dimanche 8 juin 2014

Comment fossiliser une grande armée-L'exemple de l'entre-deux-guerres

Fiche au chef d’état-major des armées, 2008
De 1919 à 1924, la France conserve son rang par son armée qui impose la considération par sa puissance, son modernisme et sa capacité d’intervention. En cinq ans, on la voit « garder le Rhin, occuper Francfort, Düsseldorf, la Ruhr, prêter main forte aux Polonais, aux Tchèques, demeurer en Silésie, à Memel, au Schleswig,  surveiller Constantinople, rétablir l’ordre au Maroc, réduire Abd el-Krim, soumettre la « tâche » de Taza, s’opposer aux rezzous sahariens, prendre pied au Levant, pénétrer en Cilicie, chasser Fayçal de Damas, s’installer sur l’Euphrate et sur le Tigre, réprimer l’insurrection du djebel Druze, montrer la force en tous points de nos colonies d’Afrique, d’Amérique, d’Océanie, contenir en Indochine l’agitation latente, protéger au milieu des émeutes et des révolutions nos établissements de Chine » (Charles de Gaulle, Le fil de l’épée). Le rayonnement de l’armée française est à son comble et plusieurs Etats étrangers comme la Tchécoslovaquie, la Roumanie ou le Brésil font appel à son expertise et à son matériel pour réorganiser la leur.
Pourtant, à peine douze plus tard, en 1936, alors qu’Adolf Hitler envoie quelques bataillons « remilitariser » la Rhénanie, portant ainsi à nouveau la menace à la frontière de la France, cette même armée avoue sa totale impuissance. Il est vrai qu’entre temps, au nom de la disparition de l’ennemi majeur, des économies budgétaires et de la réticence à employer la force, le vainqueur de 1918 s’est replié sur lui même. La France vieillissante et traumatisée a été saisie de frilosité mais en croyant adopter une politique plus « sécurisante », elle a, en réalité, provoqué sa perte.

La fièvre obsidionale

Cette rupture a d’abord une origine militaire. Lors de la séance du 22 mai 1922 du Conseil supérieur de la Guerre, le maréchal Pétain insiste sur la recherche de l’ « inviolabilité absolue du territoire » par une stratégie purement défensive. Cela lui attire la réplique du maréchal Foch qui estime que : « Si l’on est victorieux, on assure par là même la conservation du territoire…Assurer l’inviolabilité du territoire n’est pas le but principal à donner aux armées : c’est un dogme périlleux ». Foch considère que, à choisir, l’épée apporte finalement plus de sécurité que le bouclier, par sa capacité à « réduire » au plus tôt les menaces (re)naissantes et à soutenir les alliés européens qui ont remplacé des Russes désormais hostiles et des Anglo-saxons redevenus distants.

La conception de Pétain finit pourtant par l’emporter car elle rencontre à la fois l’idéalisme de l’opinion publique et le souci d’économie des gouvernants. Pour beaucoup, en effet, la négociation et le droit international sont les vraies armes de la paix. En 1924, le Cartel des gauches met fin à l’occupation de la Ruhr, enclenchant ainsi le repli général sur le territoire national. En 1926, à la tribune de la société des nations, Aristide Briand lance son « Arrière les fusils, les mitrailleuses et les canons ! Place à la conciliation, à l’arbitrage, à la paix ». La France parraine alors l’adhésion de l’Allemagne à la SDN et Briand obtient le prix Nobel de la paix. En 1928, la France signe le pacte Briand-Kellog mettant la guerre hors la loi. Nombreux sont aussi ceux qui sont soucieux de toucher les « dividendes de la paix », comme Poincaré qui estime que « si nous sommes pour une dizaine d’années à l’abri d’aventures militaires, nous sommes, en revanche, pour cinq à six ans à la merci d’un accident financier » ou le ministre finances Lasteyrie qui déclare lors du vote du budget de 1922 : « Y a-t-il réellement une nécessité absolue de s’engager dans la voie d’armement aussi importants ? […] Nous sommes pour l’instant à l’abri du danger ».

