mercredi 23 octobre 2013

Déroute à Beyrouth

 
Combats et opérations n°2
mars 2012

L’opération Diodon a coûté la vie à 92 soldats français en dix-mois de septembre 1982 à mars 1984 pour un bilan humiliant. C'est la plus grande défaite militaire de la France depuis la fin de la guerre d’Algérie.

Une micro-guerre mondiale

Lorsque les Occidentaux interviennent à Beyrouth en 1982, la guerre civile libanaise dure déjà depuis sept ans. Ce conflit est d’abord un affrontement entre le Front libanais chrétien et la coalition islamo-progressiste, alliée aux Palestiniens dont l’archipel des camps constitue un proto-Etat autonome. Les combats sont particulièrement violents dans la capitale, coupée en deux entre l’ouest musulman et l’est chrétien par une « ligne verte ». La guerre prend vite une dimension régionale avec l’alliance des chrétiens maronites et de la Syrie qui intervient militairement en 1976 et occupe Beyrouth. Conformément aux accords de Riyad (novembre 1976) l’armée syrienne est inclue dans la Force arabe de dissuasion (FAD) reconnue par tous les belligérants.

Les combats s’arrêtent jusqu’à ce que le parti Kataëb de Bachir Gémayel s’impose par la force aux autres mouvements chrétiens et se retourne contre les Syriens vus désormais comme des occupants. Les combats reprennent en février 1978. En mars, l’armée israélienne lance une opération limitée jusqu’au fleuve Litani pour détruire les organisations palestiniennes qui se servent du territoire du Sud-Liban comme base d’opérations. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) est mise en place. Elle n’empêche en rien les Israéliens de revenir une nouvelle fois en juin 1982 avec des moyens et des ambitions beaucoup plus importants. En une semaine, l’armée israélienne repousse l’armée syrienne dans la plaine de la Békaa et assiège les combattants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) réfugiés dans Beyrouth Ouest. Il y a alors 150 000 combattants de dix-huit nationalités (dont les 8 000 Casques bleus de la FINUL) sur un territoire grand comme le département de la Gironde. Bachir Gémayel devient Président de la république du Liban porteur de l’espoir de règlement des conflits entremêlés.

La force multinationale d’interposition

Le 12 août, après deux mois de siège et alors que la tension est à son comble au Proche Orient, les Etats-Unis imposent l’idée d’un cessez-le-feu et l’envoi à Beyrouth d’une force multinationale d’interposition (FMI) afin de protéger le départ simultanée de l’OLP et de l’armée israélienne. La France et l’Italie acceptent d’y participer. La mission de cette FMI, limitée à un mois et à un volume de 2 000 hommes, est triple : assurer la sécurité physique des combattants palestiniens en instance de départ de Beyrouth, assurer la sécurité physique des autres habitants de la région de Beyrouth et y favoriser la restauration de la souveraineté du gouvernement libanais. La FMI est une force d’interposition, finalement guère différente dans son esprit de la FINUL, à ce détail près que les contingents restent sous commandement national.

L’aéroport étant aux mains des Israéliens, c’est par le port que la FMI pénètre dans Beyrouth. Pour les Français, c’est l’opération Olifant qui mobilise une partie importante des moyens de la Marine nationale depuis Toulon et le port chypriote de Larnaka. Les légionnaires du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP) sont les premiers à débarquer, le 21 août, pour sécuriser le port jusqu’à la relève par les Américains, le 25. Le 26, le reliquat des forces françaises et le contingent italien viennent compléter le dispositif. Avec 850 hommes, les légionnaires et marsouins de l’opération Epaulard constituent le contingent le plus important.

