La capture de
prisonniers par un raid au cœur des tranchées ennemies est une mission
complexe. En 1919, il faut 150 pages au capitaine Jean Callies pour décrire de
manière exhaustive ce mode d’action qui le plus souvent ne dépasse pas les dix
minutes. Pour parvenir aux savoirs d’action contenus dans cet Art de faire des prisonniers, il faut cependant deux
ans de tâtonnements, d’expérimentations, de micro-innovations techniques et
tactiques souvent payées avec du sang. Comme le souligne Callies : « Si nombreux étaient les insuccès [en
1915 et 1916] que dans presque tous les
corps de l’armée française, le coup de main était devenu la terreur du
fantassin, sa bête noire ».
Il faut du temps en
effet pour apprendre à franchir le no man’s
land sans l’aide de l’artillerie, soit en courant, soit discrètement en
collant au terrain, ce qui suppose au moins l’abandon du pantalon rouge et l’adoption
de tenues plus adaptées au combat de tranchées. Il faut ensuite apprendre à
franchir les réseaux de barbelés qui se densifient pendant l’année 1915. On commence
par se doter de cisailles mais le procédé est lent. Les sapeurs inventent ensuite
les charges allongées, des bandes d’explosifs que l’on fait glisser dans les
barbelés pour dégager des passages, méthode plus rapide mais peu discrète. On adopte
enfin l’échelle qui permet à la fois d’écraser les barbelés puis de descendre
dans les tranchées.
Il faut ensuite pouvoir combattre dans ces tranchées, boyaux et abris ennemis et pour cela le fusil Lebel d’1m60 avec sa baïonnette est trop encombrant. Les mousquetons de cavaliers et surtout les pistolets d’officiers sont plus pratiques mais la vraie arme du combattant des tranchées c’est la grenade à main, qui se généralise au printemps 1915 et finit par provoquer quatre fois plus de pertes que les balles. En revanche, contrairement à la légende, les poignards et autres armes blanches ne font pas partie de l’arsenal. Jean Callies n’y fait jamais allusion dans son ouvrage, y compris dans ses listes d’équipements, et le service de santé ne les prend même pas en compte dans les causes de pertes. Les fusils-mitrailleurs qui apparaissent à l’été 1916 sont par contre très vite intégrés pour assurer la couverture des missions.
Il faut ensuite pouvoir combattre dans ces tranchées, boyaux et abris ennemis et pour cela le fusil Lebel d’1m60 avec sa baïonnette est trop encombrant. Les mousquetons de cavaliers et surtout les pistolets d’officiers sont plus pratiques mais la vraie arme du combattant des tranchées c’est la grenade à main, qui se généralise au printemps 1915 et finit par provoquer quatre fois plus de pertes que les balles. En revanche, contrairement à la légende, les poignards et autres armes blanches ne font pas partie de l’arsenal. Jean Callies n’y fait jamais allusion dans son ouvrage, y compris dans ses listes d’équipements, et le service de santé ne les prend même pas en compte dans les causes de pertes. Les fusils-mitrailleurs qui apparaissent à l’été 1916 sont par contre très vite intégrés pour assurer la couverture des missions.
La configuration du terrain ayant pour effet de fragmenter la troupe, il
faut apprendre aussi à combattre de manière dispersée en coordonnant des petites
cellules qui ne se voient pas. Cela est plus facile de jour mais dans ce cas la
traversée du no man’s land est plus
délicate. Dans tous les cas, un raid demande une préparation soignée, un
encadrement supérieur à la moyenne et des exécutants d’un excellent niveau
physique et technique. Tous ces facteurs militent pour la formation de troupes spécialisées qui
finissent par s’imposer en 1916.
On voit ainsi apparaître une multitude d'unités sans existences officielles et
aux noms les plus variés : groupe franc, section franche, équipe spéciale,
détachement de reconnaissance, groupe ou compagnie de grenadiers d'élite, etc.
L’histoire retiendra le terme général de « corps francs » issu du
Moyen âge mais surtout des combats « irréguliers » de 1870-1871.
L’ensemble représente environ
20 000 hommes, en très grande majorité des volontaires qui comme Albert
Préjean, chef du corps franc du 245e RI et futur grand acteur,
préfèrent « risquer leur peau à
chaque coup de main que de moisir dans les tranchées ». Leurs qualités
sont entretenues par un entraînement quotidien dans des parcours d’obstacles,
des tranchées reconstituées ou des polygones d’explosifs. En compensation de
ces exigences, les hommes des corps francs sont souvent exempts de corvées et
de service de garde. Ils bénéficient également plus facilement de permissions
et de citations, parfois même de primes en argent.
Au début de 1917, ces hommes sont capables de traverser un no man’s land, de pénétrer jusqu’à 200 m à l’intérieur
des lignes adverses et d’en ramener des prisonniers en moins de dix minutes.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire