver les vers des sables. La tentation est alors forte pour les Harkonnens de limiter les risques en utilisant la maîtrise de l’air pour traquer l’ennemi au laser.

A cette stratégie d’attrition, par ailleurs peu efficace, les Fremen coordonnés par Paul Atréides répondent par une stratégie de pression économique en empêchant l’ennemi d’exploiter l’épice. Les Sardaukar quittent le front et les Harkonnens refusent de faire l’effort de former des combattants adaptés au désert d’autant plus que selon un schéma classique dans les dictatures, la réalité de la situation sur le terrain est masquée au sommet de l’organisation. Au bout de quelques années, la stratégie de jeu de Go de Paul Atréides permet de contrôler la majeure partie de la planète et de provoquer une accélération des évènements. La menace enfin évidente sur la production d’épice provoque à la fois la formation d’une coalition des Maisons menée par l’Empereur et donc la possibilité d’un affrontement décisif d’un niveau intergalactique, mais aussi, plus subtilement, le contrôle de la Guilde des navigateurs totalement dépendantes de l’épice. On atteint ainsi le stade final et la de la guerre populaire tel que la décrivait Mao Tsé-Toung. La bataille finale contre l’Empereur est l’équivalent de Dien Bien Phu en 10196.

Le problème tactique majeur qui se pose à nouveau est celui de l’élimination du bouclier de défense de l’Empereur. Le mode d’action utilisé est une grande tempête de sable dont on sait que l’électricité statique va saturer le champ de force. Il faut pour cela détruire auparavant les montagnes qui empêchent son passage et c’est là que les atomiques interviennent. Le tabou atomique est donc brisé, il est vrai de manière indirecte par un emploi sur un obstacle naturel, pour permettre la pénétration dans le camp adverse. Avec la supériorité numérique des Fremen et l’emploi surprise des vers des sables, la suite du combat ne fait plus alors aucun doute. Etrangement le combat se termine par un duel homérique, risque considérable tant la personne de Muad’Dib est importante et qui ne se justifie pas stratégiquement. 

25 commentaires:

  1. "La difficulté est que le coût de la projection de forces et l’efficacité des champs de force Holtzman (que l’on peut comparer aux murailles des châteaux forts) privilégient l’attaque sur la défense"

    N'est ce pas plutôt l'inverse, la défense est privilégiée.

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  2. Ces références répétées, uniques et systématiques à l'Extrême-Orient en général, et l'omission de la riche histoire européenne, de la part de nombreux intervenants sur internet, m'étonnent et me dérangent.

    La conquête par l'intérieur et l'exemple de Hué. Oui, évidemment ; mais qu'est-ce que le Cheval de Troie ? Et je crois me souvenir que l'une des prises de Rome l'a été à cause d'oligarques corrompus et traitres qui ouvrirent les portes de la ville aux barbares... N'y aurait-il pas qqs exemples d'alliances, de ruses et de stratégies au moment de la Fronde ? Et qqs centaines d'autres exemples en Europe au cours des deux derniers millénaires ? Etc., etc.

    Il n'y a aucun besoin d'idéaliser l'Extrême-Orient et d'aller y chercher ce que l'on a chez soi, devant soi, autour de soi, en Europe.

    Cela étant, je salue une nouvelle fois la qualité des réflexions publiées sur ce journal informatique qui constitue une richesse intellectuelle non pas unique évidemment sur internet, mais rare.

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    1. Vous avez raison, l'exemple du cheval de Troie aurait été plus approprié, par la présence des Atréides et par l'ouverture par l'intérieur à une attaque extérieure (ce qui n'est pas le cas de Hué, entièrement prise de l'intérieur).
      Ceci dit je ne vois pas très bien où sont les références répétées, uniques et systématiques à l'art oriental de la guerre (par ailleurs tout à fait intéressant)dans mes propos.

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    2. "de la part de nombreux intervenants sur internet", M. Goya, non de vous en particulier ; votre évocation de Hué, ainsi que le titre de votre article, venaient s'ajouter à un nombre important d'autres évocations, explicites ou implicites, d'origines extrêmes-orientales, publiées par des internautes français, quasiment toutes de Sun-Tzu, accessoirement de Mao Tzétong, et cette quantité et cette accumulation (cette mode) m'ont incité à réagir car elles me paraissent traduire un phénomène malsain de superficialité culturelle et d'inconscience.