Le départ des combattants palestinien par mer s’achève sans incident le 31 août avec l’évacuation de Yasser Arafat. Le détachement français est alors sur la ligne verte pour escorter les convois évacuant les Palestiniens et certains éléments syriens en direction de la Syrie. Au 1er septembre, 11 000 membres de l’OLP ont été évacués dans le monde arabe. La FMI, et le 3e Régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMa) en premier lieu, aide alors la petite armée libanaise à reprendre le contrôle de Beyrouth Ouest. Grâce au petit détachement du 17e Régiment de génie parachutiste (RGP) les rues sont dépolluées tandis que la population revient dans les quartiers placés sous la protection des Français.

La mission est cependant interrompue plus tôt que prévu par la décision unilatérale des Américains qui décident de mettre fin à leur participation le 10 septembre, suivis deux jours plus tard par les Italiens. La France, accusée par ailleurs d’être trop favorable aux Palestiniens, peut difficilement poursuivre seule. L’opération Epaulard prend fin le 13 septembre. Au prix de trois marsouins blessés, elle est considérée comme un succès.

La mise en place d’un colosse aux pieds d’argile

Le lendemain même du départ des derniers français, Bachir Gémayel est assassiné. L’armée israélienne en repli revient immédiatement dans Beyrouth et cerne les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila où on soupçonne la présence résiduelle de combattants de l’OLP. Le 16 septembre, des phalangistes chrétiens, partisans de Gémayel, pénètrent dans les camps et se livrent pendant deux jours au massacre de civils (le nombre des victimes varie entre 700 et 3 500). L’émotion est immense dans le monde entier.

Le 19 septembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte la résolution 521 qui propose l’intervention d’une nouvelle force multinationale. Celle-ci est demandée le même jour par le gouvernement libanais. La FINUL propose d’intervenir mais cette solution ne plait ni aux Israéliens ni surtout au gouvernement libanais, sceptique sur l’efficacité des Casques bleus. Sous l’impulsion des Etats-Unis, toujours soucieux d’accroître leur influence dans la région, les trois alliés de la FMI et le Liban s’accordent par échanges de lettres sur le retour de leurs contingents. Il est bien proposé à d’autres pays de participer à la force mais seuls les Britanniques y répondront en envoyant une unité de renseignement d’une centaine d’hommes en février 1983. Le 24 septembre, la Force Multinationale de Sécurité à Beyrouth (FMSB) est créée et commence à se mettre en place dans Beyrouth Ouest. Sa mission principale, sans limite de temps, est d’appuyer les forces armées du gouvernement libanais dans la protection des populations civiles dans Beyrouth et ses alentours. Le caractère très large de cette mission laisse cependant place à autant d’interprétations que de membres. Si tout le monde est d’accord pour aider matériellement les forces armées libanaises (FAL), les avis divergent sur l’emploi des forces.

Pour l’administration Reagan, soucieuse d’éviter la qualification de guerre ou d’opération de guerre qui nécessiterait un vote du Congrès, la FMSB a une fonction essentiellement dissuasive. Les 1 200 Marines s’installent autour de l’aéroport au sud de Beyrouth ouest, avec des moyens lourds, chars de bataille, pièces d’artillerie, hélicoptères d’attaque, etc. mais avec de grandes restrictions dans l’ouverture du feu et la consigne de ne pas bouger de ses emprises. Les 1 200 Italiens sont au centre du dispositif et se concentrent sur la surveillance des camps palestiniens de Chatila et Bourj-el-Brajneh et l’aide humanitaire.

Au Nord, les 1 160 Français l’opération Diodon sont renforcés au bout de quelques jours par un bataillon « prêtée » par la FINUL et un autre venu de métropole en février 1983, pour atteindre un effectif total de 2 000 hommes, relevés tous les quatre mois. Répartis sur 35 postes et reprenant des habitudes héritées des opérations en Afrique, ce sont les seuls à aller sciemment au contact de la population que ce soit par une présence « militaire » (points de contrôle, patrouilles, missions de dépollution) ou plus informelle (achats auprès des commerçants locaux, footings, aides à la population, etc.). Cette approche permet de montrer la force à la population et, surtout, par les renseignements et la sympathie qu’elle procure, elle apporte une « protection invisible » souvent plus efficace que les murs de sacs à terre.

