jeudi 24 mai 2012

Assaut sur Bizerte


Le 19 juillet 1961, le général de Gaulle donnait l’ordre de dégager la base de Bizerte assiégée par l’armée tunisienne. Quatre jours plus tard, au prix de 27 soldats tués et 128 autres blessés, les forces tunisiennes autour de la base et dans la ville de Bizerte n’existaient plus. Plus de cinquante ans plus tard, cette opération constitue encore un modèle pour l’emploi des forces sous la Ve République.

Au niveau stratégique, le Président de la République n’a pas hésité à engager la force armée, sans passer par un mandat du Conseil de sécurité, ni demander l’aide de l’OTAN. Il savait que l’opération serait risquée et qu’elle occasionnerait des dizaines de morts français. Par de nombreux aspects et à une échelle nettement plus réduite, elle est à la France ce que la reconquête des îles Falklands a été au Royaume-Uni en 1982.

Au niveau opératif, avec deux semaines de préavis, la France a réussi à engager un groupe aéronaval et une brigade terrestre complète. La coordination de ces deux éléments et de la base de Bizerte, sous le commandement de l’amiral Amman, a été remarquable. Le plan débutant par un assaut vertical du 2e Régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMa) le 19 au soir sur la piste de Sidi Ahmed, se poursuivant le lendemain par une prise d’assaut de toutes les positions ennemies autour des emprises de la base par les 2e et 3e RPIMa et se terminant, le 21 et le 22, par la conquête de la ville de Bizerte sans appui indirect, a été particulièrement audacieux. Il a parfaitement réussi.

Au niveau tactique, la combinaison de l’infanterie légère, renforcée de chars légers Chaffee du 8e Régiment interarmes, et des feux de toutes origines a donné des résultats remarquables. L’ennemi a été placé en permanence dans le dilemme de rester concentré sur les positions et de s’exposer aux feux ou de se disperser et d’être trop faible pour résister aux assauts. Pendant quatre jours, des groupements ad hoc ont été formés en souplesse pour remplir toutes les missions, toujours en coordination avec les appareils de l’armée de l’air et de l’aéronavale et les bâtiments de la marine, là où l’ennemi restait figé. Sur les centaines points de contact, l’expérience des marsouins-parachutistes et des cadres leur a presque toujours donné l’avantage sur un ennemi souvent déterminé mais novice. Au bilan, malgré l’absence de gilets pare-balles, les troupes d’assaut françaises ont subi presque vingt fois moins de pertes que les défenseurs. Preuve est ainsi faite une nouvelle fois de l’importance de la qualité de la formation et de l’entraînement.

On peut maintenant s’interroger sur un « Bizerte 2012 ». Dans un scénario uchronique où la base serait restée française dans une Tunisie devenue soudainement hostile, que ferions-nous aujourd’hui ? Ferions-nous appel à une médiation internationale ou prendrions-nous la décision d’intervenir ? Avons-nous les moyens de monter une opération de la même ampleur en quelques jours ? Nous contenterions-nous de frappes à distance ou aurions-nous le courage d’envoyer des troupes au sol ? Dans un tel cas, aurions-nous l’audace (et les moyens) de mener un assaut vertical, par largage, aéro ou hélitransport ? Serions-nous capable de la même souplesse de commandement et de coordination ? Comment se comporterait l’infanterie actuelle à l’assaut des collines ou de la ville de Bizerte ?

Pour en savoir plus sur l’opération de Bizerte :
Damien Cordier-Féron, Bizerte 1961 : 666 morts pour une base inutile, Guerres et Histoire n° 6.
Général Robert Gaget, La saga des paras, Grancher.
Patrick-Charles Renaud, La bataille de Bizerte, L’Harmattan.

3 commentaires:

  1. J'ai lu, il y a quelques années, un ouvrage intitulé: "Les loups sont entrés dans Bizerte" qui relatait l'assaut dans Bizerte vécu par les membres d'une section du 2° RPIMa. Je n'ai pas conservé ce livre -excellent dans son genre- et n'ai plus en mémoire l'éditeur (internet devrai résoudre aisément cet oubli).Je pense qu'il peut être utilement rajouté à votre bibliographie.

    RépondreSupprimer
  2. Aujourd'hui nous sommes les spécialistes du ad hoc interarmes,un engagement serait fait que si nous avions des compatriotes en danger, pas pour un principe de souveraineté. Notre infanterie serait moins rapide ,mais bien plus meurtrière et sur de longue distance. Une brigade de 3000 hommes engagée en un bloc avec peu de préavis ! non bien sur, par contre baptiser brigade un conglomérat de groupement aggloméré oui mais pas plus, nous avons évolué nous sommes passés au système D planifié !
    Le vrais problème serait le nombre d'adversaire,et la forme de combat q"il adopterait, un engagement de plusieurs brigades ou régiments en corps constitués et autonomes ! cela existe plus.

    RépondreSupprimer
  3. L'ouvrage "Les loups sont entrés dans Bizerte" est de Philippe Boisseau aux éditions France Empire en 1998.
    http://www.bir-hacheim.com/les-loups-sont-entres-dans-bizerte/

    RépondreSupprimer