      En les observant, j'ai souvent eu l'impression que les personnes qui ont l'habitude de se référer à Sun Tzu (et je vous exclus évidemment de celles-ci), le faisaient parce qu'elles n'avaient jamais lu l'Iliade ou qu'elles ignoraient l'histoire et la pensée guerrière et politique de l'Europe et de la France. Et puis, ne faisiez-vous pas judicieusement remarquer le 9 mars dernier dans un de vos précédents billets, que la traduction en français de Sun-Tzu est parfois équivoque et potentiellement fausse ?...

      Donc, tentons de penser le plus judicieusement possible mais aussi de penser par nous-mêmes, étape indispensable pour parvenir à produire de la valeur-ajoutée qui nous soit utile et adaptée ; vous en donnez l'exemple dans chacun des billets que vous avez publiés sur ce journal informatique, et vous nous aidez à y parvenir.

      En vous répétant une nouvelle fois tout le bien que je pense de vos réflexions.

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  3. A lire également le cycle d'Hypérion de Dan Simmons, autre monument de la SF, qui présente un cas d'étude intéressant d'affrontement entre une armée échantillonnaire hypertechnologisée et une force extraterrestre disposant de moyens plus rustiques mais d'une masse critique qui lui permet de saturer l'adversaire.

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    1. La SF fourmille de leçons de stratégie, d'ethnologie ou de sociologie tes "contemporaines" de notre époque pour le lecteur avisé qui saura "interpréter la parabole".
      Quand vous aurez digéré Herbert et Simmons, je ne saurais qu trop vous conseiller "la flotte perdue" de Jack Campbell

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    2. Bien vu Campbell, Black Jack Geary et l'étonnant déclin de la stratégie qui fait penser à la période des grandes invasions. Une remise en cause de la sophistication des armées. En raison des pertes énormes, il n'y a plus d'officiers compétents, les "mentats" n'ont pas le temps de compléter leur formation qu'ils sont tués. Et donc le capitaine revenu du passé est lui un mentat (expert en stratégie) qui fait la différence, étant de surcroît politiquement légitime.
      Dune est quand même incomparablement plus complexe, ceci dit.

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    3. La saga Honor Harrington de David Weber est, il me semble, une des seules à rejoindre la complexité de Dune au niveau militaire/géo-stratégique.
      On y suit un officier d'une puissance spatiale au cours de guerres, avec une description assez poussée des combats et équipements. Et au cours de sa carrière, on peut voir les impactes des nouvelles technologies sur l'art de la guerre.
      Bref que du bon, je le conseille à tout fan de space-opera.

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  4. il est agréable de voir cité le général sir John Hackett qui aura magnifié le rôle du JACWA, des armes anti-char etc... Son livre, la partie du cycle de Dune évoquée ici, voire la guerre des clones comme notre bon LBDSN concernent un seul et même sujet comment obtenir les outils tactiques nécessaires à la victoire.

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    1. Je vous avouerai Cassandre que votre commentaire me surprend et me rend perplexe : je n'avais encore jamais relié la "guerre des clones" à "notre bon LBDSN"... C'est une relation étonnante...

      Vous évoquez bien l'épisode II de la série Les guerres de l'étoile (Star wars), de George Lucas ?

      Il est vrai que le général Desportes a eu un mot courageux et digne en qualifiant "notre bon LBDSN" de "livre noir du désarmement français", dans un article paru dans la Tribune, la semaine dernière... Cela pourrait-il signifier que "notre bon LBDSN" serait l'expression du côté obscur de la Force ?

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    2. "La guerre des clones", Episode II de Star Wars montre comment disposer immédiatement d'une armée rendue nécessaire par calculs politiques. L'armée est en fait construite, en secret, depuis de nombreuses années.

      Le côté obscur, c'est plus facile, plus séduisant...