Les Français, comme les Italiens, peuvent faire usage de leurs armes pour leur autodéfense et protéger les camps palestiniens (le camp de Sabra est dans la zone française) mais, contrairement aux Américains, aussi pour appuyer les FAL. Dans les faits, les règles seront très restrictives. Le « soldat de la paix », concept nouveau, n’est pas là pour combattre.

Cette force à terre en appui des FAL, est elle-même appuyée par une puissante force navale croisant au large de Beyrouth. Pour la France, la force Olifant comprend un groupe aéronaval permanent, centré autour d’un des deux porte-avions Foch et Clemenceau qui se succèdent et d’une force amphibie comprenant en général deux transports de chalands de débarquement (TCD). Au total, la force multinationale, à terre et en mer, mobilise aux alentours de 20 000 hommes. Elle souffre cependant de trois faiblesses : les divergences déjà évoquées et qui ne seront pas corrigées par une direction commune, l’absence d’accord sur sa présence avec les acteurs politico-militaires locaux et régionaux et surtout l’absence de volonté réelle d’engagement au combat pour soutenir le gouvernement libanais.

Le début de la mission est pourtant encourageant. Le 1er octobre 1982, par une cérémonie organisée place du Musée, lieu symbolique de combats entre les deux Beyrouth, le Président Amine Gemayel, frère ainé de Béchir, élu le 21 septembre, consacre la réunification de la capitale. Equipée et entrainée par les Alliés, l’armée libanaise prend une certaine consistance et se déploie à nouveau dans l’ensemble de la ville. Une prise d’armes réunit les contingents de la FMSB et des FAL. C’est le point culminant de l’action de la FMSB alors que des phénomènes souterrains sont à l’œuvre.

Le retour de la Syrie et l’arrivée de l’Iran

En même temps qu’elle participe à la FMSB, la France a un contentieux financier avec Téhéran (elle refuse de rembourser le prêt d’un milliard de dollars accordé par le Shah) et, comme les Etats-Unis, elle aide militairement l’Irak dans sa guerre contre l’Iran des Mollahs. Début octobre 1983, elle fournit même cinq avions Super-Etendard (livrés par le porte-avions Clemenceau) aux Irakiens. On ne perçoit pas alors que l’Iran est capable de frapper par procuration au Liban grâce à son influence sur la milice chiite Amal et surtout grâce au Hezbollah, création commune avec la Syrie.

Cette cécité stratégique se double d’une cécité tactique. Si le suicide est prohibé dans les actes et paroles du Prophète, il imprègne, sous la forme du sacrifice et de martyr (shahid), tout l’islam chiite depuis la mort de Hussein ibn Ali, « roi des martyrs », à Kerbala en 680. Le premier emploi systématique de combattants suicides est le fait de Chiites ismaéliens connus sous le nom d’ « assassins » qui firent régner la terreur dans le califat de Bagdad et la Palestine du XIe au XIIIe siècle. Les combattants suicide sont remis au goût du jour lors de sa guerre entre l’Iran et l’Irak à partir de 1980. Le premier attentat suicide moderne avec emploi d’explosif est le fait de membres d’Amal, le 15 décembre 1981, contre l’ambassade irakienne à Beyrouth puis le quartier-général israélien à Tyr en novembre 1982. Le 18 avril 1983, un pick-up chargé d’explosifs s’écrase contre l’ambassade américaine. Le bilan est terrible : 63 personnes sont  tuées, dont 17 américains. L’enquête qui a suivi n’a pas permis pas de déterminer avec certitude le commanditaire de l’attaque mais les soupçons se portent sur Imad Moughniyah, un important membre du Hezbollah.