Cette nouvelle vision se concrétise par la loi d’organisation de l’armée en 1927 qui explique que : « L’objet de notre organisation militaire est d’assurer la protection de nos frontières et la défense des territoires d’outre-mer ». En présentant la loi, Daladier, ministre de la Guerre, renchérit même : « la France ne déclarera la guerre à aucun peuple mais elle fermement résolue à défendre son territoire, et empêcher que la guerre y soit à nouveau portée ». Tout cela se traduit concrètement par une réduction drastique des programmes d’équipements « offensifs » (jugés « agressifs ») au profit du service de la dette, qui représente la moitié du budget et de la ligne Maginot, instrument premier de la sécurité, qui doit, en parant à toute surprise, nous donner le temps de mobiliser nos forces. En 1934, un an après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la France ne produit plus que trois chars.

En revanche, en cette période troublée (l’année 1934 est aussi celle des 15 morts et 1500 blessés des émeutes de février et de l’assassinat du ministre Barthou et du roi de Yougoslavie), les moyens de l’Intérieur sont sensiblement augmentés. Une garde républicaine mobile est créée pour assurer le maintien de l’ordre à la place d’une armée qui, depuis les « inventaires » et la répression des émeutes du Languedoc ou des mineurs du Nord avant 1914 garde un souvenir amer de son implication dans la sécurité intérieure. A l’époque, ces interventions avaient suscité un antimilitarisme virulent qui avait fait douter de la capacité de la France à se défendre et donc incité les Allemands à saisir l’occasion d’en finir. Dans les années 1920 et alors que le pacifisme se développe, on ne souhaite pas affaiblir la crédibilité de l’outil de défense en l’exposant à la critique de sa propre population.

Tous les instruments d’une sécurité en accord avec un effort budgétaire limité semblent en place : barrière défensive et dissuasive, augmentation des moyens de sécurité intérieure et, parallèlement, réduction de l’outil de défense mais avec la certitude de pouvoir le reconstituer en cas de retour d’une menace majeure.

L’endormissement

Ce repli initié par le ministère de la Guerre va finalement se retourner contre lui, transformant les armées françaises de force d’intervention en une structure nouvelle finalement apte à peu de choses. Voulant conserver des structures lourdes malgré une diminution rapide des effectifs (parallèle à la réduction de la durée du service à un an en 1928) l’armée de terre voit son commandement paralysé par la dilution de l’autorité et de la responsabilité entre de multiples personnes et organismes, tandis que les grandes unités (30 divisions) sont bien incapables d’être autre chose que des cadres de mobilisation. Selon le général Beaufre, « l’armée subsistait mais vivotait au rabais : les effectifs squelettiques mangés par les corvées et les gardes, l’instruction individuelle bâclée en quatre mois, puis tous les hommes disponibles transformés en employés  […] l’armée usait sa substance à flotter dans un habit trop large pour elle ». En 1930, le général Lavigne-Delville alerte l’opinion : « Que nous reste-t-il donc, l’évacuation [de la Rhénanie] faite, pour résister à l’agression possible allemande ? Des frontières sans fortifications, des fortifications sans canons, des canons sans munitions, des unités sans effectifs, des effectifs sans instruction ».

La loi de finances de 1933 qui prévoit la suppression de 5 000 postes d’officiers contribue encore à la dégradation de l’encadrement et du moral. « Tout se conjugue pour dérouter et désenchanter les officiers : situations médiocres, avenir incertain, sentiment d’inutilité, hostilité latente du pouvoir, impression d’isolement de la nation. A cela s’ajoute le sentiment très net que l’organisation nouvelle de l’armée les empêche de faire leur métier ». Les démissions se multiplient et le personnel d’active souffre d’un déficit de 60 000 hommes en 1933. Weygand écrit alors au président du Conseil Herriot : « L’armée risque de devenir une façade coûteuse et trompeuse. Le pays croira qu’il est défendu. Il ne le sera pas. »

