mercredi 2 mai 2012

Les corsaires des tranchées-4 Des raids de dix minutes


Un raid est mené par une ou plusieurs colonnes d’assaut d’une trentaine d’hommes armés de grenades et pistolets. Chacune de ces colonnes étant chargée du nettoyage d’une poche d’environ 100 m de front et 200 m de profondeur mordant ainsi sur deux tranchées ennemies reliées par un certain nombre de boyaux.

L’assaut est mené le plus souvent au crépuscule afin de bénéficier à la fois de l’obscurité naissante pour camoufler l’approche tout en laissant assez de jour pour faciliter la coordination dans les tranchées. Au signal et en fonction de la distance à parcourir, l’abordage sera mené par le groupe de brèche en courant ou au contraire en rampant jusqu’aux barbelés. Là encore, en fonction du choix de la discrétion ou de la vitesse, on choisira les cisailles ou les charges allongées. 

Une fois les barbelés ouverts ou écrasés, les groupes d’assaut sautent dans la tranchée et éliminent les sentinelles. Les équipes de barrage courent se placer aux carrefours autour de la zone à nettoyer pour empêcher, à la grenade ou au pistolet, tout renfort d’y pénétrer. Des fusiliers-mitrailleurs se placent également au-dessus des tranchées pour empêcher tout mouvement en surface. Ainsi couvertes, les équipes de nettoyage sondent tous les abris et les tranchées afin de capturer des hommes et récupérer des documents ou des objets utiles. Une menace de grenadage des abris suffit généralement, la résistance y étant souvent inutile. En mission secondaire, les groupes de nettoyage peuvent effectuer des destructions à l’explosif ou à la grenade incendiaire.

Au signal du chef de raid, coup de sifflet, de clairon ou fusée, les nettoyeurs et les prisonniers montent les échelles les premiers, suivis par les équipes de barrage en commençant par les plus lointains. L’ensemble est recueilli par l’équipe de brèche qui a continué à ouvrir les passages pendant l’action, protège maintenant le repli de son feu et brancarde les blessés. Au-delà de dix minutes, la surprise ne faisant plus effet, la mission est très rapidement menacée. Au bout de trente minutes, il faut souvent faire appel à l’artillerie et organiser une opération de secours.

On a là, en 1917, ce que l’infanterie fait de mieux sans le concours de l’artillerie. Les corps francs ne sont pratiquement pas employés à autre chose alors que les Allemands utilisent de plus en plus leurs troupes d’assaut en pointe de leurs attaques. Au contraire des Alliés,  ils disposent de pièces d’artillerie lourde modernes à tir rapide qui leur permettent des préparations de feux de quelques heures. Ils conservent donc la  surprise et les détachements d’assaut avec leurs méthodes d’infiltration sont à même d’exploiter celle-ci. 

Chez les Alliés, les préparations d’artillerie durent plusieurs jours, ce qui exclut toute surprise. Dans ce contexte, les corps francs ne semblent guère apporter de plus-value. Spécialistes du combat rapproché dans les tranchées, on les emploie parfois dans le « nettoyage » des tranchées ennemies dépassées par la première vague d’assaut. Mais le plus souvent, ce sont des troupes ordinaires qui sont chargées de cette mission généralement peu violente car l’ennemi, isolé et encore abasourdi par les tirs, oppose en général peu de résistance. Le nettoyage des tranchées consiste donc souvent à rassembler des prisonniers et si une résistance se présente, elle est traitée avec des moyens lourds. Dans la grande majorité des cas, les corps francs sont utilisés en préalable des grandes offensives ou dans les secteurs calmes pour maintenir la pression sur l’ennemi et déterminer ses intentions. Ils sont souvent dissous au moment des « grandes affaires » pour renforcer les unités de ligne.

Paradoxalement, c’est au moment où les corps francs atteignent enfin leur maturité qu’ils sont menacés de disparaitre. 

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