La situation évolue rapidement à partir de l’été 1983. La milice d’Amal, alliée de la Syrie, tente de pénétrer dans les quartiers de Beyrouth-Ouest mais elle est refoulée par les FAL. La FMSB n’a pas bougé malgré sa mission d’appui aux FAL. Cela ne l’empêche pas d’être frappée notamment le 31 août lorsque le bombardement de l’ambassade de France tue quatre soldats et un policier français. Le 4 septembre, l’armée israélienne évacue soudainement les montagnes du Chouf, au sud-est de Beyrouth. Le vide est occupé par les Druzes du Parti socialiste progressiste (PSP) alliés de la Syrie et qui se trouvent désormais à portée d’artillerie de la capitale libanaise. Les combats avec les FAL sont très violents dans le secteur de Souq El-Gharb à quelques kilomètres au sud de la capitale. Le 11 septembre, pour appuyer l’armée libanaise en posture délicate et protéger ses forces de la menace d’artillerie, le département d’État américain autorise ses troupes à riposter et à faire appel à l’appui naval et aérien. C’est chose faite les 19 et 20 septembre. Le 22 septembre, c’est au tour des Français de faire appel aux forces navales pour lancer un raid de huit Super-Etendards pour anéantir une batterie druze au-dessus de Beyrouth à Dour El-Cheir.

La FMSB est ainsi entrée malgré elle dans la guerre, en sortant par ailleurs du cadre prévu initialement pour l’emploi des forces. Les frappes de l’US Navy, qui se renouvelleront une fois en décembre et trois fois en février 1984, dépassent le cadre géographique du Grand Beyrouth et le raid français, survenant cinq jours après un bombardement qui a tué deux soldats à la résidence des Pins, n’est plus de la légitime défense. La FMSB continue pourtant à conserver l’illusion de la neutralité en n’engageant pas les forces terrestres. Tous les partis opposés au gouvernement libanais et son armée, considèrent désormais la FMSB comme hostile. Au bilan, alors que la France ne déplore qu’un mort, seize seront tués du 22 juin au 23 octobre. Les pertes françaises sont le double des pertes américaines alors que les Italiens ont un soldat tué.

Pour réduire la vulnérabilité des forces françaises celles-ci sont regroupées. C’est ainsi que lorsque la 3e compagnie du 6e Régiment d’infanterie parachutiste (RIP), formée d’appelés volontaires du 1er Régiment de chasseurs-parachutistes (RCP),  débarque le 27 septembre, elle est affectée toute entière dans un immeuble de huit étages face à la plaine des Jhah et du quartier Chatila, à quelques centaines de mètres de l’Ambassade d’Iran. Le bâtiment, baptisé Drakkar par le commandant de la compagnie, le capitaine Jacky Thomas, a été occupé par les Syriens l’année précédente et dépollué par les sapeurs du 17e RGP. A la mi-octobre, la situation se tend encore. Des renseignements annoncent une opération imminente contre les Français.

L’attentat de drakkar

Le 22 octobre au soir, le capitaine Thomas a mis en alerte ses sections. La nuit est pourtant calme jusqu’à 6h17 lorsque la sentinelle en observation sur le toit de Drakkar voit exploser le quartier-général des forces américaines. Sept minutes plus tard, un camion chargé d’explosifs (la charge de plusieurs missiles de croisière) force l’entrée du poste jusqu’à la rampe d’accès de l’immeuble. A 6h30, Drakkar n’existe plus. Les Américains ont perdu 241 hommes (plus que pendant la première ou la deuxième guerre contre l’Irak) et les Français 58 dont 55 du 1er RCP et 3 du 9e RCP. Quinze autres sont blessés. Seuls vingt-six hommes de la compagnie sont indemnes car occupant un poste à l’extérieur à ce moment-là ou, pour trois d’entre eux, en allant chercher des croissants. Américains et Français n’ont plus subi autant de pertes en une seule journée depuis les guerres du Vietnam et d’Algérie.