Quelques voix proposent bien des alternatives plus offensives grâce à la motorisation. Elles sont immédiatement sanctionnées. Parlant du projet d’une force d’intervention moderne décrit par de Gaulle en 1934, le général Maurin, ministre de la Guerre, dévoile le piège logique : « Comment peut-on croire que nous songions encore à l’offensive, quand nous avons dépensé des milliards pour établir une barrière fortifiée ? Serions-nous assez fous pour aller au-devant de cette barrière de la ligne Maginot à je ne sais quelle aventure ». En 1935, Gamelin s’appuie sur un argument d’autorité : « Qu’il soit bien entendu que la seule autorité habilitée à fixer la doctrine est l’état-major de l’armée. En conséquence, tout article et toute conférence sur ces sujets devront lui être communiqués aux fins d’autorisation ». En 1938, le général Chauvineau écrit Une invasion est-elle encore possible ? et répond par la négative. Dans la préface, le maréchal Pétain écrit que : « L’expérience de la guerre a été payée trop cher pour qu’on puisse revenir aux anciens errements [c’est-à-dire les doctrines offensives] ». Selon une interprétation freudienne, l’armée est paralysée par la logique du Moi, l’autorité du Surmoi et un fort traumatisme Inconscient, tous trois se nourrissant mutuellement jusqu’à former, derrière l’apparence des certitudes, un sentiment d’impuissance.

Le réarmement raté

L’armée ne sortira jamais vraiment de cette torpeur jusqu’au choc de mai 1940. De 1933 à 1935, alors qu’Hitler au pouvoir ne cache pas ses intentions, le gouvernement français réduit d’un tiers les dépenses des ministères de la Guerre, de l’Air et de la Marine. La tendance s’inverse à partir de 1935 et surtout de 1936, avec le Front populaire mais sans que cela s’accompagne vraiment d’une revitalisation de l’outil de défense.

Les instances de décision militaires dispersées sont incapables de faire des choix rapides, recherchent trop la perfection et maîtrisent moins bien les procédures budgétaires que le ministère des finances qui multiplie les entraves (60 % des crédits allouées en 1935 doivent être reportés). On est ainsi incapable de produire un pistolet-mitrailleur moderne avant 1940, il faut dix ans pour faire passer le fusil successeur du Lebel du bureau d’étude à la fabrication en série et alors qu’un prototype de l’excellent char B est disponible depuis 1925, on est incapable de le produire en grande série. Il est vrai aussi que l’industrie de défense n’a plus aucun rapport avec celle de la victoire de 1918. Elle manque d’ouvriers qualifiés et de machines-outils modernes. Elle se méfie aussi de l’armée, client à la fois exigeant et peu fiable dont, jusqu’en 1936, elle n’a reçu que des commandes dérisoires et morcelées (comme les 332 prototypes d’avions imaginés de 1920 à 1930).

L’armée de l’air n’est créée qu’en 1934 après le constat de sa déliquescence sous la tutelle du ministère de la Guerre. Mais comme il lui faut à la fois lutter contre les autres armées qui contestent son autonomie, composer avec une opinion qui considère le bombardement comme trop agressif et tenter de dynamiser une industrie aéronautique sinistrée et paralysée par les troubles sociaux, elle est incapable de retrouver sa puissance perdue.

Seule la marine nationale a pu tirer son épingle du jeu dans la disette budgétaire pour constituer une force de protection des flux nécessaires au soutien d’une éventuelle guerre totale. A partir de 1935, elle peut initier la construction de bâtiments de ligne mais pratiquement aucun ne pourra être prêt à temps.

L’impuissance

En mars 1935, Léon Blum, alors dans l’opposition, estimait que la parade au danger hitlérien résidait dans le désarmement et s’opposait au passage du service à deux ans pour compenser l’arrivée des « classes creuses » estimant que « nous sommes bien au-delà des effectifs et des conceptions qu’exige la défense effective du territoire national ». Un an plus tard, les Allemands pénètrent dans une Rhénanie démilitarisée depuis les accords de Locarno (1925). L’affront et la menace sont évidents mais on découvre alors que la France est incapable de la moindre offensive sans lancer au moins une mobilisation partielle (soit le rappel d’un million de réservistes), et ce à quelques semaines des élections législatives (où le slogan vainqueur sera « Pain, paix, liberté »). La France renonce à toute action et donc aussi à toute crédibilité sur ses engagements. Les Alliés en prennent acte. La Pologne se rapproche du Reich et la Belgique dénonce le traité de 1920 préférant la neutralité à l’alliance française peu sûre, rendant d’un coup très incomplet notre système défensif.