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  5. @ Michel Goya,

    "La recherche de la destruction totale d’une grande Maison, comme celle des Atréides, sans l’emploi en premier d’atomiques, est complexe. Une stratégie de première frappe conventionnelle contre les atomiques de l’ennemi est difficile surtout avec l'emploi des champs de force."

    Dans mon souvenir, le problème n'était pas réellement militaire, il était essentiellement juridique: dans l'univers de Dune, l'usage des armes nucléaires est fermement proscrit. Il fait même l'objet d'une tabou. La maison qui commet l'imprudence d'en utiliser une subit la sanction de la communauté des maisons, qui doivent se liguer contre elle, pour la punir, en la détruisant par là où elle a péché: par la nucléarisation.

    C'est un système de dissuasion collectif.

    Autre point de complexité, cette fois-ci technique: dans l'univers de Dune, il est possible, même par mégarde, de provoquer une explosion nucléaire en tirant avec un laser sur un bouclier Holtzman. Cette réaction a aussi pour effet de détruire le laser: l'attaquant et le défenseur sont donc unis par un même sort.

    D'autre part, celui qui commet cette imprudence peut donc être accusé d'avoir brisé le tabou...

    Il y a donc une dialectique particulière, dans Dune, entre le glaive (le laser) et le bouclier (le champ de force Holtzman): il se neutralisent l'un l'autre.

    La difficulté stratégique, pour les Harkonnen, est de faire avec ces deux contraintes, qui, normalement, empêchent toute attaque: vous ne pouvez pas utiliser l'arme atomique, parce que c'est tabou, et vous ne pouvez pas utiliser le laser parce que ça risque de provoquer une explosion nucléaire, à cause d'une interaction malencontreuse avec les boucliers, ce qui ramène au tabou et à la destruction mutuelle assurée, par l'effet Holtzman.

    Enfin, comme vous le dites, une frappe conventionnelle sur les boucliers est incertaine, car ils sont conçus pour repousser tout ce qui a une vitesse élevée (missiles, obus). Pour cette raison d'ailleurs, ce type d'arme est tombé en désuétude (sauf que... mais je ne voudrais pas vendre la mèche).

    Moralité, et c'est à cette conclusion que le baron Harkonnen parvient: il faut neutraliser les boucliers. De l'intérieur. Il faut que quelqu'un appuie sur l'interrupteur. Le mentat atréide, Thufir Hawat, bizarrement, ne parvient à cette conclusion que trop tard: pour lui, une opération spéciale de déception a été mise en place par les Harkonnen, pour le leurrer. Cette opération est un succès.

    Ensuite, l'assaut est donné par les troupes au sol. Avec l'emploi d'un élément de surprise, mais ça, je suppose que ça fera l'objet du billet n°2.

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    1. Les armes atomiques font l'objet d'un tabou mais elles sont toujours là, contrairement aux machines pensantes, c'est donc leur emploi qui est un tabou et peut provoquer une ligue. Il n'est pas question d'ailleurs de prolifération (que se passe-t-il si une famille veut acquérir cette arme) ni de test, etc.
      Au passage, je ne me souviens plus de la manière dont Paul Atréides récupère les atomiques de famille, si quelqu'un peut m'éclairer.

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    2. Je fonctionne sous mémoire, donc faillible.

      Dans mon souvenir, il ne les récupère pas.

      Il prend d'assaut la forteresse Harkonnen en braquant des lasers sur les boucliers. Ce qui provoque une rupture du tabou, en plus des explosions nucléaires. Mais Muad'Dib, autrement dit Paul Atréides, a vécu dans le désert sa transfiguration: il n'est plus Paul Atréides, mais le Mahdi (le prophète messianique, annoncé par la prophétie initiée par le Bene Gesserit, qui poursuit son propre projet): il est Kwizatz Haderach. Il peut donc se permettre de violer les tabous, car il va instituer un ordre nouveau, en détruisant l'ancien.

      Là, les références sont clairement soudanaises (Gordon Pacha, la poliorcétique, etc).

      Mais, j'ai des doutes car tout cela est fort lointain maintenant...