Les deux attentats quasi-simultanés sont revendiqués par le Hezbollah, ainsi que par le Mouvement de la révolution islamique libre puis par le Jihad Islamique. Le nom d’Imad Moughniyah est à nouveau évoqué. L’implication de la Syrie et de l’Iran parait évidente mais aucune preuve formelle ne sera avancée. La France, malgré la demande de plusieurs députés, ne constituera jamais de commission d’enquête laissant le champ libre à plusieurs théories alternatives dont celle de l’immeuble piégé par les Syriens avant de l’abandonner.

Pendant quatre jours et quatre nuits, les sauveteurs s'acharnent pour tenter d’extraire ce qui reste de vie de cet amas de pierres. Le président François Mitterrand se rend sur place le 24 octobre pour apporter son soutien au contingent français. Le trouble est immense. Le ministre de la défense déclare que la France n’a pas d’ennemi au Liban, ce qui fait dire au général Cann que ses hommes « ont été tués par personne ». Le 4 novembre, c’est au tour de l’armée israélienne de perdre 50 hommes dans une autre attaque suicide.

En représailles, « non pas pour se venger mais pour que cela ne se reproduise pas », le Président Mitterand fait déclencher l’opération Brochet le 17 novembre 1983. Huit Super-Etendard de la Marine nationale décollent du porte-avions Clemenceau et effectuent un raid sur la caserne Cheikh Abdallah, une position des Gardiens de la Révolution islamique et du Hezbollah dans la plaine de la Bekaa. Les avions français larguent 34 bombes de 250 kg et 400 kg sur une position opportunément évacuée quelques minutes plus tôt. La rumeur prétend que les occupants ont été avertis par une source française. Le 20 décembre, la marine française évacue 4 000 combattants palestiniens de Tripoli. Le lendemain, une nouvelle attaque à la voiture piégée a lieu contre le PC du 3e RPIMa. La voiture est arrêtée par les merlons de terre mais les 1 200 kilos d’explosif tuent un parachutiste et treize civils. On compte également plus de 100 blessés dont 24 Français.

Une fin sans gloire

Dès lors, la priorité n’est plus à la protection des populations ou à la restauration de l’Etat libanais mais à l’autoprotection, ce qui finit de couper la force de la population. Du 15 décembre 1983 au 15 janvier 1984, les postes français sont regroupés sur deux pôles, au centre de Beyrouth et sur la ligne verte, tandis qu’une batterie de cinq canons automoteurs de 155 mm AMX-13 est amenée de France. En février 1984 à l’occasion de la relève de la 11e division parachutiste par les marsouins de la 9e Division d’infanterie de marine (DIMa), le bataillon emprunté à la FINUL lui est rendu et le contingent à Beyrouth passe de 2 000 à 1 200 hommes regroupés sur une dizaine d’emprises.

Le début du mois de février est l’occasion de nouveaux combats dans la capitale. L’armée libanaise se désagrège dans la montagne face aux Druzes de Walid Joumblatt et dans Beyrouth face aux chiites d’Amal. La force multinationale impuissante soutenant une armée fragile au service d’un Etat faible n’a plus de raison de perdurer sinon pour prendre des coups qu’elle ne pourra rendre malgré ses cuirassés, porte-avions et ses hélicoptères d’attaque. La France propose pourtant de remplacer la FMSB par une force des Nations-Unies, qui, d’évidence, aurait été encore plus impuissante. Les Alliés évacuent Beyrouth en ordre dispersé, Britanniques en tête le 8 février, suivis par les Italiens le 20 et les Américains le 26, arguant simplement d’un « bond de trois à quatre kilomètres à l’Ouest » sur les bâtiments de la Navy. Le 29 février, le veto soviétique met définitivement fin au projet français de force des Nations-Unies. Isolée, la France n’a plus d’autres choix que de se replier également car, selon les mots du Président de la République, « elles ont rempli leur mission ». Du 22 au 31 mars, les Français évacuent Beyrouth (opération Carrelet). La mission de la FMSB prend fin officiellement le 31 mars 1984 après dix-huit mois d’existence.