En juillet 1936, le gouvernement du Front populaire, désireux d’aider la République espagnole en lutte contre Franco, ne peut aller au-delà de l’hypocrisie d’une « non intervention relâchée », là où l’Allemagne et l’Italie envoient des troupes. En 1938, Hitler reprend ses coups de force avec l’anschluss, puis par des revendications sur les Sudètes, menaçant cette fois directement un de nos Alliés. Avec les négociations de Munich où on abandonne la Tchécoslovaquie (accords approuvés par 57 % des Français et la grande majorité des intellectuels), c’est l’URSS qui comprend qu’il n’y à rien à attendre d’une alliance avec la France. Au même moment, tout en avouant une nouvelle fois la faiblesse de l’armée (faiblesse par ailleurs surestimée) le général Gamelin, déclare : « Toute la question est de savoir si la France veut renoncer à être une grande puissance européenne ».

En réalité, la France avait cessé d’être une puissance à partir du moment où, en renonçant à toute capacité d’intervention, elle s’était condamnée à n’être que spectatrice des évolutions du monde. A ramener trop près de son cœur son outil de défense, elle avait laissé les menaces extérieures grossir puis venir à elle, sans même le soutien d’amis qu’elle ne pouvait aider. Pour paraphraser Churchill, la France avait sacrifié son honneur, son rang et sa voix dans les instances internationales à l’illusion de la sécurité et d’un certain confort, moral et économique, pour finalement tout perdre en 1940.

Jean Doise, Maurice Vaïsse, Diplomatie et outil militaire, 1987.
Beaufre, Le drame de 1940, 1965.
Jean Feller, Le dossier de l’armée française, 1966.
Marc Bloch, L’étrange défaite, Gallimard, 1990.
Elizabeth Kier, Imagining War: French and British Military Doctrine Between the Wars, Princeton University Press, 1997.

21 commentaires:

  1. Félicitations pour cet excellent article, tristement d'actualité?

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  2. Proposition de discussion d’un nouveau paradigme :
    Si dans les années 30, l’indépendance de l’État-Nation français est menacée par le Reich allemand, son militarisme et sa soif de revanche, en 2014 elle est menacée par la dette. Impossible en effet de faire de la musculation (préserver les degrés de liberté permis par un outil militaire crédible car cohérent), avec une hémorragie interne (le service de la dette).
    Si cette vision est correcte, rembourser la dette revient à creuser sa propre tombe, c'est-à-dire se condamner à voir disparaître les conditions nécessaires de notre indépendance. Dans cette optique, nous serions confrontés à deux grandes options : l’une parfaitement connue et mortelle, aboutit à la vassalisation du pays au profit de ceux qui détiennent sa dette et l’autre, aux conséquences systémiques totalement noyées dans le brouillard de cette nouvelle guerre qui ne dit pas son nom, qui serait de faire le tri entre dette légitime et dette illégitime.
    Autre point commun avec la catastrophe de mai-juin 1940, il n’est pas certain que toutes nos ‘élites’ soient désireuses de se battre contre l’asservissement programmé, tant elles sont bénéficières du cadre actuel.

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  3. l effectif était de plusieurs millions d hommes pas plusieurs milliers comme l armée pro actuelle qui roule ses mécaniques à bangui

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    1. dommage pour les cas de paludisme (56 déclarés), je me demande ce qu'ils penseraient en lisant vos propos. Je ne suis pas sur qu'ils puissent rouler des mécaniques !
      Si le soutien santé des combattants n'est plus assuré, alors l'armée commence à toucher le fond, d'autant plus, hormis la presse franchement spécialisée, les médias n'en ont pas parlé.

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  4. Je suis dubitatif concernant les analyses qui tentent de démontrer que la catastrophe de 1940 était annoncée et que la valeur de l'armée française de l'époque était faible... à posteriori c'est un jeu assez facile d'autant qu'une foule d'auteurs se sont employés à le démontrer durant les 60 dernières années...
    Si l'on observe bien les même faiblesses étaient discernables en 1914, la situation politique guère plus stable et les rapports entre politiques et militaires pas plus serein, je ne parle pas de l'armement...
    La percée de Sedan en juin 1940 se joue à peu de chose et le retournement de la Marne en 1914 à guère plus. L'armée allemande de 40 joue son va tout sur un seul coup de dés, je ne donne pas cher de sa peau si l'offensive avait pu être bloquée. Cette victoire un peu chanceuse sur une armée française que l'on a tendance à sous-estimer ne lui donne au fond qu'un répit.
    Pour en revenir à la situation actuelle, nous nous trouvons confronté à deux problèmes : la faiblesse de notre démographie si l'on se replace à l'échelon mondial et l'absence de ressources naturelles sur notre territoire. Le premier (dont l'un des symptômes est le vieillissement de la population) risque d'entrainer une sclérose de la pensée stratégique et une crispation sur la dissuasion nucléaire (la ligne Maginot des années 2010), le second est en partie à l'origine de la dette (directement ou indirectement).