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    3. Bien vu la référence au Soudan mais Rabban n'est pas Gordon Pacha (surtout joué par Charlton Heston).
      Les atomiques sont bien utilisés mais contre un obstacle naturel pour permettre le passage de la tempête de sable qui, elle, va saturer le bouclier. Muad'dib utilise cet argument pour ne pas briser le tabou en même temps et il respecte les formes de l'Empire. C'est le refus de Shaddam de rester neutre dans la conflit Atréides-Hakonnens qui provoque la "révolution".

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    4. Le roman ne l'explique pas. L'arsenal d'atomiques est le bien le plus précieux d'une grande maison. Ils sont donc bien cachés. Paul n'a plus qu'à les récupérer avant que les harkonems ne le repèrent (ce qui fortement improbable d'après Dame Jessica). C'est d'ailleurs l'un de ses premiers soucis, exprimés en quelques lignes avant d'être rejoint dans le désert par Duncan Idaho (dont on suppose qu'il revient de l'arsenal des atomiques qu'il a mis à l'abri... en y laissant à la place quelques boucliers que les Harkonems utilisant un peu trop les lasers feront sauter... calmant leurs ardeurs)

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    5. @ Michel Goya,

      C'est ça!

      (tilt)

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  6. Plus encore que de la science fiction Dune est le 1er roman "post moderne. Dans sa cohérence? le monde présenté par Frank Herbert est sans doute l'un des plus aboutis de l'univers de la fiction. La capacité de l'auteur à synthétiser les influences du passé dans ce monde du futur est incomparable. Le plus prodigieux réside dans la création des faits religieux (mélangeant des religieux mono et poly téistes, des influences musulmanes (surtout), monacales chrétiennes (les "mères"), et bouddhiques ou animistes. Il est fait de même avec "l'art de la guerre". Bravo à cette initiative exaltant plus de curiosité et d'alternative à la pensée militaire "traditionnelle". il serait bon d'aller plus loin en se penchant sur l'importance du fait religieux dans la victoire des Fremen (dirigés par Muad Dib pour leur grand Jihad !). En effet, la victoire de Paul Atréides/ Muad Dib est le fait d'une approche réelleement globale (leviers religieux avec le Jihad, financiers avec l'épice, militaires avec des unités d'élites fanatisées, philosophiques avec la préscience, écologiques avec la désertification, ...) Il y a comme des analogies avec aujourd'hui dans ce chef d'oeuvre écrit il y a 50 ans. Pardon pour l'anonymat mais comment faire autrement quand on est nul en technique?

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  7. La guerre de l'empire contre les atréides, avec l'alliance Harkonnen est en outre motivée, si mes souvenirs sont bons, par le développement de l'armée atréide, avec des troupes d'élite concurrençant les Sardaukars.
    Il y a un risque de rupture de l'équilibre (déjà avec le duc Leto) et du statu quo stratégiques, c'est pour ça que l'empereur veut détruire l'armée atréide (il me semble que c'est expressément dit).
    Sans peut être anéantir la maison par ailleurs, pas d'invasion de Caladan prévue, peut-on imaginer qu'un lointain cousin atréide en hériterait ?
    Il y a notamment deux vecteurs de rupture du statu quo, atréide et harkonnen, le kwisatz haderach est d'ailleurs prévu pour être issu de ces deux lignées par le Beni Gesserit.
    L'amour de Jessica et la menace que fait peser la nouvelle armée du duc Leto changent l'histoire.

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  8. « Nous autres dormeurs ne devons pas nous assoupir » de Marc (Prénom) Pierre (Nom)