La fin peu glorieuse de la FMSB a un retentissement immense dans le monde arabe. Preuve était faite que l’action résolue de quelques hommes pouvait faire plier des Occidentaux corrompus et rétifs aux pertes humaines. Elle laisse un goût amer et une immense frustration chez tous les soldats français qui y ont participé. La FMSB s’est retrouvée au cœur d’un nœud d’affrontements locaux, régionaux et internationaux sans avoir la possibilité de combattre. Or, ne pas vouloir d’ennemi n’empêche pas d’en avoir. La leçon ne portera pas car les troupes seront engagées dix ans plus tard dans les mêmes conditions en Bosnie.

21 commentaires:

  1. Ce post oublie de nous dire pourquoi les casernes étaient vides au moment du bombardement de l'aéronavale,la raison est des fuites au plus haut niveau de l'etat,quant a l'Iran ce n'est pas son argent qu'elle voulait,mais sa part de (yellow cake) correspondant a sa part Eurodif les acteurs de cette comedie sont bien muets,parce qu'ils ont offert une partie de la future arme nucleaire Iranienne, a l'instar de certains suppots germaniques qui ont fourni les centrifugeuses,votre position ne permet pas cette déontologie,pourtant elle s'avère indispensable dans un tel post en égard a ceux qui ont perdu leur vie,devant cette infamie des politiques aucune demission de chef d'etat major
    en signe de protestation

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  2. J'avais en 1985 un commandant d'unité qui avait participé un à deux ans plus auparavant à une mission en tant qu'observateur d'artillerie, ceci au sein du 11èRAMa. Son détachement devait désigner des objectifs, notamment les positions du Hezbolla. Les tirs étaient normalement délivrés par le cuirassé US "New Jersey". Dans les faits ,soit il n'en était rien, soit ils étaient réalisés au moyen d'obus d'exercice (c'est son témoignage de l'époque que je vous rapporte).
    En ce qui concerne notre bombardement sur Baalbek, il a fait tout de même une victime : une bombe n'ayant pu se détacher d'un super-étendard, le pilote s'est dérouté pour "secouer" l'avion. La bombe est tombée sur un berger...
    Il est certain que les occidentaux sont en partie responsable, par leur ineptie, de la situation actuelle au Proche-orient, comme ils le sont de celle de l'Irak, de l'Afghanistan, du Kosovo et ... bientôt de la Libye.

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  3. Le général Delaunay a démissionné en mars 1983 pour protester contre la réduction de 10 % de l'armée de terre (qui représentait plus de 300 000 hommes à l'époque). Il succédait au général Lagarde qui avait démissionné également en 1980 pour protester contre la réduction de certains crédits d'équipement.
    C'est le général Imbot qui commandait l'armée de terre au moment de Drakkar alors que le général Lacaze était CEMA. Pas le genre à démissionner.
    Le mindef était Charles Hernu et le MAE était Claude Cheysson. Pas le genre à assumer.

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  4. le parallele avec l'Afgha est interessant...on nous dira aussi que nous avons rempli la mission!

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  5. pour le titre, tu as versé des droits d'auteur à Gérard de Villiers ?

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  6. A propos de la rumeur de la caserne vide, il est quand même à noter que les Iraniens ont dit avoir eu une douzaine de leurs Pasdarans tués.

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  7. On m'a rapporté que les relations entre Charles Hernu et Claude Cheysson étaient des plus tendus, les 2 hommes se détestant depuis leurs 20 ans. Et que Claude Cheysson serait à l'origine des fuites pour discréditer son "ami de 30 ans". Peut-être un jour saura-t-on la vérité...

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  8. comment intervenir dans un pays Multi-confessionnels. défendre la chrétienté ou bien l'islam .sans parler de la présence de la
    Syrie et d'israel.mission impossible et vouée d'avance à l'échec.