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    1. Assez d'accord avec vous quant au caractère inéluctable de la défaite française de 40 : si Marc Bloch a parlé de "L'étrange défaite", j'ai tendance à penser qu'on pourrait aussi parler de "l'étrange victoire" allemande de 40. Depuis un certain nombre d'années, des historiens ont déconstruit le récit un peu simpliste de la supériorité absolue de l'armée allemande au début de la guerre. Après la percée de Sedan, il y a certes eu les erreurs du commandement français, mais la victoire a été surtout due à la désobéissance de Guderian et de Rommel qui ont foncé en direction de la Manche en ignorant les ordres du haut commandement de la Wehrmacht leur demandant de s'arrêter. On ne refait pas l'histoire et il n'y a pas eu de nouveau miracle de la Marne, mais quant à dire que tout était inscrit d'avance, c'est faux. Le terme même de "Blitzkrieg" n'apparaît pas dans les termes doctrinaux de l'armée allemande avant guerre : il a été employé la première fois semble-t-il dans un article du Time Magazine le 2 septembre 39 après la victoire en Pologne. La propagande nazie s'en est ensuite emparée.

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    2. Le livre que j'ai lu qui va dans votre sens - "anthonyl" et "BT" - est "Le Mythe de la guerre-éclair : La Campagne de l’Ouest de 1940", de Karl-Heinz Frieser, qui date de 1995 (dernière édition révisée en allemand : 2005).
      Je n'en avais pas seulement retenu ce qu'en dit wikipedia et qu'indique le titre, à savoir que la chance et l'audace ont joué un très grand rôle, et que le sort a été suspendu à très peu de choses mais aussi que, parmi les éléments qui ont donné des possibilités à l'Allemagne, il y avait une extraordinaire qualité de certaines unités de choc allemande - leurs soldats, leurs sous-officiers, leurs officiers subalternes étaient remarquables -, et il y avait le fait que la chaîne de commandement allemande était ultra-rapide par rapport à la chaîne de commandement française.

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  5. " Foch considère que, à choisir, l’épée apporte finalement plus de sécurité que le bouclier, par sa capacité à « réduire » au plus tôt les menaces (re)naissantes et à soutenir les alliés européens qui ont remplacé des Russes désormais hostiles et des Anglo-saxons redevenus distants."

    Oui, il y avait une incohérence entre les alliances diplomatiques et la doctrine militaire. Ce qui pose la question de la qualité du débat administratif et politique.
    Autres exemples qui posent cette question : un pacifisme irréaliste était très développé ; l'alliance avec l'Italie, un moment envisagée, était considérée de manière idéologiquement hostile par la gauche (pourquoi ? est-ce que l'Italie était moins recommandable que certains régimes à l'Est, sans même parler de l'URSS ?).

    Actuellement, en plus des questions de financement de la défense, je suis inquiet par la médiocrité du débat public sur un certain nombre de sujets (par exemple l'énergie : blocage inconditionnel du gaz de schiste, nucléaire civil présenté de manière parfois inexacte ; ou l'agriculture, les agriculteurs semblant pour le moins sceptiques sur l'image fournie de leur secteur d'activité par les médias, affaire des milliers d'arbres fruitiers abattus par pure malveillance idéologique...).
    Et cette médiocrité du débat politique ne vient pas d'un blocage hiérarchique, mais au contraire de la complaisance habituelle pour certaines manifestations d'anarchie à courte vue.

    Un autre livre sur la période est celui de Jean-Baptiste Duroselle, et on est surpris en le lisant de la manière extrêmement désinvolte avec laquelle les hommes politiques se préparaient à des négociations internationales portant par exemple sur les limitations d'armement imposées à l'Allemagne, etc.
    Comme on sait, le nombre de traité engageant la France n'a fait que croître.