    Bonjour,
    Dune ouvre l’une des sagas de science-fiction les plus prolifiques au monde. Celle-ci s'organise en cycles et sous-cycles.
    Le Cycle de Dune ou cycle initial comprend Dune, 1965, Prix Nebula la même année et Prix Hugo en 1966, parfois publié en deux volumes, Le Messie de Dune, 1969, Les Enfants de Dune, 1976, L’Empereur-Dieu de Dune, 1981, Les Hérétiques de Dune, 1984, et La Maison des Mères, 1985.
    Frank Herbert, né en 1920, meurt en 1986, l'année suivant la parution du sixième et dernier volume du cycle initial. Grâce au succès international de Dune et à la documentation impressionnante qu’il a constituée, son œuvre est prolongée par son fils Brian, né en 1947, qui s'est associé en l'occasion avec le romancier américain Kevin James Anderson, né en 1962.
    Le sous-cycle Avant Dune, Prelude to Dune, une trentaine d’année avant Dune, raconte la jeunesse du Duc Leto Atréides et comprend La maison des Atréides, Dune : House Atreides, 2000, La maison Harkonnen, Dune : House Harkonnen, 2001 et La maison Corrino, Dune : House Corrino, 2002.
    Le sous-cycle Dune, la genèse, Legends of Dune a lieu dix mille ans avant Dune, au début de la guerre entre les humains et les machines pensantes et comprend La guerre des machines, The Butlerian Jihad, 2003, Le Jihad butlérien, The Machine Crusade, 2004, La bataille de Corrin, The Battle of Corrin, 2005.
    Le sous-cycle Après Dune, parfois intitulé Dune 7, s'insère dans le cycle initial après La Maison des Mères et comprend Les Chasseurs de Dune, Hunters of Dune, 2006, et Le Triomphe de Dune, Sandworms of Dune, 2007.
    En outre, le recueil La Route de Dune fait le pont entre l’Avant et l’Après Dune à travers des textes, dont certains inédits de Frank Herbert tels que des notes, nouvelles, des chapitres non publiés et des pièces de correspondance.
    Un quatrième sous-cycle intitulé Les Héros de Dune, Heroes of Dune, placé entre le cycle initial et le sous-cycle Avant Dune, comprend Paul de Dune, Paul of Dune, 2008 et Le souffle de Dune, The winds of Dune, 2009 (intitulé Jessica de Dune à l'origine). Irulan de Dune, Irulan of Dune, prévu en 2010 et Leto de Dune, Leto of Dune, en 2011 sont restés lettres mortes.
    Avec 12 millions d’exemplaires vendus, Dune est le livre de science-fiction le plus lu au monde et est devenu une sorte de référence ultime en la matière. Présentant une galerie de personnages foisonnante, un univers étrange, lointain et exotique et une intrigue géopolitique implacable, Frank Herbert, à l'instar de son compatriote d'origine russe Isaac Asimov (1920-1992), a donné des lettres de noblesse à ce genre littéraire méconnu qu'est la science fiction. Sa cosmogonie n’a d’égal que celle du Seigneur des Anneaux de John R. R. Tolkien (1892-1973).
    Parmi les idées évoquées par Frank Herbert dans son œuvre et qui sont encore d'actualité, il est possible de citer les dangers liés au leadership, en particulier la tendance des hommes à suivre aveuglément et avec servitude des leaders charismatiques tels que Muad'Dib dans Dune, les dangers de la bureaucratie et du gouvernement dans le cycle des Saboteurs, l'importance de penser sur le long terme et avec une approche systémique comme, par exemple, le thème de l'écologie dans Dune, les relations étroites entre la religion, la politique et le pouvoir en général illustrées par la faction Bene Gesserit dans Dune, l'étendue du potentiel humain, abordé à travers la capacité de l'homme à s'adapter à ses conditions de vie pour survivre, comme les Fremens de Dune, la spécialisation du corps et de l'esprit humain, comme les techniques de la Bene Gesserit dans Dune, ou les possibilités apportées par l'utilisation de substances chimiques, comme l'Épice dans Dune et les dangers du prophétisme tout au long de la saga Dune.
    Salutations à tous

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  9. Article passionnant. Je remercie la personne qui a fait le nécessaire pour attirer mon attention dessus.

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  10. Et le dormeur se réveilla !! si cela pouvait nous arriver .....

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  11. Il faut oser le dire! Hitler de 1933 a 1942(Stalingrad)représente un mentat hors normes dans tous les domaines exerçant une fascination et une réussite dépassant largement les frontières de son pays, avec dans le rôle de l'épice, l'espace vital, son seul échec de cette période est l'échec de l'invasion de l'UK,mais après 42 de mentat il devint dément.Nous avons dans notre pays des mentats latents,qui sont figé dans la stratégie et tactique Orangina,pour l'éclosion il faut secouer la bouteille.

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