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  9. Aux questions que je posais à Hubert Védrine, alors jeunes conseiller diplo de Mitterrand, "que faisons-nous à Beyrouth? Quels sont les objectifs réels assignés aux forces françaises présentes à Beyrouth? Que recherchons nous?, sa réponse ( au lendemain de l'attaque du poste Drakkar, puis deux mois plus tard du PC du Rgt implanté sur le stade du Chayla) fut la suivante: " Nous gérons au jour le jour. Nous sommes présents".
    Il n'est donc pas étonnant que cette affaire se terminât mal !!

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  10. Excellente analyse de la situation, qui rejoint le témoignage que j'ai laissé sur le site Theatrum Belli : http://www.theatrum-belli.com/archive/2011/10/20/beyrouth-23-octobre-1983-souvenons-nous-des-paras-du-drakkar.html Pour avoir vécu sur le terrain cette expérience douloureuse, comme officier de l'une des 4 compagnies TAP déployées alors à Beyrouth Ouest, j'en ai tiré les mêmes conclusions que Michel Goya.

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    1. j y etais , creuser pour pour les aider a survir et on m a donner des medialles , jamais achetees.

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  11. Bonjour, votre blog est très intéressant.

    Je vous invite à découvrir celui de Joseph HOKAYEM dont j'ai fait connaissance sur les réseaux sociaux et j'ai présenté son travail sur mon blog.

    http://jacobaudrey.wordpress.com/2012/08/10/joseph-hokayem-secretaire-de-redaction-a-la-revue-defense-nationale-moyen-orient/

    http://veillegeostrategiquemoyenorient.wordpress.com/


    Bonne continuation.

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  12. Bonjour,

    En tant que Libanais chrétien ayant vecu sur place les faits mentionnés, je suis sideré par l'analyse à l'emporte-pièce de l'expert Michel Goya. Ayant cotoyé l'armée francaise de 1982 jusqu'à son retrait, j'y ai vu une armée peu motivée de toute facon qui n'aurait pas eu plus de succès au Liban qu'en Indochine, Algérie. Elle n'aurait pas réussi là où les armées américaine et israélienne ont échoué...

    L'éternelle phrase de Clausewitz prévaut toujours « La guerre est une poursuite de l'activité politique par d'autres moyens ». Le criminel dictateur Syrien Hafez el Assad lui l'a bien compris... Son armée au Liban ayant été mise en échec par les libanais chrétiens à Ashrafiyeh 1978 et Zahleh 1980, puis battue à plat de couture par l'armée israélienne en 1982, il a pris une autre voie indirecte (pour paraphaser Liddel Hart) qui a eu plus de succès (hélas).

    Il a adopté une tactique "underground" -> utiliser ses services secrets non pas à des buts militaires mais politiques. Il a ainsi infiltré des partis libanais pour les inféoder et les diriger contre le gouvernement libanais. C'est ce qui a marché contre La Russie tsariste quand les services de renseignements allemands ont infiltré dans cet Empire, Lenine et sa révolution en 1917.

    En cela Hafez el Assad a bati avec patience et une efficacité diabolique un travail de sape par ses sous-contractants libanais druzes, chiites des présences militaires occidentales au Liban. Une fois le gouvernement libanais isolé, il a introduit la discorde dans le camp Chrétien en manipulant la structure bi-céphale de cette communauté.

    Qui sait? il s'est peut-être inspiré des exploits de Paul-Alain LEGER et de sa "bleuite" en tout cas il peut donner des leçons à Machiavel, Borgia.

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    1. 2000 hommes c'est bien trop peu pour peser un peu dans une ville de 2 millions d'habitants, même une coalition de 20 000 hommes a peu de valeur militaire à cause des divergences entre stratégies nationales et des fortes restrictions d'engagement.

      Dans la région, la France n'a pas les moyens militaires d'être autre chose qu'un partenaire minoritaire et sans poids vraiment significatif, comme justement souligné même les US et Israel ont échoué. A partir du moment où on s'est impliqué dans le conflit libanais, on ne pouvait qu'encaisser les coups sans pouvoir les rendre quelque soit la stratégie adoptée.