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    1. Au niveau franco-français, la désinvolture peut toujours, heureusement, être corrigée.
      (Par exemple, la loi sur l'immobilier prévoit bien qu'un propriétaire ne peut pas augmenter le loyer lors d'un renouvellement, mais elle prévoit aussi un mécanisme d'ajustement pour les loyers manifestement inférieurs au prix du marché.)

      Au niveau européen, quand on a signé on a signé, et si c'était une erreur pour le pays A c'est bien dommage pour lui.

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  6. En effet très bon article, surtout que l’hécatombe de 14/18 ou la France a abusée du patriotisme des citoyens, conjugué avec 1940 défaite, exode, prisonniers, occupation, collaboration, libération étrangère, décolonisation etc.…. ont créé un formidable traumatisme inconscient dans la confiance que nous avions dans ce pays si combattif ; et cela sur 3 générations. La voilà l’explication du caractère pessimiste des Français. Il se trouve que j’étudie depuis des années, nos années 30 et 1940 en particulier, (une obsession) et je suis d’accord la victoire sur l’Allemagne sans aide extérieure était impossible, mais la défaite elle aussi était évitable, nous avions parfaitement la possibilité de bloquer l’armée Allemande comme en 1914, de rendre très couteuse son agression (ce qui a quand même été un peu le cas) et d’arriver à un statuquo militaire ? Adolphe et le haut commandement auraient-ils supporté ? n’avions-nous pas des responsabilités vis-à-vis de l’Europe, notre faiblesse porte en elle la suite des horreurs de la seconde guerre mondiale.
    Nous pouvons trouver une multitude de prétextes humains et matériels sur l’origine de cette défaite, mais la principale raison reste la sclérose et l’inertie du commandement de nos armées.
    Prenons qu’un exemple « le plus bête » Nous avons une doctrine défensive et nous la respectons pas, nous ne l’appliquons pas ! 1940 nous nous lançons à l’aventure jusqu’en Hollande et gaspillons notre épée forgé avec peine, nous concentrons des divisons d’actives sur la ligne Maginot alors que cela était la place des divisions de réserves, nous ne terminons pas notre ligne défensive, nous avons une doctrine défensive mais pas de chasseurs en nombre et pas de DCA.
    Nous n’avions pas des chefs mais des seigneurs imbu de leur personnes et de leurs carrières.
    Citoyen avec une armée pro de 90 000 hommes (et des réserves instruites en nombres) nous pouvons botter le cul de n’importe qui, mais nous devons adapter notre outil pour le rendre tranchants, vous n’abattrez pas un arbre avec la panoplie d’un couteau Suisse.
    Citoyen aux larmes

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  7. Bonsoir.
    Vu l obsolescence tres rapide des materiels dans les annees 30, en particulier pour l aviation et dans une moindre mesure les blindes l investissement dans la pierre ( la ligne maginot ) ne fut il pas un investissement comprehensible de pere de famille ??

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    1. La pierre oui, le béton et l'acier certainement, Plus jamais cela, le feu tue, il faut sanctuariser le territoire,se protéger d'une attaque brusquée, couvrir la mobilisation, contenir un adversaire plus nombreux, se donner les moyens de tenir dans l'attente des renforts, grignoter l'ennemie avec le minimum de perte, contre attaquer les points de concentration ennemie avec des réserves mobiles préservées et précieuses , dissuader, décevoir, décourager. La Finlande dans un contexte différent a démontrée que cela était possible, mais bien sur à la la longue pour être sauvé il faut que les renforts arrivent. Cette doctrine parfaitement adaptée à notre contexte ne sera pas appliquée...
      Nous sommes allés chercher la bataille décisive et de rencontre.
      Citoyen nous avons brandi nos poings ! et surprise nous avons pris un coup de pied au cul !

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  8. Il faut rajouter L'impardonnable défaite de Claude Quétel à la liste de lecture. Eclairant et accablant sur nos élites politico-militaires qui sont restées les mêmes en soixante ans. L'art de la défaite français n'est pas une question d'institution ou de conjonctures mais tient bel et bien à la fabrique de son élite décisionnaire.

