jeudi 3 mai 2012

Les corsaires des tranchées-5 Les coups de main d’artillerie


La première menace pour les corps francs vient de l’artillerie. Au début de 1917, cette arme a connu de tels progrès qu’elle est capable de proposer des modes d’action sophistiqués capables d’appliquer à un échelon important, jusqu’au niveau d’une division, les procédés des corps francs. L’artillerie est capable en effet d’encager l’ennemi, c’est-à-dire de l’emprisonner dans un carré d’obus fermé sur trois côtés. Le quatrième coté, celui de l’attaque est fermé aussi mais par un barrage mobile qui sert à créer des brèches dans les barbelés, puis, en poursuivant son mouvement de piston vers l’intérieur du carré, à chasser les sentinelles et enfin à forcer l’ennemi à se terrer dans ses abris. C’est la méthode classique du barrage roulant mais sur un point précis et pendant un temps assez court, derrière lequel « quelques éléments légers cueillent l’ennemi terré dans ses abris, sous la dépression d’un bombardement intense » (note du 28 février 1917). Dans ces conditions, ces grands coups de main peuvent être confiés à des troupes ordinaires.

Comme la troupe est légère, le barrage se déplace aussi plus vite que pour une attaque normale. Simultanément, l’artillerie adverse est frappée (par des obus à gaz à la fin de la guerre) de façon à l’empêcher de déclencher son tir d’alerte. L’action de l’artillerie est complétée par celle des mitrailleuses qui doublent l'encagement des obus par des tirs de flanc mais aussi par des tirs indirects massifs. Des dizaines de milliers de balles forment une voûte de balles au bruit de tambour par-dessus la troupe d’assaut et « ferment la boite » avant de retomber en pluie. Au sein de cet environnement puissant, la troupe d’assaut fonctionne sensiblement de la même manière que lors d’un raid. La protection des appuis lui permet toutefois de disposer de délais plus importants et elle peut agir plus en profondeur, ce qui accroît la probabilité de capture (la densité d’occupation augmente avec l’éloignement de la première ligne).

Ces coups de main se multiplient à partir de l'été 1917 et jusqu'aux offensives allemandes du printemps 1918. L'un des plus importants est réalisé le 16 janvier 1918 par la 123e division d’infanterie au nord de la forêt de Bezange, en Moselle. La division engage dans cette opération trois bataillons d’infanterie renforcés de deux compagnies de génie pour le franchissement d’un cours d’eau et d’une compagnie de lance-flammes. Ce groupement d’assaut est appuyé par 320 pièces d’artillerie, 100 sections de mitrailleuses et 6 escadrilles. Il a pour mission d’obtenir des renseignements, en particulier en capturant un maximum de prisonniers, et d’opérer des destructions sur un front de 1 800 m et une profondeur de 2 000. L’action de va-et-vient dure seulement sept heures au total et constitue une réussite complète. Au prix de 38 tués et 67 blessés graves, les Français parviennent à capturer 357 Allemands et à en tuer ou blesser à peu près autant, soit, au total, l’équivalent d’un bataillon et tout le secteur a été ravagé.

Les partisans des corps francs font cependant remarquer qu’avec cet emploi massif de l’artillerie, les coups de main tendent à devenir des opérations extrêmement coûteuses. On ne peut donc les utiliser que pour être sûr d’obtenir des résultats décisifs par le nombre des prisonniers capturés. Pour les opérations de moindre ampleur, les raids de corps francs restent d’un meilleur rapport coûts-efficacité. D’autres envisagent un autre emploi des corps francs, profitant justement des nouvelles possibilités de l’artillerie pour développer de nouvelles méthodes offensives. Au printemps 1917, certains corps d’armée développent encore les corps francs jusqu’à former des bataillons et proposent de les employer en fer de lance de leurs attaques, à la manière allemande. Cela provoque un débat au sein de l’armée française qui se conclut…par l’interdiction des corps francs.

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