      Dans les région les forts étaient les puissances militaires régionales (Israel, Syrie, etc.) et ceux qui en sous-main financaient les forces locales.

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    2. "Ayant cotoyé l'armée francaise de 1982 jusqu'a son retrait, j'y ai vu une armée peu motivée "... Pour avoir fait parti de cette Grande Armée et ayant servi en 1981 et 1986 à la Finul, en 1982 à la FIB, en1982 et 1984 à la FMSB, je peux vous dire que nous ne manquions pas de motivations, mais avions beaucoup de frustrations à ne pouvoir agir comme il se doit. La démotivation venait du pouvoir politique, jamais de nous, soldats. Nous aimions le peuple Libanais qui nous a toujours accueillit avec beaucoup de chaleur, d'amitié, de réconfort... ah si nous avions pu leur rendre au centuple... Quand les libano chrétiens venait nous voir pour dire combien ils regrettaient que nous arrivions trop tard, après leurs massacres., c'est un fait politique, non pas militaire.

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  13. Frédéric Goudon25 octobre 2013 à 10:23

    Il convient de rappeller la perte de 7 autres militaires françaiis à Beyrouth dans le cadre de mission dite du "Détachement des Observateurs" entre 84 et 86. Ces "casques blancs" avec infiniment moins de moyens que les "casques bleus" ont également tenté de "limiter les dégâts" de cette guerre fratricide.

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    1. Merci pour eux Frédéric Goudon. !
      « avec infiniment moins de moyens » : en matériels ( 1 PA dont il était recommandé de ne pas se servir) et en personnels (les effectifs n'ont jamais dépassé 80 à 85)

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    2. Tout cela est exact et il est bien, parfois, de s'en souvenir.

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  14. Grace à l'argent de l'arabie saoudite, nous allons pouvoir aider à défendre la démocration et un système pluri confessionnel. Nous aurions été en meilleur santé economique, nous aurions du le faire entièrement de notre propre initiative. Mais au moins nous avons le matériel. Mais dans quelques mois ce type d'accord pourra être bloqué au titre que ce ne sont pas nos alliés direct et qu'il faudrait l'accord de Berlin. D'jà que nous avons un mal de fou à le persuader de nous laisser livrer nos frégates au russes. on peut craindre dores et déjà pour les personnes dont les emplois sont liés à ces contrats qui verront leur chaine de montages démontées et livrées au 4 vent.

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  15. J'ai lu dans le chapitre intitulé "le retour de la Syrie et l'arrivée de l'Iran": "bombardement de l'ambassade de France (à Beyrouth) le 31.08.1983 ..... quatre soldats et un policier tués..."
    Réponse officielle: Hezbollah....réponse réelle : tsahal....
    source: attaché militaire français présent sur les lieux à ce moment....

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  16. La mémoire de nos tués et blessés du «Drakkar» semble aujourd'hui flétrie... J'ai ainsi noté que le site de l'Association (dite) de soutien à l'armée française (ASAF) n'a pas pipé mot de ce triste anniversaire. On s'en étonnera moins quand on aura lu, sous la plume de Madame Galacteros, membre du conseil d'administration de l'ASAF, une litanie d'éditoriaux où, à chaque fois, elle se répand en lamentations et autres critiques acerbes contre la politique française d'opposition à Bachar El-Assad ; celui-là même dont le père est le commanditaire principal de l'attentat. Avec ce genre de «soutien», nos soldats sont en effet bien pourvus ! Il faut reconnaître qu'en la matière, le prédécesseur de notre Président actuel avait commencé de salir la mémoire de "Ceux du Drakkar" en invitant ce même Bachar aux cérémonies du 14-Juillet 2008 alors même que la promotion de l'École militaire interarmes qui défilait devant lui, portait le nom du lieutenant de la Batie, officier du 1er RCP tué au Drakkar...

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