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  9. Vox clamans in deserto

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  10. Fallait pas attendre ! mais les Ricains et les Anglais n'ont pas voulu d'intervention en menaçant la France de faillite bancaire quand les Allemand ont rompu le traité en franchissant la ligne, donc le commandement c'est retourné dans une position défensive mais la défense dans l'esprit c'est la défaite dans les jambes .....

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    1. Désolé, mais l’Armée Française de 1940 ne pouvait pas avoir de doctrine offensives, (pour de multiple raison, démographique et d’éthique démocratique à l’internationale, elle devait être conçu à encaisser le 1e choc et à contre attaquer brillamment et dévitaliser l’offensives de l’ennemie. Sans doute une doctrine très difficile, l’option ne pouvait être qu’un grand bouclier concave et un glaive particulièrement destructeur prêt à frapper d’estoc en retrait ! Nous avons pris l’option de porter l’attaque avec une épée longue d’un acier de mauvaise qualité, avec un bouclier lourd et peut protecteur, le cout de hache du germain nous à couper le bras gauche avec notre épée ! Ensuite Il nous restait le bouclier et le poignard pour résister. Même avec 10 Divisions légère mécanique et 10 Divisions d’infanterie Motorisé (parfaitement possible), l’offensive était vouée à l’échec.
      Une contre offensives sur le point de concentration de l’attaque ennemie aurait fait très mal, le principal but de notre stratégie défensive aurait été de comprendre et de détecter le contour et l’objectif de l’offensive ennemie. En complément une contre offensives en Rhénanie Palatinat avec une armée et les 3 Divisions cuirassés couvert à droite par le Rhin aurait déstabilisé les arrières de l’offensive Allemande.

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    2. Le 7 mars 1936, la Wehrmacht entre en Rhénanie, démilitarisée depuis le traité de Versailles. La France condamne cette action mais n’intervient pas erreur fatale, en 36 la France en avait les moyens par rapport à l'Allemagne mais les USA ont refusé avec menace et chantage. Pour 1940 je suis entièrement d'accord...

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    3. Pour 1936 je suis entièrement d'accord... le risque était gérable militairement...

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  11. Mon cher colonel,

    1° La psychanalyse est une fausse science.
    2° Vous semblez ne pas très bien la maîtriser (moi non plus d'ailleurs).
    3° Elle n'est peut-être pas si familière que ça à vos lecteurs.

    Alors pourquoi badigeonner votre texte de recours à la psychanalyse ?

    Vous voulez dire que la raison (ou la logique) et l'autorité pesaient dans le même sens à la suite du traumatisme de la Grande Guerre. Pourquoi obscurcir cette pensée par des références au Moi, au Surmoi et à l'Inconscient ?

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  12. Attention aux raccourcis et à la vision dominante reprise tant par les pétainistes que par les gaullistes pendant et après la guerre (dont les films sur les 7ème compagnie sont le meilleur exemple).
    Tout d'abord sur la période 1918-24 : la vision défendue ici d'une France capable de se projeter est fausse. La France est devenue en 1918 l'armée la plus puissance du monde certes, mais uniquement en France, où la logistique d'une armée moderne et nombreuse suit (la force de l'armée de la victoire de 18 est notamment son coté mécanisé qui lui permet de lancer 18 offensives le long de l'année selon la tactique du coup de marteau qui tape successivement tout le long du front pour l'ébranler).
    Les opérations hors de France sont beaucoup moins brillantes : dans le désert, les sapeurs français font mal au Turcs, mais ils sont trop peu nombreux, et toute la gloire reviendra aux Anglais (Laurence notamment), le gouvernement refuse de s'engager sur ce front. Dans les Balkans, le corps expéditionnaire est oublié, et dénigré, il subit la maladie. En 1919 l'expédition en Crimée tourne au fiasco total. La France abandonne tout le Kurdistan au début des années 20 à la Turquie (zone qui lui revenait pourtant). Le succès au Maroc vient éclairer cette faiblesse, l'armée française y étant majoritairement composée de "locaux".
    En fait la France (contrairement à la Grande Bretagne, les chiffres allant de 300.000 coloniaux français contre 2 millions de coloniaux britanniques) n'a pas su mobiliser suffisamment son empire et ses populations pour l'effort de guerre qui était quasi exclusivement soutenu par la Métropole, qui n'était intéressé qu'à la victoire contre l'Allemagne, rien d'autre.

    On peut critiquer la stratégie défensive de l'entre deux guerres, et il est évident que la couardise en Rhénanie, en Abyssinie, en Autriche et dont l'apogée funeste est le honteux accord de Munich sont condamnables et causes directes de la guerre, mais les deux ne sont pas liés.
    La stratégie défensive peut s'appuyer sur les fortes capacités de l'armée française à ce niveau (en 1870-71, en 14-17 ou la défense payait quand l'attaque virait au fiasco et gâchait tout). Maintenir une armée offensive nécessitait également un coût que la trop peu peuplée France n'était pas capable d'assumer. Enfin, la ligne Maginot a été un succès, étant réellement infranchissable.
    L'erreur a été de ne pas suivre entièrement une stratégie, et d'avoir voulu faire de la demi mesure à tous les niveaux. Si fortification de la frontière ok, mais sur toute la frontière nord, et jamais les allemands ne seraient passé. De même, pourquoi créer des alliances en Europe centrale pour les abandonner ensuite ?
    En fait la France de l'entre deux guerre semble dans un doute existentiel, sous le choc de 14-18 et tétanisée, elle n'ose pas prendre de décisions et s'engager dans une certaine stratégie à fond. Elle essaye constamment de courir tous les lièvres à la fois en s'engageant le moins possible, le problème se situe à ce niveau et à des conséquences fortes, en particulier sur l'armée.

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    1. venant de parcourir ce blog, je suis assez surpris d'y lire que la ligne maginot fut un succès et qu'il suffisait de la prolonger car ellle était infranchissable ! quelques dizaines de milliers de soldats ont du avoir une allucination en voyant passer des milliers d'avions ennemis au dessus de cette position invaincue, sauter des parachutistes derrière le mur sacré et arriver les sapeurs et leurs explosifs...
      la ligne n'était qu'une solution tactique visant à encaisser le 1er choc, le ralentir en attendant la contre-offensive. hélas elle devint une fin en soi, une doctrine, une stratégie au lieu d'un moyen. le vide sidéral de la pensée de l'etat major la transforma en système absolu de la non action, de la pleutrerie et du défaitisme. non, ce ne fut pas la France et ses citoyens qui ne voulurent pas se battre mais ses principaux généraux de cour, par hostilité à la république et fanatisme corporatiste.
      toutes les études modernes (dont celle remarquable de Karl-Heinz Frieser) prouvent désormais que contrairement aux justifications postérieures des responsables militaires lors du procès de riom, notre équipement était très globalement supérieur en nombre et en qualité à celui de l'ennemi (hormis quelques secteurs essentiels comme les communications ou les bombardiers lourds) et en voie de très rapide modernisation début 1940 par une montée en production industrielle extraordinaire et des dépenses fantastiques (par exemple la commande de 3000 avions aux américains), le soldat souvent mieux préparé et pas défaitiste comme on a voulu le dépeindre. seuls l'esprit stratégique et la mentalité du haut commandemant étaient déliquescents.
      un appui stratégique en pologne en août/septembre avec des troupes, des avions et des chars assortie d'une percéee après bombardements aériens massifs au travers de l'allemagne vers Berlin et occupation concommittante, en tenaille avec les anglais et les polonais, pouvait anéantir les nazis en quelques semaines en produisant un effet inimaginable sur la population allemande. le haut état major craignait ce scénario au plus point et hitler le rassurait en disant que n'oserions pas.
      le risque était la défaite dans un contre-offensive allemande victorieuse dans une bataille totale entre la saxe et l'oder ? bien entendu, c'était un risque car il s'agissait d'une des possibilités.
      que nos véhicules motorisés aient été disparates rendant difficile la coordination de l'avancée, que nos avions n'aient pas eu de long rayon d'action et que notre entrainement n'ai jamais été fait pour cette tactique était vrai, mais cela fut exactement pareil pour les allemands en pologne puis en france. en juin 1940 lors de la capitulation l'armée allemande était arrivée au point de rupture complet en ravitaillement, munition et matériel.
      en restant chez nous sans rien faire nous avons eu de toute façon une mémorable déroute, mais sur notre territoire et sans les honneurs de l'histoire !
      denis faugeras

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